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EAN : 9782490698806
160 pages
Nouriturfu (06/10/2023)
4.48/5   25 notes
Résumé :
Si le battement d'ailes du papillon au Brésil peut provoquer une tornade au Texas, celui du jet privé au Bourget a des répercussions sur un riziculteur en Thaïlande... Notre alimentation, mondialisée et marchandisée, est à la merci d'un système de pénurie organisée qui donne l'illusion de l'abondance, et où la surproduction profite à une minorité, appuyée par la classe politique, qui se gave sur le dos des classes laborieuses.
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Un livre dont la lecture commence par un petit air :
« Bien je me suis réveillé ce matin
Avec de mauvaises idées dans la tête
Et comment je devais penser
A toutes ces choses idiotes que ma télé déversait
A propos des gens qui nous gouvernent
Et comment ils me rendent malade
Et si nommer ces médiocres suffisait
Et bien j'espère que les bouffer ne serait pas nécessaire »

L'alimentation est un droit : 1999, organisation des nations unies « le droit d'avoir un accès régulier, permanent et libre, soit directement, soit aux moyens d'achats monétaires, à une nourriture quantitativement et qualitativement adéquate et suffisante, correspondant aux traditions culturelles du peuple dont est issu le consommateur, et qui assure une vie psychique et physique, individuelle et collective, libre d'angoisse, satisfaisante et digne. »
Sacré foutage de g..... non ? Des exemples concrets ? Inutiles, embargos, sanctions et guerres suffisent...
En 2021, près de 2,3 milliards de gens étaient « en situation d'insécurité alimentaire modérée ou grave » (350 millions de plus qu'avant le Covid) et près de 924 millions étaient confrontés à une insécurité alimentaire grave (207 millions de plus en deux ans)...
J'arrête là, les guignols médiatiques assermentés expliqueront que c'est à cause des Russes, du climat, que les gouvernements des pays « pauvres » ne sont pas compétents etc...
Et nombre de moutons accrochés à leur téléviseur hocheront la tête avant d'aller acheter leur foie gras chez le fermier du coin pour les cinq pour cent les plus favorisés, authenticité plébiscitée par les reportages « made in terroir » de messieurs Bouygues, Drahi, Niel et Bolloré et chez Lidl (grosse fortune germanique) chez les 50 pourcents restant...
Il faut chercher, creuser, se fatiguer pour entendre parler de monopoles, de spéculation, de subventions, d'accaparement des terres, d'accaparement du vivant…
Tant qu'on peut faire ses courses tranquillou chez super U... Quoique... étude de mai 2023 du Credoc : 16 % des Français ne mangent pas à leur faim. Pour les moins de 40 ans, c'est près d'une personne sur quatre qui ne peut pas se nourrir suffisamment...
Bon, du coup, on ne les voit pas chez Auchan donc ils n'existent pas.
Ce bouquin fait le tour de toutes ces aberrations et le plus intéressant est le dernier des trois chapitres, intitulé « capital coolinaire ». On y rappelle par exemple que les normes contemporaines (éthique, santé, environnement, productivité, corpulence…) font correspondre ce qui est bon à manger avec ce qui est bon à penser. Les pratiques alimentaires sont investies d'une telle valeur morale et éthique que « bien manger » relève aujourd'hui d'une forme de contrainte qui récompense celles et ceux qui s'y plient : encore une fois, les gens qui mangent bien sont des gens bien. Et bien sûr les catégories aisées, dont les pratiques sont déjà conformes aux normes et recommandations, prouvent leur vertu en y adhérant et en se distinguant des catégories modestes.
D'où les reportages de M6, TF1 et autres qui vantent la « bonne » cuisine française, suivis des pubs pour Burger King avec un sous-titrage ou une « voix off » moralisateurs pour les gros nazes de pauvres à éduquer, qui ne peuvent pas, comme le très comique M. Gerra bouffer chez « Chabert & Fils », bouchon lyonnais « tradi » avec son pote Michel Reybier, entrepreneur milliardaire installé en Suisse, ex-PDG du groupe agroalimentaire « Aoste », investisseur dans des cliniques anti-âge privées en Suisse et cité dans les « Panama Papers ».
La nourriture est à l'image du reste de la société, un lieu de combat qui n'est pas nommé comme tel, puisqu'on nous intime l'ordre de chercher ailleurs nos ennemis.

Pour clore, rappel du refrain du titre d'introduction d'Aerosmith

Mange les riches (Eat The Rich)
Il n'y a qu'une chose à quoi ils sont bons (There's only one thing that they are good for)
Mange les riches (Eat The Rich)
Prends une bouchée maintenant, reviens pour plus (Take one bite now - come back for more)
Mange les riches (Eat The Rich)
Prends une bouchée maintenant, crache le reste (Take one bite now - spit out the rest)
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Ce livre est assez court, mais dense. Il pose de nombreux constats, amène des informations en grande quantité, tisse un réseau de données autour de la nourriture, de sa sociologie, convoque de nombreux auteurs et études, principalement français et anglo-saxonnes. On se sent même un peu submergé, parfois. le tout est expliqué à l'aide d'analogies, d'invectives et d'apostrophes au lecteurs, de comparaisons un peu loufoques et très ironiques sur un ton agréable et amical.
C'est donc très bien documenté, et on adhère sans peine au propos et aux infos.
L'industrie alimentaire copine avec le politique à tous les niveaux (de l'OMC à la région, en passant bien sûr par la PAC de l'UE, comme l'actualité nous le prouve assez) pour maximiser ses profits à court terme, guidés en cela par une pensée néo libérale bien huilée, sur fond de fond de pension et d'actionnaires. Si une vague mention AB apparait parfois sous leur égide, ce n'est que pour leurrer le chaland, et conquérir une autre part de marché, avec les profits qui vont avec.
Nihil nove sub sole dirait l'autre...
D'un autre côté, la nourriture sert aussi depuis bien longtemps de moyen de classement de la population. Les riches, les dominants, n'importe comment qu'on les appelle, se servent de ce qu'ils mangent et de la façon qu'ils ont de le consommer pour se séparer des autres. L'histoire regorgent d'exemples, et l'autrice nous en rappelle un bon paquet.
Le vice va jusqu'à se rapprocher des valeurs des pauvres ou des exclus, ou des exotiques, mais en les marquant bien de son sceau de richou, pour toujours exprimer son appartenance à cette classe mais en même temps prouver sa coolitude et son ouverture d'esprit. Attitude perverse et méprisable s'il en est.
Un peu comme plagié un langage de banlieue alors qu'on vient du XVIème pour se donner un genre.
Encore, Nihil nove...etc.
Bon, certes.
Mais c'est là que le bas blesse un peu:
On fait quoi ? On détruit le système des bourses des matières premières, on brûle Chicago, on pend Bayer et Monsanto par les pieds au dessus d'une bassine pour faire du boudin, on soumet à la questionnette le prochain membre des CSP+ qui se régale de topinembourgs en écoutant du Jul alors qu'il a mis ses enfants à Stanislas pour qu'ils ne fréquentent pas le moindre petit arabe ? Je dis oui, mais le livre, non.
Alors on reste un peu sur sa faim (ouaf !) devant l'absence de direction claire, d'aboutissement au projet, de déduction à tirer de ces nombreuses études. Un "indignez-vous et brûlez moi tout ça !" qui nous mettrait un peu en joie à la fin, quoi !
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J'étais très curieuse de lire ce livre sur un sujet que je connais particulièrement bien: les systèmes alimentaires mondiaux et leurs impacts sur la santé, l'environnement, les inégalités. Impacts mais aussi causes de l'obésité, de la déforestation, de nombreux accidents, etc.
Systèmes reproducteurs des inégalités et des systèmes de domination, que ce soit le système raciste et colonial (comment les entreprises de l'agroalimentaire renforcent voir instaurent la dépendance des pays appauvris aux pays riches et à leurs multinationales et contribuent à maintenir les inégalités ), ou le sexisme et le patriarcat (ce qu'on mange, comment on le mange, qui le prépare, qui produit, qui transforme, qui est soumis aux diktats de la minceur et du bien manger,…) .
Ce petit livre au style vif revient sur ces différents aspects et démonte le caractère socialement et culturellement construits de nos systèmes alimentaires et montre qu'il est impératif de les modifier en profondeur. Pour cela des solutions comme la sécurité sociale de l'alimentation sont évoquées. Comme le titre l'indique, si on ne se dépêche ne pas de changer en profondeur, radicalement notre façon de produire, transformer, distribuer et consommer notre nourriture, il ne nous restera plus qu'une solution si l'on veut survivre : manger les riches.
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Officiellement et inconditionnellement amoureux de Nora Bouazzouni.

Dans ce nouvel essai, elle est encore plus directe, plus drôle et plus précise que jamais.

Elle dénonce/démonte un système agroalimentaire qui favorise la précarité avec brio et preuves à l'appui.

Ça fout la rage et c'est brillant !
À découvrir d'urgence !
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« Manger les riches, c'est faire ripaille de leurs privilèges, s'attaquer à la maladie plutôt qu'aux symptômes, trouver la recette d'un monde plus juste, pour tout le monde. Et en plus, c'est zéro déchet. » 😅

L'autrice démonte totalement le système agroalimentaire et ses dérives, qui précarise encore et toujours les plus pauvres, avec précision et humour (si c'est vrai).
Ça fâche comme on aime.

Un récit puissant que j'ai dévoré (lol), je recommande x100.
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
La valeur d’un aliment ou d’une pratique alimentaire renvoie à sa désirabilité sociale, c’est-à-dire son adéquation avec les normes sociales en vigueur dans un contexte social ou culturel donné. Ainsi sont définis comme socialement désirables les pensées et comportements en accord avec ce que les individus doivent penser ou faire pour être appréciés par autrui dans un contexte social particulier.
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Mêmes pays, autre plante : le margousier (ou Neem Tree) est un arbre originaire d'Inde et du sous-continent indien dont les propriétés médicinales, antimoustiques, insecticides, pesticides ou fongicides sont connues dans la région depuis plus de 4500 ans. Ce qui n'a pas empêché un certain Robert Larson d'obtenir un brevet qu'il vendit, en 1985, au géant étatsuniens de l'agrochimie W.R. Grace. Neuf ans plus tard, celui-ci, conjointement au ministère américain de l'Agriculture, brevète en Europe l'utilisation des graines de Neem pour fabriquer un pesticide. Résultat : la demande en graines de Neem et leur prix explosent, les rendant inaccessibles aux populations locales. ONG, militant•es et citoyen•nes se sont mobilisé•es et ont obtenu gain de cause en 2000, lorsque le brevet fut annulé, reconnaissant l'antériorité des savoirs traditionnels indiens sur le margousier. Mécontents, les États-Unis ont fait appel (rejeté ! ), estimant que "l'antériorité ne peut être avérée que par l'existence de publications scientifiques". Et on a vérifié que les Égyptiens avaient bien un titre de propriété pour leurs pyramides ? Non parce que, il n'y a pas de preuves...
Page 64
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Et avec la hausse des prix, ceux qui les cassent ont le vent en poupe. Fin 2022, en France, la part de marché du hard discount (Lidl, Aldi, Netto... ) s'élevait à 11, 5 % d'après Kantar, contre 9 % en 2019. Pourtant, paradoxalement, c'est dans ces enseignes que l'inflation est la plus marquée. Qui plus est, un stupéfiant comparatif de Que Choisir révèle que si l'écart des prix sur les marques nationales est faible, le hard-discount est plus cher sur les marques distributeurs : le panier de 12 produits revient à 42 € chez Auchan, contre 54 € chez Lidl et 56 € chez Aldi ! D'autant plus étonnant que les négociations sur les marques distributeurs étant pluriannuelles (contrairement aux grandes marques, négociés une fois par an, d'où des prix qui ne baissent pas malgré l'inflation qui chute ou stagne), il est plus facile pour les super et hypermarchés d'ajuster les tarifs de ces produits-là... On croirait presque à une stratégie visant à attirer le chaland avec des grandes marques moins chères qu'ailleurs, pour lui refourguer des marques distributeurs plus chères que la concurrence ! Ce serait minable, hein. Ouaip. Vraiment moche. La conjoncture et la détérioration du pouvoir d'achat profitent tellement au hard discount que les héritiers Albrecht, fondateur d'Aldi, vivent dans des HLM et que Dieter Schwarz, patron de Lidl, fait don de ses revenus à des associations caritatives. Non, je plaisante, ils sont milliardaires et ce sont les personnes les plus riches d'Allemagne.
Page 25
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Pendant que les pauvres crèvent de ne pas où mal manger, les riches paient des milliers d'euros pour être privés de nourriture dans des manoirs à la campagne. Le jeûne, c'est la cure d'austérité des riches, une forme de frugalité, la fameuse "sobriété choisie" qu'ils peuvent valoriser. (...) Quand des parents se privent pour nourrir leurs enfants ou que des étudiant•es sautent des repas parce qu'on leur a coupé les APL, on n'en fait pas un article élogieux dans Le Monde. Quand on a tout, c'est facile de se priver et faire passer ça pour un acte de bravoure, un geste charitable.
Page 134
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Il n'existe pas plus de "fourche invisible" que de main invisible. Le système alimentaire dominant est profondément capitaliste - c'est-à-dire productiviste, extractiviste, injuste et destructeur. Insoutenable, dans tous les sens du terme. C'est une bombe à retardement. L'abondance, dont certains prophétisent la fin, n'a jamais existé que sur les comptes en banque et les tables bien garnies d'une poignée de nantis. Alors, à qui profite la faim du monde ?
Page 19
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Vidéo de Nora Bouazzouni
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Pour en parler : Adrien Dénouette, critique de cinéma et enseignant Nora Bouazzouni, journaliste
Visuel de la vignette : "True Detective : night country" - ©HBO
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