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Nestor Ibarra (Traducteur)
EAN : 9782070326792
288 pages
Gallimard (09/11/2005)
4.25/5   24 notes
Résumé :
«Curieuse destinée que celle de l'écrivain, dit Borges dans l'une des préfaces qui scandent ce volume : à ses débuts il est baroque, vaniteusement baroque. Au bout de longues années il peut atteindre, si les astres sont favorables, non pas la simplicité, qui n'est rien, mais la complexité modeste et secrète.» On ne saurait mieux dire et, de fait, le lecteur reconnaîtra dans ces poèmes, où la parabole succède à la confidence, et le vers blanc au sonnet, tous les thèm... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
L'OR DES TIGRES de JORGE LUIS BORGES
Ce livre regroupe tous les poèmes de Borges publiés de 1965 à 1971. Longue préface d'Ibarra le traducteur pour expliquer ses choix, leur raison ainsi que la ponctuation. Il y a également des paroles de chanson pour un instrument à six cordes. Borges lui même parle de ses poèmes et de leur écriture disant avoir voulu éviter les synonymes faciles, les hispanismes et « argentinismes » les archaïsmes et les néologismes. Il parle beaucoup de Buenos Aires dans la dernière partie de ce livre, la qualifiant de »ville horrible » ou écrivant en parlant d'elle, « beautés involontaires de Buenos Aires qui sont aussi les seules ».
On trouve des poèmes à caractère religieux
« le pardon purifie l'offensé, non l'offenseur qu'il ne concerne presque pas » ou » Je veux mourir tout à fait avec ce compagnon, mon, corps ».
Borges évoque sa progressive perte de vision ( il finira aveugle), les poètes qui l'ont inspiré ou qu'il a admirés tels Walt Whitman ou Robert Browning, ses goûts politiques et son fort scepticisme envers la démocratie, les écoles littéraires qu'il considère comme des »simulacres didactiques », parodie la poésie japonaise et revisite des poèmes d'Homère avec Jason et la toison d'or.
Je vous propose en extrait la poésie qui donne son nom au livre.
L'or des tigres
« Jusqu'à l'heure du couchant jaune
Que de fois j'aurai regardé
Le puissant tigre du Bengale
Aller et venir sur le chemin prédestiné
Derrière les barres de fer
Sans soupçonner qu'elles étaient sa prison.
Plus tard viendraient d'autres tigres,
Le tigre de feu de Blake;
Plus tard viendraient d'autres ors,
Zeus qui se fait métal d'amour,
La bague qui toutes les neuf nuits
Engendre neuf bagues et celles-ci neuf autres,
El il n'y a pas de fin.
Année après année
Je perdis les autres couleurs et leurs beautés,
Et maintenant me reste seul,
Avec la clarté vague et l'ombre inextricable,
L'or du commencement.
O couchants, Ô splendeurs du mythe et de l'épique,
Ô tigres. Et cet or sans prix,
Ô t'es cheveux sous mes mains désireuses. »
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Citations et extraits (29) Voir plus Ajouter une citation
A l’Islande

De tous les pays de ce monde de beauté
que lassèrent ma chair et l’ombre de ma chair
nul n’est plus près du fond intime de mon coeur
que toi, Thulé dernière, Islande des vaisseaux,
de la constante rame et du soc obstiné,
des filets de pêcheur tendus comme des murs,
de cette étrange lumière de soir figé
qu’épand le vague ciel entre deux lentes nuits,
du vent qui cherche les voilures égarées
du Viking; terre sainte à qui la Germanie
dut sa mémoire, dut le rachat de ses mythes,
dut ta forêt de fer et son loup et la nef
faite d’ongles de morts, horrible aux dieux eux-mêmes.
Islande, j’ai rêvé de toi bien longuement
depuis ce vieux matin où mon père donna
à l’enfant que j’étais et que je suis encore
une version de la Völsunga Saga;
ma pénombre aujourd’hui s’attaque au texte même
non sans l’aide parfois du lent dictionnaire.
Un jour vient où le corps se lasse de son homme,
un jour vient où le feu décline et devient cendre;
heureux alors l’apprentissage résigné
d’une science interminable. J’ai choisi
ta langue, ce latin du Nord qui domina
les steppes et les océans d’un hémisphère,
qu’entendirent Byzance et la vierge Amérique.
Vraiment la posséder, je m’en sais incapable,
mais les dons hasardeux de la quête m’attendent;
j’en oublierai le fruit doctement défendu.
Font-ils mieux, les chercheurs d’étoiles ou de nombres?
Islande, à toi l’amour, seul l’ignorant amour.
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LE MENACÉ


C’est l’amour. Je devrai me cacher ou fuir.
Les murs de ma prison grandissent, comme en un rêve
atroce. Le beau masque a changé, mais comme toujours
c’est le seul. De quoi peuvent me servir mes talismans :
l’exercice des lettres, la vague érudition, l’apprentissage
des mots dont l’âpre Nord se servit pour chanter ses mers
et ses épées, la sereine amitié, les galeries de la Biblio-
thèque, les choses courantes, les coutumes, le jeune amour
de ma mère, l’ombre militaire de mes morts, la nuit intem-
porelle, la saveur du sommeil ?
Être avec toi ou ne pas être avec toi est la mesure de
mon temps.
Déjà la cruche se brise sur la fontaine, déjà l’homme se
lève à la voix de l’oiseau, déjà s’assombrissent ceux qui
regardent aux fenêtres mais l’ombre n’a pas apporté la
paix.
C’est, je le sais bien, l’amour : le désir anxieux et le
bienfait d’entendre sa voix, l’attente et la mémoire, l’hor-
reur de vivre dans la succession.
C’est l’amour avec ses mythologies, avec ses petites
magies inutiles.
Il y a un coin de rue où je n’ose passer.
Déjà les armées m’encerclent, les hordes.
(Cette chambre est irréelle, elle ne l’a pas vue.)
Le nom d’une femme me dénonce.
J’ai mal à une femme dans tout mon corps.

p.186-187
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POÈME DE LA QUANTITÉ


Je pense au ciel modique et puritain
avec ses feux déserts que chaque nuit
Emerson devait voir de ses fenêtres
dans sa Concord de rigueur et de neige.
Que d'étoiles ici ! bien trop pour l'homme.
L'homme ne suffit pas. Les innombrables
générations d'oiseaux et d'insectes,
de serpents, de panthères constellées,
de branches se tissant et détissant
sans fin, de grains de sable et de café,
tout grève nos matins, tout nous prodigue
un labyrinthe inutile et menu.
Peut-être est-elle unique devant Dieu,
cette fourmi que j'écrase. Il la veut
pour l'exécution des lois précises
qui gouvernent Son monde curieux.
S'il en était autrement, l'univers
serait erreur et chaos accablant.
Les miroirs de l'ébène et ceux de l'eau
et les miroirs ingénieux des rêves,
les lichens, les poissons, les madrépores,
au long du temps les files de tortues,
les lucioles d'un seul soir d'été,
les araucarias par dynasties,
les lettres au dessin bien profilé
de ce volume épargné par la nuit —
ne sont sans doute pas moins personnelles
ni moins énigmatiques que moi-même
qui les confonds. Juger Caligula,
juger la lèpre ? Non, je n'oserais.
                           Sao Paulo, 1970.

p.192-193
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LE SOMMEIL

Si c'était, comme on veut bien le dire, une
Trêve, un simple repos que le sommeil,
Pourquoi sens-tu, lors d'un brusque réveil,
Qu'on vient de te voler une fortune ?
Pourquoi hait-on de se lever matin ?
C'est qu'on y perd un charme inconcevable,
Intime au point de n'être recevable
Que déguisé sous cet or incertain
Des rêves, don des nuits, peut-être obscure
Preuve d'un orbe intemporel dont rien
Ne nomme la magie, extrême bien
Qu'en ses miroirs la veille défigure.
Quand le sommeil t'ouvrira son mur noir,
Que verras-tu ? Qui seras-tu ce soir ?

p. 59
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LE SOMMEIL

Si c'était, comme on veut bien le dire, une
Trêve, un simple repos que le sommeil,
Pourquoi sens-tu, lors d'un brusque réveil,
Qu'on vient de te voler une fortune?
Pourquoi hait-on de se lever matin?
C'est qu'on y perd un charme inconcevable,
Intime au point de n'être recevable
Que déguise sous cet or incertain
Des rêves, don des nuits, peut-être obscure
Preuve d'un orbe intemporel dont rien
Ne nomme la magie, extrême bien
Qu'en ses miroirs la veille défigure.
Quand le sommeil t'ouvrira son mur noir
Que verras-tu ? Qui seras-tu ce soir ?

Du recueil L'autre, le même
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Vidéo de Jorge Luis Borges
INTRODUCTION : « Le siècle qui commence trouve une Argentine confiante en l'avenir. le positivisme à la mode met une foi illimitée dans les avancées du progrès et de la science, et la croissance de la jeune république autorise une vision optimiste du destin national. La classe dirigeante a bâti son programme sur la base d'une instruction publique et gratuite pour tous, destinée à réaliser l'intégration culturelle de la deuxième génération d'une masse énorme et hétérogène d'immigrants à peine débarqués d'Europe. Cette Argentine, qui est à l'époque une toute jeune nation - sa guerre contre les Indiens n'est terminée que depuis vingt ans -, dépend économiquement de l'Angleterre, est fascinée par la culture française et admire autant l'opéra italien que la technologie allemande. Ce qui ne l'empêchera pas de tâtonner à la recherche de sa propre identité, à la faveur d'un sentiment nationaliste exacerbé dès 1910 […]. L'avant-garde poétique porte le sceau du modernisme, largement diffusé à Buenos Aires par Rubén Darío qui […] marquera d'une empreinte durable la vie culturelle du pays. […] La quête de la modernité inscrite dans le nouveau courant anime déjà ce pays avide de rallier un monde qui ne jure que par Le Louvre, la Sorbonne et Montparnasse. […].  […]  La seconde décennie du siècle […] marque un tournant décisif dans la réalité argentine. […] Hipólito Yrigoyen accède au pouvoir. Avec lui surgit une nouvelle classe sociale, issue de l'immigration et amenée, pour un temps, à prendre la place de la vieille oligarchie qui a dirigé le pays depuis les premiers jours de l'indépendance. […] Cette modernité, qui relie les poètes argentins à l'avant-garde européenne, se concrétise avec le retour au pays de Jorge Luis Borges, en 1921. […] Dans un article polémique paru dans la revue Nosotros (XII, 1921), Borges explique : « Schématiquement, l'ultraïsme aujourd'hui se résume aux principes suivants : 1°) Réduction de la lyrique à son élément fondamental : la métaphore. 2°) Suppression des transitions, des liaisons et des adjectifs inutiles. 3°) Abolition des motifs ornementaux, du confessionnalisme, de la circonstanciation, de l'endoctrinement et d'une recherche d'obscurité. 4°) Synthèse de deux ou plusieurs images en une seule, de façon à en élargir le pouvoir de suggestion. » […] […] les jeunes poètes des années 20 se reconnaissent au besoin qu'ils éprouvent de revendiquer une appartenance et de se trouver des racines. […] Il faut attendre une dizaine d'années encore pour que, dans le calme de l'époque, de jeunes créateurs, avec l'enthousiasme de leurs vingt ans, apportent un élan nouveau et de nouvelles valeurs poétiques. Prenant leurs distances par rapport à l'actualité, ils remettent à l'honneur le paysage et l'abstraction, ainsi qu'un ton empreint de nostalgie et de mélancolie. […] Les années 60 correspondent en Argentine à une période d'apogée culturel. le secteur du livre est en plein essor ; de nouvelles maisons d'édition voient le jour et, conséquence du boom de la littérature sud-américaine, la demande d'auteurs autochtones augmente, ce qui facilite l'émergence de noms nouveaux. […] La génération des années 70, à l'inverse, est marquée au coin de la violence. Plus se multiplient les groupes de combat qui luttent pour l'instauration d'un régime de gauche, plus la riposte des dictatures militaires successives donne lieu à une répression sanglante et sans discrimination qui impose au pays un régime de terreur, torture à l'appui, avec pour résultat quelque trente mille disparus. […] » (Horacio Salas.)
CHAPITRES : 0:00 - Titre
0:06 - Alejandra Pizarnik 2:30 - Santiago Kovadloff 3:26 - Daniel Freidemberg 4:52 - Jorge Boccanera
5:51 - Générique
RÉFÉRENCE BIBLIOGRAPHIQUE : Horacio Salas, Poésie argentine du XXe siècle, traduction de Nicole Priollaud, Genève, Patiño, 1996.
IMAGES D'ILLUSTRATION : Alejandra Pizarnik : https://universoabierto.org/2021/09/27/alejandra-pizarnik/ Santiago Kovadloff : https://www.lagaceta.com.ar/nota/936394/actualidad/santiago-kovadloff-argentina-pais-donde-fragmentacion-ha-perdurado-desde-siempre.html Daniel Freidemberg : https://sites.google.com/site/10preguntaspara1poeta
+ Lire la suite
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