AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
EAN : 9782228894067
166 pages
Éditeur : Payot et Rivages (31/05/2001)
4.12/5   106 notes
Résumé :
Globe-trotter poète, écrivain du voyage, Nicolas Bouvier aura sans doute rempli autant de carnets de notes qu'il aura achevé de paires de chaussures. Le Journal d'Aran et d'autres lieux s'ouvre sur une balade le long des falaises d'îles irlandaises, saoules de vent et hantées par la solitude minérale, sur les traces de quelques moines fondateurs d'abbayes, de bâtisseurs acharnés. Ou plus simplement dans le sillage de la "jeune... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
4,12

sur 106 notes
5
6 avis
4
6 avis
3
1 avis
2
0 avis
1
1 avis

MELANYA
  16 juin 2021
En ressortant « Journal d'Aran et d'autres lieux » de ma bibliothèque, je savais que je serais encore enchantée par ce livre de Nicolas Bouvier, grand écrivain-voyageur.
D'autant plus enchantée car Aran = Irlande, pays où j'ai eu l'occasion de me rendre deux fois, que j'ai adoré et qui m'a enchantée. Je ne pense pas me tromper en disant que l'on peut en tomber amoureux (amoureuse dans mon cas). Celle que l'on nomme également «Île d'Émeraude », partagée entre l'Irlande du Nord et l'Irlande du Sud, fourmille de magnifiques paysages, de légendes (que l'on vous fait passer pour vraies) et offre un accueil chaleureux.
Ce n'est pas étonnant que Nicolas Bouvier y soit allé. D'ailleurs il a écrit  :
« Aucune histoire d'Irlande n'explique ce qui a bien pu conduire des Celtes, plusieurs siècles avant Jésus-Christ, à s'installer sur ces îles extrêmes, ventées, séparées par des bras de mer dangereux et qui se présentaient alors comme d'immenses dalles rocheuses absolument nues descendant en pente douce des falaises de l'Ouest vers les criques abritées qui font face à la baie de Galway. Les vastes amphithéâtres de pierre sèche qui s'y trouvent, édifiés bien avant l'ère chrétienne et qu'on désigne – à tort – par le nom de forts (dunn en gaélique), suggèrent une population presque aussi importante que celle d'aujourd'hui. » Il y consacre la plus grande partie de son ouvrage, divisé en trois grands chapitres :
Journal d'Aran – Les chemins du Halla-san ou The old shittrack-again – Xian.
* Les îles d'Aran sont formées de trois îles rocheuses : Inis Mór - Inis Meáin et Inis Oírr. Leur caractéristique est d'avoir un paysage entrecoupé de murets de pierre.
Ces îles se trouvant à l'embouchure de la baie de Galway, sont connues pour leurs sites anciens et sont considérées comme des « joyaux de l'Irlande authentique ». Elles représentent également l'Ouest sauvage de l'Irlande.
Dans le cas de Nicolas, c'est son père qui l' a encouragé à voyager et il ne va pas le faire avec toute la logistique actuelle. Il part simplement équipé , avec « un seul » livre et va à la rencontre de personnages authentiques. Il nous communique son admiration des paysages parcourus - on ressent le vent terrible (d'ailleurs, fiévreux, il se demande ce qu'il fabrique dans cet endroit oublié du monde) – mais il nous raconte aussi la chaleur des habitants – son admiration devant des troupeaux de moutons, un énorme cheval blanc… Autrement dit, le lecteur est lui aussi conquis et accompagne le héros en tombant également amoureux de ce coin perdu.
J'ai vraiment apprécié d'y retrouver des lieux que j'avais eu la chance d'admirer au point d'en ramener une grande quantité de photographies. On n'en parle pas dans le livre mais j'y avais fait découvert « des vaches-pandas ». Étonnant à voir et c'est véridique !
Il ne faut pas oublier non plus, sur la terre ferme, le Connemara (où le ciel moutonne) près de Galway avec ses légendaires poneys et la célèbre chanson que l'on vous fait chanter (bien volontiers) en le traversant.
On connaît aussi Nicolas Bouvier pour ne pas voyager dans des lieux tranquilles. Il utilise de nombreuses métaphores mais il intègre de la poésie, beaucoup d'humour. Ce voyage en Irlande est magnifique et ne peut pas s'oublier, surtout quand l'a déjà vu.
* Ensuite, il passe à la partie : « Les chemins de Halla-san ou The old shittrack-again ». Il y raconte son ascension du volcan Halla-san sur l'île coréenne de Chedju. Ce volcan domine la Corée du Sud et l'auteur avait déjà écrit un livre « Les chemins de Halla-san », expédition qu'il avait effectuée avec son épouse. Mais ici, il nous livre une petite partie de ce périple qui représente tout de même une longue randonnée et une grande expérience personnelle. Il n'oublie pas d'y faire mention de quelques personnages pittoresques rencontrés, dont l'un luit dit, avec malice : « « Garde l'oeil sur ton sac, planque ton fric, et regarde où tu poses les pieds. Ce n'est plus le Japon, it's the old shittrack-again » (Retour à la vieille piste de merde). On verra bien. » (page 99) et cela a d'ailleurs donné le titre du chapitre consacré.
* Quant à la dernière partie : « Xian » , (en chinois : 西安, littéralement « pays de l'ouest »), dont la capitale est EFEO, Si-ngan-fou. C'est une ville dont l'histoire remonte a plus de 3.100 ans. Elle est célèbre notamment pour son armée de terre cuite, ou armée d'argile, qui représente environ huit mille statues de soldats et chevaux en terre cuite, représentant les troupes de Qin Shi Huang, premier empereur de Chine.
Dans cette dernière partie, il est surtout question de rudesse, de dénuement.
Au final, on a, une fois de plus, un livre totalement dépaysant, un journal de bord bien fourni, enrichissant, captivant et qui nous fait admirer un explorateur qui va au-delà de lui-même tout en racontant sans utiliser de longues phrases tarabiscotées. Il nous décrit simplement son ressenti, son humeur, ses douleurs et ses joies, les moeurs et coutumes des peuples croisés au hasard de ses pérégrinations. Nul besoin de « trop en faire » pour avoir un récit très beau et très humain.
Il me reste encore d'autres livres de Nicolas Bouvier et je ne manquerai pas de les chroniquer.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          70
Floyd2408
  20 septembre 2020
Une belle découverte dans ma librairie indépendante, Nicolas Bouvier avec son Journal d'Aran et d'autres lieux, un récit de voyage unique dans trois contrées différentes. Nous allons d'un coup être transportés dans ces pays lointains, d'une culture, d'un paysage, d'une population différence et de leurs identités propres. Nicolas Bouvier est un voyageur écrivain, de langue française, originaire de la Suisse, il a cette chance d'être mandaté par des revues pour parcourir le monde et de son écriture en faire profiter ces lecteurs, il est l'auteur de L'Usage du monde, de Chronique japonaise et d'autres relatant ces expéditions diverses.
Lorsque l'auteur vogue vers une terre difficile, un paysage sauvage parcouru par une météo entrainant la désertification des touristes, laissant les autochtones dans une solitude de routine, Nicolas Bouvier erre dans cette atmosphère rude, cette apprêté Irlandaise qu'il va côtoyer dans une liberté solitaire avec pour compagnon, ces âmes pilier de ce terroir, gardien des traditions, des us et coutumes, le lecteur les accompagne à travers la prosaïque artistique de ce visiteur perdu dans les méandres de ces iles d'Aran. Ce premier récit perce la culture d'Irlande, celle méconnue de ce peuple meurtri par une deuxième guerre mondiale en marge de cette neutralité suspecte, mais aussi de ces légendes, celle des fées et du monde du dessous, le side, cette contrée fait partie intégrante de celle de l'Ulster. Je me suis laissé happer par la vie rude de ce paysage forgé par le temps et les siècles, épargné par la culture romaine, ce peuple reste ancré dans une misanthropie des étrangers, mais cette apparence se brise par l'amitié et la bienveillance naturelle que l'on leur apporte, c'est un peuple ancestrale, prisonnier de trop de légendes et du side.
Ce périple débute en 1985 à Clon-mac-noïse, cette abbaye d'un historique que Nicolas Bouvier nous laisse caresser, de faits historiques et de petites anecdotes, puis nous avançons avec plaisir avec ce voyageur hors saison, la météo est grise, le vent violent, la pluie lacère les lieux et sculpte le relief de cette région, où tinte au loin de mon esprit une musique de Michel Sardou, les lacs du Connemara. Je ferme les yeux et me berce des mots pour peintre ce tableau qui comme une photo se présente à moi, Nicolas Bouvier mêle les descriptions du paysage, des bâtiments, des personnes qu'il rencontre, des animaux aussi, et laisse ces guides lui narrer des petites légendes qu'il distille dans ces écrits, pour notre plus grand plaisir. C'est troublant de se sentir aspiré par ces mots et d'être projeté dans ces territoires et ces iles d'Aran de leur architecture comme ces étranges édifices de pierre sèche. Dun Angeus, de la faune, comme les merles de Sibérie, et ce pays du mensonge, c'est une belle carte postale pour venir visiter ce pays Irlandais.
Le second récit est une promenade du côté de l'Asie en 1970, Nicolas Bouvier nous fait découvrir plus précisément le peuple coréen, face à ce Japon colonisateur de ce pays, lui pillant beaucoup de sa culture comme le bouddhisme, l'écriture chinoise…Le coréen est selon notre visiteur, aime être dans l'emportement, tout chez lui est dans la frénésie de l'instant, ils sont aussi bagarreur, ils se chamaillent souvent, d'une nervosité à fleur de peau, mais ils sont travailleurs. L'homme doit pouvoir pleurer sans être moqué de cette faiblesse dans d'autres sociétés, au contraire c'est une force, une marque de confiance pour les coréens, ils seront traités de « vauriens », s'ils se cachent ou ne pleurent pas, la primeur aux larmes n'est pas exclusive aux faibles et n'entache pas la virilité d'un homme, la sensibilité est humaine, je dois avoir des gènes Coréens. Au-delà du caractère, Nicolas Bouvier nous gratifie de petits anecdotes sur la façon d'être des Coréens, comme de mettre un doigt dans l'oreille d'un inconnu, comme l'a pu le constater notre voyageur, pour vérifier la teneur du cérumen, une pratique bien familière comme le souligne l'auteur, il y a aussi le Dieu du Pet, ce pays est totalement à l'opposé de Nadine de Rothschild avec son savoir vivre asservissant et ridicule de petite bourgeoisie démodée. le pet donnant naissance à cette Île Quelpaert, où notre auteur donne quelque notion de sa découverte, une quête historique remontant au XVII e siècle, cette naissance de l'île n'est pas « scabreuse » pour ces coréens, pour eux , je cite Nicolas Bouvier :
« Les traditions extrême-orientales n'ont jamais humilié le corps et ses fonctions, elles les ont plutôt considérés comme compagnons de travail ou de plaisir qu'il faut traiter avec égards, voire, comme dans l'Inde tantrique, comme instrument de connaissance spirituelle »
J'aime que le corps d'humain et ses fonctions ne soit pas cachés par des politesses niant celle-ci par du puritanisme d'un savoir vivre d'une époque perdue dans les abimes de l'oubli.
Nicolas Bouvier laisse la suite de son voyage dans une excursion journalière, en compagnie de sa compagne, arpentant les sentiers de ce volcan Halla-san, constituant l'île, sa narration est précise au fil du temps, avec comme souvent des petits faits historiques habillant la légende du lieu. Cette excursion éprouvante marque notre auteur pour un plaisir certain, cette exaltation est catalysée par l'adversité, il aura cette phrase belle de sens et de poésie :
« Si on ne laisse pas au voyage le droit de nous détruire un peu, autant rester chez soi. »
Le dernier récit du livre se déroule dans le coeur de la Chine à Xian, je n'ai pas trop accroché à cette visite guidée par ce Monsieur X, cette Chine de paradoxe, le passage du deuil est une tradition différente que celle occidentale, où, la mort est cachée, comme si la vie et la mort n'était pas liées, en Chine la mort est visible par la festivité de la cérémonie, celle rencontrée par notre globetrotteur, est ce cortège féerique avec ce dragon, pour une fin heureuse que célèbrent les vivants à ce mort.
Les trois textes sont de valeurs inégales, le premier est enthousiasmant, l'Irlande nous accueille de sa sauvagerie de son paysage et des us et traditions qui la rendent énigmatique et mystérieuse. le deuxième, nous présente le peuple de la Corée et de ces habitants, avec beaucoup d'humour, et le dernier sur Xian et cette Chine est peu attractif et trop court. Nicolas Bouvier est un voyeur littéraire qui vous emporte dans des récits complets pour vous aspirer dans ces pays et vous faire voyager à votre tour tout en découvrant l'histoire et des petits légendes et traditions, bon voyage à vous.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          40
Kickou
  07 octobre 2016
Les citations ; ces pépites qu'on trouve, et qu'on note pour les mettre en avant sur Babélio, sont comme les photos de vacances. On visite, on parcourt des lieux ou des pages, mais on en oublie parfois de vraiment profiter, de pleinement apprécier le voyage ou la fluidité d'une lecture. Or, il y a dans ce livre, trop de belles citations à noter, trop de pépites, j'y renonce donc, comme il m'est arrivé de laisser l'appareil-photo pour mieux jouir d'un paysage ou d'une ballade.
Dans ces lumineux récits, Nicolas Bouvier séjourne sur l'île d'Aran au large de l'Irlande, il parcourt le Corée de 1970, il crapahute sur un volcan coréen, et il rencontre un guide touristique chinois plutôt original, cela suffit, pour lui, à faire un grand livre. Car, avant d'être un grand voyageur, Nicolas Bouvier est un amoureux de l'Humanité, des cultures et des paysages, un curieux-de-tout, et surtout il sait transmettre tout cela à ses lecteurs, là est son génie. 5* pour l'ensemble de son oeuvre
Commenter  J’apprécie          163
EFar
  28 juillet 2011
Des trois récits de voyages qui constituent ce journal, j'ai surtout été marqué par la ballade irlandaise. Sans doute parce que ce pays, et surtout sa musique, tient de la place dans ma vie.
Comme revenant à ses premiers voyages financés par des journaux suisses (Finlande, Maroc,…), Nicolas Bouvier part en reportage pour un magazine dans les années 80. Fidèle à lui-même, il débarque sans plan ni préparation. le voyage devient une petite errance sur cette île d'émigrants. de ses tribulations, il ramène (encore une fois) un récit limpide, un documentaire à la force d'évocation stupéfiante.
Sur les îles d'Aran, Nicolas Bouvier suit la piste des saints irlandais exaltés et délirants. Il découvre une frugalité qui sans doute le fascine, lui pour qui le voyageur s'allège quand le sédentaire s'alourdit.
En quelques rencontres de lieux et d'hommes, et à travers des histoires recueillies, de grands thèmes du pays prennent corps. Voici ceux qui me restent en mémoire : la force des paysages, l'âpreté de la nature, la prégnance de l'histoire, la présence en filigrane de l'arrière monde (celui des sidh et des êtres fées), l'émigration, la pauvreté, le goût de la parole, la force de caractères des irlandais.
J'ai découvert Aran à travers ce livre. Avant cela, ces trois îles étaient de simples taches sur une carte, auxquelles j'associais une réputation de rudesse et de sauvagerie. Bien après avoir lu ce journal, j'ai visité l'Irlande. Mes souvenirs de 6 semaines passées aux portes de l'hiver le long de la côté ouest, et particulièrement quelques journées sur Inismore à Aran à la veille de Noël, me font dire que cette chronique de Nicolas Bouvier est d'une justesse étonnante – sans parler de la beauté du texte.
Étrangement, je ne garde quasiment aucun souvenir des deux autres récits du livre. Ils parlent de l'Asie, je crois. Comme si les îles Aran et leurs côtes battues par l'Atlantique les avaient englouties. C'est bien ma seule raison de ne pas mettre cinq étoiles à ce livre.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          110
Lune
  07 octobre 2016
Partir... Il y a l'errance, le dépassement physique et mental, l'aventure et les découvertes.
Puis il y a partir en vagabond sédentaire grâce à la lecture.
Partir avec Nicolas Bouvier, c'est perdre ses repères et pénétrer d'autres mondes.
L'auteur s'y entend pour décrire lieux et paysages, faune et flore, rappels historiques, portraits humains, rencontres, conditions de voyage.
Une lucidité tranchante notamment sur les conditions religieuses et superstitieuses à travers siècle jusqu'aux jours qui le virent en Irlande, en Corée et en Chine dans ce petit livre relatant ces expériences.
Un regard tranchant sur la folie humaine et les sites bafoués par la crasse déposée par l'homme (Corée), Nicolas Bouvier ne cache en rien sa révolte et son écoeurement.
Il s'avère intéressant d'effectuer quelques recherches sur l'évolution de ces lieux et des hommes au regard de la date d'édition.
L'Île d'Aran et sa sauvagerie naturelle, ses îliens aux regards tournés vers New-York, ses croyances « celtiques » qui évoluent vers un folklore touristique n'empêchent pas d'être fascinés par ce coin de terre isolé et aride.
La Corée où l'homme pleure pour se nettoyer, où la corruption émanant d'années d'occupation et d'horrible guerre nous est décrite avec tout le réalisme de l'époque.
Et enfin la Chine, à Xian, quelques feuillets d'une émotion rare qui donne à espérer en l'homme.
Considéré comme l'un des grands écrivains voyageurs, son écriture reste contemporaine malgré le temps qui s'est écoulé, dit les choses et les faits dans une langue forte, sans concessions et c'est en cela que son expérience nous enrichit, faite de constats pertinents et lucides qui amènent à réfléchir.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          120

Citations et extraits (20) Voir plus Ajouter une citation
nadejdanadejda   04 mars 2017
A propos de l'air d'Aran :
Tout le bien que je pourrais dire de celui que l'on respire ici, dans cette météo déchaînée, avec sa saveur de fenouil sauvage et sa vapeur d'eau de mer en suspension, resterait en-dessous de la vérité. Il dilate, tonifie,saoule, allège, libère dans la tête des esprits animaux qui se livrent à des jeux inconnus, hilarants. Il réunit les vertus du champagne, de la cocaïne, de la caféïne, du transport amoureux, et l'office du tourisme a bien tort de l'oublier dans ses prospectus. En Inde, j'avais vu des gourous "pneumatistes" enfouir des litres d'air dans leur ventre, puis le restituer, en croquant au passage tous ses éléments nutritifs, comme galettes tirées du four. Sans y prêter autrement attention. Ici, j'en aurai très bien vécu pendant une semaine de jeûne absolu et de marches harassantes, dans une sorte d'ébriété ébahie.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          120
nadejdanadejda   04 mars 2017
Dans ces paysages faits de peu je me sens chez moi et marcher seul, au chaud sous la laine, sur une route d'hiver est un exercice salubre et litanique qui donne à ce peu --- en nous ou au-dehors --- sa chance d'être perçu, pesé juste, exactement timbré dans une partition plus vaste, toujours présente mais dont notre surdité au monde nous prive trop souvent.
Commenter  J’apprécie          200
isababelisababel   08 mai 2015
J'étais en train de me dire : "Qu'est-ce que j'ai au monde à foutre ici ?" lorsque, sur un caprice du ciel, la lumière de fin d'après-midi est d'un coup devenue très belle, faisant briller la branche de gui encore suspendue à la porte, traversant des liquides d'une coloration douteuse. Bref : en dépit de l'indigence du lieu, c'était cette pénombre ambrée, dans la manière des maîtres flamands qui reproduisent sur un flanc de carafe toute la taverne qui remplit leur toile. Trop sombre pour photographier à main levée. J'ai fixé l'appareil sur un petit trépied, l'ai posé sur un coin du bar et, trompé par la torpeur générale, négligé de prononcer le fatidique "ne bougeons plus !". Diaphragme : 5,6, pose : une seconde. Précisément celle qu'ils ont choisie pour s'étirer en bâillant et battre des paupières. Au lieu d'un Vermeer j'ai eu un Francis Bacon avec ses contours fondus, glaireux, cirrhosés. Et sans doute plus fidèle au génie du lieu.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60
vaouleventvaoulevent   02 mai 2011
il connait dans l'île des lieux -bien circonscrits : un roc fendu par la foudre, une souche de cornouiller qu'on a toujours vue là et qui ne veut pas mourir - pleins de force, d'efficace et de bonté. c'est là qu'il faut aller se recueillir, demander, remercier. Ailleurs, à l'église qu'on laisse un peu aux femmes, c'est du temps perdu. Il ne dira pas où ni comment les trouver : les découvrir et savoir ce qu'ils nous veulent est l'affaire de chacun. Ils ne se signalent par rien mais restent tapis au sol avec leur charge de cadeaux et de menaces. Que vous les approchiez par la gauche ou par la droite et votre journée sera différente. p.46

Certains jours on se passerait d'avoir un corps : avant l'aube, la colique et la
fièvre me laissent quatre heures de sommeil et de répit bienvenus que j'emploie à le séparer de moi. Au réveil, je le retrouve à une bonne longueur de bras. je le bouchonne, je l'étrille à la brosse et à l'eau froide, je le frotte à l'alcool de camphre, le retourne sans façons en m'amusant de le retrouver chaque matin plus émacié et piteux. Je l'enveloppe de laine et de cuir, l'abreuve de thé très sucré -le seul aliment qu'il supporte - puis l'envoie sur la route où il se nourrit de vent atlantique et où je le rejoins un peu plus tard sans qu'on ai échangé un mot. Si mauvaise qu'ai été la nuit, quelques bouffées d'air ont suffit à le remettre d'aplomb. Il est là, revigoré, fin prêt pour les entreprises de la journée. p.48
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30
charlottedesudermaniecharlottedesudermanie   03 octobre 2015
"The old shittrack" ? et comment! A peine débarqué, il sautait aux yeux que tout était plus modique, recollé, rudimentaire qu'au Japon. Bâtiments neufs décrépis avant d'être achevés. Même l'herbe paraissait avoir été bâclée par un botaniste au chômage, hirsute et grise de poussière des cimenteries. Les mouches à merde volaient trop bas pour les hirondelles et se portaient bien, merci. Même si Pusan n'avait jamais reçu une bombe ou un obus communiste, l'anéantissement quasi total qui avait frappé le pays était encore présent partout. A la douane, un quidam en sandales de paille et bourgeron de forçat nous avait arrosés d'insecticide -fermez les yeux s'il vous plaît - comme des veaux, avec une lance et un vaporisateur à bretelles qui venait tout droit de la ferraille. Un autre avait passé nos sacs à dos au crible avec un détecteur de mine du temps de MacArthur, rouillé, et sur lequel on pouvait lire en clignant des yeux, comme dans un palimpseste, le mot fuck écrit autrefois par un GI écoeuré et lavé par dix-sept moussons.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20

Videos de Nicolas Bouvier (14) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Nicolas Bouvier
#voyage #littérature #CulturePrime
Enfant, Nicolas Bouvier dessinait des fleuves dans le beurre de ses tartines. Une petite manie pas si anecdotique quand on connaît la vie de cet écrivain aventurier qui a traversé les Balkans jusqu'au Japon.
Abonnez-vous pour retrouver toutes nos vidéos : https://www.youtube.com/channel/UCd5DKToXYTKAQ6khzewww2g/?sub_confirmation=1
Et retrouvez-nous sur... Facebook : https://fr-fr.facebook.com/franceculture Twitter : https://twitter.com/franceculture Instagram : https://www.instagram.com/franceculture
>Géographie générale. Voyages>Histoire de la géographie>Géographes, explorateurs, voyageurs (13)
autres livres classés : irlandeVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

L'usage du monde - Nicolas Bouvier

En juin 1953 débute l’aventure. Nicolas et Thierry partent-ils à pied, en voiture ou à dos d’âne ?

à pied
en voiture
à dos d’âne

10 questions
122 lecteurs ont répondu
Thème : L'usage du monde de Nicolas BouvierCréer un quiz sur ce livre

.. ..