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ISBN : 2228894001
Éditeur : Payot et Rivages (26/01/2001)

Note moyenne : 4.11/5 (sur 204 notes)
Résumé :
" Le voyageur, écrit Nicolas Bouvier, est une source continuelle de perplexités. Sa place est partout et nulle part. Il vit d'instants volés, de reflets, de menus présents, d'aubaines et de miettes.Voici ces miettes. "
Autant de textes d'une précision, d'une légèreté sans égale aujourd'hui : là où d'autres convoquent une bibliothèque entière pour se donner des airs de penseur zen, lui sait nous livrer en une ligne le pur diamant d'une sensation. Un portrait ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (20) Voir plus Ajouter une critique
Fleitour
  14 janvier 2018
Grand écrivain voyageur Nicolas Bouvier s'est imprégné de cet archipel d'îles du Japon pour nous livrer un peu de l'âme de ses étranges habitants dans Chroniques Japonaises. Brasser toute l'histoire du Japon depuis sa création, sa genèse aussi céleste et lunaire qu'une terre dissimulée derrière huit épaisseurs de nuées blanches, comme pour échapper encore à nos regards, est un pari un peu fou.
Décrire le Japon d'aujourd'hui qui puise dans la zen attitude, la suprême qualité du sage indifférent à la rumeur, être cartésien, cérébral c'est oublier que la nature est la source de toute leur spiritualité, au Japon il faut se faire voyageur, glaner les odeurs, les couleurs, les parfums, et s'abandonner à leur lanterne magique.
Ils sont frère et soeur, leurs noms Izanagi et Izanami, ce sont les créateurs du Japon.
"Dans une auguste union, ils joignent leurs augustes parties, et engendrent trois enfants ».
 »ils s'y prennent comme il faut , assistés par une bergeronnette, qui de sa queue bat la mesure, et cette fois la soeur épouse accouche des huit îles du Japon" Et ainsi de suite, vers une nombreuse postérité, dont les Kamis deviennent les multiples divinités, comme le Kumi du crachat!
"La naissance la plus importante, est issue de l'oeil gauche de Izanagi est Amaterasu O-mi Kami, déesse de la lumière, ancêtre du clan impérial et figure la plus importante du shinto.
En dernier acte c'est la déesse du rire qui s'exhibe, provoquant un gigantesque fou de rire des dieux.

Le japon a ainsi de toute pièce recréé leur histoire, et très largement fourni les preuves de son prodigieux pouvoir assimilateur, les empereurs piocheront dans les idéogrammes et mettront à profit les conceptions chinoises. Les religions seront assimilées et reconverties aux Dieux et aux coutumes du pays du soleil levant.
Toute l'épopée de St François Xavier est analysée, jusqu'à sa disgrâce , les nombreuses églises fondées dans tout le pays faisaient de l'ombre à l'empereur, mais malgré les suicides des convertis, le catholicisme se maintenait. La fin de son essor signe aussi le replis du pays pendant plus de deux cent ans.
La mondialisation qui se mit en place vers 1850, allait bouleverser le pays, et la nouvelle devise devint "tant qu'il y aura de nouveaux mondes à conquérir le samouraï japonais s'en emparera."
Vagabonder dans ce Japon fut un pur bonheur, et la découverte de leur imagination pour, imposer une singularité tenace et indestructible, me fit tenir une longue liste de coutumes intemporelles, en ces quelques notes.
la propreté élevé à l'un des arts sublimes, discrétion dans la gestuelle journalière, au point de masquer par la musique les pets ordinaires, ou aller vers l'hygiène corporelle jusqu'à la recherche naturelle du plaisir... Que dire des hommes qui n'ont pas une bonne odeur, voici un pays cible pour nos parfums, qui voguent sur la vague d'Hokusai, comme une barque de la félicité.
Zen est ici plus qu'une philosophie, et n'en déplaise à nos normaliens, c'est apprendre à tout oublier, sinon la verge du maître peut s'abattre sur vous, si une idée ancienne est formulée: les fidèles sont plutôt insoumis, et si les nôtres se dirigeaient vers une telle insoumission?
Si nous avons développé l'art de la table, au Japon le jardin est un lieu de méditation et de culture. Des règles immuables doivent être dissimulées. le jardin japonais est un havre de parfums et de saveurs, où les truites se cachent,  Le bureau des jardins et des étangs de Didier Decoin, dans un petit village de l'Empire du Japon, au XIIe siècle, illustre bien cet engouement.
Le peuple Aïnous vous réservera encore une immense surprise, ce peuple japonais considéré comme le plus velu du monde!
Cependant l'histoire du japon ne peut faire l'impasse de l'ensemble des guerres, que ses empereurs successifs se sont entêtés à mener. Pour quelles avancées?
On ressent après le drame d'Hiroshima et de Nagasaki, que le pays, ne puisera aucune de ses ressources pour faire la guerre et apportera toute son intelligence pour conserver la paix.
Nicolas Bouvier se fait un redoutable conteur pour nous permettre de traverser ces années sombres, sans tomber dans un exposé titanesque, il sait nous dire l'essentiel, avec justesse et simplicité sans occulté aucun fait important.
"Paver la route vers une grande paix pour les générations à venir en endurant l'intolérable et en supportant l'insupportable": tel est la ligne intangible du Japon , "décret impérial diffusé le 15 Août 1945".
Quand on a traversé Giverny, et goûté à ses nénuphars, on perçoit combien , il y a une fibre musicale et bariolée qui se met à vibrer , ici pour les estampes et les maîtres japonais comme Hokusai, les jardins qui se japonisent avec délices, ou les multiples complicités partagées avec ses artistes. Là bas au soleil levant les français sont vus avec étonnement, et notre indiscipline reste une énigme pour un peuple qui a su se faire un grand nom dans la haute couture et devenir un prophète de la grande cuisine.
Un très beau voyage en 250 pages pour cette Chronique Japonaise

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Dosamuse
  14 décembre 2013
Livre très riche et très émouvant. On traverse les siècles et les campagnes japonaises à un rythme très zen, on s'arrête sur les détails au gré des envies.
Je ne suis pas très portée sur les récits de voyage mais celui-ci a quelque chose de remarquable : le respect. L'auteur s'efface souvent au cours de son récit, revient sur les faits historiques qui ont marqué le Japon pour expliquer des comportements ou des traits de caractère des gens qu'il rencontre. On est loin de l'observation ethnologique qui vire au voyeurisme. Des instants de vie nous sont livrés et à nous lecteurs d'en faire ce que nous voulons.
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ericbo
  08 septembre 2018
Livre que j'ai lu il y a maintenant plusieurs années. Outre le récit d'une errance dans ce pays, je retiens, comme toujours chez Bouvier, une envie d'aller à la rencontre de la population, de coller au plus près du quotidien de ces gens, en dehors des sentiers battus. Je me souviens également de sa volonté de voyager quasiment sans argent, provocant ainsi des rencontres plus authentiques et des relations plus spontanées, n'hésitant pas à se retrouver dans des situations extrêmes. (je pense aussi à Cendrars). C'est un parti pris que je trouve vraiment très audacieux, que l'on retrouve également dans « L'usage du monde ». Souvenir également de son chapitre sur Hokkaido, à la rencontre des Aïnous. Région, qui encore de nos jours reste très peu parcourue par les voyageurs. Comme toujours, Bouvier, au-delà d'un récit de voyage, nous offre une véritable leçon de vie et un regard non conventionnel sur le monde.
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dbreit
  06 février 2013
Trés beau livre qui nous présente le périple de Nicolas Bouvier dans le Japon des années 50/60. On apprend beaucoup à travers cet homme dont l'écriture est d'une poésie inspirée. Ce que j'en retiens aussi c'est cette immense amour qu'il avait pour les japonais et....pour l'humain en général....curieux et respectueux de l'autre et de ses différences.
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rosulien
  17 mai 2018
Ce livre est remarquable pour une raison simple: il n'a pas vieilli depuis quarante ans. Ce qui prouve , pour le moins, que Nicolas Bouvier avait du talent. Je lis ce livre après plusieurs voyages récents au Japon. Je donne un conseil à ceux qui préparent un voyage au Japon :lisez le.Vous y apprendrez bien plus que dans un guide touristique. Et un deuxième conseil, relisez le au retour. Cela vous permettra de comprendre (un peu) mille petites choses qui vous auront échappé sur place.Cela vous permettra aussi de saisir , à un modeste niveau, la mentalité japonaise .
Je sais , c'est compliqué mais c'est passionnant .
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critiques presse (1)
BDGest   18 septembre 2015
Cet album s'avère être un excellent témoignage que devraient apprécier tous les voyageurs et autres expatriés en partance pour le pays du Soleil levant.
Lire la critique sur le site : BDGest
Citations et extraits (37) Voir plus Ajouter une citation
Salix_albaSalix_alba   11 novembre 2018
A long terme c'est important: si l'on ne peut plus guère progresser aujourd'hui dans l'art de se détruire, il y a encore du chemin à faire dans l'art de se comprendre.
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GabySenseiGabySensei   11 juillet 2011
Le 15 août 1549, le jésuite François-Xavier arrive au Japon sans savoir que le Christ l'y a précédé de trois siècles. Les Bouddhistes chinois du moyen-âge ont en effet entendu parler de ce "Sage" d'Occident et l'on transformé en un bodhisattva qui pénètre au Japon sous le nom d'Inro Bosatsu et se noie dans l'immense panthéon national avec son message et son origine.

Au même moment, la chrétienté, qui a eu vent des mérites de Cakya-Muni, se l'est attribué sous le nom de saint Josephat (corruption de Bodhisat), qui, en compagnie de son convertisseur, saint Balaam, va se perdre presque aussi vite dans la foule des saints du calendrier (27 novembre). Mais d'un côté comme de l'autre, on a oublié cet échange de politesse. Tout est à reprendre.

[...] Mais François-Xavier ignore encore cet art du compromis [...] Il est chez les païens, il flaire l'idolâtre partout. Égaré dans une société dont il ne soupçonne encore ni les forts ni les faibles, il joue seul sa partie, tranche, embarrasse, brusque son monde, accumule les erreurs.

Quand les bonzes Zen qui l'on accueilli en ami l'entendent déclarer que les satori (illuminations) de leurs illustres devanciers chinois ne sont qu'impostures et sornettes, ils lui ferment leur temple au nez.
Quand le Daimyo de Satsuma apprend qu'aux dires du docteur étranger, ces ancêtres -qu'il faut vénérer- brûlent en enfer faute d'avoir été baptisés, il fronce le sourcil et le prie d'aller prêcher ailleurs.
Quand un seigneur voisin qui reçoit l'expulsé à bras ouverts -comptant lui acheter de la poudre à canon- l'entend assurer que la sodomie met l'homme en dessous du porc, le Daimyo, qui s'autorise ce passe-temps alors fort répandu chez les militaires, blêmit et le met à la porte. Les lettrés qui l'invitent courtoisement pour qu'il expose sa doctrine ne lui cachent pas combien l'idée d'un dieu parfaitement bon créant un diable très puissant pour tourmenter les créatures qu'il aime leur paraît singulière et même divertissante. Quand enfin il s'efforce, avec l'aide d’interprètes insuffisants, de rendre dans une des langues les plus difficiles du monde les rudiments de la doctrine chrétienne, il traduit Dieu par Kami (on sait l’ambiguïté du terme), pêché par tsumi (une "pollution" sans connotations morales), emprunte le reste du vocabulaire à la terminologie bouddhique et s'engage ainsi dans un maquis de quiproquos dont on n'est pas encore sorti.

C'est délicat d'apporter une morale nouvelle à des gens qui ont depuis si longtemps et si prudemment choisi celle qui leur convient.

Sans se laisser abattre, il visite encore plusieurs royaumes et, le cœur déchiré, quitte le Japon en 1551, n'ayant converti qu'une poignée de plébéiens et qu’un seul seigneur d'importance, dont la syphilis n'avait pas résisté au baptême.

(P 64)
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mariecesttoutmariecesttout   16 mars 2014
Il y a des bergères qui épousent le fils du roi, et il y a aussi des gens dont le karma était de vivre - et quoi qu'ils aient pu tenter avant- un torchon à la main. J'y pense en observant le patron de ce petit café " ouvert la nuit" sur la grand-route de Nagasaki. Son visage gris ressemble exactement à un torchon ou à un mouchoir qui aurait écrasé bien des larmes, connu bien des fonds de poche et des lessives. Il est plein d'une bonté chiffonnée. Je trouve aussi dans ses gestes les traces de cette hésitation continuelle que l'instruction vous donne, et cette distinction fourbue. Il vient d'une autre vie, c'est évident, et rien dans son enfance ne devait sentir le percolateur ni le gas-oil. Ses parents ou ses maîtres n'avaient jamais prévu qu'il finirait ici, passant le torchon sur ce petit comptoir en parlant d'une voix sourde. Peu importent les débuts, étudiant recalé ou instituteur resté en rade après une querelle avec le syndicat.
L'essentiel c'est que ce torchon qu'il tient comme un sceptre était dans ses étoiles et que la vie les a désormais réunis. Il semble le savoir et s'en trouver très bien. Certain d'être à sa place, sorti de la mêlée des coudes et des épaules, il est tout au spectacle de son café et écoute ses clients avec une attention que, même dans l'amour, on rencontre rarement. Les gens ne sont pas accoutumés à ce qu'on leur prête autant d'existence, au bout de cinq minutes, les voilà déjà aux confidences. Lui, la tête penchée, il enregistre, opinant parfois du torchon; et je me demande quels sentiments il collectionne ainsi, à quelle passion, à quelle maladie, à quelle insuffisance de l'âme il s'intéresse aussi fort?
p 249-250
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GabySenseiGabySensei   11 juillet 2011
Au XVIII éme, le voyageur Allemand Kaempfer (qui visite le Japon) conclut "que le système tout entier des Dieux du Shinto est un tissu si ridicule de fables monstrueuses et inacceptables que ceux-là même dont l'affaire est de les étudier ont vergogne de révéler ces inepties à leurs propres sectateurs et encore bien plus aux bouddhistes ou aux membres de quelques autre religion". Et je vous devine bien près de lui donner raison.

Question d'habitude et de latitude. Après tout, un Homme-Dieu né d'une vierge dans une étable, réchauffée par un âne et un bœuf, et cloué sur deux poutres entre deux voleurs par la volonté d'un père miséricordieux... Mettez-vous à la place du premier japonais qui a entendu cette histoire pour nous si familière!

(P 20)
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PilingPiling   08 avril 2011
Au Seibo Hospital, Tokyo, décembre 1964-mars 1965.

Même à la lanterne magique, il ne faut pas se faire de cinéma : la plupart des liens solides se nouent au-delà de l'intellect et ne s'expriment que rarement dans les livres, mais dans les tatouages qu'on peut voir à la plage ou à la morgue, dans deux mains qui serrent une épaule sur un quai de gare et garderont – trop longtemps peut-être – cette chaleur et cette élasticité dans les doigts, dans des cartes écrites par des militaires et si mal adressées qu'elles arrivent par erreur chez de vieilles folles auxquelles ont n'avait jamais dit des choses si tendres, dans le silence de deux visages qui s'enfoncent au tréfonds de l'oreiller comme s'ils y voulaient disparaître, dans ce désir si rarement comblé qu'ont les mourants de trouver le bout de l'écheveau et quelque chose à dire, dans la fenêtre qu'on ouvre ensuite, dans la tête d'un enfant qui fond en larmes, perdu dans la rumeur d'une langue étrangère.

Courage, on est bien mieux relié qu'on ne le croit, mais on oublie de s'en souvenir.
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