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Hervé Bougel (Autre)
EAN : 9782283033111
144 pages
Buchet-Chastel (07/01/2021)
3.75/5   22 notes
Résumé :
C'est le début de l'été et la toute fin des années 60, dans une ville morne des Alpes. Une montagne surplombe l'agglomération. A son sommet, une énorme statue de la Vierge veille sur la vallée.
Un petit garçon observe sa famille et s'interroge : son père avale régulièrement tous ses cachets de Belladone ; sa mère est autoritaire, son frère aîné est une véritable brute et sa petite soeur est réduite au silence.
Comment s'échapper de cet univers étouffa... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
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A dix ans, le gamin qui nous confie ses craintes vit dans un univers violent, rude, et sa vie de tous les jours se décline entre les éclats avinés de son père, lorsqu'il n'est pas ivre au point de ne pouvoir se lever, ou suicidaire, et la brutalité de l'instituteur. Quant à son frère, le futur ex-champion, l'enfant devine sans en mesurer totalement la gravité que ce qui se passe la nuit, entre lui et sa jeune soeur, appartient à ce qui ne doit pas se dire.



Roman noir, qui traduit une réalité sociale des années 60, alors que s'élèvent des barres d'immeubles dont les minces parois sont moins efficaces que le silence pour cacher l'indicible.

Pas d'étiquettes sur les faits, restitués par l'enfant : alcoolisme, inceste, violences, tout cela transparaît sans être dit. Reste l'angoisse, les peurs diffuses, de celles qui créent pour l'avenir le meilleur ou le pire.

L'écriture restitue avec réalisme les confidences d'un enfant qui perçoit sans naïveté le mal qui ronge sa famille et doit malgré tout se construire sans pouvoir intervenir, démuni comme on peut l'être à cet âge.

Le récit d'une enfance volée.
Lien : https://kittylamouette.blogs..
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"Il ne faut pas chanter, il ne faut pas lire, il ne faut rien dire. Je dois me taire, nous devons faire silence pour protéger des secrets connus de tous. Ça doit être ça un bon secret : chacun le connaît, personne n'en dit rien. "

Des mots qui résonnent en moi.
La fin des années 60, en juin, un garçon quittera bientôt l'école primaire pour rejoindre le collège. Dans son cartable tous les chemins de l'espoir. Et de l'espoir il lui en faudra, il lui faudra tailler ses crayons de couleur pour repeindre le gris du HLM, où derrière les cloisons grouillent les fantômes. Ils réveillent le silence de la nuit, celui qui fait battre le coeur et tordre le ventre.

Violence, alcoolisme, inceste, folie, tout cela ligoté dans une boule de secret.

Mais le garçon observe, il apprend la vie ou plutôt la vie lui apprend. Il ne se laissera pas prendre au piège. Il grandira avec ses rêves d'ailleurs, s'évadera loin de sa famille, secouera cet univers étouffant pour se donner des ailes.

L'écriture de Hervé Bougel retrace avec justesse et beaucoup de pudeur les moments douloureux, on est dans la tête du garçon, il n'a pas tous les mots mais il comprend, il ressent les ombres. Il ne peut pas encore se défendre, pourtant il s'arme déjà pour combattre, pour ne pas devenir comme ses parents, ou comme son frère, faible et violent. Il ne laissera pas la vie pencher du mauvais côté, il grimpera sans retomber.

Un roman noir qui remue et se lit d'une traite.
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Ma dernière semaine au CM2

Dans son nouveau roman Hervé Bougel retombe en enfance. Son narrateur est à une période charnière de sa vie, il va entrer au collège et essayer de s'imaginer un avenir, même si de la fenêtre de son HLM de Voiron les perspectives ne sont pas très gaies.

Nous sommes en juin, juste avant les vacances scolaires. En cette fin des années 1960, le narrateur va quitter le CM2 pour entrer en sixième. Une perspective qui le réjouit plutôt, car il n'aime guère son instituteur, même si ce changement s'accompagne aussi de craintes. Sera-t-il à la hauteur? Conservera-t-il sa bande de copains? Et son père sera-t-il encore là pour l'accompagner? Autant de questions qui le hantent et l'angoissent, car jusqu'à présent les choses se sont plutôt mal passées. Sa famille a quitté Tullins pour s'installer au troisième étage d'un immeuble de Voiron, au pied des Alpes, car son père avait déniché un travail dans une usine à papier. Mais encore une fois ça n'a pas duré: «Il ne travaille pas, il ne travaille plus. Au fil des journées, il reste assis dans son fauteuil, face à la télévision qu'il n'allume pas. Il ne lit pas, à part son journal, le Dauphine libéré, qu'il m'envoie acheter au bureau de tabac». Souvent aussi, une bouteille fait partie de la liste des courses. Car l'alcool est devenu le compagnon d'infortune de son père, l'alcool qui lui a fait perdre non seulement son travail, mais aussi sa dignité. Aux oreilles de son fils, le témoignage de son ami fait mal. Très mal: «Ton père, je l'ai vu remonter l'avenue Jules-Ravat un soir, il faisait froid. Il ne tenait plus sur ses jambes tellement il était soûl. Mon père à moi, il dit que c'est malheureux, que c'est un pauvre type, comme un clochard, quoi! Il paraît qu'au travail, ses copains l'ont assis dans une poubelle, un jour où il avait trop picolé, c'est pour ça qu'on l'a foutu à la porte de l'usine. Ton père, alors, c'est le Roi des Ordures.»
Et quand il joint de la belladone à son traitement, alors la peur gagne toute la famille. «Nous savons simplement que tout peut basculer, à tout instant. Notre ordinaire est fragile, suspendu. Les cris dans la nuit, les disputes, les coups échangés dans la salle à manger. le marteau qu'il brandit un soir, l'écran de télévision fracassé: Regarde ce que j'en fais de ta saloperie de télé!
La peur, à tout instant, la peur même au sommet de la joie, quand elle survient. La peur incessante, celle qui poigne le coeur. La peur qui enserre, la peur qui réduit, la peur qui diminue la vie. La peur qui harcèle. La peur qui tord le ventre et monte à la tête.»
Hervé Bougel a parfaitement su trouver les mots, à hauteur d'enfant, pour dire ce quotidien difficile. Sa mère qui fait des repassages, sa soeur qui joue à des jeux de fille et son frère aîné qui rêve d'être champion cycliste tout en déversant sa morgue sur le petit dernier ne laissent guère de place aux rêves. Fort heureusement, il y a les copains et même une fille qui pourrait l'aimer…
Dans cette France où l'on mange le poulet aux olives en regardant La séquence du spectateur, il demeure un fragile espoir de vie meilleure. L'espoir fait vivre!


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8 chapitres pour les 8 derniers jours de CM2 de ce garçon de Voiron, zébrés de souvenirs tous aussi sinistres les uns que les autres : l'abattoir de l'ancien voisin boucher qui jouxtait le mur du salon de l'ancienne maison, les activités nocturnes douteuses de son frère et les cris assortis de sa soeur, les pleurs de sa mère dans la nuit, les injures du père, les humiliations de camarades, de voisins, de l'instit, les coups, encore les coups, les dettes d'alcool à l'épicerie… Un tableau bien sombre, qui, s'il n'est pas dénué de style, reste peu nuancé.

Je n'ai pour ma part trouvé aucun plaisir à assister à ces humains qui se déchirent sur fond de misère sociale, sans qu'aucune lueur ne vienne redorer l'ensemble. Je n'ai pas cru au soupçon d'espoir du narrateur qui apprécie un bouquet de boutons d'or au cours d'une promenade, seule couleur dans ce livre noir... Je n'y ai pas cru parce que rien n'est fait pour que l'on ait envie, ni d'y croire, ni de rester un instant de plus avec ces gens sinistres et malheureux voire méchants. Trop de tristesse, trop de cruauté pour moi, même si le roman est bien écrit...
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Hervé Bougel nous raconte avec beaucoup de talent, de tendresse et de pudeur huit journées douloureuses et poisseuses de la vie d'un gosse de 11 ans.
Alors que les années 70 pointent leur nez, l'histoire se déroule dans une petite ville ouvrière du Dauphiné située au débouché de la cluse de l'Isère et au pied du massif de la Chartreuse. Il est en Cours-Moyen et rentrera en septembre au collège mais bien d'autres préoccupations l'empêchent de rêver aux vacances scolaires. Quand bien même le soleil de juin tape fort, la chaleur ne parvient plus à sécher les multiples plaies familiales.

Pour s'évader, on rêvait alors des aventures des Compagnons de la Croix-Rousse de Paul-Jacques Bonzon ou, pour les plus sportifs, des beaux vélos de Jean Pinsello. Lorsqu'on le pouvait, le vélo s'était la liberté, le moyen de se frotter aux autres et d'affronter la vie. Un sport exigeant, le plus difficile sans doute. On s'imaginait remontant les routes du Vercors ou avalant les routes sinueuses des Chambarans sur des cadres Mercier ou Libéria-Reynolds, des Paletti équipés de pédaliers et d'étriers Campagnolo, de dérailleurs Duret, de roues Mavec… Nostalgie crasse de ces années où il fallait encore demander la permission aux parents pour regarder La Séquence du Spectateur ou La Une est à Vous sur la Première chaîne de l'ORTF et supporter tout en serrant les dents des refus réguliers pour d'obscures raisons.
Sont abordés les douloureux sujets de l'inceste – celui d'un frère ainé envers sa soeur - et de la faiblesse des hommes qui ne se montrent pas à la hauteur. Voici un petit roman sombre qui explore méthodiquement le dédale des chemins qui permettent de franchir le pas entre l'enfance, naïve, et l'adolescence.
Un grand merci à Babelio et aux éditions Buchet-Chastel pour l'envoi de ce livre dans le cadre de l'opération masse critique. Parfois ou souvent, le hasard fait si bien les choses !
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critiques presse (1)
LeMonde
19 février 2021
L'écrivain et poète a rassemblé des souvenirs de ses 10 ans dans un récit âpre et douloureux, mais également une délivrance.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
INCIPIT
Dimanche 24 juin
Le dimanche à midi, c’est poulet aux olives. Mon père, un torchon accroché à l’un des passants de sa ceinture, touille les morceaux de volaille mêlés aux herbes parfumées qui remontent dans les bulles de la cuisson, du fond de la marmite.
Le dimanche à midi, c’est poulet aux olives et purée, maison.

Ce matin, ma sœur Brigitte et moi avons joué à la lisière du petit bois avec les Chabert, Sylvie et son frère Bernard. Le petit bois est planté tout près des immeubles: quelques troncs, une haute haie bien taillée. Ici, Losserand, le concierge des HLM, vient déposer, poussant sa brouette puis à fourche pleine, des paquets de feuilles mortes, des amas d’herbe coupée. C’est un lieu peuplé de chats sauvages. Ils tuent des oiseaux, des souris qu’ils chassent cavalant sur les poutres. Des chats cracheurs: si l’on approche, de la griffe ils nous menacent, hargneux. Nous retrouvons des ailes déchirées, des plumes, des petits os brisés.
– Pas question d’aller vous amuser là-bas! Je l’ai déjà dit! Les chats vous crèveraient les yeux! commande notre mère.

Sylvie et Bernard Chabert sont venus tôt, sans doute leurs parents les ont-ils fichus dehors – avoir la paix. Il fait doux, l’été s’installe. Dans la cuisine, notre mère s’affaire, couteau pointu en main. Mon père dort encore dans la chambre où jamais nous ne pénétrons. Sur la table de formica jaune gît le poulet, croupion béant, tête tranchée.
– Le trou du cul de la poule, le trou du cul de la poule! crie Brigitte, excitée.
De ses doigts déjà noirs, elle palpe la bête roide. Notre mère l’écarte, d’une main à l’épaule.
Dans le petit hall de l’entrée, les Chabert patientent. Bernard danse d’un pied sur l’autre. Sylvie est sage, les mains croisées dans le dos, grosse et laide, boudinée dans une robe bleue. Des lunettes aux verres épais, sertis d’une lourde monture, ravinent les ailes de son nez en trompette. Son frère a le visage mince, le menton pointu souligné d’une profonde fossette, un épi émerge de son crâne, ses yeux sont gros, ronds, verts. Je connais mal Chabert, nous ne fréquentons pas la même école, je suis au Colombier, l’école des garçons, lui est à Saint-Joseph, chez les curés.
– Chabert! Le catho! La gueule de grenouille!
On lui parle comme ça, dans le quartier.
Brigitte a organisé cette matinée de jeu. J’ai suivi sans en avoir vraiment envie, je sais que je vais m’ennuyer. Tous les quatre, nous quittons l’appartement. Short et chemisette bleue pour moi, robe rouge et bob jaune vissé sur le crâne pour Brigitte.
– Prenez garde au soleil, il est dangereux! crie notre mère du fond de la cuisine.

Les filles veulent jouer à l’école. Ma sœur a découpé dans le catalogue Vert-baudet des images de mannequins. Elle les a rangées dans une vieille boîte à chaussures qu’elle serre sous son bras.
À même l’herbe rase, elle aligne sa classe de papier.
– Ouvrez vos cahiers! Silence!
Avec Chabert, nous grimpons aux premières branches d’un arbre, un énorme poirier qui pousse en solitaire, déjà orné de fruits verts.
J’écarte les feuilles vives. J’aperçois les fenêtres ouvertes de la cuisine. Notre mère doit procéder à la découpe du poulet. D’un geste de bouchère, tout à l’heure, elle a arraché les tripes, ramassées en paquet dans sa main. Écœuré, je me suis détourné. Puis elle a réservé le cœur et le foie. Prendre garde, surtout, à ne pas crever le fiel. Enfin, le sciage des pattes, jaunes et dures, les griffes, l’ergot.
– Des mollets de coq! Comme les tiens! a ricané Lucien, mon frère aîné, qui passait là en cuissard, préparant ses bidons avant de s’en aller à son entraînement de cycliste.

Au pied du poirier, les filles discutent, grondent les enfants de papier, distribuent bons points et réprimandes. Sylvie Chabert corrige les cahiers d’un stylo de bois. Brigitte dirige la classe.
– Entrez en rang par deux! Et tenez-vous tranquilles! Sinon, je vais donner des baffes!
Bernard Chabert espère que les jeux des filles rejoindront ses projets de garçon.
– Eh! Si on faisait des opérations?
– T’es qu’un obsédé, grince Sylvie, tu ne penses qu’à ça.
Calé contre l’une des premières fourches de l’arbre, je n’ai pas envie de descendre. Un rai de lumière passe l’entrelacs des branches, s’attarde et s’échappe. Ça sent le neuf, le vert, le chaud, l’été nouveau, bien né.
– On pourrait les bombarder de poires pas mûres, glisse Chabert, ça nous ferait rigoler un peu.
– Si c’est pour avoir de la bagarre…
– Si la grosse Claude était ici, reprend Chabert, sa grande bouche en travers, on se paierait une bonne tranche de rigolade!
Du coin des lèvres, il souffle dans ses cheveux. Ça volette sur son crâne.
C’était un autre dimanche, au début du printemps. Nous nous étions trouvés, la grosse Claude et moi, à l’orée du petit bois. J’ai profité de l’instant où elle escaladait un tas d’herbe à brûler pour passer très vite les mains sous sa jupe bleue et descendre sa culotte jusqu’à ses genoux. J’ai vu son gros derrière rose et mou.
– Toi alors! T’es gonflé!
Que faire ensuite? J’ai rougi. J’ai eu peur qu’elle n’aille répéter tout ça à Franck, son frère, un gars du collège. Il m’a semblé pourtant que ça ne lui déplaisait pas de se faire baisser la culotte. Elle riait, dodue, les fossettes allumées.
– Faut pas te gêner!
– Sylvie, elle fait sa maligne, poursuit Chabert, mais je l’ai déjà vue à poil. Je la surveille par le trou de la serrure, dans sa chambre. Elle a du poil au cul.
À l’appel des filles, nous quittons notre cache dans l’ombre. Glissades le long du fût, pieds au sol. Nous participons, de mauvaise grâce et genoux pliés, à la dînette qui suit la classe de papier rangée dans son préau de carton.
Sylvie a rempli d’eau la gourde de métal rouge avec un bouchon jaune, celle que notre mère a achetée l’été dernier pour la colonie de Brigitte à Méaudre, dans le Vercors. Ma sœur prépare un café d’eau sale dans des tasses de plastique décorées de grosses fleurs orange et brunes. Elle trie des pierres plates, des gâteaux.
– Ils sont trop cuits! J’en ai marre, moi, avec ces mômes toujours dans mes pattes!
– Elle est cinglée, murmure Chabert, une lueur inquiète dans ses yeux verts.
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Nous savons simplement que tout peut basculer, à tout instant. Notre ordinaire est fragile, suspendu. Les cris dans la nuit, les disputes, les coups échangés dans la salle à manger. Le marteau qu’il brandit un soir, l’écran de télévision fracassé: Regarde ce que j'en fais de ta saloperie de télé!
La peur, à tout instant, la peur même au sommet de la joie, quand elle survient. La peur incessante, celle qui poigne le cœur. La peur qui enserre, la peur qui réduit, la peur qui diminue la vie. La peur qui harcèle. La peur qui tord le ventre et monte à la tête. p. 45
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Le poulet aux olives doit être prêt. Nous abandonnons les Chabert devant la porte vitrée de leur immeuble.
– À cet après-midi!
Tendue, Brigitte avance à grands pas.
– C’est l’heure de La Séquence du spectateur, il faut se dépêcher.
Nous longeons le mur du lycée, une haute masse de pierres blanches sur laquelle des élèves ont tracé à la peinture noire un immense Vive l’anarchie. Un cèdre colossal émerge de la cour, il écrase de son envergure les fenêtres étroites des classes. Notre immeuble, le rouge, est en face.
C’est rapport à la couleur des volets que nous désignons les HLM. Le rouge, c’est le nôtre, il y a aussi le vert, celui d’en bas, le jaune de l’autre côté de notre avenue Édouard-Herriot, puis, plus éloigné, le bleu, c’est déjà ailleurs.
Brigitte touche mon bras:
– Sylvie Chabert demande si tu veux bien l’aimer.
Je ne réponds pas. Ça me gêne, cette Sylvie soudain amoureuse. Je n’ai pas, moi, très envie de l’aimer. Si grosse, si vilaine, ses fortes lunettes sur son nez épais. Puis, les poils évoqués par son frère m’écœurent, découragent par avance le sentiment.
Nous sommes à nouveau invités l’après-midi. Il faudra poursuivre les jeux, rendre les devoirs, finir les gâteaux de pierre.
Je n’ai pas très envie, non, d’aimer Sylvie Chabert, mais comment refuser d’aimer qui vous le demande? D’autres, à l’école, Rinaldi, Couttaz, le grand Colomban, sauraient bien y faire. Je préfère mon ignorance, je préfère me taire.
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La peur, à tout instant, la peur même au sommet de la joie, quand elle survient. La peur incessante, celle qui poigne le cœur. La peur qui enserre, la peur qui réduit , la peur qui diminue la vie. La peur qui harcèle. La peur qui tord le ventre et monte à la tête.
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J’ai tenté de me battre contre le sommeil. J’ai toujours peur d’aller me coucher. Les nuits sont brutales, les nuits sont pleines de cris. Les nuits sont noyées de mensonges. Les nuits sont envahies de fantômes fragiles. Les nuits sont sans issues.
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