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EAN : 9782205066463
96 pages
Éditeur : Dargaud (29/10/2010)
3.25/5   10 notes
Résumé :
" - Chaque jour, chaque nuit, réjouis-toi, fais la fête, danse et joue de la musique. Baigne-toi, lave-toi, revêts tes habits propres. Contemple l'enfant qui te tient par la main et rends heureuse la femme blottie contre toi. Car telle est l'unique perspective réservée aux hommes..."
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Nastasia-B
  06 juin 2014
Quelle bonne idée de transcrire sous forme de bande dessinée l'Épopée de Gilgamesh ! Ce récit mythique s'y prête particulièrement et c'est une façon originale et agréable de faire découvrir l'une des plus anciennes — pour ne pas dire LA plus ancienne — histoires écrites de l'humanité.
L'illustrateur a pris le parti d'un dessin assez nerveux, anguleux, qui n'est pas sans m'évoquer certaines représentations mythologiques des vases grecs anciens. C'est un choix discutable mais qui esthétiquement produit son effet et colle assez bien au tempérament du protagoniste principal. Personnellement, j'aime assez.
L'épopée se déroule en deux temps et nous présente tout d'abord sous un jour sombre le héros Gilgamesh, homme aux proportions gigantesques, à la force herculéenne avant l'heure et, au même titre que son successeur mythique, jouissant d'un statut mi-homme, mi-dieu.
Il n'était pas rare à l'époque, et ceci dans diverses civilisations, d'attribuer au chef d'une communauté un pouvoir divin. Les empereurs romains par exemple et plus tard l'essentiel des rois d'Europe se réclameront d'un dieu.
Gilgamesh, donc, est roi d'Uruk. Malgré la soumission de son peuple, la souveraineté de ce roi est mal vécue car il utilise quasi systématiquement un droit de cuissage de son cru sur toutes les jeunes mariées, avant même que le légitime n'ait pu faire valoir une quelconque prérogative dans la manoeuvre.
Gilgamesh se permet tout et sa force empêche quiconque de s'opposer à lui. Mais trop c'est trop et les dieux eux-mêmes, alertés par les urukois (à ne pas confondre avec les indiens d'Amériques arborant une crête médio-crânienne), s'offusquent de tels procédés si bien que, dans une motte d'argile, ils façonnent un géant sauvage, rustre, en tout point comparable à Gilgamesh, sauf à considérer son abondante pilosité répartie sur tout le corps.
Enkidu, c'est son nom, vit donc comme une bête au milieu des bêtes et terrorise les malheureux bergers qui jamais de leur vie n'ont croisé pareil molosse, si ce n'est Gilgamesh lui-même.
Les choses parviennent aux oreilles du souverain qui, non content de déflorer l'essentiel de ce qu'Uruk compte de féminité, passe ses journées enlisé dans le stupre et la fornication au beau milieu de son harem, à compter ses innombrables favorites. Il ne lui vient donc pas à l'idée d'appâter le monstre Enkidu autrement que par... le sexe !
Brillante stratégie — il mandate donc l'une de ses courtisanes à cette mission, la Joyeuse, laquelle s'acquitte sans difficulté du contrat et ramène en Uruk le rude mâle, en ayant préalablement pris le temps de lui apprendre la langage articulé, les bonnes manières et l'art de se vêtir convenablement. Voyez ! À l'époque comme maintenant, en Mésopotamie comme ici, que ferait-on sans les femmes ? Je vous le demande ? !
Bref, notre Enkidu domestiqué ne va pas tarder à se mettre au service, non pas de la veuve et de l'orphelin, mais plutôt de la fiancée et du promis. Ceci provoque alors inévitablement un casus belli avec le roi des lieux.
La mêlée s'annonce prometteuse, Gilgamesh a enfin un adversaire à sa taille ! Qu'en ressortira-t-il ? Qui va gagner ? Quels changements en attendre ? Ne comptez tout de même pas sur moi pour tout vous déflorer, attendu que la défloraison est l'apanage exclusif de Gilgamesh en personne et qu'il vaut mieux ne pas le contredire celui-là.
Par contre, on peut encore raisonner un peu, si vous m'y autorisez. Je ne vois pas de raison de douter de l'existence d'un chef dont le nom aurait pu être Gilgamesh, ou quelque chose d'approchant ou tout au moins un surnom. Ensuite, la fibre fabulatrice et créatrice humaine étant ce qu'elle est, la mégalomanie dudit Gilgamesh ou de ceux se réclamant de lui aura eu vite fait d'en faire l'être exceptionnel que l'on sait et que l'on aura magnifié dans l'écrit.
Toutefois, malgré tout le génie du conteur à présenter un Gilgamesh bon, loyal, sagace et s'amendant constamment, capable à lui seul de venir à bout des pires ennemis, on lit en creux, en filigrane, un roi brutal, oisif, mal aimé de son peuple et s'autorisant des libertés sexuelles mal vécues du peuple.
Il en va de même des exploits solitaires, qui, même dans le récit, semblent bien n'avoir été possibles que par l'entremise décisive d'un autre... L'Histoire ne retient que le nom des vainqueurs, a fortiori quand les vaincus ne sont plus là pour donner leur version.
À l'époque, plus de 2500 ans avant J-C, ceux qui manient l'écriture sont très rares et il faut vraisemblablement une bonne raison pour entamer la rédaction d'un tel récit. Il ne saurait être que commandité, et ce, par un proche du pouvoir, pourquoi pas le pouvoir même ? Dans quel but ? asseoir une légende ? légitimer une prise de pouvoir ? améliorer un portrait que la postérité jugerait trop défavorable ? Allez savoir...
Ensuite, le second temps de l'épopée est beaucoup plus empreint de mysticisme et de métaphysique. On le croirait écrit d'une autre main. On y découvre probablement le véritable but de ce récit, la véritable portée parabolique, à savoir : la quête de l'immortalité pour l'homme.
Gilgamesh, mis en face de sa propre nature bestiale grâce à l'espèce de miroir que constitue Enkidu, image pas forcément florissante qu'il a d'abord combattue, puis, peu à peu, s'est mis à l'accepter et à l'aimer. Maintenant, cette nature bestiale, faut-il encore qu'il accepte l'une de ses caractéristiques constitutives : le fait qu'elle soit mortelle.
Et là, c'est une autre paire de manche car non, ça, Gilgamesh il n'aime pas du tout. Accepter d'être un mortel comme un autre, accepter même que son image puisse disparaître, perdre ce que l'on a possédé : jeunesse, force, beauté, pouvoir, richesses, non, ça, il n'accepte pas du tout.
Il est taraudé par cette perspective et se résout à accomplir une x-ième prouesse : allez voir les dieux eux-mêmes pour leur demander l'offrande de la vie éternelle.
Le chemin est encore largement semé d'embûches, peu à peu, Gilgamesh devient sale, fourbu, amaigri, ses vêtements à force d'endurer les sévices du voyage ne sont plus que haillons.
Il finit malgré tout par rencontrer Urshanabi, un solitaire qui vit au bord de l'eau et qui possède un frêle esquif. Gilgamesh, grâce à ses gros muscles, parvient à le convaincre de le mener devant Utanapishtim.
Urshanabi, en passeur plein d'abnégation, fait éminemment penser à Charon dans la mythologie grecque qui a emprunté beaucoup à l'épopée de Gilgamesh. de même, Utanapishtim est une version prototypale de Noé et de son arche célèbre.
Après quelques nouveaux travaux, Gilgamesh, modèle d'Héraclès puis d'Hercule, finit par obtenir, de mauvaise grâce, de la bouche de Utanapishti, le secret de l'immortalité.
Ce sera encore une nouvelle épreuve que d'aller trouver cette plante rare, si elle existe et de s'en saisir, s'il est possible. Mais ceci est un défi à la mesure de Gilgamesh. Je vous laisse le plaisir de découvrir s'il y parviendra et ce qui adviendra alors, si vous ne le savez pas déjà.
Au total, un très beau mythe fondateur, plutôt très bien restitué sous format BD, avec des illustrations efficaces et un texte épuré. Une très jolie parabole aussi sur le sens de la vie, qu'il convient de méditer à chaque âge.
Et que dire de cette étonnante première moitié de l'épopée ? Et bien comme de tout autre récit fondateur, il recèle sûrement une partie de vérité, mais une partie seulement. Et, à plus de 4500 ans de distance, allez essayer de deviner laquelle ?
C'est pourtant ce qui me fascine dans la lecture des mythes. On sait par exemple que le mythe du cyclope chez les Grecs antiques provient presque à coup sûr de la nécessité d'interpréter un fait inexplicable.
Imaginez, en effet, le désarroi de ces hommes lorsqu'ils découvrirent sur leur terre des crânes d'éléphants datant des temps anciens où le climat et les hommes préhistoriques n'avaient pas encore eu raison des gigantesques proboscidiens d'Europe.
Voici donc un crâne énorme, présentant sur sa face avant non pas deux orbites, comme il est commun d'en rencontrer chez les mammifères, mais un seul et immense trou, en plein milieu, où s'ouvrait la cavité de la trompe. Ce n'est pas déraisonnable, c'est même un choix assez parcimonieux que d'attribuer un tel crâne à une créature géante, munie d'un seul oeil. L'imaginaire est ensuite à l'oeuvre pour tenter de mettre sur pied une hypothèse crédible relatant la mort de ces créatures exceptionnelles.
Il en va de même pour l'épisode biblique du déluge, (qui à l'instar de nombreux autres emprunts à des mythes antérieurs provient presque à coup sûr de cette épopée) qui semble bien être une interprétation ad hoc d'un raz de marée dans l'est de la Méditerranée, suite à un tremblement de terre, lequel raz de marée a probablement sonné le glas de la civilisation minoenne en Crète.
Cette longue digression pour nous inviter à regarder d'un oeil paléo-ethnologique cette première épopée écrite de l'humanité. On y lit sans doute déjà, hélas, et ce dès les origines, l'influence néfaste de l'homme sur son environnement.
Le recours à l'irrigation en Mésopotamie et l'exploitation abusive d'une végétation fragile de type méditerranéen est probablement cause de la raréfaction du bois de construction dans la cité d'Uruk puis de la désertification quasi générale de la région.
Aussi, faut-il aller bien loin pour encore rencontrer une forêt de cèdres et une simple mission d'approvisionnement en matériau de base est-elle perçue, au moment de la rédaction de l'épopée, comme un acte héroïque relevant de la plus intrépide bravoure...
En tout cas, c'est bien joué car plus de 4500 ans après avoir été cunéifié, il se trouve encore de sombres fous, de sombres folles pour en parler toujours et pour donner dessus leur avis qui, comme chacun sait, dans 4500 ans, ne signifiera plus grand-chose !
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jamiK
  30 août 2017
Très bonne idée d'adapter l'épopée de Gilgamesh, Un des plus vieux texte du monde, en BD. J'aime le dessin, vif, dynamique, non surchargé de détails, et qui avec ses silhouettes fantastiques rendent la lecture attrayante. C'est plein d'énergie. L'histoire quand à elle, assez classique dans ses thèmes, déification des héros, rapport avec les dieux, quête de l'immortalité... nous permet aussi de nous rendre compte que les religions monothéistes ont piqué leur thèmes dans les religions polythéistes... Copieurs !
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lizzie-bennet
  15 septembre 2017
Il y a longtemps que je voulais lire Gilgamesh, le plus ancien de tous les récits, qui en inspira bien d'autres dont la Bible. J'ai choisi cette version BD recommandée par l'éducation nationale. Un récit accessible, un graphisme agreable. Mais des manques dus format : la BD ne permet pas de tout dire. Je compléterai sans doute ma lecture par la version littéraire complète pour bien tout comprendre et ne rien omettre de ce récit fondateur.
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   19 mars 2014
L'HOMME-SCORPION : Pourquoi as-tu accompli un aussi long et difficile parcours pour venir jusqu'à nous ? Je veux savoir les raisons de ton voyage.
GILGAMESH : Moi, je m'appelle Gilgamesh, je suis venu d'Uruk, la demeure d'Anu. La mort s'est abattue sur mon ami Enkidu, et viendra me frapper à mon tour, c'est la peur de la mort qui a guidé mes pas.
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Nastasia-BNastasia-B   19 mars 2014
LA FEMME : Secoue-moi donc cet homme pour qu'il se réveille. Qu'il rebrousse chemin et retourne en paix jusque chez lui !
UTANAPISHTIM : Les hommes sont déloyaux, il le sera aussi envers toi.
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