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Marc Chénetier (Traducteur)
EAN : 9782264039019
320 pages
Éditeur : 10-18 (07/10/2004)
3.76/5   174 notes
Résumé :
Dans l'univers de Richard Brautigan, on croise des tigres excellents en arithmétique, des truites chaleureuses et toujours de bon conseil, tandis que les carottes et les rutabagas ont leurs statues en place publique... Si la cocasserie de celui qui traversa la littérature américaine tel un météore est sans limites le plus fabuleux ici est cette écriture, un véritable monument de douceur qui, sous une enveloppe sauvage et naïve, ne déroule rien qu'une profonde métaph... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
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Bobby_The_Rasta_Lama
  21 juillet 2021
"I'm headed for a land that's far away
Besides the crystal fountains
So come with me, we'll go and see
The Big Rock Candy Mountains"
(Harry McClintock, poète et chanteur américain)
On peut facilement imaginer un lecteur perplexe qui referme le "Sucre de pastèque" en grommelant : "mais cette histoire n'a ni queue ni tête !". Et il n'aurait pas tort.
Il faut dire que le livre de Brautigan manque aussi d'un nombre considérable d'autres éléments anatomiques. Par exemple, à peu près vingt nez, autant de paires d'oreilles, un tas de doigts, et par-ci par-là aussi un oeil.
D'un autre côté, l'auteur nous propose quelques curiosités difficilement trouvables ailleurs.
Le sucre de pastèque, pour commencer. Puis, au hasard, les statues géantes de laitues et de carottes, Margaret, Pensemort, les tombes phosphorescentes au fond d'une rivière, une vieille truite avec une clochette dans la bouche, et même de savants et féroces tigres qui chantent à merveille au clair de lune et apprennent l'arithmétique aux enfants. Sans oublier Inboil, l'Usine Oubliée, le soleil qui change chaque jour de couleur, Margaret, Pauline et encore Margaret.
Tout cela pourrait suffire pour compenser l'absence totale de queue et de tête...
On y trouve aussi un narrateur ; cette fois il lui manque un nom, et il va même utiliser tout un chapitre pour ne pas nous le dire. Comment fait-il ? Faisons une petite expérience en découpant la phrase "XY est mon nom" en deux. Vous enlevez "XY" et vous le remplacez par ce que vous voulez. Disons par "pastèque". Ou "herbe". Ou "truite dans une rivière large de huit pouces". Ou "queue", ou "tête"... et voilà, le tour est joué : plus aucun souci avec le livre !
Bien au contraire, Brautigan nous pousse à voir son histoire comme un jouet poétique au style enfantin, une suite de tableaux surréalistes, ou comme un comics coloré où le Bien triomphe du Mal. On peut en faire ce qu'on veut... même la manger ! Après tout, elle est faite de sucre de pastèque.
Cependant, le sucre de pastèque est une substance quelque peu précaire. Elle évoque tout un tas de splendides allégories, mais aussi quelque chose de faux, une sorte de pâte multicolore des farces et attrapes qui colle sur la conscience des gentils habitants de l'idyllique communauté de Pensemort (iDEATH, en anglais) comme un sirop gluant. le paisible Pensemort correspond à l'image - la plus sentimentale qu'il soit - d'une petite bourgade américaine, aux utopiques Candy Mountains de la chanson country, à une sorte de carte postale kitsch coloriée à la main. Même son nom évoque une communauté vivant dans l'anéantissement du "moi", le principe égocentrique à la source de toute violence.
Brautigan, un adepte du zen bouddhisme, était sans doute très proche de cette idée de dissoudre le "moi" dans le "tout" universel, et toute l'histoire pourrait s'arrêter là. Mais les choses sont plus compliquées que l'on ne pourrait le croire.
Presque personne à Pensemort ne se souvient plus du passé, des "temps des tigres", quand on utilisait encore de curieux objets laissés à l'abandon dans les anciennes usines. On ne s'aventure que rarement dans cet endroit, d'ailleurs. C'est dangereux, sans parler de la sale bande à Imboil qui distille (et consomme) le whisky dans les parages. Sauf Margaret, évidemment... Et tôt ou tard, on va fatalement assister à l'affrontement de la sèche rationalité avec les idéaux utopiques. Méchant et puant Inboil se soulève contre la stérilité émotionnelle de la vie dans le sucre de pastèque, et à vous de décider s'il a réussi.
Brautigan a créé une adorable pastorale américaine, il l'a entourée d'une décharge gigantesque de l'ancienne civilisation, puis il a laissé entrer dedans quelques prédateurs en la transformant en chambre des horreurs à la Nathanael West. Après réflexion, je me demande si ce n'est pas le plus terrifiant post-apo que je n'ai jamais lu, et de ce fait le livre mérite ses 5/5.
Même si la prose de Brautigan peut donner l'impression d'exister en dehors du temps et de l'espace, elle est aussi liée aux années 60 que celle de Fitzgerald aux années 20, ou celle de Kerouac aux années 50. Brautigan était jadis un auteur culte, vénéré par la génération hippie à laquelle il a prêté sa voix, tout comme Jimi Hendrix, Janis Joplin ou Bob Dylan. Mais la courte période de l'anti-culture hippie a rendu cette gloire assez éphémère. Espérons que ses récits, aussi insaisissables et amorphes qu'ils soient, continuent à trouver leurs lecteurs au-delà des modes et tendances littéraires.
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michemuche
  21 août 2016
Deuxième livre que je découvre et deuxième coup de coeur.
Après "retombées de sombrero" et la découverte Richard Brautigan, voici son livre le plus connu " la pêche à la truite en Amérique" suivi de sucre de pastèque". Encensé par la génération Woodstock "la pêche à la truite en Amérique" va permettre à Richard Brautigan une certaine aisance financière.
" La pêche à la truite en Amérique" est une suite de voyage à travers les Etats Unis, suivre le cours des rivières, un vagabondage au fil de l'eau, une découverte de la truite arc en-ciel à travers des récits complètements déjantés.
Le deuxième récit " le sucre de pastèque" est l'histoire d'une communauté de femmes et d'hommes dans la ville de penseMort. On y retrouve des histoires toutes aussi délirantes, des tigres mangeurs d'hommes et excellents en arithmétique, ou ces statues géantes de légume qui jalonnent la ville, ou encore ces cercueils transparents fabriqués avec du sucre de pastèque et qui gisent au fond de la rivière.
Voila l'univers de Richard Brautigan, si vous avez un peu de folie en vous, une âme d'enfant, ou simplement envie de poésie venez découvrir ce clown triste qu'était Richard Brautigan.
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Myriam3
  07 décembre 2019
Ma critique portera sur Sucre de Pastèque, lu en anglais et publié individuellement par la maison d'édition Vintage, qui a je crois publié tous les récits de Brautigan dans une très belle édition haute en couleur!
Dans ce monde de Brautigan, tout ou presque est en sucre de pastèque et tout est doux, intime, chaleureux. On y habite dans une communauté qui s'appelle Ideath (joli jeu de mots entre Idea et Death). le narrateur, qui n'a pas de nom (ou le nom qu'on lui donne) s'est séparé de Margaret parce que lui et Pauline sont tombés amoureux. Comme dans les récits habituels de Brautigan, il ne se passe pas vraiment grand chose en apparence, la vie se déroule en petits épisodes de quelques pages voire de quelques lignes mais il y a toujours cette atmosphère à la fois chaleureuse et triste propre à l'auteur et cette petite touche imaginaire qui nous fait voir le monde d'un point de vue totalement différent. Je n'ai en fait pas envie d'en dire plus sinon que Brautigan mérite vraiment d'être plus lu en France car l'air de rien, c'est un grand auteur.
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colimasson
  06 décembre 2016
Certains sont forts qui utilisent les mots de tous les jours pour rendre hommage à la vie de tous les jours dans ce qu'elle a de pas banal. On dirait du Boris Vian, mais un Boris qui aimerait un peu plus la vie que dans L'Ecume des jours.

Comment tout s'enchaîne : les salades de pommes de terre et de carottes, l'amour, la pêche, les voyous mi-figue mi-raisin, les modes politiques, le rythme du sommeil et de l'éveil, se fixer comme une plante dans la bonne terre.

La poésie fait parfois peur parce qu'elle éloigne avec ses mots farcis. On évite ce malheur dans ces deux histoires. On évite aussi le malheur des romans qui nous donnent trop de détails, comme s'ils croyaient que le véritable but du lecteur était de rentrer dans la tête de l'écrivain et non pas de rentrer dans sa propre tête en lisant l'histoire. Parfois, il n'y a que trois phrases pour décrire tout un événement. Cela suffit.

Ça donne l'impression de retrouver la vie des ancêtres.

« J'aimais bien le corps de Pauline. Elle m'a dit qu'elle aimait bien le mien aussi. Nous ne trouvions rien d'autre à nous dire.
Le vent s'est arrêté soudain. Pauline m'a demandé :
« Qu'est-ce que c'est ?
-C'est le vent. »
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Kickou
  14 avril 2017
Ce bouquin pue l'humanité, ce n'est ni un roman, ni un recueil de nouvelles, ce n'est pas non plus un conte, c'est de la littérature à l'état brut, et la littérature c'est la meilleure façon pour un être humain de laisser une trace (ailleurs que dans les chiottes) dans ce monde de brutes. Il parait que Flaubert à dit « Mme Bovary c'est moi » Hé ho Gustave tu te moques de nous ! Il se trouve que tu as vécu à l'aube de la photographie et que j'ai vu ta tête ; tu n'aurais pas pu jouer dans Désespérantes Housewives avec Emma ! Tandis que Brautigan : La pêche à la truite en Amérique ; C'est Lui, et Sucre de pastèque aussi ! Mais ça on n'est pas prêt de le voir à la téloche vu que c'est de la LITTERATURE ! Comme il est presque impossible de résumer ou d'expliquer l'écriture de Brautigan, voici quelques mots pour la définir et la qualifier : Naïve, poétique, intime, fantaisiste, triste, paresseuse, parodique, farfelue, allumée, facile et donc humaine. Il y a aussi l'humour de Brautigan qui n'est ni l'humour anglais, ni l'esprit français, ni l'humour juif ou l'humour absurde, non c'est un humour d'Idaho ou d'Oregon, peut-être est-il universel ? de l'humour Mayonnaise (mais ça il faut le lire pour comprendre). Voilà, donc Brautigan n'est pas un génie, d'ailleurs il n'y a pas de génie en Littérature, le génie c'est un truc pour la Musique (y'en a quelques-uns) et pour les peinturlureurs, les menteurs, ceux qui maîtrisent un peu l'Image. Je suis conscient que Brautigan ne peut pas plaire à une majorité de lecteurs, je pense même que c'est un petit miracle qu'on puisse le lire encore aujourd'hui (merci aux éditeurs) mais toi, lecteur curieux : Essaye. Ho mais attendez ! A part le chapeau, ... Flaubert et Brautigan ... Ils ne se ressemblent pas un peu ?... Hein ? Là ... La moustache, sans blague, non ? ... Bon, alors après ça vous vous dites 5* facile, et bien non ; ce sera 3*, pourquoi ? Parce que : 1/ Je n'ai pas tout compris et même si il n'y a rien à comprendre, ça me gêne un peu aux entournures. 2/ de Brautigan j'ai préféré Un privé à Babylone et Mémoires sauvés du vent (4*). 3/ Je suis contre le dopage dans toutes les disciplines (pêche à la truite & littérature incluses), or, là quand même on sent bien que Richard, il en a pris. Allez salut.
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Citations et extraits (59) Voir plus Ajouter une citation
Bobby_The_Rasta_LamaBobby_The_Rasta_Lama   13 juillet 2021
Je me suis assis près de la rivière, près d'une statue d'herbe. Les brins d'herbe étaient en cuivre, et la pluie au fil des ans avait fini par leur donner leur couleur naturelle.
Ils étaient quatre au cinq en train d'installer cette tombe. C'était l'équipe des fossoyeurs. Ils descendaient la tombe sur le lit de la rivière. Ici, c'est comme cela que nous enterrons nos morts. Bien sûr, à l'époque des tigres, il ne nous fallait pas autant de tombes.
Nous les enterrons dans des cercueils de verre, au fond des rivières, et nous plaçons du phosphore dans ces tombes, ainsi elles brillent la nuit, et l'on peut apprécier ce qui arrive, après.
J'ai vu des truites qui observaient la scène. C'étaient de belles truites arc-en-ciel. Il y avait peut-être une centaine. Elles sont d'une grande curiosité, et elles se pressaient là, serrées les unes contre les autres.
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mesrivesmesrives   13 mai 2016
Forte, solitaire, éternelle, c'est l'odeur des moutons dans la vallée qui leur a fait ça. Tour l'après-midi, sous la pluie, sous la pluie, j'avais écouté les coyotes là-haut près de Salt Creek.
C'est l'odeur des moutons dans la vallée qui leur a fait ça. Leurs hurlements coulent comme l'eau le long du canyon, devant les résidences d'été. Leurs hurlements sont comme un torrent qui dégringole le flanc de la montagne, sur les os des moutons, morts ou vifs.
O, IL Y A DES COYOTES A SALT CREEK, dit une pancarte sur le bord de la piste. ATTENTION AUX PILULES DE CYANURE MISES LE LONG DU TORRENT POUR TUER LES COYOTES. NE LES RAMASSEZ PAS POUR LES MANGER. SAUF SI VOUS ETES UN COYOTE. CA VOUS FERAIT MOURIR. LAISSEZ-CA TRANQUILLE.
Et la pancarte répétait le tout en espagnol. i AH! HAY COYOTES EN SALT CREEK, TAMBIEN, CUIDADA CON LAS CAPSULAS DE CIANURO: MATAN. NO LAS COMA; A MENOS QUE SEA VD. UN COYOTE. MATAN. NO LAS TOQUE.
Pas de traduction en russe.
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Charybde2Charybde2   17 novembre 2016
Je me suis arrêté sur le pont sur le chemin de ma cabane. Il était agréable sous les pieds, d’être fait de toutes les choses que j’aime, des choses qui me vont bien. j’ai longuement regardé ma mère. Elle n’était plus qu’une ombre à présent, dessinée sur la nuit, mais elle avait naguère été une brave femme.
Je suis entré dans la cabane et j’ai allumé ma lanterne avec une allumette de quinze centimètres. L’huile de truite à la pastèque brûlait avec une jolie lumière. c’est une bonne huile.
On mélange du sucre de pastèque à du jus de truite et à des herbes spéciales et au bout d’un temps donné, ça donne cette bonne huile qu’on utilise pour éclairer notre monde.
J’avais grand sommeil mais je n’avais pas envie de dormir. Plus j’avais sommeil, moins j’avais envie de dormir. Je me suis allongé sur mon lit un long moment sans me déshabiller, et j’ai laissé la lanterne allumée pour regarder les ombres danser dans la pièce.
C’étaient des ombres plutôt chouettes pour un moment si menaçant, si proche, si oppressant. J’avais tellement sommeil à présent que mes yeux refusaient de se fermer. mes paupières ne voulaient pas se baisser. C’étaient des statues d’yeux.
(Sucre de pastèque)
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yannjouetyannjouet   27 novembre 2018
C'est contraire à la nature des choses, pour une truite, de mourir d'avoir bu un coup de porto.
Il est dans l'ordre des choses qu'une truite ait le cou brisé par un pêcheur et qu'on la balance dans un panier, ou qu'une truite meure parce que des champignons lui couvrent peu à peu le corps comme des fourmis couleur de sucre jusqu'à ce que la truite se retrouve dans le sucrier de la mort.
Il est dans l'ordre des choses qu'une truite se retrouve prisonnière d'une mare qui s'assèche aux derniers jours de l'été ou qu'elle soit prise dans les serres d'un oiseau ou les griffes d'un animal.
Oui, et il est même dans l'ordre des choses qu'une truite soit tuée par la pollution, qu'elle meure dans une rivière d'excréments humains qui l'étouffent.
Il y a des truites qui meurent de vieillesse et leurs barbes blanches descendent vers la mer.
Toutes ces choses sont dans l'ordre des choses de la mort, mais qu'une truite meure d'avoir bu un coup de porto, c'est tout à fait autre chose.
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michemuchemichemuche   15 août 2016
J'ai acheté une barre de chocolat et demandé si la pêche à la truite était bonne à Cuba. La dame du magasin m'a dit : "Vous feriez mieux de crever, espèce de salopard de communiste." J'ai demandé une facture pour ma barre de chocolat, afin de pouvoir la déduire de mes impôts.
Une déduction de dix cents, toujours ça de pris.
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