AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2070394956
Éditeur : Gallimard (05/06/1996)

Note moyenne : 3.92/5 (sur 164 notes)
Résumé :


Ce pourrait être le récit d'un séjour exotique, c'est le voyage intérieur d'un homme arrivé à Ceylan après un long périple, pour achever le voyage intérieur au bout de lui-même.

Le narrateur fait lentement naufrage, enlisé dans la solitude et la maladie, frôlé par la folie. Et là, sous l’œil indifférent des insectes qui se livrent autour de lui à d'effroyables carnages, et des habitants qui marinent dans leur chaleur comme un sombre b... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr
Critiques, Analyses et Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
FredMartineau
  05 janvier 2019
Le poisson-scorpion de Nicolas Bouvier est plus un carnet de voyages qu'un roman. L'auteur, qui était un infatigable globe-trotter nous fait partager une étape de ses pérégrinations : autrefois Ceylan, aujourd'hui le Sri Lanka. Mais, la découverte qu'il nous propose est très intérieure, un bout de chemin en compagnie de ses digressions mentales, qui prennent pour décor l'île, ses habitants humains ou non, visiteurs d'un soir, partageant son quotidien, insectes insignifiants ou résidents permanents de sa chambre, mannes rôdant autour de la folie qui semble attendre que la fatigue, la maladie et la solitude le conduisent irrémédiablement vers elle... J'ai aimé l'âme de ce livre, le style et la belle langue française qui s'étale sur ces pages. Je prends d'autant plus de plaisir de lecteur, que l'auteur enrichit mon vocabulaire de mots rares ou inusités. Mission accomplie : j'ai sorti mon dictionnaire.
Commenter  J’apprécie          523
estrella_oscura
  05 juin 2012
Il était plutôt du genre bougeon, Nicolas Bouvier. le genre à ne pas rester en place, à considérer que l'on voyage pour "que la route vous plume, vous rince, vous essore, vous rende comme ces serviettes élimées par les lessives qu'on vous tend avec un éclat de savon dans les bordels. "
Pourtant, tout comme je l'ai fait avec Sylvain Tesson, autre écrivain voyageur invétéré, ce n'est pas par le récit d'un de ces voyages physiques que j'ai abordé le sieur Bouvier - ç'aurait été trop évident, n'est-ce pas ? J'ai plutôt choisi de l'attaquer (avec quelques autres acolytes lecteurs) à travers les mots d'un périple différent, étrange et pénétrant pour qui a l'habitude de se réveiller perpétuellement à un endroit et se coucher à un autre : le voyage immobile.
Au milieu des années 50, Nicolas Bouvier vient de gambader durant deux ans dans toute l'Asie. Il en a soupé, il en a chié, il a les semelles qui collent aux cailloux mais il s'en est mis plein la tête et les yeux. le poisson scorpion s'ouvre sur le jour de son départ de l'Inde, qu'il quitte pour le Sri Lanka, autrefois appelé Ceylan. Très peu par envie et fortement par nécessité médicale, il y restera plusieurs mois et en profitera, malgré la chaleur démoniaque, pour mener à bien divers travaux d'écriture dont ce journal qu'il publiera plusieurs décennies plus tard.
De son départ enlevé et plein d'une clairvoyance de connaisseur, le récit glisse progressivement vers une version tropicale du spleen baudelairien, assorti de quelques hallucinations maladives. Souffrant de ces affections locales que sont le paludisme et l'amibiase, Bouvier nous livre ses observations maniaques de la pléthore d'insectes qui peuplent sa chambre et ses rencontres avec un prêtre fantôme. Lui qui a toujours bougé, il semble vivre cette immobilité dans un douleureux état de prisonnier possédé.
Qu'à cela ne tienne, il décortique, il passe au scalpel de l'humour et du regard aiguisé ces facétieuses aventures hallucinatoires (qui ne devaient, néanmoins, par être une partie de plaisir). Il les presse jsqu'à la moëlle et tant qu'à faire, vit cette traversée du désert à fond les ballons. C'est précisément avec cet instinct de promeneur qu'il parviendra à dépasser cette étape (qui le conduira ensuite au Japon) et dans le tourbillon, il saisit la substantifique moëlle de l'existence - un voyage que le mouvement, peut-être, ne permet pas de comprendre aussi bien que l'immobilité et la solitude :
"Derrière ce dénuement terrifiant, au-delà de ce point zéro de l'existence et du bout de la route il doit encore y avoir quelque chose. Quelque chose de pas ordinaire, un vrai Koh-i-Nor, c'est certain pour être à ce point gardé et défendu. Peut-être cette allégresse originelle que nous avons connue, perdue, retrouvée par instants, mais toujours cherchée à tâtons dans le colin-maillard de nos vies."
J'ajouterai qu'outre un récit enrichissant et décoiffant pour le lecteur, cet ouvrage est également un pur bijou littéraire où le style, nom de Dieu, est tout simplement extraordinaire ! Une parfait syncrétisme ciselé de drôlerie, de perspicacité, d'érudition et de sagesse profane. Il m'est arrivé à de nombreuses reprises de relire plusieurs fois un même paragraphe tant la langue était délicieuse (et un tel blocage d'admiration m'arrive rarement).
A l'instar de l'auteur lui-même qui disait que "fainéanter dans un monde neuf est la plus absorbante des occupations", j'ai sacrément fainéanter dans son monde à lui et je confirme que c'était un de mes plus beaux voyages.



Lien : http://lapetitemarchandedepr..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          110
kfk1
  17 mai 2018
Allez! 5 étoiles mais c est juste parce qu on peut pas en mettre plus..
Un récit superbement bien écrit, un style particulier (On y retrouve qq tournures proches de Céline, qui d ailleurs clôt le livre).
Nicolas Bouvier à cette capacité de nous transporter dans son univers, dans sa tête, de nous faire partager ses multiples sensations, qui débordent et nous font mieux encore saisir l ambiance de son village à ceylan (qui n est pas cité) C est aussi et surtout une réflexion sur soi, sur le monde, par petites petites touches...
Très original par le style et la manière d aborder le récit de voyage, j ai déjà en main l usage du monde et je ne pense pas m arrêter là avec Nicolas Bouvier.
Ps. Écrit il y a de nombreuses années, ce texte possède une modernité qui a dû choquer les lecteurs et critiques de l époque.
Une révélation..vraiment.
Commenter  J’apprécie          140
lecteur84
  15 novembre 2014
voilà le récit d'un séjour dans l'ile de Ceylan, évoqué de magnifique manière, la solitude de l'auteur est presque érigée en art de vivre par la richesse et la beauté du texte, même la compagnie de insectes aussi nombreux que menaçant, devient un moment de plaisir...
Commenter  J’apprécie          160
topocl
  19 avril 2015
Ce qui est vraiment unique, dans ce livre, c'est ce mélange de joyeuseté et de désolation. Plongée dans un enfer de solitude, décrite avec un charme et une poésie qui en allègent la lourdeur.
À l'issue d'un périple de deux ans en Inde, Nicolas Bouvier fait une station de plusieurs mois sur l'île de Ceylan, avec pour seuls compagnons ses livres et sa machine à écrire,s ans nous en expliquer les motifs, sans doute parce que c'est un homme qui vit l'instant.
Son seul contact, qui se voudrait ressourçant mais creuse sans doute le fossé, ce sont les lettres que lui apporte le facteur : sa mère, les post-scriptums de son père, et sa petite amie qui lui donne de ses nouvelles sous la forme d'un faire-part de mariage. Nicolas Bouvier s'installe dans une auberge minable, fréquente un bistrot populeux, suit des routes, se rend sur la plage, dans un village réputé pour ses sortilèges. Il observe avec un oeil qui mêle la malice, la poésie, le rêve. La population locale lui paraît inamicale, voire mesquine, et ce n'est qu'avec quelques individus réels ou imaginés, qu'il tisse un lien : l'épicière tamoule, le fantôme du jésuite, l'horloger réparateur de machine à écrire… Ces portraits tendres et facétieux semblent sauver l'espèce humaine, à laquelle, le temps passant, Nicolas Bouvier préfère la fréquentation des insectes, espèce omniprésente, puissante, à la fois discrète et envahissante. Dans cette ambiance poisseuse de chaleur et vaguement hostile, Nicolas Bouvier, qui est arrivé malade, plonge peu à peu dans une étrange noirceur indifférente, dont la narration rétrospective, constitue un petit chef-d'oeuvre de délicatesse amusée.
Nicolas Bouvier, voyageur immobile, a l'élégance de ne nous conter son désespoir que pour nous faire sourire, jouir de la langue, connaître des hommes et des femmes étranges et différents, l' accompagner, lui, le nomade devenu un temps sédentaire, frôlant la folie, fréquentant les poissons-scorpions et les escarbots .
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60

critiques presse (1)
LeDevoir   08 août 2017
Et chez Nicolas Bouvier (1929-1998), plus que chez quiconque peut-être, le voyage et sa lente distillation pourraient se confondre avec les données brutes de l’état civil : nom, prénom, profession.
Lire la critique sur le site : LeDevoir
Citations et extraits (42) Voir plus Ajouter une citation
FredMartineauFredMartineau   05 janvier 2019
A force d'avoir été rechargée, ma théière débordait d'une pâtée de brins noirs et mousseux. Le thé qui est la grande affaire de mon île est aussi la meilleure arme qu'elle nous fournit contre ses propres maléfices. Le thé aiguise à mesure ce que la torpeur et la langueur émoussent. Sa claire amertume suggère toujours un pas de plus vers la transparence, et que notre esprit est encore emmailloté de chiffons comme les pieds des gueux d'autrefois.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          221
THonigerTHoniger   15 février 2014
On ne voyage pas pour se garnir d'exotisme et d'anecdotes comme un sapin de Noël, mais pour que la route vous plume, vous rince, vous essore, vous rende comme ces serviettes élimées par les lessives qu'on vous tend avec un éclat de savon dans les bordels.
Commenter  J’apprécie          242
AdrasteAdraste   11 janvier 2015
Que par 5 degrés de latitude Nord, 77,5 de longitude Est, et 37° à l'ombre, une boutique qui n'offre que des beignets au curry plus légers que du vent juge encore utile de rappeler qu'elle est « orientale » mérite réflexion. À Tours, à Brême, à Brescia imagine-t-on une « Cordonnerie occidentale » ou une enseigne « Aux confitures de l'Occident » ? Non, n'est-ce pas : cela paraîtrait bizarre, voire un rien défaitiste. Moins sans doute si Attila, Tamerlan ou Soliman avaient réussi dans leurs entreprises et conquis l'Europe. Le contraire s'étant produit nous avons imposé nos mœurs, nos mesures, nos méridiens, nos Dieux, manipulé les marchés, annexé à notre seul profit la géographie. Le Christ et la canonnière, l'alcool et le goupillon. Pendant quelques siècles, l'Occident chrétien a été le centre, et la planète la banlieue de l'Europe. On ne désigne pas le centre, on définit par rapport à lui les différents points de la périphérie.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          40
charlottedesudermaniecharlottedesudermanie   20 août 2014
Tenté de me remettre au travail pour faire pièce aux images qui venaient me trouver. Si l'on savait à quoi l'on s'expose, on n'oserait jamais être vraiment heureux. En reprenant l'Ancien Testament, suis tombé sur ces trois mots "Jacob demeura seul". Et encore, la hanche déboîtée pour avoir lutté avec l'Ange! Pas l'ombre d'un ange ici, je m'en tire mieux que lui. Ressaisis-toi Caliban, réveille-toi Gribouille avec tous tes trajets, tes projets, cette marotte d'aller et venir, de changer d'horizon toujours. Ce que tu n'as jamais cessé de chercher est peut-être ici, maintenant, dans cette chambre torride, à portée de ta main, tapi dans le noir et seulement dans le noir.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
pgremaudpgremaud   22 juillet 2015
Lorsqu’il juge qu’une affaire mérite d’être rapportée, (mon père) est un conteur incomparable. Il laisse filer son histoire comme une corde entre ses doigts ; ses auditeurs sont stupéfaits – et s’en voudraient presque – d’être restés suspendus aux lèvres d’un homme aussi modeste. La plupart du temps, il préfère s’exprimer par quelques clins d’œil à la frontière du silence. Les clins d’œil sont de vrais clins d’œil ; je commence à découvrir que le silence est bourré comme un pétard d’humour et de sagesse patiente. Il ne m’a en tout cas pas empêché, malgré quelques conflits inévitables, de le tenir pour l’un des êtres les plus aimables que j’aie rencontrés.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30
Videos de Nicolas Bouvier (14) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Nicolas Bouvier
Interview de Nicolas Bouvier.
autres livres classés : récit de voyageVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr





Quiz Voir plus

L'usage du monde - Nicolas Bouvier

En juin 1953 débute l’aventure. Nicolas et Thierry partent-ils à pied, en voiture ou à dos d’âne ?

à pied
en voiture
à dos d’âne

10 questions
96 lecteurs ont répondu
Thème : L'usage du monde de Nicolas BouvierCréer un quiz sur ce livre