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EAN : 9782070394951
172 pages
Gallimard (05/06/1996)
3.9/5   296 notes
Résumé :


Ce pourrait être le récit d'un séjour exotique, c'est le voyage intérieur d'un homme arrivé à Ceylan après un long périple, pour achever le voyage intérieur au bout de lui-même.

Le narrateur fait lentement naufrage, enlisé dans la solitude et la maladie, frôlé par la folie. Et là, sous l’œil indifférent des insectes qui se livrent autour de lui à d'effroyables carnages, et des habitants qui marinent dans leur chaleur comme un sombre b... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (31) Voir plus Ajouter une critique
3,9

sur 296 notes
Le poisson-scorpion de Nicolas Bouvier est plus un carnet de voyages qu'un roman. L'auteur, qui était un infatigable globe-trotter nous fait partager une étape de ses pérégrinations : autrefois Ceylan, aujourd'hui le Sri Lanka. Mais, la découverte qu'il nous propose est très intérieure, un bout de chemin en compagnie de ses digressions mentales, qui prennent pour décor l'île, ses habitants humains ou non, visiteurs d'un soir, partageant son quotidien, insectes insignifiants ou résidents permanents de sa chambre, mannes rôdant autour de la folie qui semble attendre que la fatigue, la maladie et la solitude le conduisent irrémédiablement vers elle... J'ai aimé l'âme de ce livre, le style et la belle langue française qui s'étale sur ces pages. Je prends d'autant plus de plaisir de lecteur, que l'auteur enrichit mon vocabulaire de mots rares ou inusités. Mission accomplie : j'ai sorti mon dictionnaire.
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On voyage pour comprendre, pour se décentrer, pour se confronter, expérimenter... Parfois, on s'arrête quelque part. le voyage devient immobile. Il y a plusieurs raisons pour s'arrêter en chemin. C'est un site particulier, c'est l'ambiance recherchée, on attend un transport, on a fait une rencontre, on est fatigué… Ou alors on ne sait pas vraiment pourquoi, mais toujours est-il qu'on s'arrête ! Plusieurs jours dans un lieu pas vraiment exceptionnel mais on sent qu'on doit s'arrêter. Comme pour Nicolas Bouvier, tout peut arriver… ou rien. Cela devient alors un voyage intérieur, une quête existentielle. Et c'est justement ce moment et cet endroit qui va nous marquer quasiment à vie alors qu'on se souviendra à peine d'un site du patrimoine mondial de l'Unesco. Et c'est exactement ce que je cherche dans les récits de Bouvier. Ici, c'est Ceylan, mais ça pourrait presque être n'importe où. L'auteur nous décrit de véritables tableaux vivants, sorte d'arrêts sur image. Réalité, hallucinations… ? Qu'importe. Comme dit Pessoa, l'imaginaire peut aussi bien être vécu comme la réalité. Bouvier nous décrit tout un monde personnel, peuplé de différents portraits réels ou imaginaires, jusqu'aux insectes qui infestent sa chambre. Descriptions de la pluie, des rayons de soleil, d'une déambulation dans une rue de Galle ou de Colombo, il s'attarde sur une broutille, un rien. Mais ce rien donne toute son amplitude au voyage. C'est là, à mon sens, le véritable voyage.
J'aimerai voyager plus souvent comme Bouvier !
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Je rêvais de grands espaces au nom de Nicolas Bouvier, c'est dans une île moite et immobile que j'atterris. Ca, suite à un voyage dont on ne saura pas grand chose, sauf que Ceylan en est le terminus, la 117ème chambre là au bout du monde, au bord du monde.
Les habitants de cette chambre semblent s'être enfuis plutôt que simplement partis quand le jeune Nicolas leur emprunte. Les insectes - fourmis, scarabées, scorpions - y ont élu domicile, ils seront les seuls vrais compagnons du baroudeur qui glisse lentement vers un naufrage immobile. Tout, autour de lui, lui est violent. Les patients de l'hôpital à côté, les cris ou les plaintes, les meurtres au nez des clients du café, les moines qu'il voit survivre dans la torpeur en face de sa chambre, la pauvreté, la saleté, les nuées de gamins insolents et collants.
Le jeune homme écrit des articles pour un journal local et le reste du temps, arpente sa chambre, rit de ses compagnons les insectes, erre dans les rues et les échoppes, se met à voir, lui aussi, des esprits et à croire aux sorcelleries de l'île.
Le poisson-scorpion c'est un petit peu l'Homme qui dort de Perec à l'autre bout du monde, une dépression qui s'immisce lentement dans la torpeur de l'été.
Une sale expérience, pour le vagabond, qui se rappelle soudain ce qu'il était quand il en voit un autre.
Pas très gai comme lecture, la solitude colle aux pages, c'est puissant.
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Il était plutôt du genre bougeon, Nicolas Bouvier. le genre à ne pas rester en place, à considérer que l'on voyage pour "que la route vous plume, vous rince, vous essore, vous rende comme ces serviettes élimées par les lessives qu'on vous tend avec un éclat de savon dans les bordels. "
Pourtant, tout comme je l'ai fait avec Sylvain Tesson, autre écrivain voyageur invétéré, ce n'est pas par le récit d'un de ces voyages physiques que j'ai abordé le sieur Bouvier - ç'aurait été trop évident, n'est-ce pas ? J'ai plutôt choisi de l'attaquer (avec quelques autres acolytes lecteurs) à travers les mots d'un périple différent, étrange et pénétrant pour qui a l'habitude de se réveiller perpétuellement à un endroit et se coucher à un autre : le voyage immobile.

Au milieu des années 50, Nicolas Bouvier vient de gambader durant deux ans dans toute l'Asie. Il en a soupé, il en a chié, il a les semelles qui collent aux cailloux mais il s'en est mis plein la tête et les yeux. le poisson scorpion s'ouvre sur le jour de son départ de l'Inde, qu'il quitte pour le Sri Lanka, autrefois appelé Ceylan. Très peu par envie et fortement par nécessité médicale, il y restera plusieurs mois et en profitera, malgré la chaleur démoniaque, pour mener à bien divers travaux d'écriture dont ce journal qu'il publiera plusieurs décennies plus tard.

De son départ enlevé et plein d'une clairvoyance de connaisseur, le récit glisse progressivement vers une version tropicale du spleen baudelairien, assorti de quelques hallucinations maladives. Souffrant de ces affections locales que sont le paludisme et l'amibiase, Bouvier nous livre ses observations maniaques de la pléthore d'insectes qui peuplent sa chambre et ses rencontres avec un prêtre fantôme. Lui qui a toujours bougé, il semble vivre cette immobilité dans un douleureux état de prisonnier possédé.
Qu'à cela ne tienne, il décortique, il passe au scalpel de l'humour et du regard aiguisé ces facétieuses aventures hallucinatoires (qui ne devaient, néanmoins, par être une partie de plaisir). Il les presse jsqu'à la moëlle et tant qu'à faire, vit cette traversée du désert à fond les ballons. C'est précisément avec cet instinct de promeneur qu'il parviendra à dépasser cette étape (qui le conduira ensuite au Japon) et dans le tourbillon, il saisit la substantifique moëlle de l'existence - un voyage que le mouvement, peut-être, ne permet pas de comprendre aussi bien que l'immobilité et la solitude :

"Derrière ce dénuement terrifiant, au-delà de ce point zéro de l'existence et du bout de la route il doit encore y avoir quelque chose. Quelque chose de pas ordinaire, un vrai Koh-i-Nor, c'est certain pour être à ce point gardé et défendu. Peut-être cette allégresse originelle que nous avons connue, perdue, retrouvée par instants, mais toujours cherchée à tâtons dans le colin-maillard de nos vies."

J'ajouterai qu'outre un récit enrichissant et décoiffant pour le lecteur, cet ouvrage est également un pur bijou littéraire où le style, nom de Dieu, est tout simplement extraordinaire ! Une parfait syncrétisme ciselé de drôlerie, de perspicacité, d'érudition et de sagesse profane. Il m'est arrivé à de nombreuses reprises de relire plusieurs fois un même paragraphe tant la langue était délicieuse (et un tel blocage d'admiration m'arrive rarement).
A l'instar de l'auteur lui-même qui disait que "fainéanter dans un monde neuf est la plus absorbante des occupations", j'ai sacrément fainéanter dans son monde à lui et je confirme que c'était un de mes plus beaux voyages.





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Allez! 5 étoiles mais c est juste parce qu on peut pas en mettre plus..
Un récit superbement bien écrit, un style particulier (On y retrouve qq tournures proches de Céline, qui d ailleurs clôt le livre).
Nicolas Bouvier à cette capacité de nous transporter dans son univers, dans sa tête, de nous faire partager ses multiples sensations, qui débordent et nous font mieux encore saisir l ambiance de son village à ceylan (qui n est pas cité) C est aussi et surtout une réflexion sur soi, sur le monde, par petites petites touches...
Très original par le style et la manière d aborder le récit de voyage, j ai déjà en main l usage du monde et je ne pense pas m arrêter là avec Nicolas Bouvier.
Ps. Écrit il y a de nombreuses années, ce texte possède une modernité qui a dû choquer les lecteurs et critiques de l époque.
Une révélation..vraiment.
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critiques presse (1)
LeDevoir
08 août 2017
Et chez Nicolas Bouvier (1929-1998), plus que chez quiconque peut-être, le voyage et sa lente distillation pourraient se confondre avec les données brutes de l’état civil : nom, prénom, profession.
Lire la critique sur le site : LeDevoir
Citations et extraits (56) Voir plus Ajouter une citation
A force d'avoir été rechargée, ma théière débordait d'une pâtée de brins noirs et mousseux. Le thé qui est la grande affaire de mon île est aussi la meilleure arme qu'elle nous fournit contre ses propres maléfices. Le thé aiguise à mesure ce que la torpeur et la langueur émoussent. Sa claire amertume suggère toujours un pas de plus vers la transparence, et que notre esprit est encore emmailloté de chiffons comme les pieds des gueux d'autrefois.
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On ne voyage pas pour se garnir d'exotisme et d'anecdotes comme un sapin de Noël, mais pour que la route vous plume, vous rince, vous essore, vous rende comme ces serviettes élimées par les lessives qu'on vous tend avec un éclat de savon dans les bordels.
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Que par 5 degrés de latitude Nord, 77,5 de longitude Est, et 37° à l'ombre, une boutique qui n'offre que des beignets au curry plus légers que du vent juge encore utile de rappeler qu'elle est « orientale » mérite réflexion. À Tours, à Brême, à Brescia imagine-t-on une « Cordonnerie occidentale » ou une enseigne « Aux confitures de l'Occident » ? Non, n'est-ce pas : cela paraîtrait bizarre, voire un rien défaitiste. Moins sans doute si Attila, Tamerlan ou Soliman avaient réussi dans leurs entreprises et conquis l'Europe. Le contraire s'étant produit nous avons imposé nos mœurs, nos mesures, nos méridiens, nos Dieux, manipulé les marchés, annexé à notre seul profit la géographie. Le Christ et la canonnière, l'alcool et le goupillon. Pendant quelques siècles, l'Occident chrétien a été le centre, et la planète la banlieue de l'Europe. On ne désigne pas le centre, on définit par rapport à lui les différents points de la périphérie.
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Tenté de me remettre au travail pour faire pièce aux images qui venaient me trouver. Si l'on savait à quoi l'on s'expose, on n'oserait jamais être vraiment heureux. En reprenant l'Ancien Testament, suis tombé sur ces trois mots "Jacob demeura seul". Et encore, la hanche déboîtée pour avoir lutté avec l'Ange! Pas l'ombre d'un ange ici, je m'en tire mieux que lui. Ressaisis-toi Caliban, réveille-toi Gribouille avec tous tes trajets, tes projets, cette marotte d'aller et venir, de changer d'horizon toujours. Ce que tu n'as jamais cessé de chercher est peut-être ici, maintenant, dans cette chambre torride, à portée de ta main, tapi dans le noir et seulement dans le noir.
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Chaque soir c'est le même embrasement, la même orgie de beauté confondante, les mêmes fastes baroques déployés sur notre fourmilière et comme pour s'en moquer. A midi, certains jours, on a à peine une ombre, mais malheur à qui s'y laisse prendre et s'avise d'agir quand il tient le haut du ciel. Une sorte d'ébriété inexplicable s'empare de lui. Le soleil gagne à tous les coups. On s'efforce donc d'expédier les affaires à la tombée du jour ou dans ces premières heures après l'aube où l'on sait un peu ce que l'on souhaite. Encore s'agit-il de faire vite : souvent j'ai vu mes voisins debout sur leur seuil - de bon matin mais juste un peu trop tard - la tabatière passée dans la ceinture, empoigner leur ombrelle, fin prêts, en route vers une entreprise conçue à la faveur d'une nuit humide et fraîche, le visage presque animé par ces intentions précises. Ils quittent l'ombre du porche et, le temps qu'ils aient ouvert leur pébroque, le soleil leur a déjà donné sur la tête et transformé leur projet en vapeur. Ils s'éloignent alors dans la lumière à pas titubants, là où le vent hasardeux les pousse, comme des brindilles.
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Vidéo de Nicolas Bouvier
"On ne fait pas un voyage, c'est le voyage qui nous fait" - Nicolas Bouvier La Ride : un road movie où l'amitié vous guidera d'un coup de pédale dans une aventure au coeur de la France !
Retrouvez le livre : https://www.mollat.com/livres/2766780/simon-boileau-la-ride
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