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ISBN : 2370732806
Éditeur : Allary Editions (02/05/2019)

Note moyenne : 3.85/5 (sur 42 notes)
Résumé :
De la Grèce aux rives du lac Léman, une superbe fresque familiale.Un matin d'hiver 1977, Bruno K, professeur de littérature admiré par ses étudiants, se promène dans les rues de Genève. Alors qu'il devise silencieusement sur les jambes d'une jolie brune qui le précède, il s'écroule, mort. Quand ses deux frères Georgely et Alexakis apprennent la nouvelle, un espoir fou s'évanouit. Le soir même, ils auraient dû se retrouver au Victoria Hall à l'occasion d'un récital d... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (32) Voir plus Ajouter une critique
Ladybirdy
  04 juin 2019
J'aurai bien aimé mais j'ai pas pu... Pas pu m'attacher à cette saga familiale qui ne m'aura emmenée nulle part si ce n'est dans les confins de l'ennui et de la monotonie.
On suit ici la vie d'une mère dans les années 30, Koula et du destin de ses enfants. de son premier mariage auprès d'un suisse et de son second auprès d'un belge de 30 ans son aîné. On parcourt la Grèce, l'Egypte, la Suisse et la Belgique dans ses très nombreux déménagements.
Je n'ai pas accroché d'entrée de jeu à ce roman que j'ai trouvé insipide. J'ai néanmoins persévéré pour me laisser prendre par le bout des orteils milieu du livre pour enfin l'abandonner à sa toute fin. Je reproche à ce roman un manque latent de style, de charisme. Je n'ai ressenti aucune empathie pour les personnages faute à un manque cruel de descriptions et de psychologie. J'aime qu'un écrivain me décrive un minimum le physique et la personnalité de ses personnages. Ici nada. Je n'ai pu m'imaginer aucun des personnages. Pour ce qui est de la psychologie, pareil. La quatrième de couverture décrit une mère passionnée et possessive, je n'en ai rien ressenti de tel. Alors quand est-il du métier de chacun ? Aucune info. À moins que dans les années trente, personne ne travaillait. Les différents pays n'ont aucune part belle dans cette histoire. Ils logent les personnages. Point.
Je suis sévère mais les goûts et les couleurs, c'est une affaire bien mystérieuse. Et si c'est pour lire une saga familiale, il y a de la belle et passionnante littérature sur ce sujet. Bref, sans émotion ressentie, ma critique se montre sévère mais juste en regard de mes impressions.
#LaPartition #NetGalleyFrance
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Jmlyr
  30 mai 2019
Comme elle est belle, cette femme sur la couverture, avec son regard profond, mystérieux et triste aussi. Koula.
La partition, naissance d'une passion, puis la répartition.
Au-delà des silences, ceux de la portée aussi bien que les non-dits, j'ai ressenti la force des émotions, la mélodie de toute une vie, dans cette famille à la fratrie éparpillée, écartelée, en souffrance.
Une femme, un pays, un destin, la guerre qui dévie les chemins, les choix cornéliens, les enfants qui sont là comme des notes posées, des croches qui s'accrochent, ou qui décrochent.
L'amour qui unit, le désamour qui blesse, la jeunesse qui s'en va et avec elle tant de secrets. Enfouis. Une boîte que l'on ouvrira plus tard, et qui permettra de comprendre qui était cette mère. Déracinée. Déracinés. Sur la partition, plusieurs morceaux, des rythmes différents, une musique qui émeut au-delà des liens du sang, mais qui a orchestré tout cela ?
Chacun des protagonistes a des raisons bien personnelles de choisir où jouer ses concerts, ceux de son existence. J'ai aimé cette femme, son caractère, ses failles et sa force. J'ai aimé chacun de ses enfants, l'écriture fouillant leur âme au plus profond. J'ai moins aimé les douleurs que j'ai ressenties en déchiffrant la partition, note après note, mais l'ensemble m'a beaucoup émue.
Je remercie les éditions Allary et la plateforme NetGalley pour l'accès à ce très beau roman.
#LaPartition #NetGalleyFrance

Lien : https://motsdiresanshaine.bl..
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Cannetille
  25 mai 2019
Je remercie NetGalley et Allary Editions pour cette lecture qui s'est avérée un immense coup de coeur.

Le roman s'ouvre sur l'imminente réunion tant attendue de trois frères séparés par la vie, et qui pourtant ne pourra avoir lieu. La mort vient en effet de cueillir Bruno K, l'aîné cinquantenaire, sur le trottoir qui le menait au concert de son frère Alexakis. C'était le soir où, enfin, la fratrie devait se retrouver.

Ils sont trois, nés de 1922 à 1931, de mère grecque et de père suisse pour les deux premiers, belge pour le benjamin. C'est toute leur vie que nous allons découvrir dans ce récit à rebours, celui de trois enfants d'abord, séparés et ballottés entre trois pays, au rythme de la vie tumultueuse de leur mère Koula et des évènements de leur siècle. Et on peut dire que rien ne fut ordinaire dans leur existence, que ce soit celle de Bruno, contaminé in utero par la syphilis paternelle, de Georgely, abandonné en Suisse par sa mère contrainte de choisir entre ses fils lors de sa fuite loin de son mari, ou d'Alexakis, né deux fois : en 1931 en Egypte, mais officiellement en 1932 en Grèce après le divorce et le remariage maternels, et qui porta, tant pis, les robes roses prévues pour la fille tant désirée.

Si le récit se déroule du point de vue de l'aîné Bruno, le personnage central est véritablement Koula, mère possessive et dévorante, femme solaire au tempérament entier et volcanique qui la porte à tous les excès. Elle qui rêvait des stars et de la célébrité, mena sa vie avec la passion tragique d'une véritable diva, éclipsant son entourage dans l'ombre de son aura, car comment trouver sa place auprès d'un tel astre sans s'y brûler ?

Le récit a de tels accents d'authenticité et est émaillé de tant de détails qui ne s'inventent pas, qu'il paraît la remembrance d'une saga familiale véritable : ce qu'il est sans doute d'ailleurs, à lire, à la fin du livre, les remerciements de l'auteur à son père pour les courriers conservés, alors que chaque chapitre s'ouvre sur des extraits de lettres. On a dès lors l'intuition, peut-être fausse, que l'auteur, franco-suisse, pourrait être une descendante de Georgely ou de Bruno.

Quoi qu'il en soit, la narration, habilement construite, est captivante : en nous faisant entrer dans cette histoire par la fin, l'auteur installe d'emblée le lecteur dans une tension tragique qui ne se relâchera pas, contrebalancée par une légèreté de ton teintée d'humour qui donne au récit une tonalité douce-amère : celle du souvenir, du temps passé, de l'inéluctabilité du destin et de la mort qui vient sceller à jamais les séparations et les regrets.

L'écriture est délicieuse, les mots admirablement choisis, le ton toujours parfaitement juste dans cette évocation si profondément empathique. C'est avec une infinie tendresse que s'y mêlent constamment rire et larmes, dans une simplicité et une économie de style qui exaltent l'émotion. La partition est une pépite, une lecture d'autant plus marquante qu'elle vous va droit au coeur.

Lien : https://leslecturesdecanneti..
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Eve-Yeshe
  10 juillet 2019
On fait la connaissance de Bruno K. (on ne saura en fait jamais vraiment ce que signifie ce K. que l'on retrouve dans le nom du père…) en 1977, alors qu'il marche dans la rue, suivant une jeune fille dont il admire les jambes, et brusquement il s'écroule, mort ! il s'agit de retrouver sa famille, pour procéder aux démarches habituelles et cela s'avère compliqué…
Bruno avait trois frères, plus ou moins perdus de vue depuis des années, et ce roman propose de remonter le passé à la recherche de secrets de familles. Chaque chapitre propose une lettre de Bruno adressée le plus souvent à sa mère, pas toujours chronologiquement, mais servant de charpente à l'histoire qui se déroule en fait des années 20 à 1977.
La saga commence en Grèce, avec Koula, la mère de Bruno, et raconte un peu qui était sa mère Epistimi, et le grand-père colonel héros de guerre, mais en fait on en saura très peu à son sujet, l'auteure préférant insister sur les principes de l'éducation grecque à l'époque, notamment le statut des filles… Koula rencontre Paul Peter K, un représentant en porcelaine, l'épouse et le suit en Suisse.
Après une première grossesse, (Bruno) elle déchante car son mari est volage, sa belle-mère la Mutti, compatit car elle a vécu la même chose, puis un deuxième enfant fait son entrée Georges…
Koula ne supporte pas la situation et sur les conseils de la Mutti, repart en Grèce, avec Bruno, mais laisse derrière elle Georges. Elle finit par refaire sa vie avec Hyacinthe, alias Cintho, un homme plus âgé dont elle aura un enfant Alexakis. le décor est planté ! on imagine très bien que les trois frères ne vivront pas des relations « normales ».
Bruno apprend le piano, Alexakis sera violoniste et Georges un inventeur (la laisse élastique pour chien par exemple !) et une partition servira de toile de fond. Il s'agit du Concerto pur violon et orchestre de Beethoven.
Certes, les hésitations, les réflexions de Koula, semblent sincères, après tout on lui a demandé de choisir entre ses deux fils celui qu'elle emmènera, choix extrêmement violent pour retrouver sa liberté, mais cela ne suffit pas à la rendre sympathique. J'ai beaucoup pensé au « Choix de Sophie » en lisant la première partie.
Les amateurs de « mère toxique » seront servis, Koula a tout pour elle, son exubérance, son intolérance, son exigence, son rejet de toutes les femmes qui s'approchent de ses fils, les considérant comme des rivales. Elle est infecte, tellement imbuvable que je n'ai pas accroché du tout, j'ai terminé le roman pour voir où l'auteure voulait aller.
J'aurais aimé que Diane Brasseur laisse une part plus importante aux anciens, pour mieux comprendre le fonctionnement mental de Koula.
Un point positif : la manière dont elle évoque la syphilis, notamment la forme congénitale, et les répercussions sur la famille…
Grosse déception donc… en lisant les autres critiques sur ce roman, je me dis que peut-être je suis passée à côté; bien-sûr je viens de lire « Les déracinés » que j'ai adoré, donc la lecture qui suit un coup de coeur est toujours difficile à apprécier…
Un grand merci à NetGalley et aux éditions Allary qui m'ont permis de découvrir ce roman et son auteur.
#LaPartition #NetGalleyFrance
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isabelleisapure
  02 juin 2019
L'histoire commence par la mort du héros, Bruno K, sur un trottoir de Genève, le jour où il devait retrouver ses frères pour assister au concert de l'un d'entre- eux célèbre violoniste.
A partir de cet évènement dramatique, Diane Brasseur brosse le portrait de Koula, la mère, une femme éblouissante.
Entre la Grèce où elle est née et la Suisse où elle a suivi son mari, sa vie s'écoule sans réel bonheur.
Lasse d'être trompée, Koula repart en Grèce avec la complicité de sa belle-mère.
Mais elle doit, la mort dans l'âme laisser un de ses fils à son mari.
Bouleversée de devoir faire ce choix, Koula continue sa vie courageusement.
La partition est l'histoire d'une femme, mais c'est aussi une magnifique histoire d'hommes que j'ai aimés autant que je les ai détestés.
Diane Brasseur dépeint avec justesse les relations familiales et fraternelles mais aussi les émotions humaines, la vie en somme. Elle dresse avec beaucoup de finesse le portrait et le parcours de vie de chacun des personnages, leurs blessures et leurs fragilités, tout en révélant les malentendus, les non-dits et les secrets enfouis des uns et des autres.
« La partition » se lit avec régal, on s'attache à tous ces personnages délicieusement croqués !
Merci à NetGalley et aux Editions Allary
#LaPartition #NetGalleyFrance


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critiques presse (1)
LeSoir   22 juillet 2019
« La partition » est une saga virevoltante et tragique, centrée sur une femme et ses trois fils. Diane Brasseur lui donne un charme magnétique.
Lire la critique sur le site : LeSoir
Citations et extraits (21) Voir plus Ajouter une citation
CannetilleCannetille   25 mai 2019
Bruno K se bouchait les oreilles avec les mains parce que les hurlements de son frère lui faisaient mal aux tympans et au cœur. Comment calmer un enfant de 7 ans qui n’a pas vu sa mère depuis quatre ans ? On lui avait promis, elle serait là, dans le train. Depuis une semaine on lui répète : « Mama sera là pour fêter Pâques. » « Dans trois jours Mama arrive. » « Demain. » Que faut-il lui dire maintenant ? « Ta Mama n’est pas venue parce qu’elle garde ton petit frère, l’autre, celui que tu ne connais pas, à Liège. » « Ta Mama n’est pas venue parce qu’elle n’en avait pas le courage. » Cyntho a bien essayé de lui donner « une demi-douzaine de baisers de la part de ta petite maman » mais qu’est-ce qu’il en a à fiche Georgely des baisers de la bouche de ce vieux monsieur qui parle l’allemand avec l’accent français. « Une demi-douzaine » comme si c’étaient des œufs.
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LadybirdyLadybirdy   03 juin 2019
Paul Peter K se régalait d’un potage de légumes. « Navet, poirreau, patate, courrrge… », avec lenteur et en détachant chaque syllabe Koula énumérait les ingrédients. Elle regardait son mari droit dans les yeux.
En soufflant sur le liquide brûlant, Paul ne se doutait pas que sa femme lui servait pour dernier repas, une soupe d’insultes.
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hcdahlemhcdahlem   24 mai 2019
Il y a quatre jours, Alexakis a fêté ses 46 ans mais il est de ces hommes à qui il est impossible de donner un âge.
Sans doute parce qu’il est grand et maigre.
Alexakis est beau mais il ne le sait pas, il ne cherche pas à plaire.
Comme les enfants, il rit les yeux plissés et la tête en arrière.
Dès qu’il se concentre, il enroule ses cheveux bruns et bouclés autour de son index. Cela s’appelle la trichotillomanie, Gabrielle s’est renseignée, inquiète de voir apparaître sur le haut de son crâne le début d’une calvitie.
On pourrait croire qu’il est timide mais il s’agit d’autre chose. Alexakis est secret. Les questions le bousculent. Il a besoin de silence et de temps pour s’exprimer.
Sa voix peut être aussi faible qu’un mince filet d’eau. Certains jours, il parle si doucement, Gabrielle ne cesse de lui demander de répéter ce qu’il vient de dire.
Alexakis n’est pas lâche, il ne manque ni de courage ni de franchise, mais cela lui est difficile de soutenir le regard d’un autre parce qu’il a les yeux clairs.
Le regard dit trop. Dans les yeux des autres, Alexakis a peur de devenir transparent.
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LadybirdyLadybirdy   04 juin 2019
Chez un grand musicien, le jeu est devenu si transparent, si rempli de ce qu’il interprète, que lui-même on ne le voit plus, et qu’il n’est plus qu’une fenêtre qui donne sur un chef-d’œuvre. 
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hcdahlemhcdahlem   24 mai 2019
INCIPIT
« Je vous écris pour ne pas rester seul trop longtemps, c’est mauvais. C’est mauvais mais on ne peut s’en empêcher. On allume une cigarette et tout le paquet se vide peu à peu. Comme les souvenirs. Ils ne reviennent jamais seuls. »
Lettre de Bruno K à sa famille,
22 mai 1942

GENÈVE. 12 JANVIER 1977.
Chacun porte en soi une mélodie.
Bruno K descend du train, gare de Genève, et sur le quai, il regarde les passagers pressés ou perdus.
Il a pris l’InterRegio de 8 h 27 qui relie Meyrin à Genève Cornavin.
Dans le wagon, il a salué d’un hochement de tête les habitués qui pendulent tous les jours comme lui.
Chaque matin, un rythme musical détermine l’allure de Bruno K.
Si par exemple dans sa tête il chante la Toccata et fugue en ré mineur de Bach, alors il marche nettement, sans fioriture, ni trop vite, ni trop lentement.
Si dans sa tête, c’est la ronde du Cinquième concerto de Beethoven qui résonne, il court presque.
Quand il flâne, à coup sûr il fredonne La Mer de Debussy.
Il peut lui arriver de penser à des rythmes différents, alors sa démarche change. Tous les trente mètres Bruno K ralentit ou accélère comme un pantin indécis.
Dans ces moments-là, il se dit qu’autour de lui les gens doivent le prendre pour un cintré. 
Bruno K fait claquer la semelle de ses souliers, lacés, cirés, dans le tunnel des piétons sous les quais. Il n’attend pas d’être sorti pour allumer sa première cigarette, une Craven A.
Quelle musique entend-il, ce matin ?
Sa démarche est alerte. Bruno K avance dans le hall de la gare comme dans la vie, à grandes enjambées et la tête la première. Il a le front bombé des volontaires.
Son pardessus vole comme une cape. Pas de sacoche ni de mallette, Bruno K aime se sentir libre et voyager léger. Sa cravate est assortie à son complet.
Il cache ses cheveux courts et bouclés sous un chapeau en feutre gris. Son eau de Cologne, Acqua di Selva, lui donne une odeur de Méditerranée. Il s’est rasé de près ce matin, Bruno K a horreur de la barbe de trois jours qui transforme ses joues en papier de verre. Avant de sortir de la salle de bains, il a arraché d’un coup sec et précis un poil disgracieux entre ses sourcils.
Le soleil est déjà haut pour un matin d’hiver, il tape contre la baie vitrée du grand hall Nord et l’éblouit.
Bruno K cligne des yeux.
Il a les yeux bleus de sa mère et le regard si clair, il ne peut rien cacher : ni le désir, ni la jalousie, ni l’ennui, ni la déception, ni la peur.
Sa paupière droite ourlée de rouge – une vieille kératite mal soignée – le démange. Bruno K se frotte l’œil comme un enfant mal réveillé. 
Dehors, l’air vif du matin lui fait du bien. Le temps est sec et le ciel dégagé. Dans le train, Bruno K a dû ouvrir le bouton du col de sa chemise – sans défaire son nœud de cravate – parce que le wagon était surchauffé.
Un instant il a eu un coup de fatigue mais il n’y a accordé aucune importance. Il a mis son début de migraine sur le compte de l’enfant bruyant assis en face de lui. 
8 h 42, Bruno K sort de la gare et passe sous l’horloge: il est en avance.
À l’université on le surnomme « pendule » à cause de son extrême ponctualité. Au début de chaque cours, il retire sa montre et la pose sur son bureau. Après la sonnerie, il n’accepte plus les étudiants, sauf si c’est une jolie fille.
Bruno K est directeur de la section littéraire de l’université de Genève.
Sa salle de classe est au dernier étage. Quand ils y montent, les étudiants disent qu’ils vont au paradis.
Ses cours sont pleins, son estrade est une scène.
De combien de vocations est-il à l’origine ?
Quand ils s’installent dans le brouhaha des chaises, Bruno K regarde ses étudiants. Il les imagine dans leur chambre de bonne sous les toits, la nuit, travailler à leur bureau, entre un lit et des plaques de cuisson.
Dans sa salle de classe, il est le témoin de leurs grands rêves et des premières amours. Il voudrait leur dire : « moi aussi, j’étais à votre place ».
Puisqu’il est en avance, Bruno K va faire un détour par le lac.
Du Léman il ne se lasse pas, même si la vue est plus belle depuis Lausanne.
Ce matin, Bruno K ne saurait dire où commence et où termine le lac.
Dans la rue il regarde les femmes marcher. Il pourrait se perdre à les suivre, leur déhanchement le fascine. Il a la prétention de croire qu’il connaît les hommes en général et les femmes en particulier.
Pour les rendre heureuses, il ne suffit pas de les faire rire, il faut les faire danser.
Bruno K a besoin des femmes.
Devant lui, à quelques mètres, une grande brune trotte dans ses bottines. Sous une gabardine en cuir, elle porte une jupe dont le tissu à carreaux noir et beige semble épais.
De la laine?
La toilette des femmes en Suisse l’étonne, il ne les trouve pas assez apprêtées. Pour les fêtes, il est allé passer quelques jours à Paris, les femmes y sont plus élégantes.
Bruno K préfère l’hiver à l’été. Au moins quand il fait froid, les Suissesses portent des bas. Pas de poils, pas de cicatrices, pas de petites veines violacées qui courent le long de leurs jambes. 
En fixant l’arrière de ses mollets fins et galbés, Bruno K se demande si sous sa jupe en laine, la jolie brune porte des bas ou des collants.
Prélude en ut majeur de Bach : il accélère.
Bruno K a la nostalgie de la soie, du nylon et des coutures.
Ah, les collants, cette hérésie qui déforme les fesses des femmes.
Dis-moi, ma jolie, ce matin devant ton miroir, as-tu enfilé une paire de bas ou des collants?
Pour seule réponse, avec ses jambes, elle tricote devant lui. La ceinture de sa gabardine se balance. La boucle argentée cogne dans les rétroviseurs des voitures garées rue des Alpes. Elle va finir par blesser quelqu’un, se dit Bruno K.
Sa jupe est si serrée, elle doit faire des petits pas. Sous le tissu à carreaux, il imagine les cuisses qui frottent l’une contre l’autre. Ses yeux étincellent. 
Il l’a presque rattrapée. Maintenant, Bruno K aperçoit le profil de la jolie brune. Couvert de taches de rousseur, son nez en trompette dépasse d’un col en fourrure noir. Elle regarde en l’air comme si le ciel était un plan des rues de Genève. Sous son bras gauche elle a glissé un périodique féminin, mais Bruno K n’arrive pas à lire les titres.
Elle porte des collants, c’est sûr. Les jeunes femmes aujourd’hui ne mettent plus de bas, même sans jarretière. C’est inconfortable.
Les pavés de la rue des Alpes la déséquilibrent, elle ralentit.
Quand trouverai-je une femme qui marche harmonieusement, soupire Bruno K, en crachant la fumée de sa Craven A. 
En tombant sur les genoux, un juron lui échappe. Pas un juron élégant de professeur comme « bonté divine » ou « sapristi ».
«Il faut savoir jurer dans la vie» répète Bruno K à ses étudiants, «dire des gros mots avec intensité».
Il a failli se brûler le pouce avec son mégot de cigarette. Sur le trottoir, son chapeau roule comme les virevoltants dans le désert au début des westerns.
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