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ISBN : 1536809829
Éditeur : CreateSpace Independent Publishing Platform (31/07/2016)

Note moyenne : 4.67/5 (sur 3 notes)
Résumé :
Au-delà de toutes les autres considérations, Europolis reste un très beau roman d'époque sur l'éphémère, l'illusion et l'échec, un roman dans lequel la mosaïque ethnique du Levant à l'embouchure du Danube sert de cadre social et d'effigie identitaire de la frontière maritime roumaine. Bien évidemment, beaucoup de choses ont changé, et Sulina ne ressemble plus aujourd'hui au port dynamique et cosmopolite des années 1920. Le charme et le pouvoir de séduction du livre ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Tandarica
  04 juillet 2016
Une très belle édition en roumain incluant une préface de Paul Cernat intitulée "Un port à l'est" ainsi qu'une chronologie et un dossier critique. Sur ce roman, Gib I. Mihaescu a écrit : "Vous vous êtes figuré quelque chose de monstrueux, une ville gigantesque, du futur, effrayante création de la technique moderne, avec des dômes en verre, des véhicules exclusivement volants et des robots.
Metropolis, Cosmopolis (référence au roman éponyme de Paul Bourget), Planetopolis.
Au contraire. Il s'agit d'une modeste ville roumaine, d'un petit port dont la renommée, à en croire l'auteur du roman, et surtout les énormes langues de vase que le Danube déverse jour après jour sur sa propre route et celle des vapeurs, érigeant ainsi des barrages entre lui et la mer, appartient d'ores et déjà au passé. (...)
Un roman intense et captivant, un paysage inédit et coloré de ce pays, un coin restreint de nature choisi presque à dessein pour représenter l'éternelle transfiguration du cycle de la vie tout entière des hommes et des éléments qui semblent tous naître pour se dévorer."
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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
TandaricaTandarica   10 avril 2016
De jour comme de nuit, on œuvrait au chargement des bateaux. Au cœur de la journée uniquement le port était comme mort. Sous l'averse dorée du soleil estival, engourdie, la nature tout entière dormait. Aucun signe de vie, pas le moindre souffle de vent. La terre et l’eau, les hommes et les animaux tombaient soudain dans une sorte de profonde léthargie. Une fois que le soleil au zénith l'avait par une aveuglante luminosité rendu muet et doré, le port ressemblait, dans la fournaise diurne, à une ville morte, ensommeillée par ensorcellement, pétrifiée par les siècles : une ville fantôme.
Une poussière vaporeuse, qui vibrait dans l’air, flottait à l’horizon comme une mousseline transparente. Dans la rade portuaire, au loin, sous un ciel de porcelaine, de noirs navires gisaient, amarrés, immobiles, pareils à des jouets cloués à la surface lisse de la mer, blanche, étincelante comme une coulée de mercure.
Allongés les uns à côté des autres, dans l’ombre d’un tas de charbon, les dockers, exténués, noirauds, à moitié nus, dormaient.
Devant la douane, près de la guérite qui projetait une ombre illusoire, un garde-frontière roupillait, appuyé à son arme.
Le café en face du débarcadère était vide.

[Ziua și noaptea se lucra la încărcarea vapoarelor. Numai în miezul zilei portul era mort. Sub ploaia de aur a soarelui de vară, natura întreagă dormea moleșită. Nici o adiere, nici un semn de viață. Pământul și apa, oameni și animale cădeau parcă deodată într-o adâncă letargie. Nicio viețuitoare nu mai mișca pe cheiurile înfierbântate. Când soarele ajungea la zenit, portul mut, poleit într-o lumină orbitoare, părea în arșița zilei un oraș mort, adormit printr-o vrajă, pietrificat de veacuri – un oraș fantomă.
O pulbere vaporoasă vibra în unde, plutind în zare ca o muselină transparentă. În rada portului, departe, sub un cer de porțelan, două vapoare negre, zăceau ancorate, fixe, ca niște jucării țintuite pe marea netedă, albă, sclipitoare ca o placă de mercur.
Lungiți la rând, sub peticul de umbră la baza piramidei de bulgări de cărbuni, dormeau doborâți hamalii, negri, pe jumătate goi.
În dreptul vămei, lângă ghereta care da o iluzie de umbră, un grănicer la post pirotea în picioare rezemat de armă.
Cafeneaua din fața debarcaderului era goală.]
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TandaricaTandarica   24 août 2016
Spiru Karaianis était trapu, il avait de grosses mains et une tête de bouledogue, les dents espacées et des lèvres épaisses. C’était le type même du Levantin aux multiples patries, qui s’était enrichi sur le Danube. Venu tout jeune de Marmara, il fut tour à tour balayeur des bureaux d’une agence de voyages dirigée par son oncle, coursier pour documents douaniers et de capitainerie, transporteur de vivres en barque et quatorze ans seulement après, de simple batelier, il devint armateur millionnaire, en possession de quatre navires. En dehors des qualités innées, il était armé d’un anglais levantin appris au Roberts College, école américaine de Constantinople. Au cours d’un voyage à Londres, il avait comploté avec une partie des armateurs anglais pour évincer son oncle ; en détournant à son profit toute sa clientèle, il s’était établi à son compte. Vite enrichi, il n’oublia pas sa patrie. Il avait fait construire à ses frais deux écoles : l’une dans son village natal, l’autre au Pirée.
Admiré, et même envié, il se partageait entre ses trois patries. Il était né dans une île de Turquie, s’était enrichi en Roumanie et faisait de la politique en Grèce.
Il participait à tous les congrès avec mandat de représenter les intérêts des armateurs de la marine marchande grecque.
Affamé, Karaianis surveillait Evantia avec des yeux de loup depuis le jour même où elle avait débarqué à Sulina. Mais il n’avait jamais pu l’approcher. Et soudain, alors qu’il s’y attendait le moins, il vit que le fruit désiré ne demandait qu’à être cueilli. Par défaut de maîtrise, il se démasqua, incapable d’étouffer le désir suscité par l’apparition de la fille venue naïvement quémander un emploi pour son père.

(p. 230)
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TandaricaTandarica   24 août 2016
– Quel geste ? fit le docteur avec curiosité, en allumant son havane.
– Vous verrez, c’est intéressant. Et le policier en chef de raconter : c’était pendant la guerre entre la Grèce et la Turquie, vers 1896. La Grèce avait spécialement affrété un bateau pour rapatrier les Grecs disséminés aux quatre coins du Danube. Le vaisseau des futurs combattants arriva de Brăila et accosta sur le quai, juste en face du salon de coiffure. L’élan grec était à son apogée dans le port. Nicu bouillonnait. Ayant passé l’âge du service militaire, il ne se trouvait pas sur la liste du consulat. À la dernière minute, lorsque le navire leva l’ancre, il ne pouvait plus se retenir. Il explosa ! Il jeta son rasoir et le blaireau savonneux, et en l’état, gardant sa blouse blanche, voilà qu’il se précipita dehors comme un fou. D’un seul bond, il sauta à bord et le voilà parti. Sur le siège, devant la glace, une moitié de visage rasée, l’autre blanchie par le savon, son client l’attendait toujours. Sur le quai, Olimbia, sa femme, s’était évanouie dans les bras de sa famille, car Nicu partait sans se retourner. Il lorgnait tout droit vers son pays qui le rappelait à son devoir. Il ne put participer à la fameuse bataille de Domokos. À peine arrivé au Pirée, il trébucha sur des rails dans le port et contracta une entorse à la cheville qui lui valut trois mois d’immobilisation sur un lit d’hôpital. Il revint parmi les siens en héros. Il y a quelques années, peu après l’assassinat du roi George de Grèce, je l’ai découvert dans son salon, à sangloter comme un enfant. Il s’arrachait les cheveux en jérémiades : « J’avais bien dit qu’il ne fallait pas le laisser sortir seul dans la rue. Ils sont tous fous là-bas. Comment peut-on tuer Gheorghios Protos*, le meilleur et le plus généreux des rois que la Grèce ait jamais eus ! » J’ai éprouvé le plus grand mal à le calmer. Il s’était mis en tête de gagner Athènes pour venger la mort du roi. Puis il est devenu le plus zélé partisan de Venizélos.

*En grec, « prôtos » signifie premier, soit George Ier.
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TandaricaTandarica   01 mai 2016
–Là-bas, les gens savent faire de l'argent, mais ils ne savent pas le dépenser. Ils marchent comme des fous dans les rues, au pas de course. Il y en a un qui a failli me gifler parce que je l’avais arrêté pour lui demander du feu. C'est qu'ils ne s'attardent pas comme nous au café, en discours, causeries ou bavardages. Ils travaillent, courent et s'agitent jour et nuit.
[–Știu să facă bani oamenii de–acolo, dar nu știu să‑i cheltuiască. Umblă ca nebunii la fugă pe străzi. Unul era să mă cârpească fiindcă l‑am oprit să‑mi dea un foc pentru țigară. Că ei nu stau ca noi la o cafenea de vorbă, la taclale și taifas. Muncesc, aleargă și se frământă ziua și noaptea.]
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TandaricaTandarica   24 août 2016
Neagu se surprit à philosopher comme de coutume pendant les longs quarts sur le pont, seul sous le ciel étoilé.
Il vint contrôler la barre.
La rose des vents, emprisonnée dans la boîte de verre de la boussole, vibrait comme un être vivant.
– Bon. Tout droit, en avant… en avant… Des voix chimériques m’appellent…

Où donc me menez-vous, songes vains ?
Sur un champ d’eau sans nul chemin*…

Et marmonnant des bribes de vers, il continua à réciter au rythme de ses pas sur la passerelle, accomplissant des kilomètres sur un espace de huit mètres.

Peuples microscopiques, rois, soldats et savants,
Les générations se suivent, se croient les premières,
Mouches éphémères brillant dans un monde d’une aune,
Nous, enfants de ce petit univers.

Nous faisons sur notre terre des monticules de fourmilières**.

Il se retourna une dernière fois. Le rivage s’estompait au loin : une tache… un point… une émanation… rien.

Notes :
*Extrait du poème de Vasile Alecsandri, "Amurg" [Crépuscule]
**Extrait du poème d’Eminescu, "Scrisoarea I" (Première lettre)

version en français par Gabrielle Danoux
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