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Janine Marc-Pezet (Éditeur scientifique)
ISBN : 2845970390
Éditeur : Textuel (04/10/2001)

Note moyenne : 4.5/5 (sur 6 notes)
Résumé :
"Tu es l'ami du meilleur de moi-même" confiait Brassens à Toussenot. Ce sont les lettres que le chanteur envoya, entre 1946 et 1950, à son ami Roger Toussenot, philosophe, qui sont ici publiées pour la première fois. Si ce sont leurs convictions libertaires qui les unissent, leur dialogue va bien au-delà. On y découvre les goûts littéraires de Georges Brassens, ses doutes, ses passions -alors qu'il est en plein apprentissage de l'écriture- et l'extrême dénuement dan... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
mariecesttout
  23 février 2014
Le jeune Georges Charles Brassens a entretenu une correspondance enthousiaste avec Roger Toussenot, journaliste rencontré dans les couloirs du journal le Libertaire.
« Toi, tu es l'ami du meilleur de moi-même. »
Dans cette édition, seules les lettres de Brassens sont reproduites. Elles permettent de suivre une période charnière dans la vie de l'artiste.
De 1946 à 1952, il passe d'une vie de reclus et de disette aux premiers succès : le premier album 33 tours (La mauvaise réputation) sort en 1953.
Roger Toussenot devient, à distance, son oxygène, sa nourriture, lui qui apporte ou envoie des victuailles et surtout matière à alimenter et faire mûrir l'esprit du texte tel que Brassens le défendra quelques années après :" C'est toi, abominable philosophe, qui m'excites, qui me pousses, qui prend un plaisir sadique à me faire penser, à me rendre intelligent ! Comme si le fait d'être ne suffisait pas à un homme de ma condition, il faut encore que tu m'obliges à survoler, bandit ! ".cité par Pierre Bachy.
Ces lettres de Georges Brassens nous éclairent sur ses goûts littéraires, sur son écriture et son goût des mots , mais aussi sur l'état de misère dans lequel il vivait chez la fameuse Jeanne, qui l'avait accueilli.
Souvent, il écrivait, mais le problème était de poster la lettre, car personne n'avait les moyens d'acheter un timbre...:
"Quand nous ne mangeons qu'une fois (et encore c'est une façon de parler) toutes les quarante-huit heures, il ne m'est pas possible de t'adresser du courrier car les forces me manquent et je ne m'occupe que de vie intérieure et de soucis de surface"(août 1949).
Quelques lettres, ou extraits:
"Paris, 2 juillet 1948
...Ceci- dit, et pour être emmerdant, j'ajouterai que ton entêtement à engueuler les cuistres me fait peur. Je sais bien que la majorité des hommes " a tué les restes de son enfance", " a trahi sa jeunesse", etc ( Toussenot dixit). Corne d'Auroch le sait. Quelques autres le savent. Mais la multitude, elle, ne peut pas le savoir. Alors pourquoi le dire? Besoin de véhémence? Soulagement physique? Pourquoi l'écrire plus précisément? Te voilà maintenant en contradiction avec tes théories! Oui, je sais aussi que Baudelaire considérait le droit de se contredire comme une noble nécessité de l'homme bien né. de même, n'est -ce-pas toi qui me l'a appris? Valéry posait comme condition d'existence de l'Esprit la possibilité de contradiction. Oui, bien sûr! Mais quand même, quelle fatigue inutile! Tes insultes sont encore un hommage à leur connerie! Chacune de tes polémiques ( excellentes d'ailleurs, beaucoup trop excellentes) est un poème fracassant à la gloire de la bêtise humaine. Il est pour le moins savoureux de voir un type très intelligent se préoccuper à ce point de la sottise et de la médiocrité de la société de son temps. Pour un homme de valeur, il n'y a pas de connerie, il ne doit pas y en avoir! Tu vois trop la vérité, tu désenchantes tout ce que tu touches. Tu es le destructeur de tes trésors, malheureux! Plus je te connais, plus je sens qu'il y a du Nietzsche dans ta nature.
Tu parles, tu parles de façon éblouissante certes, mais tu parles et tu ne devrais que chanter. CHANTER, comprends-tu? Vois-tu, tu es trop violent avec les imbéciles, trop intégral. Pourquoi ne pratiquerais-tu pas la théorie de la non-violence? Ils sont cons, c'est un fait, mais que veux tu y faire? Tu ne dis rien aux aveugles qui ne voient pas. Alors! Crois moi, laisse les sots à leur sottise. Crée des fêtes. Pense à tes amis.
Trouve la paix. Redécouvre les voluptés perdues. Deviens l'artisan de ton âme, le musicien de ton silence, l'écrivain de ton génie. Et excuse moi de te souhaiter avec un autre comportement. Tu sais bien que mon amitié n'a rien à voir avec les conseils que je te donne. Tu es: cela suffit. le reste est littérature!
...Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme."
Merveilleux, non?
"Il pleut et je reviens tout seul de voir le tableau de Paris voilé de brume. Je hante la bibliothèque. J'y admire les merveilles du monde et la mesure sublime de ce que les hommes pourraient faire s'ils ne devenaient pas des grandes personnes.
C'est Chamfort qui mettra la dernière main à cette lettre en disant pour nous: " Il y a des redites pour l'oreille et pour l'esprit; il n'y en a pas pour le coeur."
Un autre recopiage en citation..
Toute la charpente de son oeuvre est dans ces lettres... écrites avec humour, poésie et une grande sincérité.
Un très beau livre pour qui aime Georges Brassens.
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BrassensToussenot
  03 novembre 2014
Les « Lettres à Toussenot » sont parues la première fois en 2001 en un recueil composé par Janine Marc-Pezet.
En 2001, alors qu'elle prépare l'exposition pour les 20 ans de la disparition du chanteur, Janine Marc-Pézet demande à Agathe Fallet, veuve de l'écrivain, si elle a connaissance d'une oeuvre inédite de Brassens à mettre en avant. Celle-ci lui fait alors part de l'existence des lettres à Toussenot…
Elles furent tout d'abord confiées par Roger Toussenot à Pierre Onténiente (le secrétaire de Brassens, dit "Gibraltar") en 1954 "afin d'éclairerplus réellement l'invisibilité d'un grand poète de la révolte et de la mort". Puis, les lettres sont oubliées (sous un meuble !) jusqu'au 24 janvier 1966 lorsque René Fallet, écrivain et ami du chanteur, note dans son journal :
« Georges me confie des lettres écrites par lui à Roger Toussenot entre 1946 et 1951. Beau document sur la misère connue en ces temps à l'impasse Florimond. »
René Fallet est l'ami le plus proche de Brassens. Décrit si souvent comme très pudique et peu enclin aux grandes démonstrations, le fait que Brassens confie ces lettres à Fallet est une immense preuve d'amitié.
De cette riche correspondance ne semblent avoir subsisté que les lettres de Brassens à son ami lyonnais, Roger Toussenot. Ils se sont rencontrés en 1946, quai de Valmy, au siège du journal anarchiste « le Libertaire ».
Né en 1926 à Lyon, Roger Toussenot est, tout comme Brassens, féru de littérature et plus encore de philosophie. A ce sujet, Emile Miramont (le fameux « Corne d'Aurochs ») dira :
« En matière de philosophie, Roger Toussenot avait tout lu ».
Dès 1948, Toussenot se lance dans l'écriture de ses « Fragments », journal intime et philosophique, dans lequel il laisse libre cours à son esprit critique et au travers duquel on découvre un homme solitaire, tourmenté et passionnant.
Une amitié profonde et sincère naît entre eux : Toussenot le philosophe et Brassens le poète. Ils commencent à s'écrire dès 1946 ; ils ont respectivement 20 et 25 ans.
Toussenot provoque intellectuellement Brassens qui se dit, dans un premier temps, « pas à l'aise dans la convention épistolaire». Une bulle d'intimité et de connivence, d'amitié et de poésie, se crée entre eux.
« Toi, tu es l'ami du meilleur de moi-même », écrit Georges à Roger.
Brassens et Toussenot à Paris, devant le Pont-Alexandre III, probablement vers 1948.
Ils évoquent leurs goûts littéraires, se font découvrir plusieurs auteurs (Gide, Valéry, Prévert, Aragon…) tout en se repaissant de ceux qu'ils ont en commun (Baudelaire, Hugo, Anna de Noailles, Villon…). Leurs philosophies respectives et leurs divergences fleurissent au détour d'un mot, d'un événement, d'un manque.
Dans ses lettres, Brassens confie à Toussenot qu'il souhaite vendre ses chansons « autrement jamais notre plume ne nous fera vivre». Toussenot fait parti de ses premiers lecteurs avec Jeanne, Marcel et Corne d'Aurochs...
En 1952, Patachou lance Brassens sur scène et le succès vient alors rapidement. Leur correspondance, déclinante depuis la fin 1951, s'interrompt définitivement. Brassens n'a plus le temps d'écrire, et Toussenot, selon les propres mots du chanteur dans une lettre à son ami Marcel Renot, devient « terrible ! ». Cependant, nous le savons grâce aux « Fragments » de Toussenot, les deux amis se reverront à plusieurs reprises en 1953 et 1954, le chanteur allant lui rendre visite durant ses tournées ou en revenant de Sète… les copains d'abord !
Roger Toussenot décède à 38 ans, le 31 mai 1964 à Lyon, dans le dénuement le plus total. Georges Brassens paiera les obsèques…
En novembre 1964 paraît « Les Copains d'Abord », 10ème disque de Brassens. On y retrouve la chanson « Les Quat'Z'Arts » : « (...) les vrais enterrements viennent de commencer… »
La Compagnie "Je Suis Ton Père" présentera dès le 9 janvier 2015 au Guichet Montparnasse (Paris 14ème) son nouveau spectacle intitulé "GEORGES BRASSENS, lettres àToussenot". le spectacle se jouera deux fois par semaines durant 3 mois, les vendredi et samedi à 19h, jusqu'au 28 mars 2015.
Lien : http://fr.ulule.com/brassens..
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
mariecesttoutmariecesttout   23 février 2014
Paris, jeudi 8 juin 1950

Mon cher vieux,

Je crains que tu n’attaches trop d’importance aux diverses critiques que je te prodigue depuis quelques temps. Il se peut que je me trompe en jugeant l’expression de ta pensée. Cela m’est déjà arrivé. Et cela m’arrivera encore. Je suis parfois étourdi…..Je vais aborder maintenant un sujet qui me tient à cœur : les rapports des mots et des idées. Ne commence pas par me dire que tu es d’accord. Je ne te demande pas ton avis, que je connais ; je te donne le mien. D’abord, chez moi,le mot a une importance capitale. J’ai appris des mots qui ont fini par devenir des idées. Les mots me plaisent par leur son, par ce que tu appellerais « la musique extérieure ». Je ne veux plus savoir les noms de ceux qui m’ont poussé dans cette voie. Parmi les contemporains du surréalisme, il y a Max Jacob en particulier. Jacob a dit à quelque chose près : « Le sens des mots a moins d’importance que le son ( l’euphonie) ». Et ceci est capital. Mais, cependant, il faut tenir compte que l’un des poètes que j’estime le plus se nomme La Fontaine et que, de ce fait, j’entends tout de même tirer de chacun de mes mots le maximum de signification, ou, si tu aimes mieux : d’ironie, de saveur ,et même de morale. Verlaine a exprimé les mêmes concepts dans ce poème que tu prises plus que les autres, me semble-t-il : « De la musique avant toute chose… » …Chez toi, ce sont les pensées, les idées déjà pensées qui créent les mots. Tu es sans doute meilleur penseur que moi ! Je pense en mots ! Et si j’étais seulement sculpteur, je ferais comme le héros du conte de Wilde, je penserais en bronze. Comprends moi : les idées ne m’émeuvent réellement qu’à travers un autre ( comme toi). Dans mon alchimie, c’est l’émerveillement de l’image obtenue qui me rend reconnaissant envers la pensée à l’instant précis où je me sens plus profond, plus réel. Mon langage est l’incantation, comme Villon. Le tien est l’aphorisme, l’axiome ou la prose philosophique. A longueur de journées, en haussant les épaules, je me dis des trucs philosophiques que je ne juge pas nécessaire d’écrire, tandis que toi, à longueur de journées, tu contes de ravissantes choses, non moins philosophiques certes mais libérées de l’ambition terrible du mot « philosophique » a priori, et que tu ne juges pas digne de figurer dans tes cartons.
De cette différence de nature vient notre affectueux antagonisme. Bon, tu vas venir. Je m’expliquerai mieux lorsque tu seras en face de moi. L’important, a dit Léautaud, n’est pas de faire des chefs-d’œuvres, c’est de se donner du plaisir. Idée peu grandiose, j’en conviens, peu faite pour un Michel-Ange dont tu sembles connaître les vers traduits en français ( où les as-tu-pris ?)mais pleine de piquant et pas sotte . Je pense comme Léautaud et j’écris au jour le jour, en amateur. Bonafé appréciait beaucoup mon manque de spécialisation et cette fantaisie grave. Je ne suis rien avant la lettre, je n’ai pas de doctrine, d’idée vivant plus longtemps que les roses, et j’aime que tu diffères de moi. Récréation chaque jour, mort chaque nuit, et résurrection obligée par le souffle invisible qui fait que nous nous rencontrons à travers l’espace et le temps…

Je t’embrasse

Georges
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FurtifFurtif   24 janvier 2016
J'allais tranquillement chez Renot. J'avais le temps. Rue Castagnary, je fus dépassé par un invraisemblable motocycliste qui ressemblait à Robin. C'était lui en effet. Il venait de chez moi. Nous avons parlé de beaucoup de choses et nous sommes tombés d’accord sur la vanité et l'inutilité de tout (« Des mots… Des mots… »). Tout acte est le produit plus ou moins touchant d'une erreur. J’ai un mal de chien, mon pauvre vieux, à rapporter les lignes principales de notre conversation. Il envisage le suicide avec sérénité et nous a confié son intention d'épouser une Hongroise désireuse de rester en France (?). Je lui ai longuement parlé de toi. Mais il est incapable de te trouver un emploi. Il gesticulait et se grattait consciencieusement le sexe devant la gare Montparnasse. Les figurants qui nous croisaient ont dû le prendre pour un con. Il semblait heureux de me parler. Nous étions ses premiers amis depuis la mort de son père. Il y avait dans cette rencontre comme une buée attendrissante et comme une douce tristesse. […]
(p. 61 11 août 1948)
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philubiphilubi   25 mai 2010
La seule révolution possible, c'est essayer de s'améliorer soi-même... en espérant que les autres fassent la même démarche.
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philubiphilubi   25 mai 2010
Mon vieux, je plaisante pour mieux te faire mesurer le sérieux qui est en moi. Tu sais bien que nous pleurons le plus souvnt avec la discrétion de la fantisie. Je chante pour mieux pleurer.
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Videos de Georges Brassens (10) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Georges Brassens
EN BATEAU AVEC GEORGES BRASSENS THALASSA PLANETE
Un film de Rémi Sautet 52' diffusé sur Planéte Thalassa en octobre et novembre 2011. Une version de ce film de 35' a été diffusée dans le magazine Thalassa sur France 3 en avril 2012
>Histoire, géographie, sciences auxiliaires de l'histoire>Biographie générale et généalogie>Biographie: artistes et sportifs (789)
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