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EAN : 9782848054254
Sabine Wespieser (14/10/2021)
3.21/5   14 notes
Résumé :
Un soir de décembre 1889, sur les quais de Cadix, la silhouette d’un petit homme entre deux âges, coiffé d’un feutre fatigué, attire les regards. Charles Sanois se prétend négociant en vin, il a fui Paris, le deuil de sa mère et l’épidémie de grippe asiatique se propageant dans le monde entier. Il s’apprête à embarquer, rêvant d’azur et de paix.
Pendant ce temps, la panique gagne à l’Opéra de Paris : le compositeur d’Ascanio, le célébrissime Camille Saint-Saë... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Vertige de l'hélice. Vincent Borel (Sabine Werspieser 220P)
Fin 1889, Camille Saint-Saëns, compositeur mondialement connu, la petite cinquantaine fatiguée, quitte brusquement Paris et disparait en pleine préparation de son dernier opéra. Sous une fausse identité, il file vers l'Espagne, puis en bateau jusqu'aux îles Canaries. de santé très fragile, il fuit la grippe asiatique qui se répand partout, mais aussi et surtout le burn-out (il travaille trop), le chagrin consécutif à la mort de sa mère, et sans doute des questions existentielles concernant ses désirs les plus profonds, en particulier son attirance pour les hommes (suggérée par allusions dans toute la première partie du roman).
Sur l'île sauvage et paradisiaque, et pendant que la presse à sensations cherche sa trace dans toute l'Europe et au-delà, le musicien croise un jeune garçon, de « 14 ou 16 ans », et il est d'emblée très troublé. L'adolescent, lui, tombe immédiatement amoureux de cet homme mûr qu'il admire pour ses talents et sa sensibilité, et c'est lui qui va choyer, « prendre en charge » le mal de vivre de Saint-Saëns, et rapidement le séduire, sans autre intention que de laisser éclore un amour certes interdit par la morale et la loi de l'époque, mais totalement désintéressé des deux côtés. L'aventure passionnée prendra fin avec le départ du musicien, qui, reconnu par une admiratrice, doit rentrer à Paris, seul. Cette histoire est aussi pour le romancier Vincent Borel, critique musical réputé qui a écrit plusieurs biographies de grands musiciens, de faire un portrait assez acide de la bonne société bourgeoise de l'époque, des milieux musicaux, de la presse à scandales, mais aussi de témoigner d'une sensibilité à la musique, et de son admiration pour Saint-Saëns. Et c'est écrit dans une langue fine et délicate, assez « aérienne » et légère, sensuelle comme peut l'être la nature des Canaries, poétique et parfois assez drôle. Et il y a même un peu de suspense. Sur le plan littéraire, c'est donc assez réussi, agréable à lire.
Mais se pose une question extra-littéraire, que j'ai envie de préciser. Une question qui s'éclaire aussi par le nombre très restreint de critiques parues dans la presse spécialisée qui a fait un accueil plus que discret à ce roman (ou alors en restant très allusives sur le thème central de cette fiction) ? Y aurait-il un malaise quelque part ?
Dans une période qui a vu « le consentement » de Vanessa Springora (où elle parle de sa relation sexuelle à 14 et 15 ans avec l'écrivain à succès Gabriel Matzneff, pédophile assumé) secouer bien au-delà du microcosme littéraire, on peut constater que Vincent Borel a pris un indiscutable risque ; celui d'apparaitre comme le défenseur, sinon le promoteur de la pédérastie, avec un argumentaire quasi militant qu'il met dans la bouche de Saint-Saëns. Ainsi pour lui (pour eux ?) la pédérastie telle que la pratiquait les Grecs anciens n'est pas la pédophilie qui est, elle, haïssable et condamnable. « Ils sont amoureux, et alors ? Quel est le problème, si l'un a 14 ou 16 ans, et ‘séduit' l'autre qui en a cinquante ? »
C'est justement la réponse de Vanessa Springora qui m'a intéressé : «Comment admettre qu'on a été abusée, quand on ne peut nier avoir été consentante ? Quand, en l'occurrence, on a ressenti du désir pour cet adulte qui s'est empressé d'en profiter ? (…) Pourquoi une adolescente de quatorze ans ne pourrait-elle aimer un monsieur de trente-six ans son ainé ? Cent fois, j'avais retourné cette question dans mon esprit. Sans savoir qu'elle était mal posée dès le départ. Ce n'était pas mon attirance à moi qu'il fallait interroger, mais la sienne.»
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À la fin de l'année 1889, un homme entre deux âges qui se prétend négociant en vin embarque à Cadix sur un navire vers des contrées azures sous le nom de Charles Sanois. Il s'agit en réalité de l'illustre compositeur Camille Saint-Saëns, alors au sommet de sa gloire. Séduit par un inattendu décor de basalte, il décide de s'arrêter sur la Grande Canarie pour y panser les blessures de ses deuils et pour fuir le Tout-Paris.

Dans une rue de Las Palmas, il ne peut s'empêcher de faire irruption dans une maison lorsqu'il entend brillamment jouer sa Danse macabre. Sa rencontre avec le jeune portier de cette maison va changer la nature même de son séjour. L'artiste brisé va alors se laisser porter par la beauté tellurique de l'île, mais aussi par la poésie et la pureté du jeune portier.

Si la quatrième de couverture nous dévoile une partie de l'histoire, on se rend compte à la lecture que l'enjeu n'est pas tant l'histoire en elle-même mais ce qu'elle évoque d'une part, et d'autre part la manière dont elle est racontée.

Véritable hommage à la musique et aux arts en général, ce roman nous montre la beauté et la poésie dans la nature comme dans la rencontre fortuite d'un être au coeur pur. Et c'est dans une langue sompteuse, aux descriptions imagées et poétiques, que Vincent Borel imagine l'escapade de Saint-Saëns aux Canaries.

En devenant Charles Sanois, le compositeur échappe à sa vie parisienne et tente de panser ses blessures loin de sa célébrité devenue pour lui une véritable Némésis. C'est aussi un portrait de l'artiste qui revient à la vie sous le ciel de l'Atlantique, sur cette île basalte où la vie a une toute autre saveur.

Un grand coup de coeur pour cette découverte de la rentrée littéraire. Une vraie pépite qui embarque par la beauté de sa langue et que l'on peut difficilement reposer avant la fin.
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J'ose à peine écrire un article sur ce roman tant il m'a révulsé.
Sous couvert d'écrire sur la mystérieuse disparition de Camille Saint-Saëns, l'auteur nous décrit une soit-disant passion entre un homme de 50 ans et un jeune homme de 15.
Inutile de dire que je n'y ai pas crue une minute. Quand on a 15 ans, on est bien loin de ces préoccupation charnelle (j'ai 2 ados à la maison, je peux vous en parler).
Sous couvert d'hellénisme, j'ai vu un barbon qui s'entichait d'un jeune un peu perdu qu'il n'emmènera même pas avec lui à Paris. Une relation complètement déséquilibrée.
Et alors la palme, c'est lorsque l'auteur fait comparer à son personnage sa passion à lui "si belle et si pure" à celle d'autres barbons qui paient.
Beurk.
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L'Opéra de Paris est en émoi. le célèbre Camille St Saëns a disparu ! Les musiciens sont désemparés. Tous font des suppositions ; surmenage, touché par la grippe qui fait des ravages en Europe en 1885…Pendant ce temps, un petit bonhomme qui a changé d'identité et s'appelle Sanois, vogue vers les îles Canaries. Vers la chaleur, fuyant l'hiver de Paris, car il est de santé fragile et craint la maladie plus que tout. La Grande Canarie lui apporte ce qu'il cherche, la lumière, la chaleur et l'amour torride d'un jeune portier. Son homosexualité l'empêchera de l'emmener avec lui à Paris. le livre comporte de fréquents aperçus musicaux et un mélange de drôlerie et de cynisme. Une écriture divertissante. JB
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Un roman infiniment gracieux, par l'un des écrivains majeurs sur la musique. Très beau portrait d'un jeune homme en émoi pour un autre plus âgé et d'abord réticent à une passion que l'époque (la sienne comme la nôtre) juge amorale et condamne sans discernement. J'ai apprécié cette intrigue iconoclaste, à rebours de ce qu'il est convenable d'écrire aujourd'hui. Mais le sujet du roman n'est pas franchement là. J'ai adoré la façon dont cet auteur rend tangible la musique et l'acte créatif, narrés dans un style pudique, lumineux et volcanique.

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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
Palais Garnier, au foyer de la danse c’est le bordel, au propre comme au figuré. Assis sur un premier rang de chaises, les abonnés reluquent les demoiselles en tutu qui s’exténuent sur leurs pointes, lèvent la cuisse, dévoilent le galbe d’un fessier et penchent un buste avantageusement moulé par le justaucorps. Des messieurs d’un certain âge, voire d’un âge certain, en frac et pantalon anglais, se caressent goulument les moustaches en jaugeant ces jeunettes fleurant bon la virginité.
Les mères, assises sur un second rang de chaises, y veillent. Aiguilles à coudre en mains, elles tricotent allegro tandis que leur progéniture s’adonne au grand art. Sous les ors trop dorés par l’architecte Charles Garnier, la sueur de l’effort et les haleines haletantes distillent une invisible vapeur d’excitation imprégnant jusqu’au velours partout tendu. Sur les murs, comme au plafond marouflé, les chairs rosées des nymphes nues évoquent davantage la maison close que la salle de répétition du corps de ballet de l’Opéra de Paris.
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