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Claire Hauchard (Traducteur)
ISBN : 2268041298
Éditeur : Les Editions du Rocher (31/01/2002)

Note moyenne : 4/5 (sur 2 notes)
Résumé :
« Je suis évidemment un miraculé : un condamné jeté comme des milliers d'autres dans la fosse puante de l'Histoire, un condamné agonisant qui a finalement survécu. À sa grande surprise, il revient d'entre les morts, il reprend peu à peu ses esprits, on l'autorise même à relever la tête, à sortir au grand jour. De retour parmi les vivants, il s'est remis à exister comme tout le monde presque comme tout le monde -, il revoit la ville, le ciel, le soleil, il recommence... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Nastasia-B
  30 décembre 2014
Ivan Bounine, récipiendaire du Prix Nobel de littérature 1933, issu d'un long lignage de poètes ou d'écrivains du temps de la splendeur de l'Empire russe, rejeton tardif né en 1870 d'une intelligentzia cultivant l'esthétisme et le raffinement dans les salons dorés de l'aristocratie, ne pouvait être que désagréablement surpris des changements survenus en son pays en 1917 et dans les années qui suivirent.
C'est pour lui une manière d'Âge d'Or déchu, un fantastique gâchis, une curée inqualifiable exécutée au mépris de toute une élégance, de tout un art de vivre délicat. C'est ce qu'il nous exprime avec force et nostalgie dans cette lettre d'octobre 1923 où il évoque un voyage effectué au mois de juin la même année, de Moscou jusqu'à une campagne indéterminée mais qui semble située à deux ou trois cents kilomètres de la capitale.
Il y décrit tout le dégoût que lui inspire cette vie nouvelle, cette Moscou nouvelle, cette promiscuité sociale nouvelle, cette destruction ou cet abandon de tout ce qui fut auparavant. Mais en ce rendant quelques jours chez un ami, miraculeusement épargné, comme lui, non loin d'un domaine désormais nationalisé mais demeuré identique, où séjournait en son temps la reine Catherine II, en se rendant là-bas, dis-je, c'est là que lui est apparue une manière de révélation.
La révélation qu'il était définitivement un homme du passé, vivant certes dans le présent, mais dont les pensées le matin, comme des alouettes, vers les cieux du temps jadis, prennent un libre essor puis planent sur la vie d'antan, et comprennent sans effort le langage des fleurs et des choses muettes, comme aurait dit Baudelaire ou à peu près.
C'est au contact préservé des forêts millénaires, de la nature calme et apaisée, dans ce domaine qui d'un iota n'avait pas changé, au contact du lustre, des dorures, des sculptures, des milliers d'ouvrages de la bibliothèque que désormais plus personne ne feuilletait, dans ces corridors, dans ces allées somptueuses des parcs que plus personne n'arpentait, qu'il a pris conscience qu'il était une sorte de mort vivant.
Le coeur fonctionne, les jambes se meuvent, l'oeil perçoit, pas de doute, l'on est bien vivant, mais au fond de son être, au siège de son âme, l'on est mort, définitivement mort, un personnage suranné que plus personne ne comprend et qui d'ailleurs lui non plus ne comprend plus personne. Cela paraît si proche (six années seulement après le début de la révolution) et c'est pourtant si loin.
La révolution. La grande rotation. Oui, effectivement, quelque chose a tourné et jamais plus il ne se fera de machine arrière. S'adapter ou mourir. C'est ce que je me dis souvent, comme Bounine, avec le talent en moins, je regarde parfois les temps tourner, s'accumuler des changements auxquels je ne comprends pas toujours grand-chose et le peu que j'en comprends ne m'inspire rien qui vaille.
Ainsi en est-il des liseuses par exemple, dont la durée de vie est fatalement programmée, dont l'obsolescence est préparée, tous ces merveilleux ouvrages que vous avez aimé et que jamais vous ne pourrez léguer à vos enfants, sauf à racheter un nouvel appareil et son lot de composants polluants et à acquitter une fois encore des droits que vous aviez déjà payés.
Plus d'odeur du papier, plus de reliure qui craque, plus le contact du cuir — jamais —, plus le cordon de couleur pour marquer vos pages, plus vos dessins griffonnés dans les pages de garde, plus les trèfles à quatre feuilles desséchés, jaunis, aplatis qui tombent et qu'on avait oubliés un soir d'été à la page qu'on aimait. Non, à la place, une surface parfaitement lisse, plate, sur laquelle vous prenez plaisir à laisser des traces de doigt dans tous les sens... Et que c'est beau de serrer de l'électronique contre sa peau — un bonheur !
J'ai des livres dans ma bibliothèque qui vont bientôt célébrer leurs deux cents ans. Deux cents ans ! Elle sera belle votre liseuse dans deux cents ans ! Mais bientôt il n'y aura plus que ça, cette vacherie en barre, aux composants minutieusement installés par des petites mains sous-payées de l'Empire de Chine, ces composants friands de terres rares qu'on prélève à l'Afrique, à coup de fouet, dans des mines d'un autre âge.
Eh oui, très cher Ivan Bounine, vous n'êtes pas seul à vous questionner sur votre place dans cette société, sur son avenir, sur sa direction, si tant est, même, qu'il y ait une direction. Comme vous, pour moi les livres sont mon printemps éternel, qui me survivront, à moins qu'un vaurien ne me les brûle ou qu'un mécréant ne me les jette à l'eau...
Bref, vous nous parlez, cher Ivan, d'un temps que les moins de cent vingt ans ne peuvent pas connaître, Moscou en ce temps-là, et cætera, et cætera, comme aurait chanté un autre. Ainsi, sous les frimas de l'hiver, jugez avec circonspection les fleurs de givre de cet avis sur le Printemps Éternel car au prochain rayon de soleil, il n'en restera probablement plus grand-chose.
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ivredelivres
  28 février 2010
Yvan Bounine exilé en France en 1920, écrit ce petit récit en 1923. c'est une nouvelle un peu longue emplie de nostalgie, d'amour pour la Russie de son enfance, la Russie qui n'existe plus au moment où Bounine écrit.
Le domaine de sa famille à Voronej était sans doute assez proche de la description qu'il fait dans ce livre.
Le narrateur quitte Moscou car la ville s'enlaidit « que de maisons démolies, de chaussées défoncées », il prend le train pour aller voir un ami à la campagne, contraint de passer une nuit à la belle étoile « au loin dans le ciel, le croissant voilé de la lune. commençait à descendre derrière les contours noirs de la forêt. Il finit par disparaître, et à l'endroit qu'il venait de quitter tressaillit la fulgurance d'un éclair chaleur. ».
Le domaine de son ami est magnifique et le narrateur retrouve le plaisir de vivre au plus près de la nature « les forêts de conifères dominent, sombres et sonores.(..) les aiguilles chauffées à blanc durant le jour mêlent leurs essences balsamiques aux moiteurs épicées qui montent des bas-fonds marécageux et de la rivière encaissée dont les méandres secrets se recouvrent le soir de vapeur froide. »
Le domaine a échappé au pillage et le narrateur le parcours à son gré, la demeure tient du palais italien « je regardais les plafonds rutilants de dorures et de blason » il admire les objets, les tableaux et les livres dans une bibliothèque où « scintillent les tranches vieil or de livres innombrables ». Une visite à l'église vient renforcer la nostalgie « j'avais l'impression d'être orphelin d'un monde perdu »
J'ai aimé ce petit texte empreint de poésie, d'une grande mélancolie mais aussi de colère, le narrateur qui là n'est autre que Bounine dit « je suis évidemment un miraculé, un condamné jeté comme des milliers d'autres dans la fosse puante de l'Histoire ».
Ce récit n'a pas la force de la vie d'Arseniev mais la prose, admirée par Nabokov, est de la même qualité.
Lien : http://asautsetagambades.hau..
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Aela
  29 janvier 2011
Ivan Bounine, prix Nobel de littérature exilé en France après la Révolution de 1917, a écrit ce court récit en France, en 1923, peu de temps après son départ en exil.
C'est un récit court mais merveilleusement structuré et très autobiogtaphique: le narrateur quitte Moscou, devenue très laide, pour voir un ami à la campagne.
Son voyage périlleux le mène à constater les dégâts causés par la Révolution: il se sent étranger à ce monde nouveau et ne peut que déplorer cet "effroyable catclysme qui a englouti l'Empire russe et avec lui des milliers et des milliers de vies humaines."
Un récit simple, court mais très fort. Une belle manière de découvrir ou redécouvrir l'oeuvre de ce grand écrivain pas assez connu.
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   03 janvier 2015
Je suis évidemment un miraculé : un condamné jeté comme des milliers d'autres dans la fosse puante de l'Histoire, un condamné agonisant qui a finalement survécu. À sa grande surprise, il revient d'entre les morts, il reprend peu à peu ses esprits, on l'autorise même à relever la tête, à sortir au grand jour. De retour parmi les vivants, il s'est remis à exister comme tout le monde — presque comme tout le monde —, il revoit la ville, le ciel, le soleil, il recommence à se soucier de la nourriture, des vêtements, du gîte, il songe à ce qu'il va faire aujourd'hui, à ce qu'il va devenir. Mais, mon ami, la mort — fût-elle temporaire — passe-t-elle sans laisser de trace ? Pendant que nous, les morts vivants, gisions au fond de la fosse, le monde a changé de face. Dis-toi bien qu'en cinq ans tout a été balayé, chamboulé par une tragédie sans précédent, unique dans l'Histoire.
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Nastasia-BNastasia-B   02 janvier 2015
Ici ou là, je tombais en arrêt devant certains objets : un lit en bois sombre couronné d'un dais en satin rouge, un coffret vénitien qui égrenait quand on l'ouvrait une petite musique douce et mystérieuse, une pendule à carillon occupant toute une console, un orgue médiéval. Partout me fixaient des bustes, des statues, des portraits, des portraits… Mon Dieu, que les femmes ont belle allure sur ces tableaux ! […] Je suis descendu dans l'obscurité profonde de la crypte. […] Un froid d'outre-tombe suintait de ces lieux. Étaient-ce bien là, gisant à quelques pas sous terre, ces beautés triomphantes aux yeux d'azur que j'avais tant admirées dans les salles du palais ?
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Nastasia-BNastasia-B   31 décembre 2014
Le crépuscule ici se réduit à quelques lambeaux de lumière rouge qui s'allument derrière les cimes et s'éteignent lentement. […] Les oiseaux se taisent, un silence de mort s'installe. […] Quand la nuit vient avec sa traîne d'étoiles au-dessus des pins, alors jaillit de tous les coins de la forêt le cri rauque des grands ducs qui s'étrangle en spasmes d'une douloureuse volupté ; il y a dans ce cri des accents d'une sauvagerie intemporelle où la transe amoureuse, l'atmosphère poignante du coït éclatent comme un rire et comme un sanglot face au vertige du néant.
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Nastasia-BNastasia-B   02 janvier 2015
Cette bâtisse, oubliée et à jamais déserte, exilée dans un silence funèbre, rayonnait douloureusement sous la caresse de la brise d'été qui l'enveloppait de son chant, comme il y a cent ans, comme il y a deux cents ans. Et moi, seul fidèle dans ce sanctuaire lumineux et mort, j'avais l'impression d'être orphelin d'un monde perdu. Qui aurait pu être là avec moi ? Ne suis-je pas moi-même un miraculé, un rescapé de l'effroyable cataclysme qui a brutalement englouti l'Empire russe et avec lui des milliers de vies humaines ? A-t-on jamais vu pareil naufrage !
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Nastasia-BNastasia-B   01 janvier 2015
L'endroit est paradisiaque : Imagine une charmante localité, cossue et paisible, en marge de l'Histoire, comme si rien d'important ne s'y était jamais passé, […] tout autour, des bois à perte de vue, solitaires et dormants, un calme impressionnant. Les forêts de conifères dominent, sombres et sonores. En m'enfonçant le soir dans leurs futaies, il me semblait percevoir, au-delà des temps passés, au-delà des temps les plus anciens, le souffle de l'éternité.
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Tvan Bounine présente "Mon cœur pris par la tombe".
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