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sur 860 notes
Chantegril, au pied du puy Violent, août 1914. Victor, comme tant d'autres mobilisés, doit quitter son Cantal et laisser derrière lui femme et enfant. Avant de grimper sur son cheval, quelques recommandations à l'oreille de son fils, Joseph, 15 ans, devenu maintenant l'homme de la famille pour un moment. Un moment qui, tous l'espèrent au fond d'eux, ne s'éternisera pas. L'adolescent, entouré de sa mère, Mathilde, et de sa grand-mère, Marie, va s'acquitter des tâches inhérentes à la ferme sous l'oeil avisé du vieux Léonard, ami et soutien de la famille. Non loin de là, dans la ferme voisine, les Valette, un couple aigri et brut, lui dont la main atrophiée l'empêche d'accomplir son devoir et elle qui pleure son fils parti au front, recueillent chez eux leur belle-soeur et leur nièce, le père étant lui aussi parti à la guerre...

C'est dans ce contexte tragique que Franck Bouysse plante le décor de son roman. C'est dans ces campagnes vidées de ses hommes valides que vont se jouer des drames, au coeur de cette nature sauvage. L'on fait la connaissance de Joseph, un adolescent, entouré de sa mère et de sa grand-mère, qui va peu à peu prendre conscience du monde qui l'entoure. Un monde empli de rancoeurs, de violence, d'aigreur, d'amertume, de souffrance mais aussi d'espoir et d'amour. L'auteur dépeint avec force et âpreté des êtres taiseux parfois meurtris, aigris, généreux ou encore insouciants. Au loin, la guerre gronde et l'orage, au puy Violent, n'est jamais bien loin. Franck Bouysse nous offre un roman fort, puissant, parfois étouffant. Une fresque poétique, initiatique et sociale servie par une narration ciselée et une plume lyrique, riche et d'une grande justesse.
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Que j'aime cet auteur !
J'ai lu mon Franck Bouysse dans le désordre.
D'abord son premier roman, mon premier, Grossir le ciel, une révélation comme je n'en avais pas eu depuis longtemps en littérature.
Puis son deuxième, mon deuxième, Plateau, bon, très bon sans atteindre les mêmes sommets, une confirmation tout de même.
Puis Né d'aucune femme, son quatrième, mon troisième, un choc qui résonne encore, LE coup de coeur de mes lectures 2019.
Et enfin, celui-ci, son troisième, mon quatrième donc.

Si j'avais lu dans l'ordre bien gentiment, juste après Plateau, je pense que je l'aurais trouvé absolument formidable. Là, après Né d'aucune femme, je le trouve excellent et le vois comme une montée en puissance qui annonce la suite.

Les premières pages sont saisissantes. On est en août 1914, la veille du départ du père pour la guerre. La vieille Marie, sa mère, est accrochée à un mystérieux coffret métallique, terrifiée par l'orage qui gronde violemment.

«  Marie était prisonnière de funestes pensées qui se propageaient dans sa tête comme un coulée de boue glacée. Si Victor ne devait pas revenir de la guerre, elle perdrait tout, s'affaisserait à la manière d'une herbe cisaillée par la faux, et rien n'y ferait contre une telle douleur, pas même la présence de ce petit-fils qui lui ressemblait tant, qu'elle chérissait sans honte, à croire que ce genre de manifestation sautait les générations. Elle pensa aussi à Mathilde, si effacée, si fragile. Marie ne la sentait pas armée pour faire face à la place vide dans le lit, ce désespoir qui saisirait sa bru, ce désespoir dont elle savait tout. L'expression tangible de sa peur n'avait rien voir un vide quelconque, mais plutôt avec son propre effondrement de mère. Une paralysie intérieure dont elle ne voulait surtout rien montrer et qu'i l'avait prise depuis que les cloches De Saint-Paul s'étaient mises à sonner à contretemps. Marie se sentait vieille. Bien trop vieille pour se suffire du labeur. Son coeur et son corps fatigués auraient eu besoin d'être ménagés, mais elle haïssait le repos et le haïrait infiniment plus lorsqu'on son fils serait parti pour la guerre. Elle savait ce qu'une femme peut finir par accepter. Une mère, jamais. »

Dans ce roman, toute la patte Bouysse s'exprime à plein : un monde rural dans lequel couve une tragédie nourrie de la découverte de l'amour , de rancoeurs cuites, de fatalisme paysan ; une écriture lyrique qui emporte le lecteur sans souci de mesure ; de la rudesse âpre à chaque page. Toutes les émotions sont exacerbées par le contexte guerrier qui dérègle le monde traditionnel et semble ouvrir des brèches à la folie des hommes. La tension monte très vite et s'éteint jamais. On sent que le drame couve, on sent de quelle direction il va venir, mais on n'a ni l'heure ni le lieu, ni la modalité ultime.

Les personnages sont tous formidablement campés, on les voit, on comprend leur ressort à défaut de les aimer tous et de les comprendre tous. J'ai particulièrement apprécié celui de l'épouse de l'affreux Valette, taiseuse, qui va précipiter l'action lorsqu'elle bascule dans une folie inattendue.

Bien sûr c'est très sombre même si la noirceur de ce roman est éclairée par une très belle histoire d'amour naissant, d'une délicatesse dingue, ainsi que par la relation quasi filiale qui unit le jeune Joseph au vieux Léonard, celui qui transmet et réconforte alors que le vrai père est loin, au front.

Que j'aime cet auteur, donc !

Merci à cette belle maison d'édition, La Manufacture de livres, de le soutenir depuis le début !
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En ce début de 20e siècle, la vie dans les montagnes du Cantal est rude. Elle le devient bien plus encore lorsque la mobilisation de la Grande Guerre vide les fermes des hommes valides. Au village de Chantegril, ceux qui restent s'organisent tant bien que mal : chez les Lary, Joseph, quinze ans, trime aux côtés de sa mère et de sa grand-mère, avec l'aide d'un vieux voisin. Chez les Valette, le père rage de n'avoir pu partir au front en raison de sa main mutilée : redouté de tous pour sa rancoeur et sa méchanceté, il s'adonne violemment à la boisson et à la persécution de son entourage, soudain élargi par sa belle-soeur et sa nièce débarquées de la ville pour trouver refuge à la ferme.


Le décor est planté pour la mise en place d'un drame dont la tension ne va faire que s'amplifier au fil des pages. Bien peu de choses se passent en réalité : les jours se succèdent selon l'immuable rythme des travaux agricoles, dans une atmosphère pesante et orageuse. Hommes et femmes s'épuisent dans un labeur incessant et une succession d'épreuves qui usent les caractères ou les transforment en bêtes enragées. Les douleurs font d'autant plus de ravages qu'elles s'enfouissent dans le silence de ces êtres rudes et taiseux, impitoyablement endurcis par la vie. Les drames, lorsqu'ils explosent, en sont d'autant plus meurtriers.


Ambiances et caractères sont criants de vérité : chaque geste, chaque mot sont restitués avec une précision cinématographique et une justesse d'observation qui leur confèrent un réalisme absolu. Impossible de ne pas se sentir transporté sur cette terre, dont la beauté n'a d'égale que son âpreté, et qui ne pouvait engendrer que des êtres forts, courageux et obstinés, aussi durs et cassants que des cailloux sous le gel.


Servie par une langue ciselée d'une remarquable beauté, cette fresque rurale noire immerge le lecteur dans un récit tellurique oppressant, qui écrase peu à peu ses personnages sous le poids d'une vie misérable où s'usent peu à peu tous les espoirs : rien d'autre que des drames engendrés par l'ordinaire et vécus dans le silence, restitués ici avec un réalisme et une justesse qui forcent l'admiration. Coup de coeur.

Lien : https://leslecturesdecanneti..
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Lecteur, c'est pas un métier facile....
Enfin, lire ça va, mais c'est l'après qui se complique, quand il faut parler de ce qu'on vient de lire. Facile me direz-vous, surtout si l'on a aimé.
Et bien non, moi je vous le dis, quand on a adoré, quand on a été enthousiaste à une lecture, quand, le livre refermé, vos pensées sont encore dans ses paysages et décors, quand ses personnages continuent de vous hanter, quand vous avez envie de crier à la gloire de l'auteur et de son oeuvre, quand on pourrait vous juger fou d'un tel excès, rien n'est simple.
Glaise est un coup de coeur,  oui, un vrai, il ne sera pas le seul de mon année littéraire, mais voilà quoi, il est ...enfin....comment dire.... vous voyez, quoi.... Mais si ! Ce bouquin que tout lecteur espère,  celui qui remue les tripes, celui dans lequel il y a de l'amour, des larmes, des cris, des morts, celui qui contient la vie, les vies. Ce livre qui raconte, un temps, des saisons, des gens, une terre.
Glaise c'est 1914, mobilisation générale. Dans un coin du Cantal, Saint-Paul de Salers, là où coule la Maronne, toutes les familles voient partir leurs hommes. Ne restent, pour s'occuper des fermes que les femmes, les enfants, les vieillards et les invalides. Joseph, 15 ans et de ceux-là, de ceux qui grandieront et relèveront le défi de continuer le travail de leurs aînés. Loin du bruit des canons, de ce conflit qu'on préfère taire et là où l'on évite de parler des absents. En cette période perturbée, c'est la vie de ces quelques exploitations regroupées dans un hameau de cette commune auvergnate, que nous retrace la plume incroyable de Franck Bouysse.
Il y a quelques semaines déjà,  j'ai croisé l'écriture d'un auteur sur un roman assez proche, par certains côtés, de celui-ci, j'avais d'ailleurs fait part, là aussi de mon admiration. Alors moi, je le dis haut et fort, si je trouve la lampe d'Aladin, j'ai un souhait, qu'on me donne le talent de tels écrivains. Je ne sais pas quel genre de plaisir procure l'écriture de tels ouvrages, mais si c'est à la hauteur du plaisir de les lire, c'est jouissif, le bonheur total.
Une amie, quelques jours avant sa parution, a attiré mon attention sur une bande annonce dans laquelle l'auteur parlait de son travail. Merci à elle, merci a l'éditeur,  merci Mr Bouysse, merci à cette libraire, dépitée le jour ou j'ai voulu me le procurer puisque ne l'ayant pas encore reçu, et qui m'a encouragé à lire ce livre qu'elle avait adoré. Bon, j'arrête là avec mes merci, on est pas aux Césars tout de même. ..
J'en entends qui râlent. Non, je n'en dirai pas plus, Glaise est un roman noir, brut comme la terre et les gens qu'elle porte, et le reste c'est à vos yeux de le découvrir et à votre coeur de l'apprécier mais bon sang, si vous l'aimez pas celui-là.... comme dirait Sandrine (qui se reconnaîtra)... je mange mon chapeau.
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Je n'ai jamais été très généreux envers Franck Bouysse au niveau des étoiles octroyées, mais je reviens quand même vers lui car, au-delà des imperfections de ses textes, il a du style et je le trouve particulièrement bien déployé dans cette glaise cantalaise.

Alors quatre étoiles -- j'ai failli succomber à la cinquième -- car ce roman noir est incontestablement très beau, structuré, empli d'images de la nature, des odeurs des fermes, du travail de la terre, avec en toile de fond la Grande Guerre qui fauche les vies, écrivant déjà sur de futurs monuments aux morts tant de noms d'êtres arrachés à leur terre, à leur vie pour succomber dans des combats dont ils ne pouvaient comprendre l'absence de sens.

Les personnages sont très travaillés par Franck Bouysse, avec, du côté des hommes, le jeune héros, Joseph, intègre, docile, amoureux, très attachant, mais aussi les autres tels que Léonard, père de remplacement plein de connaissances et de compréhension, et enfin le "méchant", Valette dont les traits dessinés par Bouysse me rappellent certains fermiers intransigeants que j'ai pu connaître encore qu'ils n'aient pas sombré dans l'ignominie de Valette.

Les femmes sont aussi de grandes figures de ce roman, depuis la grand-mère, Marie, prête à affronter le grand passage qu'elle sent venir et qu'elle accepte malgré la peur de mourir dans la nuit, Mathilde, la mère que Bouysse a voulu peut-être insignifiante pour compenser avec l'épouse de Valette, Irène, pas gentille, mais brisée par les malheurs et par son mari, jusqu'à Anna, la jeune fleur arrivée de la ville avec laquelle Joseph partagera des émois que j'ai trouvés très beaux. Certains pensent qu'en 1914 les jeunes ne franchissaient pas aussi abruptement les pas qui vont de l'amour naissant au plaisir délirant des corps. Ceux-là n'ont pas bien regardé ce qu'étaient la vie et l'amour de tous temps, même si morale civique, religion ou quelque autre contrainte condamnaient par principe ou concupiscence.

Dieu est un autre grand présent de ce roman vécu dans les campagnes du Cantal où la foi se partageait entre crainte, sincérité ou tout simplement évidence. J'ai bien aimé le commentaire à propos de la grand-mère qui "continuait de croire au bon Dieu mais plus beaucoup aux curés".

Alors, il faut évoquer la fin, toute dans le style de Bouysse, je ne dirais pas qu'elle est bâclée comme je l'ai ressenti dans d'autres de ses romans, et s'il lui manque certaines précisions, l'interprétation est offerte au lecteur et les trois dernières pages évoquant un berger restant auprès de ses "bêtes impassibles" plutôt qu'aller annoncer une ultime découverte m'ont vraiment séduit.

Donc, un beau roman, torturé, travaillé, très abouti.
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Glaise est le genre de roman dans lequel on se heurte à ses aspérités. On se frotte à des angles féroces, à des personnages austères et un peu verticaux, certainement parce qu'ils vivent au coeur de montagnes rarement franchies ; des fermiers vivants sur une terre du Cantal où des générations se sont succédé avec une permanence jamais altérée.
On ne peut pas réellement parler d'intrigue mais de passions humaines sculptées par les forces de la nature qui s'exercent sur ce territoire. Tout se passe au coeur d'un terroir qui a façonné des gens rudes à la tâche, des paysans courbés aux champs et droits face à l'adversité. le paysage se peint avec le sang, la sueur, les peines et et les rancoeurs de ses habitants. Ici peut-être plus qu'ailleurs, la terre colle aux semelles des gens, les histoires de famille sédimentent pour y laisser une empreinte silencieuse, il n'y a pas de place pour la tendresse ou l'insolence chaleureuse.
Franck Bouysse a ainsi composé le cadre idéal pour mêler drames et histoires d'amour aux variations des saisons qui rythment la vie quotidienne et aux coups de théâtre de la nature, s'illustrant dans l'art d'inscrire son récit dans une singulière dramaturgie aux accents panthéistes.

Mais la force de ce roman est l'écriture, subtile alliance de phrases incandescentes et de dialogues abruptes. J'ai découvert un auteur capable d'envoûter avec des métaphores magnétiques. Il excelle dans une poésie rustique qui atténue la violence qui contamine tout (les relations entre les individus, les liens au sein de la famille) et adoucit la proximité poissarde et organique avec les animaux.
Même si dans sa construction le roman semble guidé par une impulsion puissante, une idée directrice inflexible, je suis tombée sous le charme de l'authenticité profonde qui parcourt chaque page.
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Orage, lourdeur de l'air et la foudre annonciatrice du déclenchement de la première guerre mondiale et aussi accumulation de rancoeurs qui grandissent au fond des coeurs et viennent envahir progressivemant et pourrir les rapports de ceux et celles restés à l'arrière.
Tout au long de « Glaise » règne une ambiance plombée, lourde de non-dits jusqu'à l'éclatement final quand la tension atteint son paroxysme, Tout le déroulement du livre mène à la tragédie dans un crescendo de l'angoisse, une angoisse, une noirceur d'autant plus gluante qu'elle côtoie et vient pervertir et empoisonner la beauté lumineuse et sensuelle d'un premier amour.


Aprés la lecture de ce roman noir lu en apnée, je me suis précipitée sur deux autres "Grossir le ciel" et "Plateau". Ils ne m'ont pas déçue mais c'est Glaise que je préfère. En tout cas je vais surveiller les prochaines parutions de Franck Bouysse
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Avec Franck Bouysse, on sait d'avance que le piège se refermera sur nous dans les ultimes pages, après une "virée "dans un monde à part, un monde clos, perverti, menaçant, glauque....Mais alors, pourquoi donc aller s'y précipiter dans ce monde si effrayant? Et bien, tout simplement "parce que", c'est comme ça, on n'y peut rien. La première page tournée, c'est trop tard, le livre devient "pot de confitures", le lecteur devient "mouche" et l'on se gave avant que....Salers.1914. Les hommes partent au front, ne restent au village que les femmes, les enfants, les vieux, les handicapés. On survit. Les rancoeurs se réveillent, les vieux démons ressurgissent. La nature humaine laisse ressortir tout ce qu'il y a de plus vil, le danger est sur le front pour les uns, dans les fermes du hameau pour les autres.
Les descriptions, la peinture des moeurs, la profondeur des personnages, le suspens sont confiés à la très belle palette linguistique de l'auteur, ça s'insinue en vous, ça vous promène , ca vous séduit, vous vous laissez mener par le" bout du nez" jusqu'au moment où..... ça suffit, l'auteur ferre sa proie.Trop tard...Vous êtes pris. Ne dites pas qu'on ne vous avait pas prévenus. Tout ça pour vous conseiller de vous méfier, certes, mais surtout de vous préciser qu'on "n'attire pas les mouches avec du vinaigre"."Glaise", c'est vraiment un bon bouquin, un très bon ,même, à mon avis...
Allez, n'hésitez pas, de toute façon, vous êtes "cuits".
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Décidément, j'aime beaucoup l'écriture imagée, si magnétique de cet auteur. Il parvient véritablement à créer une atmosphère à la beauté sauvage et un climat d'attente à partir de rien (ou à partir de tout, c'est selon)... comme un orage qui sourd. "Les roulements du tonnerre devinrent de plus en plus distincts, faisant comme des mots se carambolant dans une même phrase dénuée de ponctuation, répétée à l'infini."

Bien que je n'aie pas été aussi subjuguée qu'avec « Grossir le ciel » du même auteur, ce livre-ci m'a paru étrangement plus abouti. Il y a par certains aspects un petit air de déjà-vu qui a certainement joué en sa défaveur. Mais bon sang, quel talent ! Là encore, il s'agit d'un roman noir qui met en scène le monde paysan avec des personnages rugueux, fiers, aigris parfois, touchants d'autres fois, des personnages disséqués au scalpel qui se moulent à leur environnement. Les personnages et la nature sont à mon sens la beauté brute qui forgent l'histoire. « faut jamais montrer tes faiblesses, ni donner l'occasion aux gens de les fouiller. » La fin m'a toutefois laissé perplexe. Elle est certes surprenante mais elle m'a fait l'effet d'un coup de bluff et m'a laissé bien interrogative.

Cette fois, nous sommes en 1914, au pied du puy Violent dans le Cantal. Joseph a 15 ans quand son père est contraint de partir pour cette guerre incompréhensible, le laissant avec sa mère et sa grand-mère pour gérer la ferme. J'ai suivi avec plaisir ce jeune garçon faire son apprentissage de la vie. J'ai été happée par le quotidien et les relations de cette famille avec les deux fermes voisines. Il y a comme une violence contenue qui gronde quelque part dans l'obscurité. Si la guerre semble bien loin des préoccupations nos fermiers, c'est pourtant une guerre de tranchées qui s'installe insidieusement dans ce hameau, celles creusées par les absents, les silences et les rancoeurs, mais aussi par l'amour. Point de secrets déterrés dans ce récit, mais plutôt de ceux qu'on enterre. Vraiment superbe.
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A saint-Paul de Salers, dans le Cantal comme partout en France, août 1914 marque le début de la mobilisation et le départ pour le front.
A la ferme Chantegril, le père, Victor est sur le départ. Il laisse la ferme à Mathilde, son épouse, son fils Joseph et sa vieille mère Marie qui donne le reste de ses forces pour aider la maisonnée.
Le vieux fermier voisin vient leur donner un coup de main et leur amène sa mule car le percheron de la ferme a été réquisitionné.
Joseph, le fils est très travailleur et l'auteur nous montre sa jeunesse quand il se réserve des moments pour aller pêcher dans la rivière ou sculpter des formes en terre glaise.
Anna, la nièce du fermier voisin, vient de la ville pour se mettre à l'abri avec sa mère. Elle montre un intérêt certain pour Joseph et entame les premiers pas d'un flirt qui s'intensifiera au cours du roman.
La vie se déroule ainsi loin du front avec les mauvaises nouvelles qui font surface.
Le point fort du récit réside dans l'écriture magnifique de Franck Bouysse, son amour de la nature sa force de description des personnages sympathiques comme Joseph comme horribles à l'instar de Valette, le fermier voisin.
Une très belle lecture.
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