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Jean Starobinski (Autre)
EAN : 9782070322213
360 pages
Éditeur : Gallimard (13/05/1982)

Note moyenne : 3.99/5 (sur 74 notes)
Résumé :
Poèmes :
- Du Mouvement Et De L'immobilité De Douve
- Hier Régnant Désert
- Pierre écrite
- Dans Le Leurre Du Seuil
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Pasoa
  16 mars 2021
"Poèmes" est un recueil qui regroupe des  textes publiés  entre 1947 et 1975 dont le plus important est "Du mouvement et de l'immobilité de Douve" édité en 1953. La lecture de ce recueil  est en soi assez exigeante. Très vite, passées les premières pages, l'attention semble se figer comme partagée entre le choix d'une quête de sens, de signification du texte et celui d'accepter de s'enfoncer, de s'accorder à la matière des mots, de laisser résonner en soi leur teneur silencieuse. Tout au long de la lecture de ce recueil, il y a ce sentiment qu'arrivé à la lisière du sens, de la compréhension quelque chose se dérobe, se soustrait à la volonté du lecteur. 
Il y a dans les textes réunis dans ce recueil beaucoup d'obscurité, de  dramaturgie. Yves Bonnefoy veut y révéler, y confirmer toute l'impuissance, la difficulté de la parole poétique à dire la mort. Comme dans un incessant aller-retour entre ombre et lumière, l'auteur semble à la recherche d'une poésie qui soit utile à la vie pour parler de la mort, de la finitude des êtres. Toute cette quête de l'auteur se résume dans l'épigraphe du philosophe Hegel placé en tête de "Du mouvement et de l'immobilité de Douve" : "Mais la vie de l'esprit ne s'effraie point de la mort et n'est pas celle qui s'en garde pure. Elle est la vie qui la supporte et se maintient en elle".  
Cette démarche singulière du poète peut dérouter, rendre la lecture quelque peu difficile mais sous l'évidence, il faut aller dans l'obscurité pour faire provision de lumière, de sens.
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GuillaumeSire
  23 septembre 2016
Sans doute était-ce le dernier poète des grandes eaux poétiques. Yves Bonnefoy écrivait pour refaire, tout remettre en question, lui qui n'a pas fait grand chose sinon écrire, au point de penser que cela pouvait être une bonne idée de s'installer à Paris pour se consacrer à la poésie… en 1943.
Insister sur la page blanche, jusqu'au dérèglement des mots : surréaliste, opportuniste, tout pour fuir les emplois de bureau. A cette époque, les enfants de bonne famille rêvaient de devenir chevaliers des Arts et des Lettres. Yves Bonnefoy aimait les arbres, les nuages, la lumière entre les nuages, etc., et il aimait Rimbaud, qui aimait l'odeur de la pisse. Araignée prise à sa propre toile, sérieux pris au sérieux, il était l'inverse des poètes clochards, des grands drogués, des vrais aventuriers de l'esprit, prêts à tout risquer et risquant tout, leurs crânes devant eux sur le tapis, entre une bougie, un revolver, un brelan d'as et la paupière sanglante d'une amie — il était l'inverse de Jehan Rictus.
Quelques grands poèmes existent, mais aucun d'eux ne résistera au vent ou à la crue du ciel (au temps). Bonnefoy c'est Mallarmé pour les nuls, Paul Celan censeur à la rue d'Ulm. Ses traductions sont des briques de ciment couvertes de chantilly. La plus grande poésie, chez lui, était dans l'apparence du corps : le masque lent de son visage, fondu comme une cire rose sur le buste en bronze d'un empereur romain, la couronne blanche et clairsemée de ses cheveux, ses pulls campagnards, son élégance d'à-côté, ses mains propres depuis l'enfance, et ses yeux où se reflétaient une mystique molle et un caractère vaniteux mais gentil, inoffensif, d'un homme jamais en colère sinon sous l'emprise d'une passion commandée — Yves Bonnepâte se regardait pleurer.
Il voulait remonter à la source du réel et aura surtout perdu son temps en jeux de mots bourgeois et en réflexions interminables, comme s'il avait cherché pendant plus de soixante-dix ans à servir un plat de lentilles gratinées — toujours le même — à des universitaires en mal d'objets. Il a trop cru au langage, au signifiant, à l'intellection, le bruit des arbres quand ils poussent, et ne s'est pas assez préoccupé de ce qui était nommé, le signifié, l'intelligible, les bottes des soldats sur les pavés près de chez lui. Il a passé sa vie à s'en aller sans avoir pour autant le cran de disparaître, ayant fui immobilement. En les jetant par la fenêtre, on observe derrière ses livres une trace de feu et d'argent, le pet d'un météore, miroir d'un faux paradis.
Yves Bonnefoy aura testé tous les jours, sans arrêt, l'hypothèse auto-réalisatrice de son propre génie. Et s'il est mort vieux, contrairement à ses idoles, c'est sans doute parce que le génie, attendri par un tel acharnement pseudo-anagogique, n'a pas cessé de lui donner des secondes chances — à qui cela aurait-il pu faire de mal ? Qui Yves Bonnefoy aurait-il pu blesser ? Les arbres et les nuages sont-ils rancuniers ?
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lecteur84
  05 avril 2016
Il est toujours très délicat de parler d'un recueil de poésie. Je n'ai pas vraiment accroché, je n'ai pas trouvé des images fortes,des vers capables de me soulever de me transporter. Il y a ce rapport avec la mort incessant, quelques fois troublants. Mais rien qui m'a hélas poussé vers le sublime que sait provoquer la poésie quand elle est touche une corde en nous et nous laisse glisser vers des émotions qu'on ne soupçonnait pas. Mais ce n'est pas parce que je n'ai pas été sensible à cette poésie qu'elle ne mérite pas d'être découverte. la poésie plus que tout reste très subjective.
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Fabricienne
  10 septembre 2014
C'est une poésie en vers libres avec toutefois beaucoup de musicalité et surtout de fluidité, un peu comme ces paysages, sources d'évocation pour Yves Bonnefoy. On y sent le passage du temps et la nature, la sensibilité du poète à les accueillir dans ses mots, pour entraîner le lecteur avec lui dans la nostalgie et la méditation.
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RaouldeB
  22 novembre 2020
... La langue des poèmes de Bonnefoy est pure, ainsi qu'un tapis de neige non souillée, en même temps construite et économe de mots voyants. du mystère, mais sans artifice, la part d'ombre et de cristal que la vie recèle.
« Dévotion », c'est l'Italie en hiver, comme concentrée, dépouillée des touffeurs méditerranéennes, joyau de braises sous le gel, avec pour répondant sonore la voix de Kathleen Ferrier.
Mais le chef d'oeuvre de Bonnefoy, c'est « L'été de nuit », où l'esprit se fait lyre ...
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Citations et extraits (27) Voir plus Ajouter une citation
brigetounbrigetoun   31 mars 2010
Tu cesses de venir dans ce jardin,
Les chemins de souffrir et d'être seuls s'effacent,
Les herbes signifient ton visage mort.

Il ne t'importe plus que soient cachés
Dans la pierre l'église obscure, dans les arbres
Le visage aveuglé d'un plus rouge soleil.

Il te suffit
De mourir longuement comme en sommeil
Tu n'aimes même plus l'ombre que tu épouses.
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AunryzAunryz   16 mai 2016
Le visage mortel

Le jour se penche sur le fleuve du passé
Il cherche à ressaisir
Les armes tôt perdues,
Les joyaux de la mort enfantine profonde.

Il n’ose pas savoir
S’il est vraiment le jour
Et s’il a droit d’aimer cette parole d’aube
Qui a troué pour lui la muraille du jour.

Une torche est portée dans le jour gris.
Le feu déchire le jour.
Il y a que la transparence de la flamme
Amèrement nie le jour.

Il y a que la lampe brûlait bas,
Qu’elle penchait vers toi sa face grise,
Qu’elle tremblait dans l’espace des arbres,
Comme un oiseau blessé chargé de mort.
– L’huile brisant au port de la mer cendreuse
Va-t-elle s’empourprer d’un dernier jour,
Le navire qui veut l’écume puis la rive
Paraîtra-t-il enfin sous l’étoile du jour ?

Ici la pierre est seule et d’âme vaste et grise
Et toi tu as marché sans que vienne le jour.


(audio : https://motslies.com/2016/05/13/almanach-yves-bonnefoy/)
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PasoaPasoa   15 mars 2021
Navire d'un été,
Et toi comme à la proue, comme le temps s'achève,
Dépliant des étoffes peintes, parlant bas.

Dans ce rêve de mai
L'éternité montait parmi les fruits de l'arbre
Et je t'offrais le fruit qui illimite l'arbre
Sans angoisse ni mort, d'un monde partagé.

Vaguent au loin les morts au désert de l'écume,
Il n'est plus de désert puisque tout est en nous
Et il n'est plus de mort puisque mes lèvres touchent
L'eau d'une ressemblance éparse sur la mer.

Ô suffisance de l'été, je t'avais pure
Comme l'eau qu'a changée l'étoile, comme un bruit
D'écume sous nos pas d'où la blancheur du sable
Remonte pour bénir nos corps inéclairés.

(extrait de "Pierre écrite", 1965) p. 186
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BouteyalamerBouteyalamer   22 mars 2020
Nous ne nous voyons plus dans la même lumière,
Nous n’avons plus les mêmes yeux, les mêmes mains.
L’arbre est plus proche et la voix des sources plus vive,
Nos pas sont plus profonds, parmi les morts.

Dieu qui n’es pas, pose ta main sur notre épaule,
Ébauche notre corps du poids de ton retour,
Achève de mêler à nos âmes ces astres,
Ces bois, ces cris d’oiseaux, ces ombres et ces jours.

Renonce-toi en nous comme un fruit se déchire,
Efface-nous en toi. Découvre-nous
Le sens mystérieux de ce qui n’est que simple
Et fût tombé sans feu dans des mots sans amour
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berni_29berni_29   31 décembre 2019
Il y avait qu’il fallait détruire et détruire et détruire,
Il y avait que le salut n’est qu’à ce prix.

Ruiner la face nue qui monte dans le marbre,
Marteler toute forme toute beauté.

Aimer la perfection parce qu’elle est le seuil,
Mais la nier sitôt connue, l’oublier morte,

L’imperfection est la cime.
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Vidéo de Yves Bonnefoy
[RARE] Yves BONNEFOY – À la télévision (ORTF, 1974) Une rare émission de télévision sur Yves Bonnefoy. Portant le titre « Les Poètes », présentée et réalisée par Jean-Pierre Prévost, elle fut diffusée le 21 juin 1974 sur l’ORTF.
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