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EAN : 9782864328001
136 pages
Éditeur : Verdier (13/05/2015)
3.75/5   14 notes
Résumé :
Les échanges qu'on va lire, et bien plus encore les événements qui les ont provoqués et ceux qui y sont évoqués, nous font violence, à l'un, historien, comme à l'autre, écrivain, peu enclins par nature à parler d'actualité. Il nous a pourtant été nécessaire de les coucher sur le papier, non pour commenter, énoncer ou juger, mais pour faire état de cet état d'esprit qui nous a envahis brusquement au fil de ces journées qui ont, non pas changé la donne, mais tranché l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
MarianneL
  19 décembre 2015
Questionnement sur le devenir du «nous», après les attaques terroristes de janvier 2015.
Dans le sillage de l'hébétude et de la stupéfaction qui nous ont saisis en janvier 2015, l'historien Patrick Boucheron et l'écrivain Mathieu Riboulet livrent ici les réflexions et questions suscitées par les attaques terroristes, les obligeant à réfléchir sur le sens et le devenir du collectif, «à peupler le monde non en le sillonnant à coup d'avion mais en le regardant en face».
«Maintenant, un peu de courage, prendre dates c'est aussi entrer dans l'obscurité de cette pièce sanglante et y mettre de l'ordre. Il faut prendre soin de ceux qui restent et enterrer les morts. On n'écrit pas autre chose. Des tombeaux.»
Le livre s'ouvre sur le constat que la France, avant les événements, allait déjà très mal, laminée économiquement et idéologiquement depuis les années quatre-vingt, entraînée dans la spirale d'une décomposition démocratique, dont la poursuite des travaux du barrage de Sivens après la mort de Remi Fraisse en octobre 2014, comme si de rien n'était, était l'un des symboles les plus récents, une spirale devenue sans issue après l'échec de tant de contestations, et ayant entamé, et même paralysé, l'action collective et militante de bon nombre d'intellectuels de gauche (propos en forte résonance avec le livre de Mathieu Riboulet paru quelques mois plus tard : «Entre les deux il n'y a rien»).
«Car nous avons peu à peu déserté la grande place ouverte où nos corps se rejoignent pour prendre la parole parce que, même si nous savons bien que nous n'avons que ça, le corps et le langage, pour former tous les «nous» dont nous faisons partie, ou simultanément, ou successivement, nous nous sommes lassés de voir qu'ils ne faisaient plus la vie, mais l'imitaient seulement, parce que les transformations, vertigineuses, du monde ne nous tendaient plus rien que des miroirs lustrés, des habits séduisants, des illusions sociales, des enclos protégés, et à l'autre bout du spectre, des aumônes, de la graisse et du sucre, de l'indignité en pagaïe, pour ne rien dire des théâtres lointains dévorés par la pègre, les trafics, la haine, la guerre, l'envie. Nous l'avons désertée, sans le vouloir vraiment mais sans le regretter davantage qu'en passant.»
Au-delà de l'effroi et de l'émotion collective suscités par les attentats, et par leur exposition dans les medias, dans une société où le collectif est à la fois «suractif et désactivé», pour reprendre l'expression de Nathalie Quintane dans «Les années 10», Patrick Boucheron et Mathieu Riboulet cherchent, avec humilité, tout en laissant entrevoir leurs doutes inscrits dans la durée et la complexité de l'Histoire, à surmonter le vertige pour énoncer une réaction, intime et politique, au plus près de ces événements qui ont jeté à terre un bon nombre des réflexes et des habitudes des intellectuels.
Paru en mai 2015 aux éditions Verdier, ce livre apparaît d'une grande justesse et une lecture nécessaire en cette fin d'année, ouvrant des pistes de réflexion pour ne pas se résoudre à la catastrophe, face à l'éclatement du collectif, aux impasses haineuses et meurtrières et face aux signaux, tous passés au rouges depuis quelques semaines, des menaces pesant sur la démocratie.
«Fragiles et tremblants, crevassés à force d'être immobiles comme le sont les vieillards alités, nos corps poreux se laissent gagner par le lexique guerrier. Et l'on se rend compte, incrédules et honteux, que tant d'heures passées devant le spectacle des horreurs du monde (mais aussi, oui, tu as raison, devant l'impeccable engrenage scénaristique des séries télévisées qui leur font écran) nous y a insidieusement préparés – sans doute pas pour y participer activement, encore qu'on ne sait jamais, mais au moins pour y acquiescer en employant les mots qu'il faut au bon moment.»
Retrouvez cette note de lecture sur mon blog ici :
https://charybde2.wordpress.com/2015/12/19/note-de-lecture-prendre-dates-patrick-boucheron-mathieu-riboulet/
Pour acheter ce livre à la librairie Charybde, sur place ou par correspondance, c'est par là :
http://www.charybde.fr/
+ Lire la suite
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MarianneL
  24 décembre 2015
Questionnement sur le devenir du «nous», après les attaques terroristes de janvier 2015.
Dans le sillage de l'hébétude et de la stupéfaction qui nous ont saisis en janvier 2015, l'historien Patrick Boucheron et l'écrivain Mathieu Riboulet livrent ici les réflexions et questions suscitées par les attaques terroristes, les obligeant à réfléchir sur le sens et le devenir du collectif, «à peupler le monde non en le sillonnant à coup d'avion mais en le regardant en face».
«Maintenant, un peu de courage, prendre dates c'est aussi entrer dans l'obscurité de cette pièce sanglante et y mettre de l'ordre. Il faut prendre soin de ceux qui restent et enterrer les morts. On n'écrit pas autre chose. Des tombeaux.»
Le livre s'ouvre sur le constat que la France, avant les événements, allait déjà très mal, laminée économiquement et idéologiquement depuis les années quatre-vingt, entraînée dans la spirale d'une décomposition démocratique, dont la poursuite des travaux du barrage de Sivens après la mort de Remi Fraisse en octobre 2014, comme si de rien n'était, était l'un des symboles les plus récents, une spirale devenue sans issue après l'échec de tant de contestations, et ayant entamé, et même paralysé, l'action collective et militante de bon nombre d'intellectuels de gauche (propos en forte résonance avec le livre de Mathieu Riboulet paru quelques mois plus tard : «Entre les deux il n'y a rien»).
«Car nous avons peu à peu déserté la grande place ouverte où nos corps se rejoignent pour prendre la parole parce que, même si nous savons bien que nous n'avons que ça, le corps et le langage, pour former tous les «nous» dont nous faisons partie, ou simultanément, ou successivement, nous nous sommes lassés de voir qu'ils ne faisaient plus la vie, mais l'imitaient seulement, parce que les transformations, vertigineuses, du monde ne nous tendaient plus rien que des miroirs lustrés, des habits séduisants, des illusions sociales, des enclos protégés, et à l'autre bout du spectre, des aumônes, de la graisse et du sucre, de l'indignité en pagaïe, pour ne rien dire des théâtres lointains dévorés par la pègre, les trafics, la haine, la guerre, l'envie. Nous l'avons désertée, sans le vouloir vraiment mais sans le regretter davantage qu'en passant.»
Au-delà de l'effroi et de l'émotion collective suscités par les attentats, et par leur exposition dans les medias, dans une société où le collectif est à la fois «suractif et désactivé», pour reprendre l'expression de Nathalie Quintane dans «Les années 10», Patrick Boucheron et Mathieu Riboulet cherchent, avec humilité, tout en laissant entrevoir leurs doutes inscrits dans la durée et la complexité de l'Histoire, à surmonter le vertige pour énoncer une réaction, intime et politique, au plus près de ces événements qui ont jeté à terre un bon nombre des réflexes et des habitudes des intellectuels.
Paru en mai 2015 aux éditions Verdier, ce livre apparaît d'une grande justesse et une lecture nécessaire en cette fin d'année, ouvrant des pistes de réflexion pour ne pas se résoudre à la catastrophe, face à l'éclatement du collectif, aux impasses haineuses et meurtrières et face aux signaux, tous passés au rouges depuis quelques semaines, des menaces pesant sur la démocratie.
«Fragiles et tremblants, crevassés à force d'être immobiles comme le sont les vieillards alités, nos corps poreux se laissent gagner par le lexique guerrier. Et l'on se rend compte, incrédules et honteux, que tant d'heures passées devant le spectacle des horreurs du monde (mais aussi, oui, tu as raison, devant l'impeccable engrenage scénaristique des séries télévisées qui leur font écran) nous y a insidieusement préparés – sans doute pas pour y participer activement, encore qu'on ne sait jamais, mais au moins pour y acquiescer en employant les mots qu'il faut au bon moment.»
Retrouvez cette note de lecture sur mon blog ici :
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ZeroJanvier79
  02 septembre 2018
Un très bon essai sur les attentats de janvier 2015. Je ne suis pas d'accord à 100% avec tout ce qui est dit dans ce livre, mais j'ai tout de même retrouvé quelques réflexions que je m'étais faites à l'époque.
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
rkhettaouirkhettaoui   13 décembre 2017
Face à une attaque terroriste, la révolte est impossible. On subit inévitablement, dans un premier temps, le déploiement d’un discours en actes, et ces actes doivent s’accomplir pour révéler leur propre logique. Celle des tueurs des 7, 8 et 9 janvier 2015 n’a rien de spécifique : elle était sinon prévisible, du moins écrite d’avance par plus intelligents et plus cyniques qu’eux. Assassiner des intellectuels libéraux, des apostats et des Juifs – mais si possible hors des synagogues : tel est le programme, dit du troisième djihad, que nos trois valeureux candidats au martyre n’ont fait qu’appliquer à la lettre, docilement.
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rkhettaouirkhettaoui   13 décembre 2017
On ne choisit pas non plus ce moment. Un matin, il faut bien se rendre à l’ évidence : on est passé à autre chose, de l’autre côté du pli. C’est généralement là que commence la catastrophe, qui est continuation du pire.
Il ne vaudrait mieux pas. Il vaudrait mieux prendre date. Ou disons plutôt : prendre dates. Car il y en eut plusieurs, et il faut commencer par patiemment les circonscrire. On n’écrit pas pour autre chose : nommer et dater, cerner le temps, ralentir l’oubli. Tenter d’être juste, n’est-ce pas ce que requiert l’aujourd’hui ? Sans hâte, oui, mais il ne faut pas trop tarder non plus. Avec délicatesse, certainement,mais on exigera de nous un peu de véhémence. Il faudra bien trancher, décider qui il y a derrière ce nous et ceux qu’il laisse à distance. Faisons cela ensemble, si tu le veux bien – toi et moi, l’un après l’autre, lentement, pour réapprendre à poser une voix sur les choses. Commençons, on verra bien où cela nous mène.
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rkhettaouirkhettaoui   13 décembre 2017
Des sons sans image, oui, mais aussi sans parole. Enfin pas tout à fait : car d’autres personnes, postées ailleurs, avec d’autres téléphones, filmaient d’autres points de vue. Le plus terrifiant, on s’en souvient, est celui sur la fuite des tueurs. Arrivés boulevard Richard-Lenoir, ils font feu sur des flics patrouillant à vélo. L’un d’eux, blessé, est à terre. On apprendra dans la journée qu’il s’appelait Ahmed Merabet. Un tueur avance vers lui, il ne court pas, non, disons qu’il presse le pas. Le policier le supplie du geste et de la parole, pour lui aussi ce sera l’homme aux jambes noires, mais le voici qui s’avance, toujours en trottinant, le longe, l’abat d’une balle en pleine tête, le dépasse, disparaît
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rkhettaouirkhettaoui   13 décembre 2017
Il y a beau temps que je me demandais ce que ça pouvait bien faire au corps, au cœur et à l’esprit de vivre une période où d’une année à l’autre tous les signaux passent au rouge : est-ce qu’on s’en aperçoit, est-ce qu’on en prend la mesure, est-ce qu’on y pense, est-ce qu’on en rêve, est-ce qu’on en est malade, est-ce qu’on se laisse prendre par surprise, est-ce qu’on se sent condamné à l’impuissance, est-ce qu’on décide d’agir, mais alors pour faire quoi, est-ce qu’on pense à partir, si on peut, et quand ?
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rkhettaouirkhettaoui   13 décembre 2017
Ce n’est plus une tenaille, mais cinq, mais dix, qui menacent de nous prendre entre leurs arêtes acérées. Trop de fronts sont ouverts et de questions posées auxquelles on n’ose apporter les réponses que le regroupement de nos pensées susciterait. On tâche pourtant, depuis le temps, de faire du mieux qu’on peut. Mais toujours la mort nous fait violence.
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Videos de Patrick Boucheron (55) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Patrick Boucheron
JOURNÉE ITALISSIMO : « DANTE, LE LIEU OÙ NOUS… »
Par Patrick Boucheron & Mélanie Traversier Italissimo ce sera début juillet et – toute l'équipe du festival croise les doigts – en présence du fidèle public de la manifestation. Dans cette attente, le festival adresse un signe à ses spectateurs : une journée de rencontres et de lectures construites autour Dante et Goliarda Sapienza, deux piliers de la culture italienne, que réunit un pont de cinq siècles.

De Dante Alighieri, le « père de la langue italienne », cette année marque le 700e anniversaire de la mort. Sa Divine Comédie, chef d'oeuvre parmi les chefs d'oeuvre, célèbre en trois chants, de l'Enfer au Paradis, en passant par le Purgatoire, la représentation du monde catholique au Moyen-Âge. le texte est devenu une référence incontournable de la culture occidentale, son influence est incommensurable.
Au dernier chant du Paradis, Dante s'écrie : « veder voleva come si convenne/l'imago al cerchio e come vi s'indova », « Je voulais voir comment se joint/l'image au cercle et comment elle s'y… » Elle s'y quoi ? Elle s'y noue ? Que désigne indovarsi, néologisme désignant l'élan, l'élan de se mettre dans le lieu où… ? Et ce lieu, y sommes-nous encore ? Comment traduire ce vers ? Dante guide son lecteur dans le périple de l'invention poétique. La comédienne Mélanie Traversier, et l'historien Patrick Boucheron proposent de prêter l'oreille à cette politique d'un parler commun, pour que la langue souveraine et maternelle renaisse sous nos pas.

Avec le soutien de l'Ambassade d'Italie en France et du Consulat italien.
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