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ISBN : 2911464532
Éditeur : NDZE (04/01/2010)

Note moyenne : 5/5 (sur 2 notes)
Résumé :
Dans ce récit-poème, Catherine Boudet visite en une poétique concise, précise et inattendue comme l’éclair, le mythe hindou de la genèse du monde, réinterprété dans le cadre de l’île, et dans lequel le dieu Shiva absorbe le poison issu du barattage produit par les efforts conjugués des démons et des dieux, sauvant ainsi le monde de la destruction.
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
LeilaAssouni
  24 juin 2012
Article de Norbert Louis sur le barattage de la mer de lait, dans Week-End, 13 juin 2010
"On ne quitte pas une île/ On ne quitte pas une île comme on quitte une amante/ Quand on est né dans une île on a pour toujours le coeur assigné à résidence/ L'ïle vous habite/ Comme un assassin qui revient sur les lieux de son crime on ne quitte pas une île/ Car l'île/ C'est comme une évidence avec la mer autour..."
Les jours et les nuits du poète sont rythmés par le battement sonore de ces terres baignées par la mer, ces îles créoles, "Île-Longaniste" "Île-volcan" qui rythment la vie quotidienne, la culture, la politique. Ce sont ces traces et ces présences de l'île dans l'imaginaire et le réel que Catherine Boudet explore en ouvrant aussi sur d'autres espaces dans Nos éparses nos sulfureuses (préface d'Ananda Devi, Acoria, 2010). Ses textes poétiques éparpillés sont à lire dans les mailles d'une oeuvre qui dit le sentiment océanique à couper le souffle (Résîliences, le Barrattage de la mer de lait).
Si l'on s'en tient à l'idée selon laquelle la qualité d'un écrivain s'évalue selon la complexité de son oeuvre, Catherine Boudet a fait une entrée remarquable en poésie avec trois livres de poèmes. C'est une poétesse novatrice dont l'écriture est marquée par cette gravité aux accents huysmansiens que l'on trouve particulièrement dans Nos éparses nos sulfureuses. Catherine cherche à s'affranchir des contraintes formelles. Elle cherche une langue poétique qui revient à dépasser toute forme de catégorisation. Ce qui la pousse dans les retranchements les plus intimes et les plus risqués de l'être.
La poétesse se dépeuple : "Mais voilà, moi je n'y peux rien, je suis poète. C'est tout ce que j'ai trouvé à vous survivre. C'est tout ce que j'ai trouvé pour retenir un peu de vie qui me coule entre les doigts..." On entend alors sa voix éclatée, le bruissement confus de la langue. Est-ce une fuite ou une avancée, résistance ou résilience ? Avec Nos éparses nos sulfureuses, Catherine convoque une traversée, un voyage en soi pour reconnaître la matrice de sa poésie et ses éclatements. Elle dit : "Toute île est racine et voyage/ Elle me cautérise/ Lorsque jaillit l'enfer/ de lointain incarnée je gis : Ebréchée de mille traces / de succinctes plaies/ Loin de mes rivages initiaux quand l'acier d'une mémoire anguleuse m'ecchymose/ désir d'ancrage/ L'homme surgit avec son coeur de lion/ géant de l'équinoxe il régit de nouvelles glaises de nouveaux ferments/ Faudrait-il que je sombre ou que j'émerge neuve au solstice de ses yeux/."
Pour Catherine, la poésie est un enjeu - matière et âme. Chaque vers est comme une coulée dans son être et aussi un moyen de retrouver la lumière australe qui baignait le paysage à présent meurtri par les mains de l'homme: "Je bois à même le mot/ La liqueur essentielle/ Je saigne de tous mes sens..." Par un retour au pays natal, le poète peut toucher la conscience de l'homme. Nos éparses nos sulfureuses luttent contre les injustices et la violence de l'Histoire (Jacques, marchand d'esclaves).
Fruit des noces avec la mer et le soleil, son texte donne de l'importance au règne de la matière comme si le poète s'en remet à son île-volcan pour une poussée de sagesse. La poésie peut permettre une restitution du souffle, "Tracer avec la mer /Sur le ferment des décadences et de l'azur/ Une brève clarté et une vague trêve..". Plus loin, Catherine prévient (Attention, vertige) : "J'ai un chantier en cours. Ne me dites rien. Surtout pas vous qui marchez sur ce sol où vous pratiquez l'équation du profit. Je sais déjà par coeur ce que vous allez me dire. Mais moi, j'ai un chantier en cours. Non, vous ne voyez rien car mon chantier est invisible. Il érige vers le ciel ses bulles de savon comme autant de tours de guet. car moi, je suis poète..." Comme toujours des motifs se dégagent dans la poésie de Catherine. Quelques figures aimées apparaissent et aussi l'arbre, le volcan, la ravine, le volcan, l'albatros, l'azur. La poétesse cite Césaire (Cahiers d'un retour au pays natal) comme pour évoquer la reconquête du lieu-revenir au point de départ dans un univers de sensations (l'île des retournements, l'île de violence).
Quiconque a osé s'aventurer dans cette poésie épineuse et triste, sans voyeurisme aucun, a peut-être découvert la grande constante de l'écriture singulière de Catherine. Une singularité qui réside dans la composition du poème par juxtaposition. Les phrases, les mots se côtoient, se bousculent, déroutant le lecteur : "ça fait peur d'aimer ça fait tout drôle dans le coeur ça fait le coeur chavirer panga il va déborder comme un radier trop rempli ça fait peur d'aimer ça rend le coeur sauvage et fou ça fait peur d'aimer on se sent tout petit ou très grand ou les deux on ne sait plus on pourrait sauter sur les nuages pour te rejoindre parfois aussi on ne sent plus rien c'est comme d'avoir mangé des brèdes mafane on ne sent plus sa bouche et le coeur c'est pareil d'avoir tant aimé on ne sent plus son coeur devenu coeur mafane..."
D'autres procédés permettent de briser l'enchaînement comme ces textes qui se doublent de commentaires (Attention, vertige, Chemin de la Giroday, Identité batarsité)). La pensée de l'auteur s'incarne dans l'écriture. Tout ce passe comme si les mots se bousculent dans un espace jamais figé. Catherine aime aussi les digressions. Elle propose dans un même recueil des textes rédigés à des périodes différentes. La digression facilite l'anamnèse et permet aussi des mises au point en passant. Réminiscences, envolées lyriques ou érudites - tout laisse croire que Catherine Boudet quitte souvent la trame narrative au profit de l'introspectif et le digressif. L'histoire est morcelée, l'être aussi. La mer indienne donne une configuration imaginaire de l'île. Chaque fragment poétique possède un titre et chaque titre place le poème sous le régime de l'intemporel. La poésie de Catherine Boudet n'est donc perceptible que dans ce jeu kaléidoscopique et c'est au lecteur de construire le sens de l'oeuvre.
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LeilaAssouni
  24 juin 2012
Article d'Aline Groëme-Harmon sur le Barattage de la mer de lait
Il faut d'abord y mettre de l'énergie. Car baratter n'est pas affaire de ramolli. Battre le rappel de la «déshistoire». Au- delà de l'histoire, du soi, traverser ce qui déçoit. Pour enfin brasser la mer, le champ originel. Pas salé, mais ici fait de lait.
Images complexes. Quatrains pour se suspendre au sens. Notre collègue Catherine Boudet, vient de publier le barattage de la mer de lait aux Editions Ndzé. Recueil de poésie où la «Chair médusée/ Chair en putrescence renouvelée » raconte «La déshistoire où l'eau trace le contraire des torpeurs ». Car il s'agit de se réveiller. Dans un «monde de déclive » , d'«errer dans la ravine sombre ». Signe de décadence. de pourrissement.
De poison. Sujet choisi par Catherine Boudet : l'image du dieu Shiva absorbant le poison. «J'ai la gorge bleue de vos compromissions.» Il faut en passer par là. C'est le moyen de sauver le monde de la destruction. de sauver l'île à la «nuit cafrine». Pour ce faire, l'auteur nous livre un récit-poème aéré dans sa construction – un quatrain par page. Mais aux sens si condensés, si ramassés, si reconnectés entre les niveaux de lecture qu'il fallait bien cette présentation-là pour appréhender les diverses étapes de la compréhension avant de passer au quatrain suivant.
Si le barattage de la mer de lait est indéniablement un récit, fait de tourments, d'obscurité et de clarté vacillante, le travail sur la langue et les sens qui captive tant l'auteur, qu'il lui fait dire, «je ne suis pas dans un chemin de quête. Je crois au travail sur les mots, sur l'esthétique du texte. Non, je n'écrirai pas de roman.»
(l'express de Maurice, 25 janvier 2010)
Lien : http://www.lexpress.mu/servi..
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Videos de Catherine Boudet (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Catherine Boudet
Catherine Boudet, lecture du poème "Nous, Îlochtones" (extrait de : Nos éparses nos sulfureuses, Acoria, 2010), lors du festival de poésie Voix Vives en méditerranée, 28 juillet 2012.
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