AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontres

Doris Jakubec (Préfacier, etc.)
EAN : 9782757801260
128 pages
Points (05/04/2007)
3.97/5   44 notes
Résumé :

Dans un entretien, Nicolas Bouvier disait : "La poésie m'est plus nécessaire que la prose parce qu'elle est extrêmement directe, brutale -c'est du full-contact ! ". Pourtant il ne fit paraître qu'un unique livre de poésie. Ecrits entre 1953 et 1997, ces poèmes forment un univers extraordinaire, celui de ce voyageur infatigable, arpenteur des beautés façonnées par la nature au gré des érosions et des a... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
3,97

sur 44 notes
5
3 avis
4
4 avis
3
0 avis
2
2 avis
1
0 avis

berni_29
  02 janvier 2021
Nicolas Bouvier est davantage connu pour ses récits de voyage. J'avais adoré L'usage du monde dans lequel celui-ci m'avait touché par son art du voyage, sans doute j'y avais puisé des ailes pour me donner envie de temps en temps de m'envoler.
Le dehors et le dedans : Poèmes est un recueil de poèmes que l'écrivain-voyageur a rédigé entre 1953 et 1977, au hasard de ses folles pérégrinations dans le monde.
La poésie de Nicolas Bouvier est vagabonde, aérienne, musicale. Elle dit l'immensité du monde, son intensité, ses blessures, les rencontres d'un voyageur éperdu, infatigable, qui se perd forcément en chemin...
Chaque mot est une saveur, une note, une ivresse...
Sa poésie est éprise du bruissement de la vie, des élytres d'insectes, un bordel près d'une gare, quelqu'un chante au loin, le grincement des roues d'une charrette sur le sol glacé, un poulet qu'on égorge dans une cour et des rires d'enfant tout autour.
Les rivages sont lointains, les Balkans, l'Azerbaïdjan, l'Afghanistan, l'Inde, Ceylan, le Japon,... Des villes suspendues à ces destinations s'offrent à nous : Solarpur, Lahore, Tabriz, Mahabad, Kyoto...
Chaque lieu traversé fait entendre sa voix, son âme. La clameur des villes, les grimaces des gamins dans une rue, les moulins à prières, les grandes feuilles de bananiers qui protègent du soleil et du vent, trois notes d'un shamisen, le rire d'une prostituée dans la nuit, l'odeur d'une soupe de navets ou de gâteaux parfumés au citron...
La poésie de Nicolas Bouvier n'est pas lisse, elle dit les aspérités du voyage, les incertitudes, les angoisses, la dysenterie, la nuit trop épaisse pour imaginer trouver une fissure et s'y engouffrer.
Et ce sont brusquement des enfants silencieux, qui travaillent ou bien iront dans peu de temps à la guerre, le rire de la prostituée devient un cri lointain aigu sous les coups de la maffia locale, le riz a gelé dans une grange qu'il faudra jeter demain.
Et l'on revient du voyage, peut-être autant démuni qu'avant le départ, mais en ayant cherché un peu le sens, sachant qu'il y a peut-être quelqu'un qui attend au bord du chemin.
Le récit est partagé presque de manière binaire : le dehors, s'attachant aux contrées lointaines et le dedans, celle des sentiers intérieurs ; deux parties séparées, couturées par la citation du poète tchèque Vladimir Holan « Voici le moment où le lac gèle à partir de ses rives et l'homme à partir de son coeur. », une citation à propos qui jette une passerelle entre ses deux parties, les faisant dès lors dialoguer entre elles.
Entre le dehors et le dedans, la frontière est parfois ténue, comme celle d'une fenêtre entre deux paysages, celui du monde, de sa beauté et de ses mystères et l'autre territoire peut-être aussi immense et encore plus impénétrable, celui de nos contrées intérieures.
Entre le dehors et le dedans, parfois il y a une fenêtre qui sépare deux visages.
Voyager au bastingage des mots, comme au-devant d'un rêve qui s'éloigne dans les frimas du matin...
C'est comme une porte qui bat dans le vent, quelqu'un a parfois la bonne idée de poser un pied dans l'entrebâillement, laisser entrer des rires d'enfants, le bruissement des essaims d'abeilles, le regard d'une femme, trois notes de clarinette... C'est peut-être cela, la poésie.
La poésie de Nicolas Bouvier me touche autant que ses récits. Elle ressemble à des photographies, elle est l'instantané des émotions. Elle laisse entendre les tourments du voyageur, de sa vie, la promesse du bonheur...
Pourquoi la poésie peut-elle dire autre chose que le récit d'un voyage ? Ou plutôt, comment ?
En quoi vient-elle faire alliance, dire les choses par d'autres chemins, dire l'indicible, donner sens ? Être une alchimie qui révèle autre chose...
Voir, sentir, toucher, faire l'amour, le corps seul qui se souvient plus tard, a peur, prend des coups au ventre, gémit... L'enveloppe corporelle est peut-être cette seule frontière qui nous relie au reste du monde. Elle est poreuse, incertaine, imaginaire, un territoire idéal pour convoquer la poésie...
La frontière entre le dehors et le dedans est parfois comme un déchirement, une vibration, une forme d'apesanteur, une respiration suspendue devant ce qui est étranger et ramène à l'intime, un écho entre deux mondes.
Il y a ici la fulgurance, les éblouissements que seule peut-être sait dire la poésie.
La poésie est un merveilleux antidote contre la solitude, le confinement et la mort.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          414
GeraldineB
  06 juillet 2021
Portant à travers le monde un regard toujours curieux et bienveillant, Nicolas Bouvier écrivit de merveilleux récits de voyage dont certaines pages étaient, sans vraiment le dire, de la poésie. "L'usage du monde", "Le Vide et le Plein" ou bien encore "Le poisson-scorpion" sont parmi ses récits les plus lus. Ce que l'on sait moins, c'est qu'il publia aussi "Le dehors et le dedans", unique livre de poésie en tant que tel qui s'articule en deux parties et regroupe des poèmes écrits entre 1953 et 1997.
Simple est cette poésie, comme simple est la vie des gens qui le touchent, qu'ils soient de Ceylan ou de Kyoto. "Le Dehors" est un partage, quelques souvenirs de voyage qui nous font pénétrer dans une échoppe à Lahore ou partir pour le cap Kyoga. Nous y croisons un menuisier arménien, un paysan japonais, des hommes dont Nicolas Bouvier souligne la noblesse.
Et puis il y a les poèmes du "Dedans", plus intérieurs, comme s'ils concentraient toutes les images, les impressions et les rencontres du passé. Ces poèmes magnifiques sont d'une gravité qui émeut. Ce sont ceux de la vieillesse à Genève. "Dans le corps le bruit du temps qui passe et qui délite..."
Il n'est alors plus question de voyages ou peut-être seulement du dernier voyage. Ainsi "Morte saison", écrit le 25 octobre 1997:

"Désormais c'est dans un autre ailleurs
qui ne dit pas son nom
dans d'autres souffles et d'autres plaines
qu'il te faudra
plus léger que boule de chardon
disparaître en silence
en retrouvant le vent des routes"
Six mois plus tard, le 17 février 1998, le vent emportait cet étonnant et infatigable voyageur, nous laissant à nous, lecteurs-rêveurs, l'intensité de son regard et la clarté de ses poèmes.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          4410
cicou45
  21 avril 2015
Je pense être pour un temps (re) rentrée dans ma période "Poésie" et c'est encore une fois à la médiathèque dans laquelle je flâne de temps à autre, lorsque j'ai enfin un peu de temps pour moi, que je trouve mon bonheur (ou pas). Curieuse de nature, je suis sans cesse en quête de nouveaux auteurs, de nouvelles découvertes mais là, pour le coup, j'avoue avoir été déçue par cette dernière trouvaille. Certes, la poésie de Nicolas Bouvier est très belle, il nous emmène avec lui dans les quatre coins du monde lors de ses voyages mais j'ai trouvé que ses poèmes étaient trop tristes racontant bien trop souvent ce qui nous attend indubitablement tous à la fin de notre vie. Oui, il a raison de nous rappeler, à nous lecteurs, que la vie est bien trop courte, qu'il faut savourer chaque instant, voyager, s'évader et s'intéresser à tout ce que l'on ne connaît pas (encore) mais il n'empêche que...ouvrage bien trop sombre pour moi car dans la première partie, le poète se rend dans des pays marqués d'Histoire...et pas forcément celle que j'aspire, moi particulièrement, à découvrir ! Cependant, ce n'est qu'un simple avis et je vous invite tout de même à voir ce que vous ressentez, vous, après cette lecture. En ce qui me concerne, elle m'a mise plutôt mal à l'aise et m'a ramené le moral à zéro mais bon...sait-on jamais ce qu'il en sera pour vous !
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          211
vincentf
  29 juin 2011
Limpidité d'une poésie simple, âmes des lieux traversés, impressions en couleur d'une vie errante, puis retour sur soi et chez soi, pensée de ce que l'on aime et de ce que l'on quitte. La poésie de Nicolas Bouvier photographie des instants qui deviennent éternité. Les sens y pêchent de quoi dire, une voix et une clarinette de sang, une nuit à la cuisine, un saxophone, une pomme volée. J'aime la poésie simple, juste quelques minutes d'esquisses pour bredouiller les temps forts d'une vie, juste quelques petits coins perdus pour dire l'immensité du monde, juste des mots pour dire tout.
Commenter  J’apprécie          50
lehibook
  01 avril 2021
Je connaissais et admirais Nicolas Bouvier écrivain voyageur et photographe et voilà qu'à la lecture de ce recueil je le découvre poète . Rien d'étonnant quand on a un tel regard , une telle sensibilité et un rapport si juste avec les mots. Ces textes se divisent en deux grandes parties : « le dehors » poèmes écrits au fil de ses voyages ( et les noms seuls font rêver :Trébizonde,Tabriz,Mahabad,Lahore…), impressions glanées à tous les vents de l'aventure et imprégnés par un très japonais sentiment de l'impermanence . « le dedans » rassemble des textes souvent écrits en Suisse au soir de sa vie. Ceux-là sont fortement teintés de mélancolie , du sentiment de la perte ,de l'adieu à ce monde qu'il a tant aimé et célébré. C'est magnifique.
Commenter  J’apprécie          40

Citations et extraits (32) Voir plus Ajouter une citation
FredChagnardFredChagnard   29 juillet 2022
Novembre

Les grenades ouvertes qui saignent
sous une mince et pure couche de neige
le bleu des mosquées sous la neige
les camions rouillés sous la neige
les pintades blanches plus blanches encore
les longs murs roux
les voix perdues
cheminent à tâtons sous la neige
toute la ville, jusqu'à l'énorme citadelle
s'envole dans le ciel moucheté

Tabriz, 1953
Commenter  J’apprécie          10
berni_29berni_29   01 janvier 2021
Ulysse

Au sud du bastingage
il n'y a plus rien jusqu'à la Terre Antarctique
Léviathans et sirènes labourent ces prés marins
ce portulan gaufré de vagues
où d'immenses pans de ciel
s'abattent en averses fourbues
sans que Dieu lui-même
en soit informé

Chaque soir tu regardes la timbale du soleil
plonger en hurlant dans la mer pommelée
clins d'œil des forts matous lovés dans les cordages
Les espadons bleus filent devant l'étrave
bande de bijoutiers en fuite

Voilà des mois que tu n'as pas reçu de lettres
tu es le dernier des parias à bord de ce navire
le cœur rendu, un torchon d'étoupe à la main
tout noir de souvenirs déjà
tu t'abolis dans le tremblement des hélices
tu écoutes le chant ancien du sang dans tes oreilles

Caillots ensoleillés de la mémoire
et dénombrement des merveilles
quand tu savais vivre de peu
ta vie t'accompagnait comme un essaim d'abeilles
et tu payais sans marchander
le prix exorbitant de la beauté
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          220
berni_29berni_29   31 décembre 2020
Poème vert

Nous avions grandi ensemble
marronnier
aujourd'hui silencieux souverain
qui portes ombre propice et n'en as pas souci
qui ne racontes pas ta vie
dis-moi ce qu'il faut faire
quand le soleil a disparu
dis-le-moi lentement avec des feuilles neuves
que je puisse t'entendre
du fond de mes campagnes en friches

Et vous autres derrière la haie
peupliers, acacias, tilleuls
cèdre en forme de ciboire
alignés sur la portée du pré
comme les notes d'un kyrie
silencieuse oraison de feuilles
latin murmurant de ramures et d'aiguilles pédagogues des champs
si discrets dans vos propos salubres
verts acolytes et patients funambules
un mot, juste un seul mot
sur la paix qui me manque
ou même un simple bruissement
avant que la nuit vous reprenne
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          252
GeraldineBGeraldineB   05 juillet 2021
RAISON SOCIALE

Dans nos décombres
Dans un égarement inexplicable
Dans la destruction de nos vies
Nous sommes au service de la clientèle
Nous réparons encore la céramique
Nous honorons notre raison sociale

N'apportez rien de plus fragile que la fragilité
à laquelle tout conduit
Commenter  J’apprécie          213
P____P____   13 novembre 2012
C'est l'été le plus chaud du siècle
le jour le plus chaud de l'été
les ouvrières ont la nuque rasée
et des éventails en papier

Au terminus de la ligne 23
ce matin j'ai appris dix caractères chinois
je suis monté dans cet autobus rose
qui passe un col à l'ombre des bambous
marché le long de la rivière
marché, nagé et maintenant:
le soleil est un fil à plomb
au fil de l'eau passe une figue mordue
les plumes d'un poulet tué par le faucon
Rainettes, salamandres, libellules
le ciel est une éponge grise
trois montagnes font le dos rond

Sur les bornes de la rizière
il est écrit que la vie est fumée
j'en ferai ma fumée à moi
allongé au frais dans ce cimetière
entre Ayabé et Miyama
j'ai oublié dix caractères chinois
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          70

Videos de Nicolas Bouvier (15) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Nicolas Bouvier
Extrait de Le Hibou et la Baleine. Ce documentaire forme le portrait de l’écrivain, photographe, iconographe et grand voyageur Nicolas Bouvier. Elaboré avec son étroite collaboration, Le hibou et la baleine a été filmé dans les lieux familiers et intimes de l’auteur de L’usage du monde — sa maison de Vandoeuvres, près de Genève, son atelier de Carouge. Des textes inédits, écrits dans le contexte et l’envie du film, une iconographie emblématique, des photographies, des musiques aimées, ou enregistrées sur la route des Balkans, s’ajoutent à la parole de l’écrivain qui, en sept «chapitres», s’attache à décrire les paysages de réflexion qu’il privilégie à ce jour: l’ici, la maison, la Suisse; Tailleurs, le voyage, l’espace; les lectures, les mots, le travail d’écri ture; la musique, le rire et les larmes; le temps, la mort, le corps, l’amour. L’être. Un bien beau tour de force que ce «voyage en chambre» réalisé par une cinéaste genevoise qui s’adonne avec une passion égale à la fiction et aux explorations documentaires. Sans coup férir, Patricia Plattner capte le lieu et l’instant de naissance de toute littérature: le corps immobile, l’esprit en mouvement, en voyage dans la mémoire — à fortiori quand il s’agit de celle de Nicolas Bouvier, citoyen du monde.
+ Lire la suite
autres livres classés : poésieVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

L'usage du monde - Nicolas Bouvier

En juin 1953 débute l’aventure. Nicolas et Thierry partent-ils à pied, en voiture ou à dos d’âne ?

à pied
en voiture
à dos d’âne

10 questions
131 lecteurs ont répondu
Thème : L'usage du monde de Nicolas BouvierCréer un quiz sur ce livre