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EAN : 9782818020579
112 pages
P.O.L. (05/03/2015)
3.8/5   10 notes
Résumé :
Le fait d'être humain ne procède pas uniquement de nous-mêmes, comme le fait d'être d'une culture, d'une histoire ne procède pas d'un seul autre, ou d'un seul semblable, mais de l'ensemble des autres, de tous les semblables, et plus loin encore de l'autre à venir, du dissemblable, de l'étranger, de l'autre culture, de l'autre histoire. Où et comment se pose la question de l'honneur à cet instant ? N'est-ce pas à cette pliure que fait courir à l'espèce le mépris, l'i... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Herve-Lionel
  27 juillet 2016
La Feuille Volante n°1055– Juillet 2016
Quelle terreur en nous ne veut pas finir ? – Frédéric Boyer- P.O.L
Ce petit livre, pris au hasard sur les rayonnages de la bibliothèque et qui peut aisément se ranger dans quelque chose qui ressemble à un billet d'humeur prend une résonance particulière dans les temps que nous vivons. Il y a actuellement une urgence, celle de la terreur. Quel est en effet le sens de ce titre un peu abscons ? de l'aveu même de l'auteur, nous vivons depuis quelques années dans une atmosphère d'insécurité. Mais n'y a-t-il pas en nous une autre forme de terreur qui n'en finit pas, que nous entretenons nous-mêmes et qui nous empêche de finir quelque chose, de passer à autre chose. Être soi-même terrorisé implique qu'on va terroriser les autres et ainsi que ce mouvement se nourrira lui-même, ne connaîtra pas de fin. Cette terreur entretenue autant par les événements que par les discours politiques, engendre un fantasme collectif selon lequel, si nous accueillons les autres, des immigrés, nous serons un jour remplacés par eux et face à cela, seule l'exclusion s'impose, au nom notamment d'une identité nationale qu'il convient de restaurer et de sauvegarder. Face à cela l'auteur propose une morale de l'accueil et n'en veut pour preuve que les grandes civilisations se sont toutes construites sur hospitalité ou sinon sont mortes. C'est une position qui va à l'encontre des idées qui irriguent notre société basée en grande partie sur l'hypocrisie de celui qui ne veut rien voir de la réalité. Ainsi ce petit essai, parsemé de vérités dérangeantes et pas forcément plaisantes à entendre, invite-t-il à sortir du traditionnel commentaire littéraire, prend-il une dimension politique, est-il une invite à une remise en question de notre état d'esprit volontiers porté sur le repli identitaire, parce que les idées qui ne sont pas remises en cause sont promises à une sclérose définitive et néfaste. Elles doivent évoluer comme une langue pour ainsi s'enrichir, s'adapter. L'apport de l'autre ne peut que faire changer les choses, renforcer la société, et c'est plutôt bien ainsi. Il se base notamment sur discours chrétien, n'hésite pas à convoquer le Christ, exemple de compassion, le prophétisme de la Bible, l'Évangile et son message d'entraide, Saint Augustin et son discours basé sur l'amour du prochain mais aussi sur les traditions philosophiques et littéraires de l'occident. Dès lors l'accueil de l'autre, cet altruisme, devient une nécessité humaine et se transforme en une force pour la communauté accueillante. Elle a donc tout à y gagner à ouvrir ses portes aux autres. C'est une invite à une prise de conscience, à regarder le monde tel qu'il est, dans sa diversité, dans sa complexité, dans sa globalité jusque et y compris contre la « bien pensance », le fantasme général auxquels il oppose volontiers son discours de naïveté, d'innocence qui bien sûr dérange et va à l'encontre de l'air du temps.
Quand nous avons fait le choix de vivre dans une société démocratique et républicaine, l'accueil de l'autre est de règle, même si, au cours de notre histoire, cette posture a bien souvent été mise à mal, et en retour l'immigration peut être considérée comme une richesse. Pour autant je me souviens du discours réaliste de Michel Rocard rappelant que même si la France devait prendre sa part dans la lutte contre l'exclusion, elle ne pouvait accueillir toute la misère du monde. D'autre part, à l'heure où les démocraties sont la cible des terroristes qui ont souvent leurs racines dans l'immigration, ces derniers exploitent les fragilités des pays qui les accueillent en vue les détruire et d'y instaurer un régime différent à la fois politique et religieux. Sans donner ni dans la vengeance, ni dans la tentation de l'exclusion et bien entendu pas dans l'amalgame toujours dangereux, il s'installe dans nos démocraties un sentiment de peur qui ne manquera pas à terme, favorisé sans doute par un discours politique partisan qui joue sur l'émotion légitime, de se retourner contre l'immigré, et ce, sans aucune volonté de nuances. Ainsi la terreur dont nous seront l'objet se retourna-t-elle contre l'autre et c'est sans doute en cela que Frédéric Boyer voit juste.
Le texte est d'une intensité hors du commun, les mots surtout dits à haute voix, prennent une dimension dramatique et invitent à la réflexion. Ainsi le livre refermé, je suis bien partagé, à la lumière des événements récents notamment l'assassinat par des terroristes islamiques d'un prête octogénaire au cours de son ministère ainsi que les massacres de populations civiles au nom d'une idéologie de la terreur. Accueillir des immigrés, la France l'a largement fait au cours de son histoire, et cela s'est passé globalement sans heurts et même avec une grande volonté d'intégration de part et d'autre. Cela a fait d'elle une nation multiethnique et multiculturelle, un véritable « melting pot », un pays « black blanc beur » qui pouvait à l'occasion servir de modèle sur le thème du « vivre ensemble ». La multiplication des attentats aussi aveugles qu'imprévisibles, caractérisant un état de guerre, générera forcément un climat de méfiance qui nuira à notre tradition d'hospitalité et se retournera contre l'immigré et ce d'autant que , dans notre pays, le racisme, notamment anti-arabe, est particulièrement enraciné.
© Hervé GAUTIER – Juillet 2016. [http://hervegautier.e-monsite.com ]
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MarianneL
  19 juillet 2015
Surmonter la peur et penser l’autre.
«Nos identités ne peuvent être closes. Car la grande aventure, c’est la reconnaissance de l’autre comme enjeu de notre propre humanité possible.»
Les phrases amples et poétiques de ce court texte de Frédéric Boyer, paru en mars 2015 aux éditions P.O.L., s’écoulent comme une rivière en crue, plaidoyer d’un homme ébranlé par les opinions dont il est le témoin.
À rebours de discours politiques et médiatiques qui distillent chaque jour la peur et la paranoïa, dérivatifs commodes tellement plus faciles à accepter que la complexité et la prise de risque qu’impliquent l’ouverture à l’autre, ce texte salvateur plaide pour l’hospitalité, pour que les mots liberté, égalité et fraternité retrouvent un véritable sens.
«On ne bâtit pas une civilisation sur le thème hallucinatoire de l'invasion et du remplacement. On ne fonde pas une communauté sur la suspicion d'autrui. Et la simple idée qu'une identité forte et assumée, bien distincte, serait la mieux à même de nous permettre l'accueil, c'est alors supprimer purement et simplement le risque, l'ébranlement, l'inquiétude sans lesquels nulle éthique ne se découvre.»
L’humanité s’incarne dans ce texte, à contre-courant des opinions d’une civilisation figée, drapée dans des «certitudes soi-disant républicaines» et tournée vers le passé, et qui, au nom d’un héritage et d’une identité menacés, court le double risque de la déshumanisation et de sa propre agonie.
«Le dilemme, le déchirement, la décision paradoxale, le compromis et son coût, son prix à payer honnêtement, le renoncement généreux, ne font peut-être plus partie de notre politique ni sans doute de notre démarche individuelle ou collective. Il faudrait pourtant toujours appendre à marcher sur des fils tendus avec des pattes d’araignée. C’est-à-dire que les choix auxquels nous pouvons être confrontés, les choix d’existence les uns avec les autres, les uns envers les autres, ne sont jamais des choix définitifs, ni des choix exclusifs, mais des avancées instables sur le chemin, très mince, très étroit, d’une aventure inachevée qui ne saurait être la nôtre, exclusivement.»
Dans ce texte visionnaire et non programmatique, porteur des valeurs d’une humanité faillible mais authentique, Frédéric Boyer ne nie pas les risques de conflits et d’instabilité inhérents à l’ouverture des frontières. Il appelle, au nom de l’idéalisme dans son sens le plus noble, à garder les yeux ouverts sur le monde, souligne la nécessité d’accepter l’autre pour ne pas sombrer à nouveau dans la barbarie, la nécessité de sortir du repli sur soi, impasse qui rapprocherait sans doute notre civilisation de sa fin.
«Je sais bien que le malheur humain, que la misère du monde seraient intolérables s’ils n’étaient dilués régulièrement dans le temps et l’espace, s’ils n’étaient oubliés, un moment repoussés hors de nos frontières, hors de notre champ de vision, mais il arrive peut-être que par honneur nous devions empêcher que toute la misère du monde ne se dilue, ne s’oublie, ne se disperse, pour qu’elle nous reste intolérable à jamais. Même si pour cela nous devons risquer notre propre intégrité, notre propre histoire commune, sous peine de ne préserver notre propre humanité qu’en nous montrant à nous-mêmes d’une cruauté impitoyable et d’un aveuglement féroce et barbare.»
Dans un monde devenu mondialisé, «Quelle terreur en nous ne veut pas finir ?» plaide pour la libre circulation des hommes et non des capitaux, dont nous avons si «goulûment abusé et profité», contre le repli et l’accumulation, car les principales victimes sont toujours les plus malheureux, ceux qui n’ont pas de choix.
«Car j’observe que ce sont toujours les pauvres, les plus pauvres d’entre nous, les plus malheureux, les plus faibles du monde, que nous repoussons, et sur le dos de qui nous bricolons et recollons nos déchets de morale, et sur le dos de qui nous faisons porter le fardeau de notre identité malheureuse.»
Retrouvez cette note de lecture, et toutes celles de Charybde 2 et 7 sur leur blog ici :
https://charybde2.wordpress.com/2015/07/18/note-de-lecture-quelle-terreur-en-nous-ne-veut-pas-finir-frederic-boyer/
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Penylane
  13 janvier 2017
Petit essai sur notre société vis à vis des laisser pour contre, des pauvres, des sans papiers , des migrants espérants une terre d'accueil.
Se laisser bousculer par l'autre, ne pas chérir sa petite vie, son petit confort, mais être éthique et laisser l'autres, les autres venir à nous et les accueillir.
Face à cette tâche, quelque chose de profond raisonne en moi, certainement l'impuissance que je me suppose. A méditer donc.
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
Herve-LionelHerve-Lionel   26 juillet 2016
Car j’observe que ce sont toujours les pauvres, les plus pauvres d’entre nous, les plus malheureux, les plus faibles du monde, que nous repoussons, et sur le dos de qui nous bricolons et recollons nos déchets de morale, et sur le dos de qui nous faisons porter le fardeau de notre identité malheureuse.
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RaviRavi   11 janvier 2016
le courage des sentiments. Accepter d'être ému, de le montrer, parce que l'émotion suspend à sa manière le jugement attendu.. L'éthique est un sursaut, jamais un jugement. C'est une force, celle de ... rester ... émouvant, ... ébranlé, déplacé.

La morale ne tranche pas. Elle répare. (P.10)
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Herve-LionelHerve-Lionel   26 juillet 2016
On ne bâtit pas une civilisation sur le thème hallucinatoire de l'invasion et du remplacement. On ne fonde pas une communauté sur la suspicion d'autrui.
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pgremaudpgremaud   23 janvier 2016
Nos identités ne peuvent être closes. Car la grande aventure, c'est la reconnaissance de l'autre comme enjeu de notre propre humanité.
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Vidéo de Frédéric Boyer
MAUD LÜBECK – CHRONIQUES D'UN ADIEU
Avec Clotilde Hesme & Irène Jacob
Dans cette lecture musicale, Maud Lübeck met en résonance son nouvel album « 1988, chroniques d'un adieu » inspiré du journal intime de son adolescence, exhumant un drame survenu durant l'été de ses quinze ans, avec des fragments de journaux de deuil amoureux issus de la littérature, parmi lesquels ceux de Joan Didion, Frédéric Boyer ou encore Jean-Claude Grumberg. Elle sera accompagnée par deux comédiennes qui figurent au casting de son album imaginé comme un roman musical, la BO du film d'une époque, Irène Jacob et Clotilde Hesme.
À écouter – Maud Lübeck, « 1988, chroniques d'un adieu », Finalistes, 2022.
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