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EAN : 9782253106517
528 pages
Le Livre de Poche (06/04/2022)
4.18/5   104 notes
Résumé :
Propulsé dans la prêtrise par une tragédie familiale, Odran Yates est empli d’espoir et d’ambition. Lorsqu’il arrive au séminaire de Clonliffe dans les années 1970, les prêtres sont très respectés en Irlande, et Odran pense qu’il va consacrer sa vie au « bien ».
Quarante ans plus tard, la dévotion d’Odran est rattrapée par des révélations qui ébranlent la foi du peuple irlandais. Il voit ses amis jugés, ses collègues emprisonnés, la vie de jeunes paroissiens ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (40) Voir plus Ajouter une critique
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LaBiblidOnee
  27 mai 2021
… "que celui qui ne veut voir", dit la Bible. Que son âme complice aille en paix*…

C'est la série télé « Ainsi soient-ils » sur Arté, qui m'a donné envie de cette lecture. La série racontait l'arrivée au séminaire d'une poignée de jeunes d'aujourd'hui, leurs questionnements, leurs satisfactions mais aussi leurs sacrifices, leurs débuts dans la prêtrise et même, en filigrane, les arcanes du pouvoir de Rome et au sein de l'Eglise catholique de France. Un mélange d'ombres et de lumière très réussi, qui m'a donné envie de découvrir John Boyne avec ce titre. On y voyait la place de la femme au sein de l'Eglise mais aussi dans la vie de ces jeunes prêtres, selon lesquels le mariage n'empêcherait pas la vocation et même l'aurait simplifiée. Sans que la liste soit exhaustive, on y abordait aussi la question de l'homosexualité ainsi que celle de la pédophilie.

Tous ces thèmes sont finement explorés par John Boyne dans ce roman. On y rencontre le père Odran Yates dans les années 2010 et il va nous raconter son histoire au gré de ses associations d'idées, de manière non-linéaire. de l'injonction de sa mère qui lui a choisi ce métier, jusqu'à son ordination au Vatican où il a commis certaines erreurs lors de l'élection du nouveau Pape, il nous fait visiter les coulisses de ces vies hors du commun des mortels. Sa vie s'imbrique avec celle de l'Eglise. En voyageant dans le temps, on ressent l'image de l'Eglise qui change dans le regard des gens mais au départ tout est suggéré, rien n'est dit. Et cette misogynie qui empire avec la libération de la femme… Nous suivons le parcours d'Odran Yate depuis son enfance dans les années 60 jusqu'à maintenant : ce qui l'a poussé à devenir prêtre, la formation qu'il a reçue, les collègues qu'il y a rencontrés puis les premières affectations, les premières mutations, les premières erreurs, les premiers déboires…

Très vite le parcours d'Odran devient lié à son co-séminariste Tom. Tom n'avait pas la vocation, mais son père ultra-violent ne lui a pas laissé le choix. Il est donc devenu prêtre par défaut, et l'on s'interroge avec Odran : Comment ne s'est-il pas plus battu pour faire autre chose de sa vie ? Et surtout, comment les formateurs ne se sont pas aperçus qu'il n'avait pas la vocation, et lui ont confié des paroisses ? Car ils l'ont fait, et même plusieurs fois, puisque, curieusement, il était muté très souvent. C'est seulement lorsque l'évêque lui confie l'ancienne paroisse de Tom, qu'Odran le réalise, même si sa tranquillité d'esprit mettra du temps à voler en éclat. On demande souvent à Odran si, après son séjour à Rome, il n'a pas eu plus d'ambition que d'officier dans le collège catholique où il se sentait bien. A quoi il répond : « Que servirait-il à un homme de gagner tout le monde s'il y perdait son âme ? »…

****
J'ai beaucoup aimé ce roman de 400 pages, habilement monté. J'ai rapidement perçu le sujet qui allait prédominer sur les autres. Pourtant, je me demandais encore pourquoi l'auteur avait choisi de nous faire pénétrer les voies du Seigneur en racontant spécifiquement la vie du père Yates ; Ce n'est que dans les 110 dernières pages que j'ai compris l'enjeu de ma question. Par cette mise en abîme de la problématique qu'il soulève, John Boyne construit efficacement son propos autour d'un suspense léger mais assez efficace pour maintenir notre intérêt jusqu'au bout.

Il n'épargne pas Odran qui, bien que gentil, demeure lâchement mou et ne semble pas habité par ce qu'il appelle pourtant sa vocation : « Aucun de nous n'est innocent », comprendra-t-il trop tard, coupable de n'avoir pas voulu voir les signes, ni s'investir vraiment dans sa mission pour le bien « contre le mal ». Coupable de préférer sa propre tranquillité aux remous de la vérité. Mais celle-ci finit toujours par éclater, par éclabousser et mouiller tout le monde. Car moralement, il est impossible de se cacher longtemps derrière la responsabilité de l'abstraite « institution » : Derrière cette abstraction il y a des hommes, dont chacun est censé avoir « charge d'âmes ». C'est pourquoi l'Irlande, population très croyante, a été extrêmement ébranlée de prendre conscience qu'on ne pouvait même plus avoir confiance en ce refuge qu'est censé être la religion.

L'auteur rappelle ici que certains sujets méritent de ne pas être tus, car voilà où mènent les tabous… « Il n'est pire aveugle » sonne comme une accusation, envers une institution mais aussi envers chacun de ses maillons. Il sonne aussi comme une prière, celle d'ouvrir les yeux sur nos responsabilités respectives au quotidien, avant de ne plus pouvoir fermer l'oeil. Celui de la culpabilité, de la conscience. « Et Caïn dit « Cet oeil me regarde toujours! » (V. Hugo).


* réf. à la formule vade in pace (va en paix) prononcée lorsqu'un prisonnier était mis au cachot. Cachot souterrain d'un monastère, dans lequel certains coupables étaient enfermés.
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dannso
  12 mai 2022
Il n'est pire aveugle ... que celui qui ne veut pas voir.
Que cette expression biblique est bien choisie et résume parfaitement ce roman complexe et si finement construit.
Qui est-il Odrian Yates : vraiment innocent, dans le sens incapable de voir le mal, pitoyable lorsqu'il démontre son incapacité à entrevoir la réalité ou tout simplement méprisable ?
Il savait au fond de lui, mais ne voulait pas le reconnaitre . L'admettre l'aurait forcé à réagir, il a fait l'autruche, la tête dans le sable, n'a rien dit, rien fait, et se révèle dont être complice de ce qui s'est passé.
L'auteur dénonce à nouveau dans ce livre les dérives de l'église irlandaise. Après avoir traité dans Les fureurs invisibles du coeur du traitement inique infligé aux filles mères et aux homosexuels, il nous parle ici de la pédophilie et de la loi du silence qui a régné au sein de la hiérarchie religieuse et laissé perdurer ces crimes.
C'est un livre au sujet fort, abordé à travers la vie d'Odrian, jeune garçon qui se laisse convaincre de devenir prêtre et qui vivra de l'intérieur ce crime de l'église, même s'il n'en a jamais été auteur. Dans une construction habile, qui ne suit pas la chronologie, John Boyne aborde les moments clés de la vie de cet homme, qui n'aura pas vraiment vécu, toujours revêtu de son habit noir et de son col blanc, qui lui vaudront tout à tour et suivant l'époque le respect, puis la vindicte populaire. A la faveur des différents événements relatés, l'auteur détaille la toute puissance de l'église, la façon dont elle a occulté le problème, se contentant de déplacer les prêtes pédophiles, pour éviter le scandale, leur permettant ainsi de trouver de la chair fraiche.
Un sujet très douloureux et malheureusement encore actuel, magnifiquement traité par l'auteur.
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bilodoh
  07 novembre 2021
L'émotion, les interrogations, l'incompréhension, la honte et les remords d'un complice involontaire, un prêtre au milieu du scandale des abus commis sur des enfants, une tourmente qui secoue l'Irlande catholique.

À travers des chapitres qui mélangent la chronologie, on aura un retour sur son enfance où sa mère veuve a un jour affirmé avoir entendu pour lui l'appel de Dieu : il est fait pour devenir prêtre. Il ne remettra jamais sa vocation en question et conservera la foi, même s'il s'interrogera un jour sur le célibat des prêtres.

Même si au titre du livre, on perçoit tout de suite qu'il souffre d'aveuglement volontaire, on arrive à comprendre le drame des « bons » religieux, ceux qui se sont comportés honorablement, qui ont travaillé à éduquer les jeunes et qui sont aujourd'hui discrédités par les terribles agissements de leurs collègues.

Un roman qui raconte les conséquences pour les victimes (dont certaines sont allées jusqu'au suicide), mais qui s'attarde aussi au comportement de la hiérarchie de l'Église qui a tout fait pour étouffer les scandales, infligeant au criminel, comme seul châtiment, d'être muté dans un autre village où il pourrait recommencer à sévir impunément. Des flèches atteindront même le Pape Jean-Paul II qui, comme chef de l'Église, n'a rien fait pour protéger les innocents.

Un roman humain, sur des vies bouleversées, sur un sujet difficile, mais malheureusement toujours actuel.
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sylvaine
  18 juillet 2021
"Pardonnez-nous pour les cas d'abus en Irlande.” Pape François le 27 août 2018 lors de son voyage en République d'Irlande.
Odran Yates à 16 ans lorsqu'il entre au Séminaire et fait la connaissance de Tom Cardle qui devient son ami le plus proche et partage sa cellule. Les années passent. Odran est affecté à Teremore College et s'y plait pendant que Tom passe d'une paroisse à l'autre .. jusqu'au moment où on impose à Odran de remplacer Tom dans sa dernière paroisse...
John Boyne aborde dans ce roman un sujet douloureux et une fois de plus son immense talent déjoue les embûches. Peut-on pardonner à celui qui aurait du voir et n'a rien vu ou n'a rien voulu voir? Il n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir .. un dicton à méditer encore et toujours.
Miroir ou boomerang un texte qui "secoue le cocotier!"
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thedoc
  24 mai 2022
Odran Yates a eu la vocation à 16 ans. C'est du moins ce que lui a dit un jour sa mère et il n'en a pas douté. A 17 ans, il rentre donc au séminaire de Clonliffe College pour devenir prêtre et il le restera toute sa vie, tentant d'accomplir son devoir envers Dieu et les hommes du mieux qu'il le peut. Lorsqu'Odran débute sa prêtrise en Irlande, nous sommes dans les années 1970. Dans ce pays profondément catholique, les prêtres sont respectés, écoutés et craints. Si ces derniers n'ont pas tous la même foi qu'Odran, tous ont l'envie d'oeuvrer à un monde meilleur. du moins le croit-il... Au fil des années, les scandales de pédophilie se dévoilent au grand jour et les choses s'inversent. Odran doit affronter un nouveau monde où l'Église irlandaise est remise en question, voire conspuée et accusée. Les convictions du prêtre sont remises en question sur ce en quoi il croyait, sur un système, sur des hommes, sur lui-même.
« Il n'est pire aveugle… que celui qui ne veut pas voir ». Cette citation tirée de la Bible fait référence à la phrase prononcée par Jésus pour qualifier les hommes et femmes refusant de l'accepter comme étant le fils de Dieu, malgré les miracles qu'il aurait produits devant eux. Bien loin d'événements miraculeux, John Boyne détourne ici ce passage pour parler de l'aveuglement du personnage principal, Odran Yates, face aux crimes pédophiles – bien réels ceux-là - perpétrés par son meilleur ami, prêtre comme lui. Et très certainement de son propre aveuglement face à ce qu'il savait depuis longtemps.
L'excellent écrivain irlandais qui m'avait déjà séduite avec son roman «Les fureurs invisibles du coeur », revient donc ici avec un sujet déjà abordé dans ce dernier roman : le pouvoir de l'Eglise catholique en Irlande et ses effets néfastes. le thème y est cette fois-ci central puisqu'à la suite d'Odran Yates, nous plongeons totalement dans le milieu de la prêtrise catholique. Des premières années de séminaire aux différentes missions paroissiales en passant par les arcanes du pouvoir du simple évêché jusqu'au palais épiscopal, l'auteur nous décrit un monde fermé, secret et sans scrupule, à tous les niveaux. de la misogynie à la pédophilie, les hommes de Dieu feraient pâlir le pire des criminels dans leur volonté absolue de nier, de cacher et de s'absoudre.
Mais les temps changent, heureusement, et la honte n'est plus du côté des victimes.
Poids du silence, complicité et culpabilité sont au coeur de ce roman qui nous dessine une société irlandaise en prise avec ses démons, un pouvoir religieux qui s'effondre, des victimes par milliers qui crient leur haine de l'Église, des hommes sincèrement pieux qui sont perdus et d'autres qui n'auraient jamais dû devenir prêtres. Ce système archaïque où la femme est pécheresse et où la chair n'est que souillure est-il la cause de tous ces crimes abominables ?
John Boyne a un talent fou pour nous décrire des personnages et leurs tourments. Les suivre est un vrai plaisir de lecture et nous entrons de plain pied dans leur histoire. Si ce n'est les chapitres qui mélangent la chronologie – ce qui m'a quelque fois gênée, ce roman est une pure réussite, comme le précédent. L'auteur use de finesse pour aborder un sujet ô combien douloureux, tout en dépeignant à la fois le traumatisme des victimes et la complicité par le silence de son personnage principal qui n'ose ouvrir les yeux.
Un roman entêtant qui nous laisse un arrière-goût nauséabond et une confiance à jamais détruite tant que rien ne changera.
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critiques presse (1)
SudOuestPresse   17 avril 2022
Avec fraîcheur et légèreté l’Irlandais John Boyne se moque dans « Le Syndrome du canal carpien » de notre dépendance aux écrans dans la vie quotidienne.
Lire la critique sur le site : SudOuestPresse
Citations et extraits (47) Voir plus Ajouter une citation
thedocthedoc   24 mai 2022
- Un problème, Votre Sainteté ?
Il hocha la tête et massa l'arête de son nez entre le pouce et l'index. "Oui, Odran.
- Puis-je vous demander quel genre de problème ?
- Un souci que mon prédécesseur a choisi d'ignorer, répondit-il en secouant la tête, auquel j'ai l'intention de m'atteler. J'ai lu certaines choses qui... - Il marqua une pause et soupira. - Des choses qui me font m'interroger sur le genre d'hommes qui dirigent l'Eglise là-bas. C'est un des mille problèmes dont il faut que je m'occupe, mais je le ferai bientôt, je vous le promets. Et par Dieu, j'y mettrai fin. D'ici là...
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thedocthedoc   23 mai 2022
Et pourtant, et pourtant.... il y avait tellement de contradictions qui fourmillaient dans ma tête. Tellement de soupçons. Des événements pendant ces années, des choses que j'avais remarquées et ignorées, mais qui me hantaient, encore aujourd'hui. Avais-je une part de responsabilité là-dedans ?
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thedocthedoc   23 mai 2022
Cela devait être terrible de savoir qu'on avait été un mauvais parent, mais c'était pire de savoir qu'on avait été un enfant ingrat.
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thedocthedoc   18 mai 2022
Je croyais en Dieu, en l'Eglise, au pouvoir du christianisme de promouvoir un monde meilleur. Je croyais que la prêtrise était une vocation noble, pratiquée par des hommes qui voulaient répandre la bienveillance et la charité. Je croyais que le Seigneur m'avait choisi pour une raison précise. Je n'avais pas besoin de chercher cette foi, elle faisait tout simplement partie de moi. Et je pensais que ça ne changerait jamais.
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ChristlbouquineChristlbouquine   14 mai 2021
C’était à des moments comme celui-là que j’aurais aimé être là-bas pour ranger, au lieu de me trouver dans ce presbytère, obligé de fouiller pour découvrir un problème personnel que je serais probablement incapable de résoudre de toute façon. Pourquoi s’adressaient-ils à moi, pour commencer, alors que je ne savais rien de la vie ?
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Vidéo de John Boyne
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