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Critique de Florel


Florel
  24 mars 2021
La Révolution, cette fameuse Révolution bien française qui a inspiré nombre de personne à travers le monde, est régulièrement source de fantasme. On imagine un peuple entier bataillant contre l'oppression royale. On songe à des mouvements spontanés où tout est accepté. On croit encore qu'elle se résumé à une journée, le 14 juillet 1789. Que nenni ! Rien de cela n'est exact.
Après avoir comptabilisé huit journées révolutionnaires, nous voilà embarqué dans la réalité de ces journées révolutionnaires entre 1789-1795. Mais déjà qu'est-ce qu'une journée révolutionnaire ? C'est une insurrection populaire dans un lieu de pouvoir où une partie du peuple réclame des mesures sociales, politiques, économiques…


A travers ce livre l'auteur nous propose donc une autopsie des journées révolutionnaires, en remontant aux sources de ces mécontentements : la crise frumentaire, les menaces des armées extérieures, le mécontentement de l'évolution politique, etc., et en retraçant la sociologie des acteurs. Acteurs eux-mêmes divers, il y a des femmes, des militaires mécontents de leur solde, les ouvriers des faubourgs, des artisans, des commerçants, des petits bourgeois, mais finalement peu de pauvre. Oubliez la foule en guenille, elle nous vient de l'imaginaire...

Oubliez également la spontanéité. Excepté la reddition de la Bastille le 14 juillet, toutes ces journées révolutionnaires n'ont rien de spontanées. Comme va l'indiquer Antoine Boulant elles sont toutes façonnées en amont, entretenues et soufflées par les journaux comme celui du Père Duchesne qui lançait des appels à l'insurrection contre Brissot. Elles sont encore encouragées par des fausses nouvelles ou des politiciens comme les députés afin de servir leurs intérêts. le plus étonnant d'entre eux étant Louis-Philippe duc d'Orléans cousin du roi, qui d'après les dires de l'époque rêvait de détrôner la branche régnante pour y instaurer la sienne.
D'accord elles sont encouragées. Pour autant ne croyons pas que tout le monde les valide. En effet, beaucoup de parisiens sont horrifiés ou indifférents à ces journées, de plus beaucoup de personnes participent aux mouvements sans pour autant savoir ce qu'elles font là, entrainées qu'elles sont par l'effervescence ou la foule. Encore un peu plus, l'image d'Epinal, d'un peuple entier en révolte, s'effrite...


Plus étonnant, ces journées révolutionnaires sont en outre encouragées par le comportement du pouvoir en place. Que ça soit clair, toutes les journées révolutionnaires ne sont pas dirigées contre la monarchie et Louis XVI, la mise en danger de la personne royale scandalise même et conduit à une enquête après la journée d'octobre 1789.

« L'invasion du château de Versailles, le 6 octobre 1789, et plus encore celle du palais de Tuileries, le 20 juin 1792, furent en revanche interprétées par une grandes partie de la population comme une atteinte insupportable à la dignité du monarque, dont l'intégrité physique avait été directement menacée. Dans les jours qui suivirent cette dernière journée, départements, districts, municipalités, tribunaux et simples particuliers adressèrent à l'Assemblée législative des centaines d'adresses et de pétitions pour protester contre le « forfait », les « attentats » et les « excès abominables », commis par les « scélérats », les « factieux » et la « corporation anarchistes ». p.177

Pour autant, la faiblesse de Louis XVI, son manque de volonté à se défendre et d'employer la force, ainsi que la difficulté de l'armée à se montrer strict sous peine de voir ses soldats faire défection, encouragent ces révolutionnaires à aller toujours plus loin et à revendiquer le pouvoir. Un roi faible ne méritant pas d'être roi. le lien affectif qui pouvait encore rester, disparaît...
Mais ce peuple est problématique car trop remuant et jamais content, ça sera finalement la Convention après son invasion en avril et mai 1795 qui lui ôtera les armes, comme dans le faubourg Saint-Antoine le 23 mai 1795.


Dans l'imaginaire ces journées révolutionnaires sont sanglantes, c'est en partie vrai. Sur les huit journées que l'auteur comptabilise, quatre sont sanglantes comme celles du 14 juillet ou du 10 août 1792 la prise des Tuileries, et quatre autres comme celle du 20 juin 1792 ne le sont pas. Massacre ou non, cela ne va cependant pas sans quelques exactions comme le pillage, les détériorations…


Comme on le voit, ce livre rétablit la vérité sur les journées révolutionnaires. Toutes les journées ne se retournent pas contre le pouvoir royale, toutes les journées ne sont pas meurtrières, toutes les journées n'enflamment pas un peuple parisien entier. Grâce à la remise en contexte, grâce à la description des acteurs, l'auteur examine ces journées révolutionnaires par le détail afin d'en faire ressortir les particularités, non sans faire tomber quelques idées tenaces en passant. Une lecture enrichissante.
Lien : http://encreenpapier.canalbl..
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