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ISBN : 2253082201
Éditeur : Le Livre de Poche (24/03/2010)

Note moyenne : 3.5/5 (sur 21 notes)
Résumé :

En 1885, le philosophe Adrien Sixte reçoit la visite d’un jeune homme de vingt ans, Robert Greslou, qui lui a soumis un manuscrit d’une impressionnante qualité. Puis Robert Greslou part en Auvergne occuper un poste de précepteur chez le marquis de Jussat-Randon. Deux ans plus tard, la fille du marquis meurt empoisonnée. Greslou est accusé du meurtre et Sixte est convoqué chez le juge qui se demande dans quelle m... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
petch
  23 janvier 2015
Paul Bourget, pour qui la postérité a été sans concessions, a cependant bénéficié de 1880 à 1930 d'une réputation littéraire égale à celles de France (Anatole) ou de Zola (Emile). Bourget fut dans la première partie de sa vie un disciple d'Hyppolite Taine, éminent idéologue du positivisme athée, lui aussi il faut bien dire un peu oublié. La seconde partie de sa carrière fut au contraire à l'opposé de cette idéologie scientiste et matérialiste. Devenant catholique convaincu, il sera fermement antidreyfusard et finira sa carrière bien à droite, se rapprochant de Maurras et autres joyeux bougres.
« le disciple » est l'oeuvre majeure de ce romancier aujourd'hui délaissé. Il condamne les idées de Taine qui, selon lui, conduisent au fanatisme, à l'endoctrinement, au meurtre ou au suicide. Prenant exemple sur l'affaire Chambige, fameux fait divers qui défraya la chronique à la fin du 19ème siècle, ce livre raconte comment un jeune étudiant, disciple d'un penseur en vogue, Adrien Sixte, cherche à abuser d'une jeune fille de bonne famille, pour la forcer ensuite au suicide en manipulant ses sentiments. Sixte verra alors ses convictions vaciller sous le poids de la culpabilité.
Pour Bourget, l'influence des philosophes, des maîtres à penser, est tellement forte, qu'elle conduit des êtres fragiles à commettre au nom de ces idéologies les pires des crimes. Pour combattre ce scientisme très en vogue à l'époque, il faut donc se rassembler sur ces fondamentaux : religion, patrie, spiritualité. Bourget condamne l'excès de lecture (sic !) qui pervertit la jeunesse et l'éloigne des chemins spirituels. Il en souligne la dangerosité en l'associant aux suicides de couples romantiques, qui faisaient fureur dans une certaine partie de l'intelligentsia d'alors.
Il est curieux de remarquer à quel point ce type d'arguments garde tout son sens actuellement, si on remplace par exemple « livre » par « internet » ou « jeu video ». En cela, Bourget est l'archétype du conservateur idéologue, qui subsiste de génération en génération. Reste un très bon roman, bien construit, au style agréable faisant parfois penser à Balzac, dont Bourget se disait fervent. A (re)découvrir.
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JunoR
  04 mars 2019
[Roman audio, lu par Christine Sétrin]
Je me retrouve toute chamboulée à l'écoute de ce roman que j'ai dévoré en une journée. Tout m'y a semblé absolument remarquable et bouleversant si bien que je crois tenir là un nouveau candidat à emmener sur une île déserte...
L'écriture, d'abord, y est splendide. Sans être lourde, elle est intense, juste et soutenue. le style est superbe d'un bout à l'autre du roman et supporte sans difficulté cette histoire complexe et les descriptions très longues d'états d'âme intérieurs qui seraient rasoirs dans n'importe quel autre ouvrage.
L'histoire est complexe, je l'ai dit. Plusieurs récits sont enchâssés dans une trame principale et de nombreux personnages très détaillés et complets y évoluent sans aucune fatigue ou confusion pour le lecteur.
Mais surtout, l'histoire sert de support au développement de théories psychologiques et philosophiques parfois contradictoires défendues par ses personnages et aussi par la morale de l'histoire. du point de vue du fond, donc, on se retrouve également face à un enchâssement complexe et riche. Quelle chance, quelle nourriture intellectuelle exquise et rare!
Enfin, la lecture par Christine Sétrin y est impeccable, sobre et tout à fait bien appropriée. (disponible gratuitement et légalement sur le site litteratureaudio.com)
Ce roman, malheureusement complètement inconnu, devrait figurer aux côtés des plus grands noms de la littérature du 19ème siècle. En tout cas, je vous recommande énergiquement sa découverte!
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M_a_r_c
  17 novembre 2018
Robert Greslou a une vingtaine d'années lorsqu'il entre au service du marquis et de la marquise de Jussat-Randon comme précepteur de leur fils Lucien. Fervent admirateur du philosophe Adrien Sixte et de ses théories, le jeune homme profite de sa situation pour tenter une expérience sur la soeur de Lucien, la délicieuse Charlotte, qui a le même âge que lui.
Appliquant les enseignements de celui dont il se réclame le disciple, Robert Greslou tente auprès de la jeune fille une entreprise de séduction visant à démontrer que les sentiments, comme la matière, sont soumis aux lois de la physique et des mathématiques et qu'un comportement donné peut être suscité chez quelqu'un à condition d'appliquer les bonnes « formules ».
Malheureusement, l'expérience tourne mal. Charlotte meurt d'un empoisonnement et Robert est accusé de meurtre. Un meurtre dont seul pourrait le disculper Adrien Sixte, que son disciple, du fond de la prison où il attend son jugement, a informé de ses agissements.
Avec le Disciple, Paul Bourget, très critique à l'égard de la religion dans ses jeunes années avant de revenir au catholicisme vers 50 ans, dénonce les ravages qu'est capable de faire une science dépourvue de morale. Roman d'analyse au départ, le Disciple vaut également engagement de la part de son auteur, selon qui la science seule est insuffisante et doit s'accompagner de morale, autant dire, à l'époque, de religion.
En la forme, le roman est écrit dans un style impeccable, typique de la littérature française de la fin du XIXe siècle.
Sur le fond, l'idée de la nécessité de la religion accuse évidemment l'outrage des ans. Mais en élargissant celle-ci à une morale même détachée de toute croyance en une divinité quelconque, il garde une actualité certaine.
J'avais lu le Disciple à 18 ans, après que des passages en avaient été étudiés en rhéto. J'ai redécouvert une histoire peut-être un peu plus simple qu'il ne m'avait paru à l'époque, mais dont je me souvenais assez bien de la trame. Une sorte de petite madeleine… mais de Bourget, pas de Proust.

Lien : https://livrelecteur.wordpre..
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Chasto
  15 novembre 2017
Fièvres et passions d'âmes et de regards se mêlent et démêlent dans ces lignes que Paul Bourget nous offre de parcourir.
A parcourir avec découverte et interrogations.
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
petchpetch   23 novembre 2014
Il se plongeait dans la contemplation des idées avec une sorte de vertige, il les sentait avec tout son être, en sorte que ce bonhomme assis à sa table, servi par la vieille bonne qui cuisinait à côté, dans un bureau garni de rayonnages encombrés, la mine chétive, les pieds dans sa chancelière, le torse pris dans un paletot râpé, participait en imagination au labeur infini de l'univers. Il vivait la vie de toutes les créatures. Il revêtait toutes les formes, sommeillant avec le minéral, végétant avec la plante, s'animant avec les bêtes rudimentaires, se compliquant avec les organismes supérieurs, homme enfin et s'épanouissant dans les amplitudes d'un esprit capable de refléter le vaste monde. Ce sont ces délices des idées générales, analogues à celles de l'opium, qui rendent ces songeurs indifférents aux menus accidents du monde extérieur, et aussi, pourquoi ne pas le dire ? presque absolument étrangers aux affections ordinaires de la vie. [...]. Et si bizarre que doive paraître une telle conclusion après une telle esquisse, il était heureux. (p.77/78)
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enkidu_enkidu_   10 avril 2015
Ce qui distingue essentiellement le philosophe-né des autres hommes, c'est que les idées, au lieu d'être pour son intelligence des formules plus ou moins nettes, sont vivantes et réelles, comme des êtres. La sensibilité chez lui se modèle sur la pensée au lieu que chez nous tous il s'établit un divorce, plus ou moins complet, entre le cœur et le cerveau. Un prédicateur chrétien a marqué admirablement la nature de ce divorce quand il a prononcé cette phrase étrange et profonde : « Nous saisons bien que nous mourrons, mais nous ne le croyons pas. »

Le philosophe, lui, quand il l'est par passion, par constitution, ne conçoit pas cette dualité, cette vie dispersée entre des sensations et des réflexions contradictoires. Aussi n'étaient-ce pas pour M. Sixte de simples objets de spéculation que cette universelle nécessité des choses, que cette métamorphose indéfinie et constante des phénomènes les uns dans les autres, que ce colossal travail de la nature sans cesse en train de se faire et se défaire, sans point de départ, sans point d'arrivée, par le seul jeu de la cellule primitive, que ce travail parallèle de l'âme humaine reproduisant, sous forme de pensées, d'émotions et de volontés, le mouvement de la vie physiologique. Il se plongeait dans la contemplation de ces idées avec une espèce de vertige, il les sentait avec tout son être, en sorte que ce bonhomme assis à sa table, servi par la vieille bonne qui cuisinait à côté, dans un bureau garni de rayonnages encombrés, la mine chétive, les pieds dans sa chancelière, le torse pris dans un paletot râpé, participait en imagination au labeur infini de l'univers. Il vivait la vie de toutes les créatures. Il revêtait toutes les formes, sommeillant avec le minéral, végétant avec la plante, s'animant avec les bêtes rudimentaires, se compliquant avec les organismes supérieurs, homme enfin et s’évanouissant dans les amplitudes d'un esprit capable de refléter le vaste monde.

Ce sont ces délices des idées générales, analogues à celles de l'opium, qui rendent ces songeurs indifférents aux menus accidents du monde extérieur, et aussi, pourquoi ne pas le dire? presque absolument étrangers aux affections ordinaires de la vie. (pp. 18-20)
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petchpetch   14 décembre 2014
Chez un pauvre petit collégien d'un lycée de province qui trottait, son cartable sous le bras, les mains cuisantes d'engelures, les pieds gourds dans ses galoches, par les rues glacées de sa ville de montagnes, l'hiver, ce n'était qu'un obscur et douloureux instinct.
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Gribouille_idfGribouille_idf   02 novembre 2017
(...) la plupart des êtres n'ont de sentiment que par imitation; abandonnés à la simple nature, l'amour, par exemple, ne serait pour eux, comme pour les animaux, qu'un instinct sensuel, aussitôt dissipé qu'assouvi.
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JunoRJunoR   04 mars 2019
Il y a des créatures qui reviennent du mal au bien, qui tombent et se relèvent, qui déchoient et se reconstituent dans leur moralité. Oui, mais il y faut l'illusion du repentir qui suppose l'illusion de la liberté et celle d'un juge, d'un père céleste. Pouvait-il, lui, Adrien Sixte, écrire au jeune homme : "Repentez-vous," quand sous sa plume de négateur systématique, ce mot signifiait : "Cessez de croire à ce que je vous ai démontré comme vrai ?" Et pourtant c'est affreux de voir une âme mourir sans rien essayer pour elle.
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