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ISBN : 2840495147
Éditeur : Seguier Editions (30/12/2008)

Note moyenne : 4/5 (sur 2 notes)
Résumé :
Les voies du Destin sont impénétrables, même pour les écrivains. Voici une romancière, née en Algérie, qui eut les faveurs du public français dans les années 1920. Après la gloire parisienne, la mort à Blida. Puis l’oubli. 1982 : un mauvais procès en analphabétisme lui est intenté. Et de nouveau le silence.. Elissa venait d'un milieu juif très modeste : aussi, pour devenir la première femme algérienne à être admise dans le cercle fermé de la République des Lettres, ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
fanfanouche24
  21 mars 2014
Souhaitant en savoir plus sur une Dame de la littérature algérienne, Elissa Rhaïs, tombée aujourd'hui dans un oubli quasi-total, j'ai lu avec empressement cet ouvrage. J'étais d'autant plus contente de découvrir cette enquête de Joseph Boumendil, et de pouvoir l'emprunter à ma médiathèque. Texte quelque peu austère mais qui a le grand mérite de nous offrir une analyse des différents romans et textes de cette auteure ; ainsi que le produit de recherches, de questionnements divers à des personnalités, ayant connu ou possédant des archives sur cette femme, au destin hors du commun, mais dont l'image et la personnalité ont été faussés par différentes personnes, dont son éditeur français, Plon, pour des raisons commerciales, sans omettre la principale intéressée qui a également contribué à sa légende et à la transmission d'éléments erronés.

Avec son consentement, son éditeur lui invente une histoire romanesque, la fait passer pour une musulmane qui a appris le français en Algérie à l'école publique, puis a vécu dans un harem. Il la surnomme « L'Orientale ». La mode est alors à l'orientalisme, et les histoires écrites par une femme orientale qui a été cloîtrée, doivent exciter la curiosité de nombreux lecteurs.
Ce biographe a le double mérite d'avoir été enquêter, vérifier, confronter les informations recueillies…afin de réhabiliter cet écrivain
Fille de boulangers, son père, Jacob Boumendil « poussait (sa fille) à s'instruire pour assurer son émancipation des traditions » (cité par son fils , Roland Rhaïs). Elle avait un goût pour la lecture, aimait la présence des livres autour d'elle, elle était une lectrice assidûe de P. Loti et de Fromentin.Une forte influence de sa grand-mère , de sa mère et de son père se révélera sur son futur talent de conteuse.
« Notre conclusion est qu'Elissa Rhaïs avait une vocation d'écrivaine qu'elle a su magnifiquement concrétiser. Son talent, qui fut un talent naturel, ne s'est pas forgé sur les bancs de l'université et il lui a donc fallu s'imposer avec les moyens du bord. N'est-ce pas le lot de tout écrivain ? Ne sait-on pas que tout écrivain, pour être publié, est obligé, à un moment ou à un autre, de passer par les « Fourches Caudines » des éditeurs (hérauts des goûts du moment) , de ravaler souvent son amour-propre, de faire injure quelquefois à certains principes moraux, pour satisfaire cet impératif catégorique qui anime son irrépressible désir d'être publié. Elissa Rhaïs est passée, elle aussi, par là. Elle y a laissé plus de plumes que d'autres, mais, comme nous croyons l'avoir montré, elle n'a pas pour autant vendu son âme. Sa vie et son oeuvre témoignent pour elle : elle est restée profondément fidèle aux siens (…)
Elissa Rhaïs nous paraît à la fois moderne et ancienne. Ancienne, car elle semble avoir fait fi de la volonté d'assimilation déjà effrénée de ses coreligionnaires et continué de représenter une sorte de témoignage tardif, et donc d'autant plus précieux et émouvant de la judéité séfarade d'antan, celle d'avant la colonisation, d'avant la francisation. (p.150-151)
L'oeuvre d'Elissa Rhaïs est aussi très précieuse quant aux descriptions et témoignage sur la condition de la femme juive au début du siècle en Algérie.
Différents mystères continuent à planer sur cette écrivaine , dont sa mort , qui selon son fils, Roland Rhaîs, ne serait pas naturelle …
Cette enquête est complétée par une bibliographie générale, ainsi que les sources d'archives consultées et exploitées…L'auteur ne désespère pas de retrouver au fil du temps d'autres informations. On le sent « habité » par la personnalité complexe et attachante d'Elissa…
« Elissa Rhaïs nous a donc laissé l'image d'une femme dotée d'une personnalité hors du commun, dont le succès fut relativement éphémère-moins d'une dizaine d'années- et qui a laissé derrière elle une sorte de légende, mêlée de curiosité et parfois de haine. Nous avons tenté jusqu'ici de montrer la femme vivante qu'elle fut, aimant ses enfants, souffrant de la perte de sa fille, pleurant sa précarité, menant une existence « avant-gardiste » tout en restant attaché aux valeurs traditionnelles. Portrait pour le moins contrasté » (p.37)
============================================================N.B : Je rajoute ce commentaire de l'écrivain Jules Roy, lui aussi né en Algérie, qui la décrit ainsi:
« La George Sand de l'Islam, un Loti enfin authentique, une Eberhardt qui aurait percé... Elle avait réussi ce à quoi tous s'essayaient en vain : ouvrir à la pensée métropolitaine notre empire, précipiter des djellabas et des robes à fleur dans les bras de la République... Elle a chanté tout ce que nous avons aimé et que nous avons quitté pour un ailleurs plus âpre et plus vaste. Elle seule était capable de jouer de l'illusion coloniale comme elle en a joué. Elle fut quelqu'un de merveilleusement suranné : elle incarna le mythe d'une Algérie heureuse et irremplaçable dans nos coeurs. »


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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
fanfanouche24fanfanouche24   21 mars 2014
Il ( J. de Pierrefeu) pose tout de même une question vraie. Vraie, en ce qu'elle est venue à l'esprit de tous ceux qui ont assisté à la gloire d'Elissa Rhaïs.. Vraie en ce que ce succès -a priori- intattendu a eu, aux yeux de beaucoup, quelque chose d'inconvenant, un parfum d'imposture: une juive de plus de quarante ans, apparemment à moitié inculte (du moins selon les critères du bon goût français), c'est-à-dire au fond à moitié "arabe", que venait-elle faire dans ce jardin réservé à une élite auto-sélectionnée ? Comment ne pas comprendre le désir d'Elissa Rhaîs, à la sensibilité de qui ce sentiment confus n'a certainement pas échappé, d'avancer masquée...et donc son empressement à accepter la supercherie de l'éditeur qui lui sembla moins risqué que l'entrée en scène à visage découvert ? (p.26-27)
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fanfanouche24fanfanouche24   20 mars 2014
Elissa Rhaïs va alors mener une vie d'écrivain, c'est-à-dire partagée entre la production et le "monde". Elle reçoit Colette, Sarah Bernard, peut-être Paul Morand. Mais aussi des compatriotes exilés comme elle. (..)Elle est appréciée pour son hospitalité, typiquement orientale, son amabilité naturelle, son goût pour les gens simples, sa fidèlité en amitié. (p. 29)


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