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ISBN : 2020557711
Éditeur : Seuil (05/09/2002)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.89/5 (sur 103 notes)
Résumé :
La domination masculine de Pierre Bourdieu, lu par Pierre Tissot, 1 CD MP3

La domination masculine est tellement ancrée dans nos inconscients que nous ne l'apercevons même plus, tellement accordée à nos attentes que nous avons du mal à la remettre en question.
La description ethnographique de la société kabyle, véritable conservatoire de l'inconscient méditerranéen, fournit un instrument extrêmement puissant pour dissoudre les évidences et expl... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
Aela
  17 avril 2014
Cela pourrait être la Bible des Féministes.
Cet ouvrage a été publié en 1998, donc il y a 16 ans mais peu de choses ont changé depuis par rapport à l'analyse très claire et très pertinente que fait Pierre Bourdieu de la domination masculine qui s'exerce dans différents domaines de notre société.
Au départ, Bourdieu analyse le fonctionnement de la société kabyle mais très vite il nous montre comment les femmes, même en Occident, se trouvent enfermées dans un « corset moral » qui va déterminer beaucoup de choses dans leur vie.
Ce que j'ai surtout retenu (je dois reconnaître que certains passages sont plus ardus que d'autres..) c'est que la domination masculine a pour effet de placer les femmes dans un état permanent d'insécurité (ou d'inconfort) corporelle , l'analyse qu'il fait de la dimension symbolique des vêtements « féminins » est très claire à cet égard : les jupes droites et les talons ne permettent pas de courir, donc la femme est « entravée » au physique comme au mental.
La nature féminine, selon Bourdieu, qui rejoint ainsi la pensée de Simone de Beauvoir, n'existe pas ; selon lui, la "prétendue féminité" n'est qu'une forme de complaisance à l'égard des attentes masculines.
L'Eglise et l'Ecole ont pendant longtemps été le fer de lance de cette domination masculine, et encore maintenant force est de constater que l'appartenance à tel sexe est un critère qui joue encore un rôle important dans le choix d'une voie professionnelle.
Ce livre fait date, il est à lire et à relire.
C'est ma fille qui me l'a prêté et j'espère que si elle a une fille un jour, elle pourra voir un changement dans la situation des femmes.
Bref c'est pour moi un ouvrage de référence.
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lutinielle
  23 août 2012
Ce livre comporte tout ce que j'aime et tout ce que je déteste chez ce grand monsieur...
Un propos novateur, des idées et des exemples fournis, un véritable travail de penseur...mais une écriture compliquée et parfois pénible et un fatalisme caractéristique de Bourdieu !
Il y démontre de façon magistrale le système de domination masculine passant par le symbolique, la linguistique mais aussi par le comportement des dominés justifiant eux-même ce système...
Tout cela pour terminer par une note plus que pessimiste quant à l'évolution de cet état de fait !
A lire, sans aucun doute, mais en n'en attendant aucune piste pour des solutions d'évolutions sociales !
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GuillaumeTM
  13 octobre 2013
Pierre Bourdieu, à la fin des années 90, se lance dans une analyse exhaustive des mécanismes de domination entre les sexes, ou comment l'homme à travers l'histoire a légitimé sa supériorité (qu'elle soit symbolique, sociale, ou dans les rapports amicaux, de travail, amoureux...) sur la femme.
La domination masculine s'exerce de façon inconsciente, il faut bien s'en rendre compte pour sortir de ses schèmes préétablis par la société patriarcale.
L'intelligence est dévolue au sexe masculin, il ne reste pour le sexe féminin que les émotions ou l'intuition. Par exemple, lorsque Hannah Arendt fit publier son essai sur le procès de Heichman, beaucoup lui reprochèrent son manque de chaleur et d'émotion, refusant par-là même à une femme le droit à l'analyse intellectuelle. Selon la société, les femmes doivent restées cantonnées aux rôles qu'on leur a attribué, c'est-à-dire en tant que ménagères, cuisinières, objets symboliques ou comme procréatrices afin de perpétuer la lignée filiale. Elles sont pour cette raison « exclues de tous les lieux publics, assemblée, marché, où se jouent les jeux ordinairement considérés comme les plus sérieux de l'existence humaine. »
Les hommes, en revanche, se trouvent prisonniers de cette domination car ils doivent en toute circonstance affirmer leur virilité face à leurs congénères par des jeux stupides, souvent violents, allant parfois jusqu'à mettre leur vie en péril afin de prouver qu'ils ne sont pas des « mauviettes » ou des « femmelettes ».
L'éducation a joué et joue toujours un rôle certain dans le maintien de cette domination, notamment par la famille, l'Église et l'École. Pour la famille, il n'y a qu'à fréquenter les magasins de jouets pour enfants pour s'en rendre compte par soi-même. Entre la caisse-enregistreuse, la table et le fer à repasser et les ustensiles de cuisine pour jouer à la dînette, le choix est vite restreint. L'École est aujourd'hui le deuxième facteur important dans ce conditionnement parce que les enseignants auront tendance à encourager les filles à davantage s'engager dans certaines filières que d'autres. L'Église a longtemps joué un rôle de connivence avec l'École ou est-ce l'inverse.
Ce qui a changé aujourd'hui, c'est surtout que la domination masculine ne s'exerce plus de façon aussi claire et directe qu'autrefois. Certaines caractéristiques demeurent : les hommes préfèrent les femmes plus petites de taille qu'eux ou encore lorsqu'une femme vient d'obtenir son permis, vous pouvez être sûr qu'il y aura une personne pour lui conseiller de commencer par conduire une petite voiture. C'est par ce genre de petits détails que la domination se perpétue malgré nous sans même que l'on s'en rende compte. Il y a tout de même, de nos jours, plus de femmes qui accèdent à l'enseignement supérieur bien qu'énormément d'inégalités subsistent encore.
Comme à son habitude, le sociologue s'exprime dans un jargon peu accessible. Ce qui le coupe d'emblée d'une partie de son lectorat potentiel, c'est-à-dire ceux qui seraient susceptibles d'être intéressés par le sujet mais qui ne possèdent pas le vocabulaire adéquat pour tout comprendre.
C'est là tout le paradoxe de Bourdieu. C'est un livre vraiment très bien pensé et documenté que tout le monde devrait lire.
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Luniver
  09 octobre 2011
Ce livre explique comment le "masculin" domine depuis des siècles le "féminin" : une fois qu'un système est construit, il suffit de le répéter à toute occasion : dans l'éducation des enfants, dans les expressions courantes, dans tous les actes symboliques de la vie, et on finit par accepter cette construction comme seul schéma possible, comme naturelle. Même ceux qui tentent de bousculer la situation utilise des arguments provenant de cette domination (qui n'a jamais entendu des phrases du style "Il faudrait plus de femmes au pouvoir car elles apporteraient plus de douceur et d'empathie dans ce milieu" ?)
L'ouvrage est bien documenté, mais il y a quand même quelques points qui m'ont déplu. Je ne l'ai pas trouvé particulièrement accessible : le vocabulaire est assez technique (mais enfin, je suis plutôt habitué au oeuvre de vulgarisation), et le style est un peu lourd (beaucoup de phrases très longues notamment). Et enfin, j'ai été déçu de ne pas trouver de commentaires sur la construction de cette domination : on part sur l'idée qu'elle existe, mais sans savoir comment elle s'est mise en place. Ça me semble dès lors compliqué de sortir d'un système si on ne sait pas d'où il vient exactement.
Livre à lire donc, mais seulement si on a déjà été sensibilisé au problème, et qu'on a quelques connaissances sur le sujet ("Le deuxième sexe" par exemple comble beaucoup de lacunes du livre). le prendre comme introduction me semble être une mauvaise idée.
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Writer
  17 juin 2017
Cela fait déjà quelques années que je m'oppose aux mouvements féministes, et encore davantage aux femmes qui font du féministe un vrai cheval de bataille. (Petite précision, je suis une femme). Ainsi, je me suis dit quoi de mieux que de lire La domination masculine de Bourdieu ; livre, qui à sa sortie a défrayé la chronique, et quelque peu agité les féministes.
Alors que retenir… Disciple de Bourdieu, j'avais en tête les principaux mécanismes de domination, notamment ceux que perpétuent des institutions comme l'Etat au sens large, mais aussi l'Ecole et la famille pour ne citer que celles-ci. de fait, les femmes ont intériorisé, incorporé la domination masculine et plus largement cette vision androcentrique ou dichotomique masculin/féminin.
Toutefois, il ne faut pas y voir une forme de fatalisme ; bien au contraire ! Si Bourdieu nous met en garde contre le fait qu'une seule prise de conscience de cette domination ne suffira pas à inverser la tendance (point que je partage hautement avec l'auteur), il y a encore des moyens d'agir ou de réagir. C'est pourquoi je ne comprends pas pourquoi certains courants de féministes ont crié au scandale quant cet ouvrage est sorti.
En effet, les féministes sont pour moi, et par extrapolation des propos de ce cher Bourdieu, les plus dominés. En crachant sur la domination masculine, elles sont les premières à entrer dans ce jeu de domination pour reprendre les concepts de Bourdieu. Il faudrait qu'elles se libèrent et se détachent de ces conceptions avant tout.
De même, si on analyse bien cet ouvrage, on peut s'interroger sur une chose… La virilité n'est-elle pas complexe à assumer, à honorer ? N'est-elle pas un signe de faiblesse également ? Dans le sens qu'elle résulte d'un processus de peur à l'égard d'une éventuelle féminisation…
En somme, un ouvrage passionnant, un vrai régal, et surtout qui donne à réflexions.
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Citations & extraits (32) Voir plus Ajouter une citation
PavlikPavlik   16 octobre 2017
Les passions de l'habitus dominé (du point de vue du genre, de l'ethnie, de la culture ou de la langue), relation sociale somatisée, loi sociale convertie en loi incorporée, ne sont pas de celles que l'on peut suspendre par un simple effort de la volonté, fondé sur une prise de conscience libératrice. S'il est tout à fait illusoire de croire que la violence symbolique peut être vaincue par les seules armes de la conscience et de la volonté, c'est que les effets et les conditions de son efficacité sont durablement inscrits au plus intime des corps sous forme de dispositions.
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FemiFemi   21 décembre 2013
En fait, il n'est pas exagéré de comparer la masculinité à une noblesse. Pour en convaincre, il suffit d'observer la logique, bien connue des Kabyles, du double standard, comme disent les Anglo-Saxons, qui instaure une dissymétrie radicale dans l'évaluation des activités masculines et féminines. Outre que l'homme ne peut sans déroger s'abaisser à certaines tâches socialement désignées comme inférieures (entre autres raisons parce qu'il est exclu qu'il puisse les accomplir) les mêmes tâches peuvent être nobles et difficiles, quand elles sont réalisées par des hommes, ou insignifiantes et imperceptibles, faciles et futiles, quand elles sont accomplies par des femmes; comme le rappelle la différence qui sépare le cuisinier de la cuisinière, le couturier de la couturière, il suffit que les hommes s'emparent de tâches réputées féminines et les accomplissent hors de la sphère privée pour qu'elles se trouvent par là même ennoblies et transfigurées (...)
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PavlikPavlik   06 octobre 2017
Le tabou de l'inceste dans lequel Lévi-Strauss voit l'acte fondateur de la société, en tant qu'il implique l'impératif de l'échange entendu comme communication égale entre les hommes, est corrélatif de l'institution de la violence par laquelle les femmes sont niées en tant que sujets de l'échange et de l'alliance qui s'instaurent à travers elles, mais en les réduisant à l'état d'objets ou, mieux, d'instruments symboliques de la politique masculine : étant vouées à circuler comme des signes fiduciaires et à instituer ainsi des relations entre les hommes, elles sont réduites au statut d'instruments de production ou de reproduction du capital symbolique et social.
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PavlikPavlik   28 juillet 2017
A ceux qui objecteraient que nombre de femmes ont rompu aujourd'hui avec les normes et les formes traditionnelles de la retenue et qui verraient dans la place qu'elles font à l'exhibition contrôlée du corps un indice de "libération", il suffit d'indiquer que cet usage du corps propre reste très évidemment subordonné au point de vue masculin [...] le corps féminin à la fois offert et refusé manifeste la disponibilité symbolique qui, comme nombre de travaux féministes l'ont montré, convient à la femme, combinaison d'un pouvoir d'attraction et de séduction connu et reconnu de tous, hommes ou femmes, et propre à faire honneur aux hommes dont elle dépend ou auxquels elle est liée, et d'un devoir de refus sélectif qui ajoute à l'effet de "consommation ostentatoire" le prix de l'exclusivité.
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LuniverLuniver   06 octobre 2011
«Plus j'étais traitée comme une femme, plus je devenais femme. Je m'adaptais bon gré mal gré. Si j'étais censée être incapable de faire des marches arrière ou d'ouvrir des bouteilles, je sentais, étrangement, que je devenais incompétente. Si l'on pensait qu'une valise était trop lourde pour moi, inexplicablement, je la jugeais comme telle, moi aussi.»
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