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Critique de Pois0n


Pois0n
  06 avril 2020
Moins romance que comédie, C'était pas censé se passer comme ça réserve quelques bonnes tranches de rire et une dose élevée de situations complètement rocambolesques, pour la plupart trop pour être crédibles (quoique...), mais dont l'absurde fait, généralement, mouche.

Il faut dire que les différents membres de la famille Stradavine justifient à eux seuls l'invention de l'expression « hauts en couleur » : entre Alice, la créative survoltée au caractère de cochon et langage fleuri, son opposé parfait Henri, névrosé à la vie réglée comme du papier à musique, et entre les deux l'insaisissable Camille, il y a déjà de quoi faire, mais c'est sans compter sur celle qui est véritablement au centre de l'histoire, Sveta, la babulya russe dans toute sa splendeur, qui malgré ses rides semble parfois se moquer d'avoir atteint l'âge de raison.

C'est indéniable, cette famille complètement loufoque et, finalement, assez crédible, avec sa complicité, ses traditions mais aussi ses blessures, s'avère particulièrement attachante vue par les yeux des deux narratrices : la première, Léo, en froid avec ses grands bourgeois de parents, coloc d'Alice et grande fan de Disney ; la seconde, Renata, compagne d'Henri et psy encore plus à l'ouest que certains de ses patients. Une amitié immédiate naît entre ces deux femmes, nouvelles venues dans le foyer ô combien déroutant des Stradavine. On navigue d'une péripétie porte-nawakesque (voire d'une catastrophe) à l'autre au gré des citations Disney de Léo, et tant pis si, parfois, le récit sonne trop exagéré : l'on rit certes rarement, mais on sourit souvent de bon cœur. Sans oublier le charme de Camille qui ne manque pas d'opérer, même si, jusqu'au bout, comme Léo, on ne sait pas trop sur quel pied danser avec lui. Le moins qu'on puisse dire, c'est que l'autrice joue savamment avec nos nerfs ; ange ou démon, comme celui de Léo, notre cœur balance.

Malheureusement, s'il n'y a pas grand-chose à reprocher à la forme, dans le fond, il y a tout de même quelques éléments assez dérangeants qui viennent gâcher le tableau.

Le premier concerne Renata, qui passe toute la première moitié du bouquin à se demander comment annoncer à son mec qu'elle ne veut pas d'enfants. Voilà qui fait un peu plaisir, dans un monde où l'injonction à se reproduire est omniprésente, de tomber sur une héroïne qui sait clairement ce qu'elle veut, ou plutôt ce qu'elle ne veut pas. Et puis paf, en l'espace d'un dialogue, la voilà qui vire de bord. Sérieusement ? Pour toutes ces personnes qui galèrent à convaincre leurs familles que non, ce n'est pas « temporaire » ni une question d'âge et que non, elles ne changeront pas d'avis, c'est limite irrespectueux. Et ça ne fait que conforter dans l'idée que tout le monde se *doit* d'y passer un jour... Non, juste non. D'autant que Renata ne décide pas de se reproduire parce qu'elle a envie d'enfants, non, mais parce que *son mari* en désire et qu'elle craint de le perdre si elle le lui refuse. Ambiance...

L'autre concerne le dénouement de l'une des intrigues secondaires, où l'on nous présente comme « sexy »... le fait que l'un des personnages en ait harcelé un autre ! Pardon ?! C'est juste ultra, méga creepy. Alors certes il n'y a pas mort d'homme, mais que ce comportement soit pardonné *à la minute* sous prétexte qu'il ait été motivé par des sentiments amoureux n'excuse absolument rien. C'est juste glauque, et la résolution ultra-express de l'histoire n'arrange rien.

Car oui, à la petite liste des petits trucs qui clochent, il faut rajouter une fin assez précipitée, où toutes les intrigues se résolvent de façon moyennement convaincante et finalement assez convenue, loin du grain de folie en vadrouille dans tout le reste du récit. Il en va de même pour l'épilogue, en mode « que sont-ils devenus » mal bricolé, mais qui a au moins le mérite d'exister et de conclure honorablement l'histoire.

En fin de compte, le côté décalé des personnages et des situations ne parvient pas tout à fait à masquer l'amertume laissée par les couacs, et c'est franchement dommage, tant l'on aimerait passer davantage de temps aux côtés des Stradavine !
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