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EAN : 9782846822268
64 pages
Éditeur : P.O.L. (03/01/2008)

Note moyenne : 3.75/5 (sur 4 notes)
Résumé :
« Les vaches aimaient la pluie. »
Une phrase si simple, si commune dans sa structure, et cependant inimitable... On y reconnaîtrait Frédéric Boyer entre mille. Est-ce l’emploi de l’imparfait pour cette proposition qui d’un coup la déplace du côté du mythe ? Ou lui donne une infinie tristesse ? Des phrases comme celle-là, Vaches en est rempli.
Ce livre bref, tout entier consacré à ce qu’il y a de permanent et d’éphémère dans l’idée même de cet animal, e... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
ThibaultMarconnet
  12 septembre 2020
La rumination des mots
« Les premières à mourir ce sont les vaches ».
C'est par cette phrase énigmatiquement belle que s'ouvre Vaches , précieux petit livre irrigué de lumière.
J'ai lu cet ouvrage de Frédéric Boyer en m'imprégnant du lait de chaque mot, comme une prière qu'on rumine, un cantique d'herbe qu'on roule patiemment entre sa langue et ses dents.
Ce petit opuscule, mystérieux à plus d'un titre, porte en lui le goût des larmes, la virgule de lumière des francs sourires.
Dans une soixantaine de pages comme autant de poèmes en prose, Frédéric Boyer interroge notre humanité, le poids de la conscience qui pèse sur nos crânes.
Il dépose au plein jour notre incapacité à vivre dans la pure présence, cela même qui nous mord le coeur et nous déchire l'âme.
Les vaches sont les carmélites de l'herbe. Elles ne prient pas, elles broutent. Elles n'attendent rien, elles sont. Elles veillent sur les champs, gardiennes d'un secret inconnu aux hommes. Leurs cloches sonnent à toute volée des messes joyeuses, à ciel ouvert. Ont-elles un dieu ? Alors ce ne peut être que le soleil, ce frère de chaleur qui, de ses pis, les arrose du doux breuvage de sa grande mamelle rouge. Je n'ai jamais lu plus belles pages sur ces épouses des prés, ni croisé de regard plus doux qu'en leurs yeux d'innocentes.
« Les vaches ont des robes pleines de ronces et de fleurs et de poudre des champs. Elles ne savent rien de l'exception de la vie terrestre sous les étoiles. Rien de l'exception de notre vie banale dans l'univers féroce toujours plein de notre cruelle errance avec dans la prairie tant de victoires perdues.
Comment expliquer l'impression qu'elles donnent d'être traversées par la vie même? d'avoir une puissance identique à la vie? Cette vie nue dans les champs. Cette vie sans propriétés. Ce corps immense et lourd et patient des vaches.
L'injustice des paysages rend si inquiétante dans sa quiétude temporelle la gratuite existence sans appel, sans justification des vaches.
Les vaches aimaient s'asseoir dans le soleil et s'arroser de poudre des champs, s'asperger de poussière des talus, s'envelopper de fines particules d'insectes bourdonnants. » (p. 9-10)
Pour pasticher le poème en prose de Baudelaire, intitulé “L'Etranger”, j'en reprendrais la fin, après la dernière question posée à l'étranger :
« – Eh! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger?
– J'aime les vaches... les vaches qui paissent là-bas... là-bas... les merveilleuses vaches! »
Thibault Marconnet
26/01/2013
Lien : http://le-semaphore.blogspot..
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
LabyrinthiquesLabyrinthiques   25 juin 2014
Plus nous regardions les vaches plus nous nous haïssions. À quoi aurions-nous ressemblé sans les vaches ?

Elles inondent les prés de leur géométrie massive et lente.
Toutes les fois où les vaches pensent à la mort, quelqu’un tue une vache. Dans chaque vache il y a quelqu’un à tuer. Un monstre à sacrifier qui n’est pas la vache elle-même mais très probablement nous-mêmes.

Nous disons : si la vache maîtrise le langage – et donc son application – elle doit forcément savoir ce que signifient les mots. Et nous la frappons sans retenue quand elle ne sait pas et qu’elle ne vient pas à l’appel de son nom de vache.

Probablement que les vaches nous rappellent impitoyablement quelqu’un.
Les vaches ont trouvé ennuyeux de n’aimer personne. Pourquoi aiment-elles ce qu’elles aiment sinon pour ne pas aimer personne, sinon pour ne pas mourir seules – ce à quoi elles n’échapperont pas ?

Le poison ce fut d’espérer qu’elles puissent exprimer un jour ce qu’elles aimaient.
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ThibaultMarconnetThibaultMarconnet   12 septembre 2020
Les vaches ont des robes pleines de ronces et de fleurs et de poudre des champs. Elles ne savent rien de l’exception de la vie terrestre sous les étoiles. Rien de l’exception de notre vie banale dans l’univers féroce toujours plein de notre cruelle errance avec dans la prairie tant de victoires perdues.
Comment expliquer l’impression qu’elles donnent d’être traversées par la vie même? d’avoir une puissance identique à la vie? Cette vie nue dans les champs. Cette vie sans propriétés. Ce corps immense et lourd et patient des vaches.
L’injustice des paysages rend si inquiétante dans sa quiétude temporelle la gratuite existence sans appel, sans justification des vaches.
Les vaches aimaient s’asseoir dans le soleil et s’arroser de poudre des champs, s’asperger de poussière des talus, s’envelopper de fines particules d’insectes bourdonnants.
(p. 9-10)
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chrysalidechrysalide   26 juillet 2020
Les vaches ne lisent pas dans nos cœurs. Elles ne nous comprennent pas mieux que nous-mêmes. Jamais elles ne nous demandent notre reconnaissance ni notre gratitude ni notre haine comme nous le demandons à nous-mêmes. Et jamais nous ne nous les avons contemplées dans leur vérité.

Frédéric Boyer.
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chrysalidechrysalide   26 juillet 2020
Qui vous a permis, demandent les vaches, de manger poissons, viandes, légumes et fruits, salades, oiseaux et de manger tant ? (...) Qui vous a permis d’avaler l’ombre du ciel et de la terre ? Le trèfle jaune, les fleurs d’automne, et la bile noire et le sang de l’enfer, les si douces forêts, les temps morts ? Qui vous a permis d’avoir des dieux ?
De multiplier les cultes de mort, de traquer la vie, de la mutiler, d’étouffer entre autres la vie avec des lois, des devoirs, des empires ?
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chrysalidechrysalide   26 juillet 2020
La mémoire des vaches n’a pas de profondeur. Elle est plate et douce et répétitive comme un très vieux chant. Elle contient des choses inoubliables et semblables à jamais.

Frédéric Boyer
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Videos de Frédéric Boyer (43) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Frédéric Boyer
L'émission "Du jour au lendemain" (qui a pris fin il y a peu), était animée par Alain Veinstein et diffusée du lundi au vendredi sur les ondes de France Culture. Le 26/02/2013, Alain Veinstein recevait l'écrivain français Frédéric Boyer, - auteur de "Rappeler Roland" (P.O.L). - à signaler le spectacle "Rappeler Roland", dans une mise en scène de Ludovic Lagarde, avec Pierre Baux, à la Comédie de Reims, du 19 au 23 mars -
Invité : Frédéric Boyer, écrivain
Thèmes : Littérature| Essai| Littérature Contemporaine| Poésie
Frédéric Boyer
Le thème de la bataille et de ses représentations dans notre culture est au cœur de la proposition de Frédéric Boyer. Il s’est intéressé à l’écriture de cette épopée, la Chanson de Roland, la première en langue française, le premier grand texte français qui s’éprend de la défaite pour chanter la gloire d’un empire fantasmé (celui de Charlemagne), 350 ans après les faits, et au moment où l’Europe médiévale se lance dans les croisades. Frédéric Boyer va jusqu’à interroger la lente déformation de la légende médiévale dans l’Europe de la Renaissance. Le fantôme de Roland est partout présent. Il semble gêner jusqu’au merveilleux Don Quichotte qui en fait un de ses modèles certes, mais avec difficulté devant la folie, la fureur qu’on lui prête alors. Quelles blessures, quel trauma cherche-t-on à exorciser avec une telle création ? Raconter la bataille (ou la représenter), au-delà de ses fonctions politiques, religieuses, idéologiques, a d’autres effets et sans doute d’autres origines.
"Rappeler Roland" est un triptyque composé d’un texte original, « Rappeler Roland », monologue écrit pour la scène dont la création se fera en deux temps, à l’auditorium du musée du Louvre le 19 janvier 2012 et à la Comédie de Reims en mars 2013 ; d’une nouvelle traduction intégrale de la "Chanson de Roland" (version du manuscrit d’Oxford qui date du XIIe siècle) qui tente d’offrir en français contemporain une version en décasyllabes avec respect de la césure épique (4 + 6) ; et d’un essai, « Cahier Roland » (se battre est une fête), consacré au thème de la bataille et du combat dans notre culture, à partir de l’histoire mystérieuse de la Chanson de Roland. Aujourd’hui Frédéric Boyer veut rappeler Roland... Dans les mots et dans les défaites contemporaines. Dans les guerres que nous n’avons pas connues et les batailles que d’autres livrent pour nous aux confins d’un monde déchiré.
Source : France Culture
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