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EAN : 9782253164173
384 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (01/03/2017)
3.77/5   422 notes
Résumé :
Un couple de vieux paysans, Virgile et Judith, vit à Plateau, un hameau de Haute-Corrèze. En mal d'enfants, ils ont élevé leur neveu Georges dont les parents ont disparu dans un accident de voiture alors qu'il n'avait que 5 ans. Le jeune homme s'installe dans une caravane, en face de la maison de ses parents adoptifs, dans laquelle il accueille bientôt une jeune femme, nièce de Judith.
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Critiques, Analyses et Avis (151) Voir plus Ajouter une critique
3,77

sur 422 notes

Kirzy
  13 juin 2018
Le temps a passé entre ma lecture de Grossir le Ciel et celle-ci, je n'osais pas tenter une éventuelle déception après le choc inouïe, la déflagration dingue ressentie après avoir refermé le premier. Idiote que je suis, la magie ( noire, très noire ) a opéré à nouveau.
Faut dire qu'on retrouve dans Plateau les mêmes ingrédients , les mêmes qualités que dans Grossir le ciel :
- à la rudesse des paysages cévenols répond la rugosité somptueuse de la Corrèze, certaines descriptions sont incroyables pour convoquer les forces de la nature, autant de métaphores à la violence des sentiments qui agitent les personnages.
- le goût pour les personnages forts, il y en a plus ici, certains inoubliables comme Karl, le boxeur fou pathologiquement croyant, irrécupérable définitivement ; Cory, la femme battue venue se réfugier loin de son homme-torture, une femme fatale qui ne le sait pas mais déclenche une avalanche de passions ; Georges, le taiseux qui a tant besoin de dire après des décennies de frustrations à tenter d'ensevelir ses aspirations profondes ; et même un mystérieux Chasseur qui rode, qui rode ...
- des secrets enfouis comme des bombes à retardement qui dont on pressent très vite qu'elles vont exploser à la face de tous : quel art pour distiller une ambiance sourde, angoissante, dramatique dès les premières pages !
La langue est très travaillée, souvent lyrique, presque trop parfois, je me suis un peu perdue dans le recours à un vocabulaire tellement pointue que j'ai du m'armer de mon petit Larousse pour éclairer mes lacunes. Quand on a autant de style, pas la peine de le forcer !
Au final, j'ai été emportée illico dans cette tragédie grecque, comme hypnotisée par la puissance qui se dégage de ces pages et ce talent fou à injecter de la compassion dans une noirceur absolue, le tout dans une approche profondément intimiste. Un auteur très singulier assurément.
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nameless
  05 novembre 2017
Un terroir où il faut être né pour le connaître : Plateau, un hameau situé sur la commune de Toy, 32 habitants à l'année selon le dernier recensement. C'est là que survivent Virgile et sa femme Judith, âgés et malades, dans une exploitation vouée à l'effacement. Sans enfant, ils ont recueilli Georges, leur neveu, dont les parents ont disparu prématurément dans un accident de voiture. Ils ont été de bonnes personnes, mais aux yeux de l'orphelin, pas les bonnes personnes, malgré leurs efforts. Georges vit dans une caravane sur pilotis plantée devant la maison de son enfance brisée, n'ayant jamais eu la force de l'habiter. Contre sa volonté, il s'est finalement résigné à être préparé par ses parents adoptifs à devenir l'héritier de ce bout de terre ingrate que Virgile n'imagine pas vendre à des étrangers.
Dans ce pays de landes et de forêts éternelles, Karl s'est un jour pointé à bord de son Toyota rapiécé avec pour seul bagage un sac de marin et s'est installé dans une vieille bicoque, avant de devenir l'ami de Virgile. Nul ne sait d'où il vient, ne connaît son passé. Les jours, les années passent, immuables, rythmées par les saisons et les soins à prodiguer au bétail. Rien n'aurait sans doute jamais changé sans l'arrivée de Coralie. La jeune femme fuit l'homme-torture après une ultime raclée qui l'a enfin décidée à échapper à son emprise. Elle demande à Virgile, son dernier lien familial, de l'héberger provisoirement. Et pendant ce temps, un mystérieux chasseur est à l'affût.
Tous les protagonistes sont en place pour le déroulement du drame imaginé par Franck Bouysse. Bien loin de l'image d'Epinal qui présente la campagne comme le meilleur moyen de se ressourcer dans une nature bienfaisante et nourricière, l'auteur propose au lecteur une belle et tragique histoire à l'atmosphère progessivement asphyxiante. Avec un soin méticuleux, il donne vie à ces paysages austères et fouille dans les mémoires de ceux qui cachent des secrets peu glorieux. C'est noir, c'est rural, un sacré bon roman !
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marina53
  06 juin 2016
Ici, c'est le Plateau. Le pays des sources inatteignables, des ruisseaux et des rivières aux allures de mues, des rochers se dressant vers le ciel. Un endroit où l'on s'y jette parfois. Où l'on s'y perd surtout. C'est ici qu'ont élu domicile Virgile et sa femme, Judith, un couple vieillissant et ancré dans cette terre, et Georges, leur neveu qui a perdu ses parents bien trop tôt dans un accident de voiture. C'est ici que leur voisin, Karl, un ancien boxeur, est venu se retirer, pour de mystérieuses raisons. Un hameau tranquille, perdu, loin de tout. Une tranquillité bientôt bousculée par l'arrivée de Cory, la nièce de Virgile, victime des mauvais coups de son mari, le bien nommé "Homme-torture" et par ce chasseur qui rôde...
L'on plonge au coeur du Plateau, celui de Millevaches, en compagnie de ces quelques âmes perdues du hameau. Au coeur d'un monde rural taiseux et aux secrets enfouis. Franck Bouysse dépeint avec force tous ces personnages, que ce soit Judith atteinte d'Alzheimer ou Virgile qui perd progressivement la vue, qui, au fil des pages, s'étoffent et se déploient ou se recroquevillent. Des personnages, denses et fouillés, qui se révèleront par la seule présence de Cory. L'auteur n'a pas son pareil pour décrire cette nature sauvage, les sentiments qui habitent chacun ou l'âpreté de la vie. D'une précision et d'une méticulosité ciselées, d'une écriture lyrique, poétique, d'une richesse et d'une finesse incroyables.
Un roman bouleversant, sombre et d'une cruelle beauté...
Merci Cécile...
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Cannetille
  15 février 2020
Lorsque Cory se résout à fuir la violence de son compagnon, elle se réfugie sur le Plateau de Millevaches en Corrèze, chez sa tante Judith. La vieille femme malade y vit avec son époux Virgile dans la dernière ferme d'un hameau perdu, avec pour seuls voisins leur neveu Georges qui campe dans une caravane, et Karl, un homme au passé mystérieux venu chercher la solitude. Leur besogneuse tranquillité va pourtant être mise à mal par un chasseur qui rôde discrètement aux alentours et par la résurgence de vieux secrets.

Publié après Grossir le ciel, Plateau reprend les mêmes ingrédients - l'univers sombre et âpre d'une nature grandiose mais intransigeante, l'isolement de personnages fêlés et cabossés désespérément accrochés à leur coin de campagne, un huis-clos inquiétant et oppressant où pourrissent de vieux secrets -, avec toutefois un je ne sais quoi de moins convaincant : sont-ce la folie de Karl et l'étrangeté du chasseur qui désarçonnent le lecteur, un peu dubitatif face à ces deux assez improbables protagonistes, en complet décalage avec le si parfait réalisme des autres caractères du roman ?

L'on y retrouve aussi avec plaisir l'inimitable style de Franck Bouysse. L'écriture précise et travaillée séduit et impressionne par le juste et original choix des mots et des expressions. Les dialogues claquent avec une authenticité saisissante. Les évocations lyriques de la nature en font un personnage à part entière, sublime, écrasant et maléfique. Pourtant, là aussi, j'ai été moins ensorcelée que dans les autres romans de l'auteur, car souvent déconcertée par trop de phrases suggestives et sans verbe, et par une poésie qui finit parfois par friser l'ésotérisme.

Après mes trois coups de coeur absolus pour Né d'aucune femme, Grossir le ciel et Glaise, c'est donc une toute relative déception qui m'a accompagnée dans Plateau : voici encore un excellent livre, reconnaissable entre tous pour l'incomparable patte de l'écrivain, mais néanmoins selon moi, pas le meilleur roman de Franck Bouysse.

Lien : https://leslecturesdecanneti..
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Crossroads
  29 avril 2016
Ayant adoré, bonjour l'euphémisme, Grossir le Ciel assimilé à un somptueux dessert gastro, je récidive, empli d'une confiance inébranlable, avec ce Plateau de fromages et sa farandole de pâtes molles à croute fleurie.
Je reprendrai plutôt du dessert...
Pouf pouf je recommence.
Lieu paumé, à mille lieues de toute urbanisation échevelée, ok.
Personnages taiseux au passé empli de secrets inavouables, j'ai.
Grain de sable venant perturbé tout ce petit monde et le précipitant vers un chaos annoncé, yes it is because i do.
Tout est là et pourtant je n'y ai pas retrouvé le plaisir éprouvé à la lecture de son précédent livre.
Les personnages possèdent une densité rare, c'est un fait.
Le contexte géographique, dénué de toute urbanisation parasitaire, renforce paradoxalement le sentiment d'humanité éprouvé à l'égard de ces naufragés volontaires.
La trame est retorse, l'intrigue parfaitement dosée et le final particulièrment éprouvant, pourtant j'en ressors un brin déçu, effet de comparaison oblige.
Peut-être me plains-je que la mariée est trop belle, allez savoir.
Une chose est avérée, c'est cette énorme qualité d'écriture propre à vous immerger pleinement en un espace donné.
J'avoue, cependant, avoir parfois lâché le fil pour cause de vocable ne rentrant pas dans les 1257 mots fièrement épinglés à mon tableau de chasse. La faute m'en incombant, certes, mais quand même, ça casse un chouïa la dynamique.
Parallèlement, j'y ai trouvé de parfaits moments de grâce.
De ces passages où le temps s'arrête, cédant la place à une émotion paroxystique.
Judith m'a ému au plus haut point, mélange de force et de faiblesse, trahie par une conscience vagabonde.
Le fait d'avoir enquillé Plateau juste après Grossir le Ciel a certainement biaisé mon jugement.
Si j'aurai su, j'aurai patientu.
Il n'en reste pas moins un très bon moment dont il serait fâcheux de se priver.
Merci Cécile...
3,5/5
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Citations et extraits (132) Voir plus Ajouter une citation
marina53marina53   06 juin 2016
J'aime pas l'hiver qui se balade sous les vêtements et qui te crevasse les mains, j'aime pas le printemps qui te baratine en te promettant monts et merveilles, j'aime pas l'été qui déverse des nuées de bestioles et qui brûle les promesses, et j'aime pas non plus l'automne qui repeint le décor avec des belles couleurs pour le supprimer après. J'aime pas les saisons d'ici. Y a jamais rien qui change durablement, rien à espérer que de dérouler une corde que d'autres ont enroulée pour nous, rien qui vaille la peine de se battre. On gagne jamais, on attend que ça se passe.
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cardabellecardabelle   22 novembre 2017
Et il y a des livres disposés sur les meubles et quelques rayonnages méticuleusement classés par auteur.
Georges les a tous lus au moins une fois :
Faulkner, Steinbeck ,Caldwell,Shakespeare, Carver, Thomas, ceux-là plusieurs fois .
Ceux qui ouvrent les horizons ,
ceux qui parviennent à déplacer ce maudit Plateau
par-delà des méridiens
bandés comme des arcs magiques.

[...] Tant de fois il a rêvé d'ailleurs ,
au fil des pages froissées
dans de fiévreuses nuits
dévalant des jours sans frissons.
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marina53marina53   08 juin 2016
Des milliers d'années que l'homme se trompe, à se croire roi de ce territoire impossible à domestiquer. Des fermes en caravansérails abandonnés, mirages flottant sur de déplorables oasis sanctifiés par d'annuelles oboles faite à une végétation rapportée. Humains voyageurs poussés à une sédentarité par la peur de l'inconnu. Proies immobiles faciles à mettre en joue. Suppliciés volontaires, qui se résument à la somme de vide qu'ils étreignent toute leur vie. À penser que leur sillage demeurera gravé dans la terre, qu'elle n'en finira jamais de plaider leur cause, et que leur travail y suffira. À se croire ainsi utile à quelque immense projet. À se croire si forts, qu'ils en oublient précisément d'être inutiles: leur humaine mesure. Cette dérisoire lutte qu'ils mènent contre eux-mêmes sans le savoir, et qui les mène à l'oubli.
Qu'il en soit ainsi.
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nadejdanadejda   07 janvier 2018
Il sait.
Il sait tant de choses au sujet de la peur et du sang. Leur goût. Le ferment si excitant de la crainte qui fait relever la tête au cerf inquiet et voler plus haut les oiseaux dans le ciel. La proie, qui ne soupçonne encore rien du sang qui déboule d'un torrent d'altitude. Peur et sang, jumeaux maléfiques s'abreuvant à son propre sein.
Il sait.
Il est une ombre en suspension, diluée, insaisissable, chantournée au gré des vents de ses désirs.
Une ombre, qui hante le silence et frôle les clochers des églises.
Tout à la fois.
L'ombre d'un homme.
Il est le Chasseur.
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nadejdanadejda   06 janvier 2018
Virgile coupe par la tourbière, passe à proximité de l'imposante bâtisse abandonnée des Ores. Toujours le même malaise qui le saisit. Une attraction le pousse à s'approcher. Façade recouverte de lierre en lianes crampons, qui s'en vont rejoindre la charpente écorchée, soulevant des ardoises mémorables, pareilles à des tables de la loi brisées et jetées à terre par de nouveaux adorateurs. Immense Léviathan accompagné dans la mort par une tribu de choucas qui tournoient entre les cheminées de briques, leurs voix en glas martelant les nuages de leurs pâles becs à l'approche de l'intrus. Carcasse renfermant les ombres du passé libérée de toute quête terrestre, glorifiée. Intime fuselage en capside protectrice des formes les plus abolies du mal.
(p 118 livre de poche)
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