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Critique de Chouchane


Chouchane
  22 juin 2015
Pour beaucoup la démocratie est un horizon indépassable, l'optimum de la civilisation. Certes c'est un modèle intéressant mais en lisant ce petit livre qui est lui-même une relecture de Tocqueville « de la démocratie en Amérique » 1835 , on perçoit clairement qu'en la matière nous acceptons un prêt à penser et que la démocratie est loin d'être la panacée universelle. Si cela reste un modèle intéressant notamment pour nous assurer une liberté politique, il est fragile, imparfait et ses dérives nombreuses ; comme le dit Amine Boukerche « En présentant une nouvelle approche de la démocratie, il (Tocqueville) nous révèle une pensée d'une actualité sidérante ». J'ai été séduite par cet ouvrage didactique qui apporte un éclairage intelligent à notre présent. Que dit-il ?
Pour l'opinion la démocratie est le meilleur des régimes, il n'en est pas de même pour de nombreux philosophes. Platon déjà condamne de façon définitive ce régime qu'il estime corrompu car les hommes qui le dirigent sont soit assoiffés de richesse et forment alors une oligarchie, soit avide de pouvoir, la timocratie. de plus, la démocratie est à la merci d'une autre faiblesse : sa représentation. le mode de désignation habituel des dirigeants est l'élection, on en voit les dérives. Pour se faire élire, les hommes recourent à l'éloquence et à toutes sortes de marchandages faussant la représentation qu'en ont les citoyens, ils sont prêts à tout ! le meilleur moyen d'éviter cela selon Aristote serait de recourir à au tirage au sort. Cette partie de l'ouvrage est passionnante parce qu'elle offre l'espoir « nouveau et antique » qu'il pourrait y avoir un terme aux égarements et aux scandales accompagnant chaque élection.
Quand Tocqueville part en Amérique, il connait déjà toutes ces réserves sur la démocratie. Ce qu'il constate d'abord en arrivant c'est que le citoyen américain aspire avant tout à l'égalité des conditions (et non pas seulement l'égalité juridique). Alors qu'en Europe qui sort péniblement de la monarchie à coup de coups d'état et révolutions sanglantes, l'idée que chacun doit rester à sa place est encore très présente dans les esprits. C'est la mobilité sociale qui caractérise le mieux la société américaine et qui façonne les modes de pensées et la recherche d'un bien-être par tous. Ce dernier point constituera d'ailleurs le talon d'Achille des américains qui, selon Tocqueville, sont en permanence travaillés par l'aspiration à obtenir plus ou mieux et ne sont donc jamais satisfaits. « Dans la confusion de toutes les classes, chacun espère pouvoir paraître ce qu'il n'est pas et se livre à de grand effort pour y parvenir(…) l'hypocrisie de la vertu est de tous les temps ; celle du luxe appartient plus particulièrement aux siècles démocratiques ».
L'ouvrage de Boukerche bouscule un autre lieu commun : « la majorité ». Considérée comme le nec plus ultra pour décider, elle peut s'avérer être une forme de tyrannie. L'élection à la majorité impose aux élus de suivre la volonté d'une majorité qu'ils confondent avec la volonté générale. Cette dernière, selon Rousseau exige, l'unanimité. Cette omnipotence de la majorité, finit par se transformer en un pouvoir absolu qui s'exerce sur tous. Pour la minorité, c'est une nouvelle forme de tyrannie. de là, Tocqueville avance que la tyrannie de la majorité exerce une influence active sur la liberté de pensée et produit une uniformisation de la pensée, il ajoute « Je ne connais pas de pays où il règne, en général, moins d'indépendance d'esprit et de véritable liberté de discussion qu'en Amérique ». Enfin, cette société démocratique engendre un fort individualisme notion qui pour lui est récente et se traduit par un repli sur soi au sein d'une société.
Pour Tocqueville les effets pervers de la démocratie sont dépassables et parmi les solutions qu'il propose il y a l'association. Cette dernière consolide le lien social indispensable et permet de contrebalancer le despotisme de la majorité.
Une lecture vivifiante qui donne envie de lire Tocqueville dans le texte !
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