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Hubert Juin (Autre)
EAN : 9782070322015
114 pages
Gallimard (03/02/1981)
4.01/5   34 notes
Résumé :


Joë Bousquet
Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique

Combattant de la Grande Guerre, Joë Bousquet fut victime d'un coup de feu qui le paralysa des membres inférieurs. Contraint de demeurer couché, il fit de sa chambre un espace pour les mots, un continent de poésie.

Mais sa blessure la plus ancienne, vive et profonde, il l'avait reçue d'une femme aimée. La blessure de son corps en fut une conséquence indirecte, tragique et symbolique. Des deux atteintes naquit cette parole ininterrompue, telle qu'on la trouve dans les carnets étranges du Papillon de neige et de Traduit du silence.

Toutefois le seul véritable recueil de poèmes de Joë Bousquet est La Connaissance du soir.

Une émotion particulière se dégage de L'Epi de lavande. Les mots y sont comme jaillis d'un rêve douloureux et obsédant. Les phrases se déroulent, aux articulations incertaines, et l'on est pris dans leur flux et leur reflux, que renforce l'absence de ponctuation visible.

Les autres parties du livre offrent des poèmes de format plus classique, mais dont le ton est instantanément reconnaissable. Il en est ici comme pour les voix des êtres chers, qui nous touchent au fond de l'âme, y éveillant une résonance inconnue. Et la musique de Bousquet rappelle celle de Verlaine, en son "rêve étrange et pénétrant" :

Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a

L'inflexion des voix chères qui se sont tues.

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C'est une poésie très particulière, écrite sous opium la plupart du temps. Pour ceux qui ne connaissent pas Joe Bousquet, je leur conseille de prendre connaissance de la vie de cet auteur atypique.

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Très surprenant, il faut connaître la vie de Joë Bousquet pour mieux cerner ses écrits qui sont particulièrement puissants.

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Poêsie

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Citations et extraits (49) Voir plus Ajouter une citation

Quand l'âme eut froid

Mon cœur ouvert de toutes parts

Et l’effroi du jour que je pleure

D’un mal sans fin mourant trop tard

Je ne fus rien que par hasard

Priez qu’on m’enterre sur l’heure

On reverra dans le brouillard

Avec ses maux et ses années

Le roi qu’il fut dans la fumée

D’un feu qui n’était nulle part

Sa mère avait des yeux d’eau vive

Il reviendra dans le brouillard

Le cœur ouvert par trois poignards

Vidé par les lunes oisives

Mais les ans passent sans nous voir

L’aube naît d’une ombre où l’on pleure

De quoi voulez-vous que l’on meure

La nuit ne sait pas qu’il fait noir

Tout est passé pour nous revoir

Nos pas reviennent nous attendre

On rouvre la classe du soir

Où l’on attend le roi des cendres

J’ai cru le voir dans un miroir

Qui m’est resté de mon enfance

Un chant de source était devant

Qui m’a bercé jusqu’au silence

Et je le suis jusqu’à l’absence

Mon corps s’ouvrant à tous les vents

A bu le froid dans l’eau d’argent

D’un cœur noir qu’il est las d’entendre

Tout est trop beau pour être vu

Un amour plus grand que l’espace

Ferme les yeux qui ne voient plus

Et l’ombre que sa forme efface

Mendiant son pas mendiant sa place

Au jour mort d’un rêve pareil

Dira des ombres qui la suivent

Ma vie avait des yeux d’eau vive

Passé prête-moi ton sommeil

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La nuit tous les pas se mêlent

Ce qui nous mène est perdu

L’air est bleu de tourterelles

Le ciel le vent se sont tus

Et pareil à la colombe

Qui meurt sans toucher le sol

Entre l’absence et la tombe

L’oubli referme son vol

Mais il survit du murmure

Où tout se berce en mourant

L’amour des choses qui dure

Au cœur d’un mort qui m’attend

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Frileuses

BLANCHEVOLE

Qu'un vol des chauves-souris

amasse aux mains de la morte

le muguet où noir fleurit

le vent qu'il fait sous ma porte

                  Si blanche d'effacer

                  les jours qui l'ont suivie

                  elle attend du passé

                  trois fleurs pour y bercer

                  ce qu'endormait la vie

Dans la nuit d'une voix

tout son amour l'appelle

et s'est brisé trois fois

sur une ombre plus belle

où ce qui vécut d'elle

en se taisant la voit

                  Est-ce un laurier-tourterelle

                  qu'on ait planté pour un roi

                  et qui fleuri sans lui plaire

                  rende sa flamme à la terre

                  où l'on l'embaume avec toi

Toute une nuit où te taire

les baisers les pariétaires

ne sont pas les fleurs d'ici

ferme tes yeux de souci

dans le bouquet de paupières

qu'achève aux mains de la terre

le vol des chauves-souris

                  Ne me dis rien du silence

                  que mon plus beau jour te doit

                  s'il a passé l'espérance

                  pour être seul avec toi

       Qu'il fit froid ce mai dimanche

       attelé d'un cheval noir

       qui tirait le lit de planches

       où tu tendais pour me voir

       le bouquet de tes mains blanches.

ENVOI

   Puisse en l'attente qu'il endure

   Mon cœur las de vivre à demi

   Mourir d'entendre le murmure

   Qui tient ce qu'il aime endormi

p.105-106-107

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Madrigal

Du temps qu’on l’aimait, lasse d’elle-même

Elle avait juré d’être cet amour

Elle en fut le charme et lui le poème

La terre est légère aux serments d’un jour.

Le vent pleurait les oiseaux de passage,

Berçant les mers sur ses ailes de sel,

Je prends l’étoile avec un beau nuage,

Quand la page blanche a bu tout le ciel.

Dans l’air qui fleurit de l’entendre rire,

Marche un vieux cheval couleur de chemin,

Connais à son pas la mort qui m’inspire

Et qui vient sans moi demander sa main.

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SUITE

 Vois la brûlure que fait en ce monde l'instant d'avant

les choses tu es la pensée de cet instant et sa chair

hélas

 Il n'y aura plus jamais de place pour toi entre la folie

de l'oubli et la folie de toutes les flammes

 Courage va Tu as planté la hache les heures sont tes

prisonnières Déjà quand c'est le soir et que l'air change

de couleur tu regardes en te penchant à droite à gauche

comme un piéton à travers les arbres d'un pays inconnu

tu fais tourner les yeux avec les derniers feux du jour tu

marches tantôt doucement tantôt vite comme si tu

suivais quelqu'un

 À force de trouver partout la tristesse tu n'auras plus

qu'elle à quitter quand le moment sera venu Une

chanson est dans le jour tu ne sais plus si c'est le vent ou

bien la peur du vent d'ici tu ne sais plus quand elle

t'éveille si ce cœur c'est ta vie ou bien si c'est ta

peine

 Tu as deviné dans tous les cœurs un peu de la tristesse

que personne ne connaît comme toi Et c'est toute ta

force en ce monde d'avoir les mains fermées sur ce qui

nous ferait peut-être mourir

p.36-37

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Videos de Joë Bousquet (6) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Joë Bousquet
Joe BOUSQUET – Le témoin de la condition poétique (Chaîne Nationale, 1955) Une émission spéciale diffusée, le 28 septembre 1955, en hommage à Joe Bousquet. Produite par Hubert Juin, pour la Chaîne Nationale, elle conviait : Michel Bousquet, Jean Negroni, Albert Béguin, Jean Cassou, Alain Robbe-Grillet, Roger Blin et Martine Sarcey.
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