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ISBN : 274364057X
Éditeur : Payot et Rivages (16/08/2017)

Note moyenne : 3.73/5 (sur 249 notes)
Résumé :
Dans un village des Caraïbes, la légende d’un trésor disparu vient bouleverser l’existence de la famille Otero. À la recherche du butin du capitaine Henry Morgan, dont le navire aurait échoué dans les environs trois cents ans plus tôt, les explorateurs se succèdent. Tous, dont l’ambitieux Severo Bracamonte, vont croiser le chemin de Serena Otero, l’héritière de la plantation de cannes à sucre qui rêve d’autres horizons.
Au fil des ans, tandis que la propriété... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (111) Voir plus Ajouter une critique
palamede
  27 août 2017
L'histoire commence au sommet de la mangrove caribéenne où échoua naguère un bateau de pirates. Une tempête probablement avait expédié le navire et son équipage dans ce lieu insolite. C'est encore le mauvais temps qui les fit disparaître quelque temps après, corps, âmes et biens.
Et des biens, il y en avait beaucoup, on parla même d'un trésor, celui du capitaine Henry Morgan qui attire encore, trois siècles plus tard, les aventuriers de tous poils. Severo Bracamonte est de ceux-là, qui arrive un beau jour sur ce même lieu où aujourd'hui se tient un village cultivant la canne à sucre. Longuement l'homme cherche, creuse, tire des plans avec acharnement et méthode. Mais de trésor, il n'en trouve point. Ou plutôt si, mais d'une toute autre nature celui-là, bien plus précieuse... Malgré tout, la quête du trésor de Morgan ne s'arrête pas là. D'autres prospecteurs vont suivre, et le trésor se transformer au gré des aspirations de chacun : fortune, puissance ou amour.
Chaleur, nature généreuse et luxuriante, personnages mythiques et croyances magiques, l'atmosphère fait penser à celle de certains romans de Gabriel Garcia Marquez ou d'Isabel Allende. Comme ces illustres prédécesseurs, Miguel Bonnefoy nous emporte dans un monde puissamment imaginatif et coloré. Conteur hors pair, il nous fait pénétrer son univers avec des phrases courtes et simples, mais oh combien belles et évocatrices, qui nous portent et nous font apprécier pleinement cette fable picaresque et sa morale intemporelle.
Un grand merci à Babelio et aux Éditions Rivages pour cette belle découverte.
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domisylzen
  15 février 2018
Un bonbon, un rafraichissement, un temps suspendu. C'est ce que m'évoque cette lecture un peu hors du temps … ou plutôt du temps d'avant … avant que je ne sois un adulte qu'on espérait dans le moule.
Une histoire de pirate, de trésors, de bateaux qui s'échouent sur les arbres … de flibustiers plus tarés les uns que les autres et d'un rafiot qui s'enfonce de branches en branches …
La légende court … Près d'un village des Caraïbes il y aurait un trésor, un trésor fabuleux, il serait là depuis trois cents ans en attente d'être cueilli. Une pareille fortune attire les ambitieux dont Severo Bracamonte. Mais il a beau s'échigner il ne trouve rien ... rien que la belle Serena Otero qui lui déclare que le vrai trésor est sous ses yeux : regarde comme la nature est belle. Il finira par arrêter ses recherches conquis par les yeux de la belle, plantera son cierge, de la canne à sucre et fera fortune.
Et puis il y a cette petite vieille, l'ancienne propriétaire, qui tous les premiers novembre revient dans la chambre du fond, l'acte de vente le stipulait : interdit de toucher quoi que ce soit dans cette pièce.
C'est un très beau texte, très fouillé, très travaillé, les mots sont choisis avec soin pour décrire l'ambiance lourde de la quête où se mêle les vapeurs de la distillation du rhum.
C'est un livre qui se lit très vite mais qui porte en lui une vraie réflexion qui perdure longtemps après le mot fin.
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Archie
  08 octobre 2017
Une légende de trésor perdu. Un coffre rempli de pièces d'or, de bijoux, de denrées précieuses, disparu dans le naufrage d'une frégate mystérieuse, au dix-septième siècle…
« Déjà lu, dis-tu, une histoire de pirates qui s'entretuent !...
– Pas du tout, tu confonds avec l'Ile au trésor, Stevenson...
– Il n'y aurait pas une histoire de sous-marin de poche ?
– Ça, c'est dans Tintin et le trésor de Rackham-le-Rouge...
– J'ai trouvé ! Des mobiliers et des objets marins rongés par les eaux, envahis par le plancton et le corail !
– Là encore, tu n'y es pas. Tu évoques, à tort, la stupéfiante fiction romanesque non littéraire, l'invraisemblable faux trésor et vraie oeuvre d'art exposé par Damien Hirst au Palazzo Grassi et à la Dogana de Venise.
Dans Sucre noir, ce sont des branchages, des broussailles et des plantes tropicales qui recouvrent la frégate, après qu'elle s'est abîmée dans les arbres, en plein coeur d'une forêt caribéenne.
– Un navire naufragé dans les arbres ?...
– Et alors ! En littérature, il faut avoir le sens du merveilleux… Et cette histoire de naufrage n'est que le premier chapitre du livre. Il fallait bien un mythe originel pour expliquer qu'une légende de trésor perdu reste vivace dans les lieux, trois siècles plus tard, suscitant de temps à autre la venue d'un chasseur d'or décavé ».
Roman ou conte ? Dans une zone incertaine des Caraïbes, Miguel Bonnefoy, jeune écrivain franco-vénézuélien, met en scène trois générations d'une même famille. Au coeur de la fiction, une femme, Serena, et son mari. Elle succède à ses parents, puis cède la place à sa fille, Eva Fuego. Un drôle de phénomène, celle-ci. Un être marqué par le feu.
Au long de ces trois générations, une petite exploitation agricole de cannes à sucre se transforme en un conglomérat alliant l'industrie du rhum et autres spiritueux, au transport de pétrole, un nouveau type de trésor noir offrant de belles perspectives pour se sucrer.
Une histoire bien charpentée. Mais le contour flou des personnages, l'évanescence des repères de lieu et de temps, donnent au récit la coloration étrange d'un conte intemporel.
Conte ou fable ? Les contes recèlent toujours un fond philosophique. Dès qu'il est question de trésor, c'est toujours la même morale qu'on ressort. Ce ne sont pas les pièces d'or qui font la vraie richesse. On la trouve dans l'amour, dans les plaisirs simples, comme l'écoute du chant des oiseaux, la contemplation des couleurs tropicales, la senteur des fruits mûrs ou le goût d'un rhum vieilli…
Et puisqu'on est dans les leçons de morale, attention aux excès d'ambition et de cupidité ! Sachons tirer la leçon d'un feu d'artifice éruptif laissant dans le ciel « un couvercle de cendres qui mit trois ans, dix mois et cinq jours à disparaître »...
Fable ou poésie ? L'un n'empêche pas l'autre. L'écriture de Miguel Bonnefoy est très lyrique. Très travaillée. Car le lyrisme n'est pas une envolée spontanée. Il faut savoir piocher des mots rares et étranges dans des univers exotiques, dans des mythes antiques, dans des matières précieuses. Composer des listes de mots au surréalisme improbable. Comme sur cette table où « s'entassaient des quintaux de clous de girofle venus des Moluques, de l'ivoire du Siam, du cachemire du Bengale et du bois de sental du Timor ». Ou comme les fleurs que Serena cueillait dans la forêt, « des pinces de homard, des oiseaux de paradis, des jasmins antillais, des roses de porcelaine ».
Roman, conte, fable, poésie. On trouve tout cela dans Sucre noir. Un livre bien construit et joliment écrit, qui n'a pourtant pas réussi à emporter mon enthousiasme et mon émotion.
Peut-être aurais-je dû témoigner plus d'empathie aux personnages, en les accompagnant à chaque verre de rhum qu'ils buvaient.

Lien : http://cavamieuxenlecrivant...
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Stelphique
  26 octobre 2017
Sucre Noir

Sur des terres brûlées au sucre
Une légende fait des remous de passions…
Capitaine Henry Morgan, veuillez dévoiler vos trésors
Réfléchissant la lumière ambrée du rhum
Et faire tomber en poussière, la douleur du deuil!
Ne cherchez plus le livre qui vous fera vibrer!
Oubliez la fièvre vaine des chercheurs d'or!
Incarnez plutôt, la fortune des coeurs enflammés!
Revivez la folle ambition des boucaniers!
Bon voyage au sein de ses pages,
Où, trois générations se succèdent,
N‘en déplaise au Destin, qui
Non content, de leur imposer une peine immense,
Emmène aussi le feu conquérant sur les plantations,
Festoyant gaiement à la soif de l'avarice, et
Oblitérant, dans l'écume des vagues, les larmes perdues…
Yoho, Matelot, en avant pour une belle histoire embrasée de pirates!

Nota Bene: En passant sur le blog, vous verriez sans doute plus d'effet couleurs ;)
Lien : https://fairystelphique.word..
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lucia-lilas
  28 septembre 2017
J'ai lu Sucre noir comme une fable, un conte philosophique écrit dans une langue belle et savoureuse comme une mangue bien mûre, je l'ai dégusté avec un très grand plaisir, me laissant aller aux évocations sensuelles, voluptueuses, quasi liquoreuses qui nous sont offertes.
Le livre s'ouvre sur une image surréaliste : un trois-mâts de dix-huit canons se trouve planté sur la cime des arbres. J'adore ce type d'image folle, de tableau irréel. de la mer, il n'y en a plus, les algues ont cédé leur place aux broussailles et au lierre, la boue a remplacé l'eau. Hum, ce mélange des éléments, terre, mer, ciel me comble de joie ! J'exulte !
L'équipage ne fait rien ou pas grand-chose et les réserves de nourriture baissent à vue d'oeil. Alors, on essaie d'attraper des oiseaux avec des filets de pêche (délicieuse inversion...) et l'on mange des crapauds en guise de crabes (avec un peu de mayo, on ne verra pas la différence...) Mais un soir, une tempête se lève, le bateau tangue dangereusement au-dessus du vide et risque à tout moment de s'écraser au sol. Il faut donc le délester : on jette alors les caisses, les armoires, les tonneaux, l'ancre, les tableaux volés (ah, ces belles accumulations d'objets hétéroclites, je jubile, voyez donc : «  Les oiseaux serraient entre leur bec des bracelets de cuivre et d'argent. Des robes de marquise flottaient au vent, sur la canopée, et les singes jouaient avec des dentelles, sautant d'arbre en arbre, déchirant le drapeau noir de la flibuste. » ) mais le capitaine Henry Morgan (célèbre flibustier, 1635-1688) refuse de jeter par dessus bord son trésor (nous y voilà, vous l'avez compris!).
Alors, écoutez bien, c'est sublime : « ...le poids du bateau déracina les arbres et l'entraîna vers l'abîme. Un nuage de poussière se leva et couvrit le ciel. le cadavre de la chute affola les animaux. Ainsi, les marécages, les passions, les profondeurs de la nature, avalèrent si bien la frégate de Henry Morgan que l'on ne récupéra aucun vestige, et son trésor resta enfoui là, entre des morceaux de voile et le cadavre d'un pirate, conservé dans le ventre des Caraïbes. » Magnifique, extraordinaire, fascinant chapitre UN - un trésor en lui-même, pas besoin d'aller plus loin - qui nous laisse sur toutes ces richesses cachées… Il est tellement beau ce chapitre UN qu'il me suffirait...
Trois siècles plus tard, c'est un village « qui s'est installé là où le bateau avait disparu. » La famille Otero, que l'on suivra sur trois générations, a racheté sur ces terres une propriété qui ne lui a pas coûté bien cher : les sols n'ont pas été entretenus, quant à la maison en elle-même, elle n'est pas bien belle et surtout, une clause morale stipule que personne ne doit entrer dans une des trois chambres de l'étage. (Humm, j'adore les lieux où il est interdit d'entrer… la fameuse petite pièce du château de Barbe-Bleue, la chambre n°237 de Shining...) L'ancienne propriétaire y vient une fois l'an y pleurer son mari disparu, elle emplit « son seau de larmes » et repart. Ezequiel Otero, sa femme Candelaria de Otero et leur fille unique Serena (des noms comme des voyages…) y vivent simplement, à l'écart du monde et les journées se répètent inlassablement. Ils cultivent la canne à sucre. Mais un jour, arrive un jeune homme de la ville, un certain Severo Bracamonte. Passionné par les histoires de pirates et de trésors cachés, il transporte avec lui des tas d'objets : cordes, compas, vieilles cartes, plans, documents divers, dessins, tous en rapport avec le trésor de Henry Morgan. Il en est bien persuadé : le trésor est ici sous ses pieds, il en a la preuve. On doit le laisser fouiller…
Et ils seront nombreux à vouloir retourner la terre en tout sens, cherchant un trésor qui est peut-être ailleurs… et pas si caché que ça !
Je vous imagine les yeux brillants, ça y est, vous avez retrouvé votre âme d'enfant, ça marche à tous les coups, les histoires de pirates et les trésors enfouis, on a beau dire que ça ne nous intéresse plus, qu'on a passé l'âge, pas du tout, croyez-moi !
Comme je le disais au début, j'ai lu Sucre noir comme on déguste un bonbon ou un bon vin, en le laissant doucement emplir mon palais de toute la magie de ses saveurs… un délice ! Les mots évoquant la nature luxuriante, le parfum des goyaviers, des amandiers, des orchidées, les arômes du rhum, les senteurs des épices et la chaleur de la terre sont délectables, exquis, succulents et certaines phrases s'apparentent à des fulgurances génialissimes d'une poésie extrême et d'une beauté absolue qui m'ont transportée. Allez, en voici quelques splendeurs : « Elle avait l'âge où l'on pense que les arbres tournent autour des oiseaux. », « Si les étoiles étaient de l'or, je creuserais le ciel. »
Il n'y a qu'à se laisser porter et ce n'est pas désagréable.
D'ailleurs, dans une interview, Miguel Bonnefoy explique que c'est lors d'une soirée pour la promotion de son précédent livre, le Voyage d'Octavio, soirée qui associait à la fois lectures d'extraits et dégustation de rhum (humm, pas mal…) qu'il s'est dit: « comme j'aimerais un jour pouvoir écrire un livre qui ressemble à une bouteille de rhum. » Eh bien voilà, c'est fait et pas besoin de déguster avec modération !
Néanmoins, derrière cette fantaisie apparente se cache un message peut-être pas si léger que ça, l'idée que ce trésor que l'on cherche toute une vie est peut-être là, sous nos yeux et que si l'on n'a pas eu la sagesse de le voir, c'est parce qu'on voulait à tout prix qu'il prenne la forme d'un coffre scellé !
Une réflexion sur le bonheur, les vraies richesses qui sont souvent devant nous, qui s'offrent à nous, au quotidien mais que l'on cherche ailleurs, parce qu'ailleurs, croit-on, c'est toujours mieux qu'ici. Il y a quelque chose de la fable de la Fontaine « Le laboureur et ses enfants » dans ce conte.
L'on peut aussi y lire l'histoire d'un pays, le Venezuela (d'où est originaire la mère de l'auteur) ou la métaphore du naufrage d'une terre qui a cru que l'or noir qui sortait de son sol était son trésor. Il s'est trompé, cet or noir, d'une certaine façon, l'a ruiné : certes, l'essence à la pompe est peut-être la moins chère du monde mais il faut se battre et patienter de longues heures au soleil pour espérer trouver des oeufs, du lait, du sucre, de l'huile. Ce pays doit, maintenant qu'il a tout misé sur le pétrole, importer la quasi totalité de ses biens de consommation alors que ses terres sont si riches ! le trésor, finalement, était un leurre, les vraies richesses se trouvaient ailleurs mais personne ne les a vues ou n'a voulu les voir...
Un très beau texte à savourer lentement et à méditer longuement...
Lien : http://lireaulit.blogspot.fr/
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critiques presse (4)
LeJournaldeQuebec   23 octobre 2017
L’écrivain français Miguel Bonnefoy, véritable prodige littéraire qui s’inspire à la fois des cultures française et sud-américaine, invite les lecteurs à le suivre dans une formidable chasse au trésor parfumée au rhum et teintée de réalisme magique dans son nouvel opus, Sucre noir.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
LaLibreBelgique   10 octobre 2017
Une chasse aux multiples trésors contée avec talent par Miguel Bonnefoy
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Lexpress   04 septembre 2017
Dans son deuxième roman, riche et musical, l'auteur Miguel Bonnefoy nous invite sur une île des Caraïbes où il est question de trésor et de canne à sucre.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Lexpress   21 août 2017
Deuxième roman du Franco-Vénézuélien Miguel Bonnefoy, "Sucre noir" est un conte nourri de ce réalisme magique qui épice la littérature sud-américaine.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (86) Voir plus Ajouter une citation
ZarpsZarps   16 juillet 2018
Elle considérait qu'une femme cultivée ne pouvait pas être soumise, et ne cherchait pas tant à briller qu'à affirmer sa liberté.
Commenter  J’apprécie          30
BrochmaelBrochmael   10 février 2018
Mille fleurs brillaient sur son tronc. L’arbre lui parut plus petit qu’il ne l’était réellement, plus fragile. De gros nuages noirs se formaient dans le ciel. Un vent frais venait de l’intérieur du pays.
Severo Bracamonte sortit sa pioche et, se tournant vers Serena :
– Il y a un objet métallique sous l’arbre, dit-il sur un ton de triomphe.
Serena Otero s’immobilisa. Elle planta sur lui un regard effrayé.
– Ce serait un crime, s’écria-t-elle.
Severo eut de tendres protestations. Il faisait le tour du tronc, tendait son détecteur, concentré sur ses écouteurs. Il essaya négligemment de calmer Serena.
– Avec ce que nous trouverons en dessous, nous pourrons en planter mille autres.
Elle ne répondit pas. Une colère l’envahit. Elle fit quelques pas en avant jusqu’à toucher l’écorce et, comme on protège un enfant, se retourna en s’interposant entre Severo et le tronc.
– Si tu déracines cet arbre, dit-elle en posant un doigt sur son cœur, que ton premier coup de pioche frappe ici.
Ce fut dit d’une telle façon que Severo Bracamonte lâcha son détecteur. Il souffla au lieu de répondre, donna un coup de pied dans une grosse pierre.
Ne sachant comment réagir, il parla de son destin, de sa passion, rappelant qu’il était un chercheur d’or et que, comme tout chercheur d’or, il ne serait un homme que lorsqu’il aurait sorti un trésor du fond de la terre.
Serena le fixa longtemps, sans ciller, et lui répondit avec une sagesse orgueilleuse qui n’était pas de son âge :
– Imbécile. Tu seras un homme quand tu sortiras un trésor du fond de mes yeux.
Ce mot blessa Severo, au lieu de le flatter. À cet instant, il pensa que Serena voulait le détourner de son objectif. Il se fâcha en silence, mais fit un effort pour ne rien laisser paraître.
Une tempête éclata. Il ne toucha pas à l’arbre et partit se réfugier dans sa cabane. Cette nuit-là, il plut tellement que Severo eut l’impression d’une hémorragie dans son cœur.
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Commenter  J’apprécie          40
Under_The_MoonUnder_The_Moon   02 août 2017
Ces livres enseignèrent à Serena tout à la fois la servitude et la révolte, l'infidélité et le crime, la magie d'une description et la pertinence d'une métaphore. Ils lui firent découvrir les divers aspects de la virilité, dont elle ignorait presque tout. Elle apprit que la tour de Pise penchait, qu'une muraille entourait la Chine, que des langues étaient mortes, et que d'autres devaient naître.
Commenter  J’apprécie          190
dedansodedanso   05 octobre 2017
Tous les matins, armée d'une pelle et d'une serpette, elle marchait à travers les champs, coupant les bulbes, pressant les feuilles entre ses doigts, en herboriste sérieuse et disciplinée. Elle portait dans une besace assez lourde un arrosoir, trois caissettes pour ranger des plantes, vingt feuilles de papier et une planche de sapin, jusqu'aux clairières où fleurissaient des pivoines, des camélias, des cactus et des héliotropes.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          150
dedansodedanso   08 octobre 2017
Dans un désordre d'émotions, Severo s'emporta autant qu'il douta. Il essayait d'avoir des manières douces, de délicates impulsions, mais il entendait le coeur de Serena cogner dans sa poitrine et sa ferveur le faisait s'emballer.
Cette peau vierge brûlait la sienne. La tiédeur de sa nuque répandait une odeur suave de noisette. Tous ces mois de complicité, de quêtes à deux, de confidences sous le couvert des bois, avaient fait naître en lui des envies fauves. A présent, elle était là devant lui, rendue au suc de son corps.
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