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EAN : 9782228892018
201 pages
Éditeur : Payot et Rivages (06/01/1999)
3.54/5   14 notes
Résumé :
Qu'est-ce qui, aujourd'hui, peut bien pousser un individu à marcher jour après jour et dans des conditions parfois difficiles vers le lieu présumé de l'inhumation de l'apôtre Jacques le Majeur ? Cette question, Jean-Claude Bourlès se la pose depuis des années qu'il sillonne les mille six cents kilomètres d'un chemin prenant sa source au Puy-en-Velay.
Après Retours à Conques et Le Grand Chemin de Compostelle, il interroge surtout les autres, les pèlerins mais... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Nicolas9
  12 août 2020
« C'est vrai que pour les gens, vous qui passez, les pèlerins, vous êtes forts. Et pourquoi? Parce que vous êtes capables de partir, comme cela, en abandonnant tout. Nous, on est là, autour de notre petite vie, et vous, vous êtes des hommes et des femmes de grands moments. Vous réveillez en nous des choses pour lesquelles nous sommes faits et que nous ne réaliserons jamais. Chacun est fait pour l'aventure humaine, mais combien la vivent ? »
Qui mieux que Sébastien Ihidoy, curé de Navarrenx (Béarn) à l'époque pouvait synthétiser l'esprit de ce livre particulier ? En 1995, au moment où Jean-Claude Bourlès le rencontre, il a déjà accueilli des centaines de pèlerins de Compostelle dans son presbytère. « Ecclésiastique au franc-parler, au regard malicieux et à l'accent rocailleux, il est de ce peuple de rudes Basques, intransigeant pour lui, généreux pour les autres » dit de lui l'auteur qui entame pour la deuxième fois le Chemin de Saint-Jacques après l'avoir parcouru deux ans plus tôt.
Bourlès nous livre ici le témoignage de dizaines jacquets, d'hospitaliers et de villageois rencontrés sur les 1700 kilomètres du Camino Francès reliant le Puy-en-Velay à Compostelle. Et, à travers ces regards croisés, il parvient à saisir dans toute son épaisseur la substance de ce pèlerinage pas comme les autres qui attire désormais des dizaines de milliers d'hommes et de femmes des cinq continents, année après année.
Mais poursuivons avec l'homme d'église basque, véritable étoile du berger de cet ouvrage : « Pour moi, le pèlerin, quel qu'il soit, est toujours un chercheur. le chercheur d'une vie plus humaine (c'est le dénominateur le plus commun), un chercheur de sens, un chercheur d'étoiles, un chercheur de Dieu (parfois sans le savoir) qui, pour trouver sa part de vérité, prend des risques dans une époque où l'on fait tout pour nous protéger, nous garantir, jusqu'à l'asphyxie. Démarche à contresens, démarche absolue, comment voulez-vous que ce soit toujours bien compris?
Les pèlerins, je vais vous dire que je les reconnais au premier coup d'oeil, dans la rue, dans un groupe, sans sac, bourdon ou insigne, changés, douchés, propres comme des touristes. Je sais que ce ne sont pas des vacanciers, ni des randonneurs, mais des pèlerins. Je les reconnais, oui. Dans l'église, samedi dernier, il y en avait trois. Je les ai découverts dans la foule, rien qu'aux regards. Les pèlerins ont le regard qui irradie. C'est incontestable. D'autres vous le diront. Non pas le regard brûlé par le soleil ou la fatigue, non, un regard d'ailleurs.
Ils irradient. Pourquoi ? Alors là... Sans doute ont-ils en eux une petite étoile. Parce que quelqu'un qui marche comme le pèlerin possède forcément en lui quelques rayons de l'astre qu'il est en train de chercher. Et c'est cette parcelle d'étoile qui brille dans leurs yeux. »
Trois jours de pérégrination plus tard, l'auteur français arrive à Roncevaux, du côté ibérique des Pyrénées et le discours ecclésiastique ne rencontre plus le même écho en lui : « Messe des pèlerins, célébrée par six chanoines dont le plus jeune doit frôler la cinquantaine. Dans l'homélie, prononcée en espagnol et en français, des mots me font sursauter : "Rachat de vos fautes... Souffrir pour plaire à Dieu... Marcher vers le pardon..." de quoi parlons-nous au juste ? Il me semble qu'il y a erreur sur le fond de la démarche. Tout au moins en ce qui me concerne. Je ne suis pas là pour être pardonné de je ne sais quoi ni pour souffrir. le monde est déjà assez loqueteux comme cela sans lui rajouter une dose de malheur supplémentaire en mon nom. Je suis piégé par l'Espagne où je viens juste de poser mon sac. C'est, à la virgule près, le discours entendu deux ans plus tôt, phrases et mots sentencieux, déphasés de l'urgence quotidienne ! Je pique ma rogne, ronge mon frein, et passe une très mauvaise soirée, achevée par un repas d'arnaque comme j'en ai rarement vu. »
Connu pour son franc-parler, l'écrivain breton n'épargne pas davantage ses compatriotes : « Incontestablement, en certains endroits, le passage du GR 65 et sa fréquentation par les pèlerins ont fait naître des vocations corsaires (et c'est un Bretillien qui le dit !) Par exemple, dans un joli village quercinois, où une auberge « de style » propose aux malmenés de la draille des tarifs peut-être justifiés par la qualité des lieux, mais d'autant plus inusités qu'au prix de l'hébergement s'ajoute une caution « pour le ménage ». le tout payable immédiatement, des fois que...
La piraterie ici se pratique à visage découvert, arbore un nom et un drapeau. Il n'empêche que les apparences ne retirent rien à l'arnaque et qu'une embuscade, même de style, demeure une embuscade. le langage de l'hôtesse a beau se vouloir châtié, les marcheurs, randonneurs ou pèlerins, sont considérés pour ce qu'ils sont : des pousse-cailloux. Certains, étrillés par la chaleur et le causse, capitulent sans condition. D'autres refusent et partent. Ce que nous faisons, bien que rendus au sixième dessous. Belle leçon ! »
Au final, un témoignage fondamental pour comprendre l'esprit du chemin et mesurer la complexité des liens unissant (ou pas) les pèlerins aux sédentaires.
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Franz
  06 août 2016
« Des êtres de lumière »
Dans sa trilogie consacrée au camino où s'inscrit Passants de Compostelle, l'écrivain Jean-Claude Bourlès, jacquaire agnostique, retranscrit les paroles des pèlerins rencontrés en chemin et les témoignages des hospitaliers en les insérant avec fluidité et intelligence dans le déroulé du pèlerinage du Puy à Compostelle. Cherchant une réponse à la lancinante question : « Pour quelles raisons se trouve-t-on sur ce chemin-là ? », l'auteur rend compte de la multiplicité des réponses, toutes possédant un fragment d'une vérité protéiforme et insaisissable dans son ensemble. Naturellement chapitré en jalons jacquaires, « le Puy-en-Velay » ; « Conques » ; « Moissac » ; « Navarrenx » ; « San Juan de Ortega » ; « O'Cebreiro », le passionnant récit s'empoigne avec l'histoire du pèlerinage qui s'insère dans la déambulation compostellane et s'enrichit des réflexions de l'auteur. L'écriture dense et pourtant légère où les mots ajustés pèsent leur poids de vérité, délivrent des phrases parfaitement ciselées, ramassées, signifiantes, émouvantes. Des témoignages essentiels (Raymonde Rodde, défricheuse de la via podiensis [voie du Puy] en Haute-Loire, Père Alain Thérondel, André, anonyme belge, etc.) avivent encore l'intérêt d'un livre profond et nourrissant, ancré dans son époque et pourtant atemporel comme en lévitation dans la « rude réalité à étreindre » : « Nous allons tous les trois, silencieux dans la sérénité des rues, escortés par le parfum des lilas et de la pierre chaude ».
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montjoie
  16 avril 2012
c'est comme pour les sauces, quand on les dilue elles ne sont plus que de pales ersatz ! Aprés le"grand chemin de Compostelle" parcouru d'un certain souffle , ce retour sur le chemin de grande randonnée me semble poussif,sans intêret même sur le plan "guide de voyage" on a vu mieux et plus étoffé ; on se lasse dés le départ,ce chemin se traine entre quelques relais anciens qui cherchent désespèrément l'exotisme d'une france rurale mainte fois décrite dans sa désertification.
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
FranzFranz   06 août 2016
Réalité d’une fin de siècle courant après son ombre, on se ressource aujourd’hui davantage sur les chemins de caillasse que dans les séminaires de relations humaines et le tour du mont Blanc attire chaque année plus de marcheurs que n’en connut Katmandou dans ses heures de gloire.
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FranzFranz   06 août 2016
Paradoxe : conçue et vénérée comme symbole de libération, l’automobile devient objet d’aliénation alors que considérée il y a trente ans comme désuète et ridicule, la marche passe à présent pour une thérapie.
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lolittalolitta   16 février 2016
"Le chemin est une vérité." Et si la vérité était, à elle seule, un chemin ?
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