AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio

Michel Pétris (Traducteur)
EAN : 9782070385959
283 pages
Éditeur : Gallimard (23/02/1993)

Note moyenne : 3.88/5 (sur 215 notes)
Résumé :
"Une accoucheuse qui avait appris son art à la maternité de l'Hôtel-Dieu de Paris sous la direction de la fameuse Louise Bourgeois délivra le 13 janvier 1622 la très aimable madame Poquelin, née Cressé, d'un premier enfant prématuré de sexe masculin. Je peux dire sans crainte de me tromper que si j'avais pu expliquer à l'honorable sage-femme qui était celui qu'elle mettait au monde, elle eût pu d'émotion causer quelque dommage au nourrisson, et du même coup à la Fra... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (28) Voir plus Ajouter une critique
palamede
  11 novembre 2015

Boulgakov aimait le théâtre, il a écrit des pièces et adapté pour la scène plusieurs romans, notamment de Tolstoï, Gogol, Dickens et Maupassant. Mais victime la plupart du temps de la censure, il a dû occuper des emplois obscurs d'assistant au Théâtre d'art et au Bolchoï en attendant de voir ses oeuvres jouées.
C'est cette passion théâtrale qui l'a conduit naturellement à écrire ce roman sur la vie sur Molière, un homme qu'il admirait. Un portrait où, de sa naissance à son éveil au théâtre initié par son grand-père, de ses difficultés de jeune comédien à sa consécration avec la protection de Philippe d'Orléans puis de Louis XIV, Boulgakov, avec son ironie coutumière, imagine ce qu'il ne peut pas savoir.
Une oeuvre vivante et pleine de fantaisie où l'on retrouve toute l'affection et le respect de Boulgakov pour le comédien et dramaturge français, un homme qui comme lui avait la passion et le génie du théâtre.
Commenter  J’apprécie          550
LesPetitesAnalyses
  25 avril 2020
Moscou. 1933. Dans un appartement quelconque, un dramaturge empêché vient d'accoucher d'une pièce de théâtre. Les dizaines de feuilles, noircies de mots, jonchent le sol. C'est qu'il y a eu complication. Il a fallu trouver le juste milieu entre l'imaginaire débridé de l'auteur et l'âpre réalité de l'union soviétique. Mais il est trop tard pour revenir en arrière dès que la conscience s'en est mêlée. Les personnages sont nés sur des morceaux de papier et ne demandent plus qu'une chose: s'incarner dans la peau de comédiens.
L'auteur a conscience que cette pièce, comme les précédentes, sera frappée par la censure. Tout au plus lui laissera-t-on le droit de faire une ou deux représentations pour la forme. Histoire de créer une illusion culturelle au coeur de l'URSS stalinienne. Mais le dramaturge russe n'en a cure, il aura beau être muselé, cela ne l'empêchera pas d'écrire et de créer des oeuvres en lien avec les planches. J'en veux pour preuve son livre sobrement intitulé le roman de monsieur de Molière et vous propose une petite analyse de ce livre écrit par un certain … Mikhaïl Boulgakov.
Dès l'entame du récit, nous sommes mis devant un fait accompli. Il s'agit d'une biographie romancée sur la vie du célèbre dramaturge français. Cette manière de procéder permet à Boulgakov de prendre les habits du conteur et de faire naître, devant nos yeux de lecteur, Jean-Baptiste Poquelin dit Molière. le ton utilisé et les mots choisis nous immergent avec légèreté dans l'histoire de cet homme sans nous demander de connaissances spécifiques. Cette manoeuvre a le mérite de nous apprendre des faits sur Molière en évitant l'écueil des détails trop techniques qui nuiraient à la lecture:
“ Sur la scène se jouait une farce d'une insolence débridée, qui n'avait rien d'innocent: c'était la farce des moeurs et des coutumes de Paris d'alors, et ceux qui vivaient ces moeurs et créaient ces coutumes se trouvaient là, dans les loges et sur la scène. le parterre riait aux éclats et pouvait les désigner du doigt. Il avait reconnu les grands seigneurs des salons, que l'ancien tapissier couvrait ainsi publiquement de ridicule. “
Boulgakov passe en revue la vie de Molière à travers le prisme de ses pièces de théâtre. Nous apprenons dans quelles conditions étaient écrites chacune de ses comédies mais aussi comment se passèrent les représentations. le dramaturge français a commencé à Paris avec sa troupe de l'Illustre Théâtre et s'est royalement cassé la gueule au point de devoir quitter la capitale. Suite à cette déconvenue, il parcourra les régions de France pendant plus d'une décennie. Il n'aura de cesse de monter sur les planches avec sa bande de comédiens afin d'y jouer les classiques de l'époque, sans le succès escompté. C'est aussi durant cette période qu'il écrira ses premières pièces teintées de comédie. A ce titre Boulgakov, semble-t-il, est arrivé à cerner ce qui fit défaut chez le jeune Molière qui s'entêtait à jouer des tragédies alors que son génie résidait dans la comédie et la farce. Dès qu'il en prendra conscience, son nom sera sur toutes les lèvres et arrivera jusqu'aux oreilles du Tout-Paris.
Molière reviendra alors dans la capitale française et ses pièces feront rire aux éclats ou grincer des dents mais plus jamais elles ne laisseront indifférentes comme c'était le cas au début de sa carrière. Ses pièces étaient tellement osées pour l'époque — à se moquer de la petite bourgeoisie parisienne et de l'Eglise — qu'elles flirtaient à chaque fois avec la censure. le travail du dramaturge avait la chance d'être apprécié par Louis XIV en personne. Et c'est sans doute ce qui lui valu de rester en haut de l'affiche alors que ses détracteurs l'attendaient au tournant dans le but d'interdire ses pièces. Ce qui arriva parfois! A l'instar des oeuvres théâtrales de Boulgakov qui furent quasi toutes censurées par le régime communiste.
Le roman de monsieur de Molière est aussi l'occasion de faire connaissance avec les moeurs du XVIIème siècle. Nous y apprenons, entre autre, l'existence de l'orviétan, ce médicament présenté sous forme de remède miracle mais qui était en fait l'oeuvre d'arnaqueurs sans scrupules dont Molière s'est moqué dans sa pièce l'Amour médecin:
“ Les baraques du Pont-Neuf accueillaient des médecins ambulants, des arracheurs de dents, des charlatans apothicaires qui vendaient aux gens des panacées qui guérissaient de tous les maux. Pour attirer l'attention sur leurs boutiques, il s'abouchaient avec des saltimbanques de rue, parfois avec de véritables acteurs qui avaient déjà pris pied sur les planches des théâtres et l'on assistait à de véritables représentations à la gloire des médications miraculeuses. […] Tout Paris parle d'un homme aussi extraordinaire que mystérieux, un certain Christophe Contugi. Il a engagé toute une troupe et donne sur une estrade des spectacles de polichinelles, grâce auxquels il vend une bouillie médicinale qui guérit tous les maux, et qu'il a baptisé Orviétan. ”
En conclusion, le roman de monsieur de Molière est un livre écrit par le passionné de théâtre qu'était Mikhaïl Boulgakov. Il permet aux novices (dont je fais partie) de rentrer dans l'oeuvre du célèbre comédien français et de découvrir des éléments historiques de la vie courante durant le XVIIème siècle. Certes, l'auteur russe n'a pas, encore, le degré d'écriture de son oeuvre phare le Maître et Marguerite mais cette biographie se laisse lire avec un certain plaisir 😉

Lien : https://lespetitesanalyses.c..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          351
missmolko1
  08 octobre 2012
Tout le monde connait Molière et a au moins lu une de ses nombreuses pièces de théâtre pendant sa scolarité. Je n'ai pas échappé à la règle et je me souviens qu'a chaque fois je prenais beaucoup de plaisir a étudier les écrits de Molière. Malgré ça, je connaissais peu de choses sur sa vie et cette biographie m'a beaucoup plu.
L'auteur l'a rendue très vivante, à mi chemin entre le roman car on n'a vraiment l'impression d'y être et seuls les éléments biographique, historique et les célèbres tirades issus des pièces de théâtre nous rappelle qu'il s'agit bien d'une biographie. Un bel hommage à cet artiste qui a dédié sa vie au théâtre et qui nous laisse de très belles pièces.
Commenter  J’apprécie          340
Gustave
  31 mai 2014
Boulgakov a pour coutume d'alterner oeuvres d'inspiration réaliste (la Garde Blanche, Récits d'un jeune médecin) et récits où le fantastique domine largement (le Maître et Marguerite, Coeur de chien, Endiablade). le roman de monsieur de Molière appartient à la première veine.

Ce roman est sans doute unique chez Boulgakov en ce sens qu'il s'éloigne radicalement de ses sources d'inspiration habituelles, à savoir la société soviétique, sa propre vie (son expérience de médecin notamment) ainsi que le fantastique ou la science-fiction. Les liens avec ces thèmes ne sont perceptibles que de manière indirecte, à savoir la passion de Boulgakov pour le théâtre ainsi qu'un possible écho de ses relations avec Staline.

Les premières pages du roman sont d'une vivacité étonnante et d'emblée captivante, par le saisissant contraste qu'elles établissent entre la naissance d'un enfant encore inconnu et la conséquence que celle-ci aura sur la littérature mondiale, y compris russe (Boulgakov enfile un chapelet de dramaturges russes redevables à Molière: Gogol, Griboiédov, Tchékhov...)

L'on assiste en direct aux prémisses, puis à l'éclosion d'une vocation, favorisée par le grand-père maternel, Cressé...Bien entendu, l'on connaîtra les tribulations plus ou moins classiques que vit tout artiste débutant: de longues années de vaches maigres avant le succès.

Trois grands motifs se dégagent du roman: la nature de la vocation littéraire, le lien entre la vie de l'artiste et son oeuvre, les relations de l'artiste avec le pouvoir politique.
Le portrait de Molière dressé par Boulgakov accrédite l'idée que chaque artiste, aussi génial soit-il, ne saurait aller au-delà des dons qui lui sont en quelque sorte accordés de naissance. Cela est illustré par l'inaptitude de Molière à la tragédie, confirmant que son génie ne s'exprime pleinement que dans la comédie.
Quant à la relation existante entre la vie de l'artiste et son oeuvre, Boulgakov casse ici un mythe (du moins en ce qui concerne Molière), à savoir l'idée que les auteurs d'avant le romantisme au sens large, c'est à dire d'avant la seconde moitié du 18ème siècle, ne s'inspiraient que peu de leur propre vie, ne le faisant que de leurs prédécesseurs de l'Antiquité grecque ou latine (Racine en est l'exemple achevé). Certes Molière tirait parti des ressources léguées des Romains (Amphitryon en est l'illustration), mais Boulgakov établit que plus d'une fois, il est possible de relier des évènements de sa vie à ses pièces (une pièce comme l'Ecole des Femmes est un écho de sa vie conjugale passablement orageuse).

Le thème de la relation entre l'artiste et le pouvoir est sans doute celui qui a appelé le plus de commentaires, aussi ai-je choisi de le traiter en dernier.

Selon certains exégètes, il faudrait voir dans la relation entre Molière et Louis XIV une décalque de la relation entre Boulgakov et Staline. Pour ma part, sans la nier totalement, cette thèse présente des limites à plusieurs titres:
-Louis XIV, tout monarque absolu qu'il ait été, ne saurait être assimilé au dirigeant d'un régime totalitaire que fut Staline. Je ne dis pas cela par royalisme ou quelque prétexte fallacieuse de ce tonneau-là: je le dis parce que c'est historiquement inexact, ne serait ce qu'en comparant la manière dont la répression s'exerçait envers les opposants au régime (Fouquet et les protestants ont été emprisonnés ou exilés, et non exécutés en masse).

-Le soutien de Louis XIV à Molière apparaît constante, et ce y compris lorsqu'il fut question de lui accorder une sépulture chrétienne (la manière dont le Roi-Soleil a négocié cela avec l'Eglise est un chef d'oeuvre de compromis: puisque la terre consacrée s'étend jusqu'à quatre pieds de profondeur, alors il suggère de creuser un tombeau de cinq pieds). On peut mesurer l'ampleur de la différence entre leur fortune littéraire dans le fait que Molière connut la gloire durant sa vie de dramaturge, soutenu par Louis XIV là où Boulgakov, censuré par Staline ne l'atteignit que de manière posthume.
Staline a certes soutenu Boulgakov et admirait un certain nombre de ses oeuvres, mais il s'agit d'un soutien à minima: s'il lui épargne de manière constante le pire (le goulag voire la mort), il exercera sur la majorité de ses oeuvres une censure qui se pérénnisera jusqu'à sa mort...

Au final, j'aurais davantage tendance à voir dans la relation entre Molière et Louis XIV un reflet de ce que Boulgakov aurait souhaité, plus qu'un reflet de ses relations réelles avec Staline. On peut ainsi tout à fait imaginer qu'en vérité, Boulgakov aurait préféré avoir affaire à un tsar (ses sympathies profondes allaient vers une monarchie constitutionnelle, respectueuse de l'orthodoxie autant que des libertés fondamentales...)

Le débat reste bien entendu ouvert. Pour vous faire votre propre idée, un seul conseil: lisez-le!
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          80
lecottageauxlivresFanny
  17 août 2015
Assis face à une feuille de papier dans sa maison russe, Mikhaïl Boulgakov imagine en 1932 la naissance de Jean-Baptiste Poquelin et donne des conseils à l'accoucheuse pour qu'elle mette au monde sans maux cet enfant qui sera un génie. L'auteur russe, amateur de théâtre et adorateur de Molière, nous raconte l'enfance du comédien, ses journées passées dans les théâtres parisiens avec son grand-père, ses disputes avec son père tapissier du roi et son envol hors de la maison lorsqu'il décide de monter sa troupe de comédiens au grand désespoir de son père. Les ennuis débutent alors pour Molière qui forme un couple passionné par le théâtre avec Béjart et prêt à tout pour se faire un nom sur les planches. Les honneurs, la protection de Louis XIV, la gloire et les haines des hommes d'Eglise, des médecins, des Précieuses, des auteurs et comédiens jalousant son succès inspirées par ses oeuvres Tartuffe, Les Précieuses ridicules et Dom Juan.
Mikhaïl Boulgakov retrace la vie du comédien avec passion et brio. L'auteur russe aime profondément le dramaturge français et cet attachement rend ce livre très touchant. Ce n'est pas une biographie froide et neutre mais une ode au théâtre et une déclaration d'amour à Molière. le roman de Monsieur Molière est passionnant. J'ai eu envie de le lire parce que j'aime cet auteur mais je pense que des lecteurs n'appréciant pas forcément ses pièces peuvent lire avec plaisir ce roman. Au collège, je n'aimais pas particulièrement Molière lorsqu'on l'étudiait en classe mais en le lisant en prépa et à la fac j'ai appris à aimer Molière et à comprendre son immense génie et sa modernité. Boulgakov ne raconte pas que la vie de Molière mais il narre également les aventures et déboires des comédiens et auteurs de l'époque et la vie à Versailles. J'ai beaucoup aimé l'écriture de Mikhaïl Boulgakov empreinte d'ironie et qui écorche les médecins de l'époque, les catholiques et leurs représentants et les ennemis de la culture et du rire. le roman de monsieur Molière est un monument à la gloire du comédien érigé avec amour et admiration.
Lien : http://lecottageauxlivres.ha..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          180

Citations et extraits (36) Voir plus Ajouter une citation
jmlire92jmlire92   06 mai 2021
Molière n'aimait pas la campagne et la nature. Notre comédien était un véritable homme de la ville, un fils de Paris.Mais les malheurs de sa vie familiale et des années de travail ininterrompu l'avaient usé, de sorte que l'exil d'Auteuil était devenu nécessaire... Chapelle* s'était fixé pratiquement à demeure dans le village, et de temps en temps venaient d'autres amis : Boileau et La Fontaine, auxquels se joignaient parfois le comte de Guilleragues, un diplomate grand amateur des œuvres de Molière, et le comte de Jonsac, un ami de Chapelle.
La compagnie se rendait à Auteuil pour arracher Molière à son travail, parler littérature, lire les mauvais vers des autres et composer des épigrammes, notamment sur l’archevêque de Paris Péréfixe. Ces réunions se terminaient d'ordinaire par des soupers dans la chambre de Chapelle, soupers qui étaient très appréciés et en particulier de Jonsac.
Pour l'un de ces soupers, Chapelle avait, on ne sait pourquoi, fait double provision de vin. Molière qui ne se sentait pas bien, ne passa qu'un bref instant avec la joyeuse compagnie, refusa le vin qu'on lui offrait, et se retira dans sa chambre. les autres poursuivirent leur repas jusqu’à trois heures du matin et, vers cette heure là, s'aperçurent que la vie leur était devenue odieuse. C'était surtout Chapelle qui parlait. Auteuil était depuis longtemps déjà endormi, et il y avait longtemps que les coqs avaient chanté.
- Vanité des vanités, tout n'est que vanité ! criait lugubrement Chapelle en agitant un doigt menaçant.
- Nous sommes tout à fait d'accord avec toi, lui répondirent ses compagnons de bouteille, continue, Chapelle !
- Chapelle se renversa dessus un verre de vin rouge, ce qui ajouta encore à son désarroi, et poursuivit :
- Oui, mes pauvres amis, tout est vanité ! regardez autour de vous et dites- moi ce que vous voyez ?
- Nous ne voyons rien de bon, convint Boileau en jetant un regard plein d'amertume autour de lui.
- La science, la littérature, l'art, tout cela n'est que vanité vide et creuse ! criait Chapelle. Et l'amour ? Qu'est-ce que l'amour, mes infortunés amis ?
- Un leurre, dit Jonsac.
- Rien de plus vrai ! répondit Chapelle. Notre vie n'est que chagrin, injustices et malheurs de tous côtés !
Là-dessus Chapelle se mit à pleurer.
Quand ses amis l'eurent quelque peu consolé, il lança cet appel enflammé :
- Que faire, amis ? Si la vie n'est qu'un trou si noir, qu'attendons-nous pour la quitter ! Allons nous noyer de compagnie ! Regardez la rivière dehors qui nous appelle.
- Nous te suivons, dirent les amis.
Et tous de ceindre leurs épées et de revêtir leurs manteaux pour aller à la rivière.
Le vacarme s'accrut. La porte s'ouvrit alors et, sur le seuil, parut, emmitouflé dans un manteau, en bonnet de nuit et un bout de chandelle à la main, Molière.
- Que faites-vous ? demanda-t-il ?
- notre vie nous est insupportable, dit chapelle en pleurant. Adieu, Molière, pour toujours. Nous allons nous noyer.
- C'est un beau projet, répondit tristement Molière. Mais il est mal de votre part de m'avoir oublié. Je vous croyais plus de mes amis.
- Il a raison ! s'écria Jonsac, bouleversé. Nous nous sommes vraiment conduits comme des porcs ! Viens te noyer avec nous, Molière !...
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20
LydiaBLydiaB   14 juillet 2011
Le Bourgeois fut joué pour la première fois à Chambord le 14 octobre 1670, et, à l'issue de la représentation, Molière fut saisi d'une sourde angoisse : le roi n'avait pas dit un mot sur la pièce. Tandis qu'en sa qualité de valet de chambre, il servait le roi au repas solennel qui suivait le spectacle, Molière était à demi mort. Le silence du monarque n'avait pas tardé à donner de brillants résultats. Il n'y avait plus une seule personne qui n'eût déversé sa ration de critiques sur la pièce de Molière (naturellement, pas en face du roi).

- Expliquez-moi, pour l'amour de Dieu, messieurs, s'exclamait un courtisan, ce que signifie tout ce galimatias, tous ces "galaba, babalalou, et balaba" que crient les Turcs ? Qu'est-ce que cela ?

- Ce sont des billevesées, lui répondait-on, votre Molière est complètement à court d'inspiration, il serait temps de lui reprendre son théâtre.

Hélas ! Il faut reconnaître que ces "balaba" ne signifient rien et n'ont rien de joyeux.

Le 16 octobre, eut lieu une deuxième représentation, à laquelle le roi était à nouveau présent. A la fin du spectacle, il appela Molière.

- Je voulais vous parler de votre pièce, Molière, commença le roi.

"Vas-y, achève-moi ! " purent lire dans les yeux de Molière toutes les personnes présentes.

- Je ne vous ai rien dit après la première, parce que je n'avais pu encore arrêter un jugement. Vos acteurs jouent trop bien. Mais je vois maintenant que vous avez écrit une pièce admirable, et aucune de vos comédies ne m'a procuré autant de plaisir que celle-ci.

A peine le roi eut-il libéré Molière que tous les courtisans l'entourèrent et couvrirent la pièce d'éloges.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60
chapochapichapochapi   01 mars 2013
- que faites-vous ? demanda-t-il.
- Notre vie nous est insupportable, dit Chapelle en pleurant. Adieu, Molière, pour toujours. Nous allons nous noyer.
- C'est un beau projet, répondit tristement Molière. Mais il est mal de votre part de m'avoir oublié. Je vous croyais plus de mes amis.
Il a raison ! s'écria Jonsac, bouleversé. Nous nous sommes vraiment conduits comme des porcs ! Viens te noyer avec nous, Molière !
Tous les amis embrassèrent Molière et reprirent :
- Allons-y !
-Très bien, allons-y, dit Molière. Mais vous savez, mes amis, qu'il n'est pas bon de se noyer la nuit après le souper, car les gens diront que nous l'avons fait dans les fumées de l'alcool. Ce n'est pas ainsi qu'il faut faire. Allons maintenant nous coucher, dormons jusqu'au matin, et, sur le coup de dix heures, quand nous nous serons lavés et aurons repris un aspect convenable, nous irons à la rivière la tête haute, afin que tout le monde voie que nous nous sommes noyés en véritables philosophes.
- Admirable idée ! s'écria Chapelle, en embrassant Molière derechef.
- Je partage ton avis, dit Jonsac qui s'endormit sans crier gare, la tête entre les verres de vin. (....)
Au matin, le suicuide collectif fut, on ne sait pourquoi, annulé.
(chap. 25)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60
Florence94Florence94   13 août 2012
Une accoucheuse qui avait appris son art à la maternité de l’Hôtel-Dieu de Paris sous la direction de la fameuse Louise Bourgeois délivra le 13 janvier 1622 la très aimable madame Poquelin, née Cressé, d’un premier enfant, un prématuré de sexe masculin.
Je peux vous dire sans crainte de me tromper que si j’avais pu expliquer à l’honorable sage-femme qui était celui qu’elle mettait au monde, elle eût pu d’émotion causer quelque dommage au nourrisson, et du même coup à la France.
Et voilà : j’ai une veste aux poches immenses et à la main une plume non d’acier, mais d’oie.
Devant moi se consument des bougies de cire, et mon cerveau est enflammé.- Madame, dis-je, faites attention au bébé, n’oubliez pas qu’il est né avant terme. La mort de ce bébé serait une très grande perte pour votre pays.- Mon Dieu ! Madame Poquelin en fera un autre
- Madame Poquelin n’en fera jamais plus un semblable, et aucune dame n’en fera de semblable avant un certain nombre de siècles.

- J’ai tenu dans mes mains des enfants plus illustres.
...
- Ah ! Madame ! Que me dites-vous là, à propos des nourrissons illustres que vous avez tenus dans vos mains ! Comprenez que cet enfant que vous mettez aujourd’hui au monde dans la maison des Poquelin n’est autre que monsieur Molière ! Ah, ah ! Vous avez compris ce que je vous ai dit ? Alors faites attention, je vous en prie ! Dites, il a crié ! Il respire ! Il vit !
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
cecilitcecilit   10 novembre 2016
Molière et Lulli - dont la gloire et l'influence ne cessaient de croître à la cour - reçurent l'ordre de composer une comédie avec de la musique pour les fêtes de Chambord, avec obligation d'y introduire des Turcs.
En effet, à l'automne de l'année précédente, le roi avait reçu à Versailles une ambassade turque conduite par un certain Suleiman-Aga. Voici comment les choses s'étaient passées : on avait fait d'abord longuement attendre les Turcs, puis on les avait admis dans la galerie du Nouveau Palais, décorée avec une splendeur surnaturelle. Le roi était sur son trône, revêtu d'un costume qui portait pour quatorze millions de livres de diamants.
Mais le diplomate d'expérience qu'était Suleiman-Aga étonna les Français infiniment plus qu'ils n'avaient espéré l'éblouir lui-même. L'expression de son visage parut montrer qu'en Turquie, tout le monde portait des costumes chargés de quatorze millions de livres de diamants. Et les rusés Turcs ne donnèrent d'une manière générale aucun signe d'émoi.
Le roi n'apprécia pas l'attitude de la délégation turque, et les courtisans, habitués à remarquer la plus insignifiante modification de la face royale, passèrent une année à détourner en dérision les Turcs du mieux qu'ils pouvaient. Et c'est pourquoi le compositeur et le dramaturge reçurent l'ordre de faire absolument une scène de turquerie bouffonne.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50

Videos de Mikhaïl Boulgakov (21) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Mikhaïl Boulgakov
Mikhaïl Boulgakov : La Fuite ! Comédie fantastique en 8 songes par Macha Makeïeff (Théâtre et compagnie / France Culture). Diffusion sur France Culture le 14 février 2021. Photographie : Mikhaïl Boulgakov en 1928. D’après la mise en scène et l’adaptation radiophonique de Macha Makeïeff. À partir de la traduction de Jean-Louis Chavarot publiée aux éditions Gallimard. Conseiller littéraire : Guillaume Poix. Une réalisation radiophonique de Baptiste Guiton. Création sonore : Sébastien Trouvé. Accordéon : Maxime Perrin. Prise de son, montage, mixage : Julien Doumenc et Mathieu Touren. Assistante à la réalisation : Justine Dibling. Boulgakov, maître du comique et du fantastique, écrit dès 1928, pour le théâtre d’Art de Moscou, une comédie mystique, profonde, drôle, hallucinée. Très proche du "Maître et Marguerite", "La Fuite !", pièce alerte au style brillant et insolent, ne sera jamais jouée du vivant de son auteur, victime visionnaire de la censure et de l’arbitraire staliniens. En huit songes fantastiques, entre cauchemars et illuminations, Boulgakov transfigure le chaos d’une déroute. Dans cette situation d’urgence folle d’un monde ancien qui s’effondre se fait entendre une galerie de personnages étonnants : civils pourchassés, état-major vaincu, des êtres jetés hors de leur monde, déclassés, réprouvés, portés par une fièvre de vivre dans le pur style du théâtre satirique russe. S’enchaînent ainsi désir de revanche, désir de retour, folie du jeu, morphine et typhus, trahisons, espions drolatiques, amours déchirées, fatalisme malicieux dans une course irrésistible ! "La Fuite !" est un vaudeville frénétique sur l’exil et la défaite, sur les existences prises dans la folie de la révolution russe. Fil rouge du jeu et du destin. La débâcle et le chaos y sont magnifiés par la drôlerie et l’excentricité de personnages de haut-vol, Sérafima, Goloubkov, Tcharnota, Khloudov, Korzoukhine et la belle Liouska… De la grande littérature russe et une épopée de l’exil pleine de chants et de bruits, depuis la Crimée, Sébastopol, Constantinople et Paris. En montant "La Fuite !" Macha Makeïeff retrace son histoire familiale, sa rêverie d’enfance chez les Russes blancs et l’Histoire d’un exil qui résonne encore.
Avec Pascal Rénéric (Goloubkov), Vanessa Fonte (Sérafima), Vincent Winterhalter (Tcharnota), Hervé Lassïnce (Tikhi, Africanus, Le Grec), Karyll Elgrichi (Liouska, Wrangel), Geoffroy Rondeau (Khloudov, Païssos), Alain Fromager (Korzoukhine, Baïev), Pierre Hancisse (Arthur Arthurovitch, Skounski, Nikolaïevna), Sylvain Levitte (Krapiline, Le chef de gare), Samuel Glaumé (Brizard, Gourin), Caroline Espargilière (Golovan), et les voix de Macha Makeïeff et Jérôme Deschamps.
« Médecin de l'armée blanche pendant la Guerre civile, Mikhaïl Boulgakov (1891-1940) fut condamné à écrire pour son tiroir. Isolé, muselé, invectivé (traité de « bourgeois » pour avoir pris la défense de Pouchkine...), il travailla à se construire posthume. Les conditions étaient réunies pour que naisse un mythe : peu à peu (vingt-six ans après sa mort dans le cas du "Maître et Marguerite" !) sortirent de l'ombre des ouvrages – récits, romans, théâtre – dont la somme constitue un acte de foi dans les plus hautes valeurs humaines. Son œuvre est un chant né du silence. » Éditions Gallimard
"La Fuite ! Comédie fantastique en 8 songes", est un spectacle de Macha Makeïeff créé à La Criée - Théâtre National de Marseille en octobre 2017, et réalisé en partenariat avec France Culture au 7bis, lieu de création de la Compagnie Deschamps et Makeieff, à Paris en octobre 2020. Remerciements chaleureux à Charles Mesnier.
Source : France Culture
+ Lire la suite
Dans la catégorie : Littérature russeVoir plus
>Littérature des autres langues>Littératures indo-européennes>Littérature russe (472)
autres livres classés : littérature russeVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Titres d'oeuvres célèbres à compléter

Ce conte philosophique de Voltaire, paru à Genève en 1759, s'intitule : "Candide ou --------"

L'Ardeur
L'Optimisme

10 questions
762 lecteurs ont répondu
Thèmes : littérature française , roman , culture générale , théâtre , littérature , livresCréer un quiz sur ce livre

.. ..