AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizForum
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2358872393
Éditeur : Manufacture Liv (07/09/2017)

Note moyenne : 4.62/5 (sur 21 notes)
Résumé :
Au pied du Puy-Violent dans le cantal, dans la chaleur d'août 1914, les hommes se résignent à partir pour la guerre. Les dernières consignes sont données aux femmes et aux enfants: même si on pense revenir avant l'automne, les travaux des champs ne patienteront pas.

Chez les Landry, le père est mobilisé, ne reste que Joseph tout juste quinze ans, en tête à tête avec sa mère et qui ne peut compter que sur Léonard, le vieux voisin. Dans une ferme voisin... >Voir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle
Critiques, Analyses & Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
Tostaky61
13 septembre 2017
Lecteur, c'est pas un métier facile....
Enfin, lire ça va, mais c'est l'après qui se complique, quand il faut parler de ce qu'on vient de lire. Facile me direz-vous, surtout si l'on a aimé.
Et bien non, moi je vous le dis, quand on a adoré, quand on a été enthousiaste à une lecture, quand, le livre refermé, vos pensées sont encore dans ses paysages et décors, quand ses personnages continuent de vous hanter, quand vous avez envie de crier à la gloire de l'auteur et de son oeuvre, quand on pourrait vous juger fou d'un tel excès, rien n'est simple.
Glaise est un coup de coeur,  oui, un vrai, il ne sera pas le seul de mon année littéraire, mais voilà quoi, il est ...enfin....comment dire.... vous voyez, quoi.... Mais si ! Ce bouquin que tout lecteur espère,  celui qui remue les tripes, celui dans lequel il y a de l'amour, des larmes, des cris, des morts, celui qui contient la vie, les vies. Ce livre qui raconte, un temps, des saisons, des gens, une terre.
Glaise c'est 1914, mobilisation générale. Dans un coin du Cantal, Saint-Paul de Salers, là où coule la Maronne, toutes les familles voient partirent leurs hommes. Ne restent, pour s'occuper des fermes que les femmes, les enfants, les vieillards et les invalides. Joseph, 15 ans et de ceux-là, de ceux qui grandieront et relèveront le défi de continuer le travail de leurs aînés. Loin du bruit des canons, de ce conflit qu'on préfère taire et là où l'on évite de parler des absents. En cette période perturbée, c'est la vie de ces quelques exploitations regroupées dans un hameau de cette commune auvergnate, que nous retrace la plume incroyable de Franck Bouysse.
Il y a quelques semaines déjà,  j'ai croisé l'écriture d'un auteur sur un roman assez proche, par certains côtés, de celui-ci, j'avais d'ailleurs fait part, là aussi de mon admiration. Alors moi, je le dis haut et fort, si je trouve la lampe d'Aladin, j'ai un souhait, qu'on me donne le talent de tels écrivains. Je ne sais pas quel genre de plaisir procure l'écriture de tels ouvrages, mais si c'est à la hauteur du plaisir de les lire, c'est jouissif, le bonheur total.
Une amie, quelques jours avant sa parution, a attiré mon attention sur une bande annonce dans laquelle l'auteur parlait de son travail. Merci à elle, merci a l'éditeur,  merci Mr Bouysse, merci à cette libraire, dépitée le jour ou j'ai voulu me le procurer puisque ne l'ayant pas encore reçu, et qui m'a encouragé à lire ce livre qu'elle avait adoré. Bon, j'arrête là avec mes merci, on est pas aux Césars tout de même. ..
J'en entends qui râlent. Non, je n'en dirai pas plus, Glaise est un roman noir, brut comme la terre et les gens qu'elle porte, et le reste c'est à vos yeux de le découvrir et à votre coeur de l'apprécier mais bon sang, si vous l'aimez pas celui-là.... comme dirait Sandrine (qui se reconnaîtra)... je mange mon chapeau.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          322
monromannoir
24 septembre 2017
Il y a toujours ce moment déconcertant où l'on se demande par quel bout appréhender cette fameuse rentrée littéraire qui convoque tous les lecteurs sur une période donnée, comme s'il y avait un instant idéal pour se lancer dans la découverte d'une production qui doit se caler sur l'agenda des grands prix de littérature. Dans cette déferlante de parutions qui s'étouffent les unes les autres et disparaissent dans l'anonymat du nombre on peut éprouver un sentiment de dépassement à l'image de cet enfant perdu devant un coffre rempli de jouets neufs. Quel roman faut-il choisir ? Une phase de perplexité qui ne dure guère longtemps puisqu'il y a toujours quelques ouvrages qui émergent comme Glaise de Franck Bouysse qui, entre le succès d'un roman tout en retenue comme Grossir le Ciel (La Manufacture de Livres 2014) et les débordements d'une écriture trop dense que l'on décelait avec Plateau (La Manufacture de Livres 2015), suscitait une grande attente, teintée de curiosité avec cette nouvelle parution.
Comme partout ailleurs, dans cette région reculée du Cantal, les hommes sont partis pour la guerre. Celle que l'on dit la dernière. Et Joseph, tout juste quinze ans doit s'occuper de la ferme avec sa mère Mathilde et sa grand-mère. La tâche est rude, mais ils peuvent compter sur Léonard, un vieux paysan du coin qui fait également office de confident tout en étant capable de tenir la dragée haute à Valette, un voisin pas commode qui a été reformé à cause de cette fichue main atrophiée. L'homme règne sur son exploitation avec sa femme Irène et nourrit son amertume et sa fureur à coup de petits verres d'eau de vie en attendant le retour de leur fils. Et pour rajouter à son humiliation voilà qu'il doit héberger la femme de son frère, Hélène une citadine qui vient se réfugier au domaine avec sa fille Anna, une belle adolescente prête à faire chavirer les coeurs quitte à bouleverser l'équilibre précaire qui règne sur ces montagnes.
Alors bien sûr, on pourrait reprocher à Franck Bouysse de ne pas prendre trop de risque et de ne pas vouloir sortir de sa zone de confort en nous proposant, pour la troisième fois, un roman noir se déroulant dans ce milieu rural qu'il affectionne. On pourrait également déplorer le fait que le personnage du vieux paysan taciturne revient continuellement dans le cours de ses récits et que des protagonistes tels que Gus dans Grossir le Ciel, Virgile dans Plateau ou Léonard que l'on découvre dans ce nouvel opus, ne présentent guère de dissemblances les uns par rapport aux autres. Mais il faut bien admettre que toutes ces réticences ne pèsent pas bien lourd face à un texte puissant, racé et équilibré qui nous entraîne sur le parcours initiatique de Joseph, un jeune garçon, contraint, par la force des choses, à grandir trop vite. C'est donc autour de cet adolescent que se construit, au rythme lent des saisons qui passent, une intrigue chargée de tension mais également d'émotions parfois poignantes avec, en toile de fond, cette guerre que l'on devine et qui, même si elle résonne dans le lointain, est encore capable de dévaster les coeurs meurtris ou d'alimenter la folie de celles et ceux qui sont restés à l'arrière.
Glaise c'est bien évidemment le matériau qu'utilise Joseph pour ses sculptures, mais c'est également cette terre nourricière qui cimente l'ensemble des personnages à l'instar de cette grand-mère conservant dans son coffret les précieux titres de propriété du domaine. Un bien inestimable donc qui alimente les convoitises et les rancoeurs jusqu'au drame qui se bâtit peu à peu sur fond de haine et de jalousie ravivées par la relation qui se noue entre Joseph et la belle Anna qui va bousculer le fragile équilibre régulant les relations entre les différents protagonistes. Glaise c'est également cette boue gorgée de sang qui colle aux vêtements de ces soldats disparaissant dans cette terre meuble qui les absorbe parce que c'est finalement cette guerre lointaine qui aura le dernier mot d'ailleurs gravé sur la stèle froide d'un monument aux morts qui conclut d'une manière cruelle et abrupte un récit se révélant bien plus surprenant qu'il n'y paraît.
Comme à l'accoutumée, Franck Bouysse parvient à magnifier le cadre dans lequel se déroule le roman avec une dentelle délicate de phrases et de mots qui lui permettent de dépeindre un décor à la fois âpre et somptueux qui évolue au fil des saisons même s'il faut parfois compulser, pour le citadin que je suis, un ouvrage de botanique pour visualiser les différentes espèces d'arbres et de plantes qui sont évoquées. Etroitement liés aux décors qui les entourent les personnages empruntent toutes les caractéristiques de cette nature sauvage qui les entoure en se traduisant notamment par l'entremise de dialogues ciselés qui vont toujours à l'essentiel dans cet univers où la parole est comptée. Ainsi au travers d'un texte somptueux on perçoit cette belle et subtile alchimie qui allie la magnificence d'une nature au service d'une belle intrigue et de personnages magnifiques qui font Glaise un roman tout simplement admirable.

Franck Bouysse : Glaise. Editions La Manufactures de Livres 2017.
A lire en écoutant : Branle – La péronelle de Malicorne. Album : Mariage Anglais. Hexagone 1975.
Lien : http://monromannoiretbienser..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          110
fuji
17 septembre 2017
Au coeur du Cantal, dans la chaleur étouffante de ce mois d'aout 1914, que savent les familles Lary, Valette et Léonard de ce conflit déclenché par l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand héritier du trône Austro-Hongrois et de son épouse à Sarajevo. Probablement rien ou peu de choses.
Ce dernier évènement a fait exploser les tensions latentes d'un nationalisme fort et d'un impérialisme toujours plus étendu.
Mais nos familles dans les campagnes, elles, triment pour vivre de leurs terres et c'est une bombe qui éclate dans leurs jardins lorsque les cloches sonnent le glas de plus de soixante millions d'hommes car les survivants ne seront plus jamais les mêmes.
Franck Bouysse fait le choix de nous raconter la vie de ceux qui restent, femmes, enfants et éclopés.
Tout d'abord Marie la matriarche de la ferme Lary, la vraie définition de matriarche est : « Éléphante dominante qui mène un clan de femelles et de petits. », ce n'était pas voulu de sa part, mais son mari étant mort foudroyé elle a pris tout naturellement ce rôle. Son fils Victor va partir à la guerre et Mathilde sa femme et Joseph leur fils vont faire tourner la ferme avec l'aide d'un voisin et ami Léonard. Ils devront se méfier de Valette homme qui doit rester car il a une main atrophiée, il est aigri et malveillant. Il n'apprécie pas de devoir héberger sa belle-soeur et sa nièce Anna.
« Marie dépensait une énergie considérable pour dissimuler les ratés de son coeur qui s'emballait souvent, brinquebalant comme une charrette progressant à vive allure sur un mauvais chemin, puis qui ralentissait son rythme jusqu'à ce qu'elle ne le sente plus cogner dans sa poitrine, sans qu'aucune douleur accompagnât ces à-coups, juste des fièvres provoquées par la peur. Elle se sentait décliner de jour en jour, et pourtant, elle n'avait pas peur de la mort. Ce qu'elle redoutait, c'était de ne pas revoir son fils, et aussi d'abandonner la ferme à sa bru et à Joseph. Ils avaient encore tant de choses à apprendre, tant de choses qu'elle ne pourrait leur transmettre, une fois dans la tombe. »
Mais pour Joseph, la vie s'éveille. « Un feu humide embrasa Joseph, il se sentit durcir et agrippa maladroitement les hanches de la jeune fille, plus pour garder ses distances que pour se rapprocher d'elle. Une délicieuse panique l'envahit. Jamais il ne s'était laissé aller de la sorte, jouet consentant, persuadé qu'il ne pourrait jamais rembourser une dette pareille, et qu'il serait redevable à cette fille jusqu'à la fin des temps. »
Les mois passent, les lignes bougent Joseph prend sa place d'homme et Mathilde sa mère s'affranchit de ce qui jusque-là a fait sa vie, au plus profond d'elle, elle sait que plus rien ne sera jamais pareil. Les rôles se distribuent avec naturel pour que chacun et chacune joue sa partition dans la grande symphonie de la vie.
Dans ce monde de la terre où chaque silence est éloquent, le chef d'orchestre c'est la nature, les humains sont les musiciens qui permettront de la rendre pérenne ou pas.
Mais Valette, lui, est véreux. « le souffle de Valette s'enfonçait dans la chevelure d'Anna. Son haleine puait l'ail et l'alcool, et son corps le rance. »
La vie va au rythme de la nature, des messages apportés par la factrice ainsi que par ceux qui réquisitionnent les bêtes sous le regard impuissant de ces familles.
Léonard sera un guide pour Joseph.
La force de ce roman ce sont ces gens-là qui ne sont pas des personnages mais des êtres que l'on a tous côtoyé.
La force de la précision de la gestuelle que l'auteur sculpte pour nous.
La force des silences éloquents.
La force de la nature qui renait.
La force d'un monde qui gronde ou s'apaise dans l'amour.
La force de la vie qui coule dans les veines humaines et terrestres.
La force ancestrale à laquelle croit l'auteur et qui croît au fil des histoires qu'il nous raconte avec toujours cette musique des mots justes.
La force d'un hommage à ceux qui se sont battus pour leur pays.
Si la glaise colle aux semelles, elle emprisonne aussi les souvenirs bons ou mauvais et sculpte les rêves les plus audacieux. Elle est la mémoire de ces familles qui laisseront une empreinte durable dans vos esprits.
Vos yeux lecteurs vont suivre chaque mot comme autant de pépites découvertes dans votre batée et vous engrangerez des images sur votre rétine afin de conserver longtemps les sensations envoyées à vos organes vitaux. Tantôt vos poumons se bloqueront pour retenir votre souffle ou se relâcheront, vos reins seront douloureux, votre foie mis à mal et surtout votre coeur ne battra jamais au même rythme, car ce ne sera pas vous le maître mais bien Franck Bouysse qui élève le roman noir Français à son summum. Plus qu'une réussite un livre incomparable.
Même si sa modestie doit en souffrir l'auteur est devenu le maître de ce genre littéraire. Je ne sais plus qui a écrit que : « l'intrigue n'est que le squelette du roman noir, sa chair en étant l'histoire sociale » je complèterai en disant que la réussite totale c'est l'écriture d'un auteur qui est un grand styliste.
Je referme ce livre sur un éblouissement total, celui qui fait que je viens de lire de la belle littérature en lettres majuscules. Merci Franck Bouysse.
©Chantal Lafon-Litteratum Amor 17 septembre 2017.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
NicolasElie
17 septembre 2017
Bon, on va pas se raconter des salades… Jusqu'à présent, ma seule référence à cette « drôle » de guerre (quand on dit drôle, tu comprends bien que ceux qui disent ça ils n'y ont jamais mis les pieds), c'était une BD de Tardi, qui s'appelle « C'était la guerre des tranchées ». Si tu l'as pas lu, c'est déconner. Va jeter un oeil ici : http://littexpress.over-blog.net/article-jacques-tardi-c-etait-la-guerre-des-tranchees-119874640.html
Bon, ça c'est fait. Un petit coup de projecteur sur un des plus grands auteurs de BD du siècle dernier et de celui-ci, d'ailleurs, c'est toujours bien. N'oublions pas qu'il a reçu 2 fois le prix Eisner pour cette oeuvre magistrale.
Donc, c'était ma seule référence. Suis pas très fan des biographies et des coups de canons, même si « Les âmes grises » de Claudel m'ont pas laissé de marbre, faut bien l'avouer.
Ben aujourd'hui, j'ai deux références. Et crois-moi, arriver au Panthéon de mes trucs à moi, c'est pas simple. Tu sais comme je suis méchant…
« Glaise », je l'ai lu en deux fois, et je l'ai aimé avec mon coeur, comme malheureusement trop rarement en ce moment, face aux trucs écrits avec les pieds qu'on nous donne à avaler… J'ai relu des passages, j'ai vécu avec ces taiseux que Franck Bouysse nous permet de rencontrer pendant plus de 400 pages. Il aurait écrit 400 pages de plus, j'aurais bien aimé. Comme quand M'sieur King a sorti sa première version du « Fléau », mais je t'en ai déjà causé.
Je réclame rarement aux Écrivains de m'envoyer ce qu'ils ont supprimé de leur texte, mais si par hasard, il a un fichier PDF qui traîne avec des mots dessus qu'on pas été imprimés, avec des ratures, des trucs qu'il a réécrits, un vieux cahier où il a noté ses premières idées, je suis preneur. Pour apprendre comment on devient un des meilleurs écrivains du moment.
Je déconne pas.
T'as lu Giono ? Faulkner ? Buk ?
Franck Bouysse commence à voyager avec ces mecs qui ont balancé leurs tripes sur le papier. Laisse tomber les conneries que tu vas voir en vitrine chez les libraires, tu vas perdre ton temps. Je dis pas qu'il n'y a rien de bon, ce serait injuste. Mais merde, quand on est face à cette qualité d'écriture, on ne peut que fermer les yeux après chaque phrase et écouter cette histoire qu'il te raconte au détour des chemins qu'il arpente avec toi. C'est d'une puissance rare, et l'évocation de ceux qui sont restés, qui n'ont pas pu partir se faire hacher menu parce que c'était une question d'honneur, pendant que ceux qui décidaient restaient au chaud dans leurs bureaux lambrissés, cette évocation est juste parfaite.
Grâce à Monsieur Bouysse, je crois à nouveau en ces auteurs français que j'ai parfois du mal à suivre. Ceux qui font des livres pour faire des livres, pour gagner de la thune, pour les plus connus, et comme disait Bukowski :
« si cela ne sort pas de vous comme une explosion en dépit de tout, n'écrivez pas.
si cela ne vient pas sans sollicitation de votre coeur et votre esprit et votre bouche et vos tripes, n'écrivez pas.
s'il vous faut vous asseoir des heures à fixer votre écran d'ordinateur ou plié en deux sur votre machine à écrire à chercher les mots, n'écrivez pas.
si vous le faites pour l'argent ou la gloire, n'écrivez pas. »
Là, tu te poses pas la question, c'est sorti des tripes du Monsieur. Il te livre son coeur comme il ne l'a jamais fait auparavant, même si tous ses romans m'ont marqué, celui-ci nous permet de découvrir un Écrivain qui arrive au sommet de son art. T'as bien lu ?
Les autres romans, que ce soit « Pur Sang », « Vagabond », « Grossir le ciel » ou « Plateau » n'étaient que les pierres posées pour construire cette cathédrale.
Je suis emphatique.
C'est déconner.
Je t'ai pas habitué à ça.
Je sais.
Mais faire parler ceux qui ne sont plus là pour dire est tellement difficile, faire exister ceux qui ne sont plus que des traces dans nos mémoires, ceux qu'on n'a même pas retrouvé sous la glaise des tranchées… cette glaise dans nos cimetières que Bouysse qualifie de « parturiente », comment, si on n'est pas au sommet de cet art si difficile de l'écriture, comment y parvenir ?
J'ai pensé à ce passage de « La terre » de Zola, ce passage où ce paysan, parce qu'il ne peut pas faire autrement, fait l'amour, au creux d'une meule de foin, à cette Terre qu'il aime et qui lui donne la vie.
C'est sans doute ça.
Cette Terre, Franck Bouysse l'aime d'amour.
Un des talents de Franck Bouysse, c'est de nous faire marcher dans la neige, dans « Grossir le ciel » et d'entendre le bruit de nos pas. Être capable de nous faire entendre les cris de cette femme qui tient dans sa main la lettre qui lui annonce la mort de ce fils qu'elle ne reverra plus, entendre la souffrance de ce père qui n'a pas pu partir, parce qu'il n'a plus qu'une main, et entrevoir cette souffrance qui se transforme en haine pour le reste de l'humanité, une haine si forte qu'il peut devenir celui par qui le malheur arrive.
Pas un seul coup de canon dans ce livre.
Pas un seul.
Juste les traces, au loin, de cette boucherie qu'ils ont appelée « guerre ».
Il a dit (Franck Bouysse, suis un peu !) qu'il travaillait beaucoup après le premier jet, dans une interview ouaibique. Je veux bien y croire. Mais je suis aussi convaincu qu'arriver à une telle qualité d'écriture n'est réservé qu'à une infime minorité d'écriveurs.
Il en fait partie. Comme je suis aussi convaincu que dans quelques années, ce texte servira de référence à ceux qui étudieront l'Histoire. Parce que l'Histoire, ce n'est pas que des chiffres. C'est aussi la souffrance de ceux qui sont restés, ceux à qui on a dit, après quelques semaines, que celui qui était parti ne reviendrait plus.
J'ai eu cette impression tellement rare d'être connecté à ces personnages, de les croiser, au détour de ces chemins, de les voir labourer ces champs, d'entendre ces « taiseux » me parler à moi, me dire à moi, ce qui les tuait à petit feu.
Entendre ces femmes, restées à la ferme, les voir se crevasser comme une terre aride se crevasse en attendant la pluie, deviner les blessures et les espoirs qu'elles ont gardés à l'intérieur, entendre les rivières qui ont coulé au fond de leur coeur.
Voir cette pauvreté qui les habille de noir, du printemps à l'hiver, et comprendre que de choix, il n'y en a pas. Que quand la récolte est mauvaise, on ne peut que maudire le ciel et les éléments. Maudire ce sort qui s'acharne et courber l'échine.
Juste des mots, tout simples, juste cette sobriété dont on le savait capable, juste cette précision de chaque terme employé, et ceci jusqu'à la perfection.
La glaise qui a façonné ce roman est présente sur chaque page. Elle permet à ces paysans de vivre, ou de survivre, elle a protégé ces hommes, ceux qui sont allés à l'abattoir, puis elle les a recouverts, mêlée à leur sang, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus une seule trace de ceux qu'ils étaient.
Tu vas sentir l'odeur des foins coupés, tu vas entendre tes pas dans la neige, tu vas avoir peur de l'orage, toi aussi, et tu regarderas la montagne.
Et puis tu vas sentir le vent, celui qui fait voler la robe d'Anna, et tu vas voir l'espoir renaître.
Merci Monsieur Bouysse.

Lien : http://leslivresdelie.org
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20
vincent34380
07 septembre 2017
Samedi 1er août 1914, à 4 heures de l'après-midi, les clochers de toutes les églises de France sonnent un sinistre tocsin. C'est la mobilisation générale et le début de la guerre contre l'Allemagne, guerre que chacun espère courte et victorieuse.
Dans les villes et les campagnes, les hommes en âge de combattre, forces vives de la Nation, quittent leur famille et leur travail, espérant être de retour avant l'hiver.
Dans un petit hameau du Cantal, près de Salers, Victor Landry est parti à la guerre. Il laisse la ferme à la garde de son épouse Mathilde, de Joseph, leur fils âgé de 15 ans, et de la grand-mère.
Leur voisin, le vieux Léonard, est toujours d'accord pour venir leur donner un coup de main pour les gros travaux saisonniers, d'autant que cela lui permet de s'éloigner de son foyer et de sa femme acariâtre. Entre eux depuis des années, se dresse un fantôme, qui jour après jour alimente leur mutuel ressentiment.
A la ferme voisine vit la famille Valette, dont le fils Eugène a été mobilisé. le père Valette, handicapé d'une main suite à un accident, vit très mal le fait de n'avoir pu être mobilisé comme les autres. Il nourrit envers les Landry et le vieux Léonard une rancoeur tenace, liée à l'achat d'un terrain qu'il convoitait.
L'arrivée d'Hélène, sa belle soeur, dont le mari a aussi été mobilisé, et de sa fille adolescente Anna, va semer le trouble dans le voisinage.
La jeune Anna va bien entendu se rapprocher de Joseph, ce qui ne va pas manquer de provoquer la colère de Mathilde, la mère du jeune homme, et la jalousie de son oncle Valette, repoussé par son épouse, et qui éprouve à l'égard de la jeune fille des sentiments bien peu familiaux.
« Vers la fin du mois d'Août, un colporteur venu du nord s'arrêta sur la place se Saint-Paul en faisant tinter une clochette fixée à une ridelle de sa charrette pour rameuter les villageois. »… « Des gens s'approchèrent, curieux. L'homme se mit à parler, et son visage se fissura en tous sens, comme s'il menaçait de tomber en mille morceaux, débitant ses paroles à une allure folle, avec un accent qui mangeait le début des mots… Les morts ne se comptaient plus, et encore moins les blessés, affirmait-il. Il parlait avec plus d'empressement, en une logorrhée gourmande, comme si relater tant de malheurs invérifiables lui donnait quelque importance supérieure. »
Passées les premières semaines, l'espoir d'une victoire rapide est bien vite oublié, quand arrivent les premières lettres annonçant la mort d'un mari, d'un père, d'un frère ou d'un fils.
Les personnages, à peine moins d'une dizaine, qui habitent ce roman, ont tous une personnalité très marquée. Coincé avec la mère et la grand-mère, le jeune Joseph a bien du mal à supporter l'ambiance mortifère de la ferme. Après les travaux des champs, il trouve refuge au bord de la rivière où il pêche la truite, ou bien dans sa cave, où il modèle des figurines en terre rouge, cette glaise qui donne son nom au roman. Avec Anna, la jeune nièce des Valette, il va faire ses premiers pas dans le domaine de l'amour et de la sexualité. Anna, Joseph et Léonard, sont les seuls personnages qui apportent à ce roman un peu de lumière et de chaleur humaine. Mathilde et Irène semblent elles, un peu en retrait, réduites à leur rôle d'épouse et de mère. Quant au voisin Valette, lui se révèle être un être détestable, envieux, plein de haine, un salaud de la pire espèce.
Fidèle à son style, l'auteur situe son histoire dans un milieu qu'il affectionne, une province rurale et austère. Il revient à un style d'écriture plus dépouillé, mais qui garde toujours la même poésie. Il décrit avec justesse les gestes et petites choses du quotidien, au rythme des saisons, de ces hommes et femmes taiseux, durs à la tâche et au mal. Dans ces fermes où l'existence est déjà difficile en temps normal, la guerre la rend plus difficile encore, de par les restrictions qu'elle impose.
Au travers de l'histoire de ces trois familles, Franck Bouysse explore toute la palette des sentiments humains, les plus nobles comme les plus abjects. C'est une histoire d'amour, d'amitié, également remplie de haine, de colère et de fureur.
Dans la lignée des grands auteurs du « nature writing », Franck Bouysse nous livre un témoignage sur un monde en voie de disparition, une fresque poétique pleine d'humanité, avec des personnages forts qui vous marqueront longtemps.
Avec ce roman très abouti, Franck Bouysse s'impose comme un auteur incontournable dans le paysage du roman noir, et de la littérature française en général.
Une excellente lecture que je vous recommande chaudement.
Éditions La Manufacture de livres, septembre 2017
Lien : https://thebigblowdown.wordp..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          100
Citations & extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
ArlieRoseArlieRose17 septembre 2017
C'est facile pour personne, mais nous, on le montre pas quand c'est pas facile.
Commenter  J’apprécie          30
fanfanouche24fanfanouche2416 septembre 2017
Il y a des choses qu'il faut dire pour qu'on les entende. (p. 14)
Commenter  J’apprécie          100
ArlieRoseArlieRose17 septembre 2017
Quand tu peux plus aller dans un endroit où t'as toujours été, c'est plus la peine d'insister, à mon avis… tu perds quelque chose que tu retrouveras jamais, alors, il vaut mieux faire en sorte de pas perdre plus.
Commenter  J’apprécie          00
fanfanouche24fanfanouche2415 septembre 2017
Les roulements du tonnerre devinrent de plus en plus distincts, faisant comme des mots se carambolant dans une même phrase dénuée de ponctuation, répétée à l'infini. (p. 10)
Commenter  J’apprécie          40
ArlieRoseArlieRose17 septembre 2017
Faut croire que ce qu'on a vécu enfant rien ni personne peut le retirer, que c'est pour toujours dedans.
Commenter  J’apprécie          00
Videos de Franck Bouysse (15) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Franck Bouysse
Franck Bouysse - Glaise
autres livres classés : première guerre mondialeVoir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle






Quiz Voir plus

Quelle guerre ?

Autant en emporte le vent, de Margaret Mitchell

la guerre hispano américaine
la guerre d'indépendance américaine
la guerre de sécession
la guerre des pâtissiers

12 questions
1004 lecteurs ont répondu
Thèmes : guerre , histoire militaire , histoireCréer un quiz sur ce livre
. .