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Critiques sur La vengeance de la pelouse : (Nouvelles, 1962-1970) (10)
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batbamb
  29 décembre 2018
Plutôt qu'à un recueil de nouvelles, c'est à une série de poèmes en proses que nous avons affaire ici. Une poésie brève, simple, pas très éloignée du haïku. Chaque phrase ou presque a effleuré mes pensées harmonieusement. Brautigan possède ce talent, qui n'appartient qu'aux plus grands écrivains, de dire un maximum de choses en un minimum de mots. La nouvelle "L'effet Scarlati", pas bien plus longue à lire que son titre, en donne la démonstration la plus magistrale (vous pouvez la lire sur ce site : elle se trouve en tête des citations extraites de ce livre).

Ces textes souvent (très) amers ne font aucun effort pour cacher la nostalgie qui les ronge, qui les hante, comme le fantôme de l'enfant qu'a été Brautigan. Cela offre sans doute quelques pistes pour comprendre les causes de son suicide. Mais l'ensemble est loin d'être déprimant pour autant. Il dégage plutôt une douce mélancolie, assez proche des "Chroniques Martiennes" de Ray Bradbury, dans un cadre moins fantaisiste (quoique pas toujours : lire "Les oiseaux sauvage du paradis" pour s'en convaincre).

Outre les trois premières lettres de leurs noms de famille, je trouve d'ailleurs que Brautigan et Bradbury partagent de nombreux points communs : cette nostalgie de l'enfance, un attrait pour l'amérique rurale, et leurs prose si aérienne et réconfortante. Brautigan en était sans doute conscient, car la nouvelle "Hommage à la YMCA de San Francisco" comporte un… hommage appuyé à l'auteur de "Farenheit 451". En effet, le héros de ce récit, confronté à des recueils de poésie devenus vivants, s'exclame : "Je vais appeler les pompiers !" et se voit rétorquer : "brûleur de livres !"

Moi, je ne brûlerais ce livre-ci pour rien au monde.
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SBys
  21 février 2018
Je n'avais jamais lu Brautigan, c'était Raymond Carver qui en parlait sans cesse. Mais pour être franc, je crois que c'est plutôt en raison de la couverture avec Marilyn que j'ai fait mon choix. Je me sers un p'tit Whisky et je m'installe pour lire ce livre atypique, des courtes, très courtes nouvelles, d'une ou deux pages, parfois 4 ou 5, mais jamais beaucoup plus. Au milieu de sa vie, Brautigan fait le point. Un poil nostalgique, il raconte toute sorte d'anecdotes qui lui sont arrivées, principalement dans sa jeunesse, véridiquement plausibles. Il partage également des idées de roman, des débuts de roman qui ne verront jamais le jour. Des textes toujours très courts, sincères et souvent très drôles et tristes à la fois.

Pour une large partie, Brautigan se remémore différents moments de sa vie, avec une mise en perspective, grâce aux années qui ont passées. Quel oeil porter sur les adultes de notre enfance ?

Même si Brautigan nous raconte des choses intimes et anodines, sans réellement d'importance, c'est vrai que presque chaque texte m'a plongé dans mes propres souvenirs. Une page et me voilà à me remémorer mes appartements d'étudiant, célibataire. le lit à même le sol. La pôle de douche qui peut tomber à tout moment. Une planche trouvée qui sert de table. Mais surtout, j'ai le souvenir inoubliable où, tard la nuit, j'entendais jouir ma voisine d'en bas. Des petits cris doux et stridents. J'ai longtemps espéré la croiser dans l'escalier, et même qu'elle m'invite prendre un café.

Des courts textes déclencheurs de souvenirs.
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Fleitour
  09 septembre 2016
Être élevé par une grand mère, contrebandière au temps de la prohibition, ouvre bien des horizons. Devient-on bandit ou évangéliste, pour autant ? Richard Brautigan a choisi une troisième voie, la dérision, mieux l'autodérision.

Porté par une enfance éternelle, il aura sur le monde le même sourire et le même étonnement, que dans ses moments de claire voyance, où il a vu par exemple, sa mémé plumer des oies ivres, ivres de s'être gavées du moût de l'alambic. "les oies se réveillèrent nues et désespérées, le regard fixe et abattu, comme dans les 1ères pub sur l'aspirine ».

Son grand père, gagné par la folie, a vu sa vie s'arrêter le 3 mai 1872 jusqu'à sa mort en1930.
Ainsi nanti d'une si belle généalogie, il "frappa de toutes ses forces aux portes de la littérature américaine" p34 .

Ces 62 courts textes, sont autant de souvenirs ordinaires, qu'une succession d'instants privilégiés où l'étrange maladresse du conteur réalise| l'accord du malheur et de la blague, "moi seul dans ce bus, n'avait pas trente ans, ils me regardaient fixement, je les regardais fixement,nous étions tous gênés et mal à l'aise".

Avec des accents de sincérité et même d'enthousiasme il évoque la belle Californie, qui accueille des millions de voitures, au point de faire de cette fine fleur "métallivore", qui laisse entrer les voitures comme les rayons du soleil, "un Taj-Mahal en forme de parcmètre, p36".


La Californie vu par Brautigan, c'est partir à la rencontre des paumés, des vieux et des "cloportes" , tous ceux qui passent leur vie à s'inventer d'autres vies, Brautigan les côtoie, "n'était le fait que les gens ont besoin d'un peu d'amour, et bon Dieu que c'est triste, parfois, de Voir toute la merde qu'il leur faut traverser pour en trouver",p172.

Brautigan glisse ici ou là des textes personnels sur les femmes, il y a toujours une pointe de nostalgie, une fraîcheur d'adolescent, même s'il n'est pas un séducteur, et une pointe d'humour qui lui ouvre des rencontres émouvantes et "c'est si beau quand elle s'habille",p174 » .
Parmi ces courtes rencontres, je pense à l'épisode du café, "à l'intimité qu'une tasse peut créer", p44 ou "ses vêtements se faisaient à son corps", magique !
Et encore, cette hippie, Clarence, "ses pieds ont froid sur le trottoir", de simples mots pour dire la détresse, P134.

Richard Brautigan se lit et se relit, car c'est subtil, ses mots sont choisis, son oeil est redouté , il pointe où ça fait mal.
Et pourtant n'est ce pas banal, de raconter la vie de tous les jours sans en avoir l'air, comme le simple dépôt d'un chèque de 10$, oui mais, il y a chez Richard Brautigan, l'étincelle, le court circuit qui change tout, l'art d'accommoder les restes comme les "poussières" de son enfance.
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2605
  08 septembre 2016
A ce jour un des plus chouettes Brautigan que j'ai lu, avec cette impression, dans ces miettes sauvées du vent, qu'il déploie ici toute sa poésie facétieuse avec intelligence, sensibilité et drôlerie.
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NicoleGiroud
  08 octobre 2015
Il est difficile de mettre dans une catégorie définie ces textes datés des années 1962 à 1970 où Richard Brautigan, 35 ans, qui a connu la célébrité avec La pêche à la truite en Amérique en 1967, s'interroge sur son enfance et relate certains épisodes de celle-ci.

J'ai examiné des petits bouts de mon enfance. Ce sont des morceaux d'une vie lointaine qui n'ont ni forme ni sens. Des choses qui se sont produites comme des poussières.

Des poussières ? de la poudre magique, du ravissement doré soufflé sur les adultes qui efface les amertumes des années accumulées, de minuscules fragments d'éternité. Je suis restée sous le choc et le charme de cette écriture où comparaisons et métaphores suscitent surprise et ravissement.

En se servant de ses os comme des voiles d'un navire, la vieille femme sortit dans la rue. (p.59)

le sol est couvert d'une couche de neige si épaisse qu'on dirait qu'il vient de toucher sa pension du gouvernement et qu'il savoure à l'avance une retraite longue et joyeuse. (p.104)

Ses vêtements flasques et qui ne ressemblaient à rien l'enveloppaient comme le drapeau d'un pays vaincu et il donnait l'impression de n'avoir jamais de sa vie reçu d'autre courrier que des factures. (p.124)

Le recueil commence par la nouvelle qui donne son titre au recueil, un joyau cruel et désopilant où l'on rit aussi fort que dans une nouvelle de l'Australien Kenneth Cook. Pourtant c'est un autre univers, plus tendre, avec une douceur intemporelle loin des héros pittoresques de l'Australien. Ces textes font éprouver au lecteur un sentiment d'éternité, comme des souvenirs resurgis dans un chaos de réminiscences, sans aucune chronologie, avec des fragments égarés d'adolescence et de vie adulte.

La vengeance de la pelouse est la seule nouvelle du recueil où l'on rit franchement. L'univers de Richard Brautigan ne rappelle en rien le vert paradis que nous vantent d'autres écrivains, il nous décrit une Amérique de pauvres, d'assistés, où les enfants savent dès l'école que toutes les places ne se valent pas ; pourtant jamais le misérabilisme ne pointe son nez.

Voici le portrait d'une femme qui pourrait être celui de la mère de l'auteur :

Elle, c'était une de ces femmes éternellement fragiles, à l'approche de la quarantaine, celles qui, autrefois très jolies, étaient l'objet de beaucoup d'attentions dans les auberges et les tavernes, et dont la vie, maintenant qu'elles sont à la charge de l'Aide sociale, tourne autour de ce jour du mois où elles reçoivent leur chèque.

le mot chèque est le seul mot sacré dans leur vie. C'est pourquoi elles réussissent toujours à l'utiliser au moins trois ou quatre fois dans la conversation, quel qu'en soit le sujet. (p.28)

Marylou a quitté son mari Bernard Brautigan alors qu'elle était enceinte et n'a même pas prévenu celui-ci qu'il avait un fils. Elle enchaîne amants et maris (une fois avant même d'être divorcée du précédent) ; amants et maris cogneurs, aide sociale toute sa vie, deux autres filles de deux pères différents. Certains textes du recueil racontent l'adolescent de seize ans qui part à la chasse en stop, mais il ne précise pas que la famille attendait la viande pour pouvoir manger. Une Amérique de déclassés, de vaincus par la vie avant même de s'être battus.

Richard Brautigan s'est suicidé en 1984, à l'âge de quarante-neuf ans.

Ce recueil d'instantanés de vie est un pur bonheur de lecture ; il laisse au lecteur, durablement impressionné dans sa mémoire, un mélange de nostalgie, de grâce et de légèreté. Éblouissant.

Marie-Chritine Agosto a traduit ce texte avec une poésie, une sensibilité et une fluidité qui forcent l'admiration.
Lien : http://nicole-giroud.fr
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patrick75
  21 février 2015
Derrière les textes de Brautigan se cache sa sensibilité, même si j'ai été dérouté par certaines nouvelles que je n'ai pas su déchiffrer. Il faut bien sur les prendre au second, voir au troisième degré, mais même au centième degré je crois que je serai encore en train de chercher ce qu'il a voulu dire. Je reste malgré tout séduis par l'humanité que l'on ressent toujours au second plan. Les ballades aux côté de richard ( si je puis me permettre cette familiarité) sont toujours un réveil, un retour à la beauté de la simplicité dans tous les actes du quotidiens. Un hymne à la vie !
Il me manque déjà, à peine déposé le livre.
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Ranacc
  24 décembre 2014
De la poésie, des morceaux de vies, quelques brèves très brèves... Parfois déroutant, parfois drôle mais toujours sensible et nostalgique.
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xausten
  06 juin 2014
plongeon dans un sensibilité hors du commun....
difficile à oublier
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le_Bison
  12 novembre 2012
Imaginez un type quelconque, genre Monsieur Tout-le-monde ou Mr Richard, qui écrit des nouvelles d'une banalité affligeante où il ne se passe pas grand-chose, voir presque rien. Pire, certaines de ces nouvelles ne dépassent pas la page et se contentent même parfois de trois misérables lignes. Vous le prendrez pour un fumiste, ou un écolo avant-gardiste convaincu de la nécessité de ne pas massacrer des forêts pour écrire des feuilles et des feuilles sur des histoires bancales et sans intérêt. Pour preuve :

« - Ce n'est pas facile de vivre dans un studio de San José avec un homme qui apprend à jouer du violon.

C'est ce qu'elle a dit aux policiers, en leur tendant le revolver vide. »

Point. Rien avant, rien après. La nouvelle dans son intégralité. Même mon commentaire élogieux est plus long. C'est dire mon manque de talent car lui, en l'espace d'une phrase, plante le décor, la trame, les personnages et la chute. Moi, je suis juste fan.

Et des dizaines de nouvelles de ce même acabit se côtoient dans un recueil délicieusement intitulé « La Vengeance de la Pelouse », mélange de courtes fictions et de souvenirs des premières impressions de la Californie. Richard Brautigan évoque ainsi son arrivée dans la baie de San Francisco, sa passion pour le soleil de la Californie, une nouvelle vie qui démarre sur ces nouveaux rivages du Pacifique.

L'histoire dans tout ça ? Il n'y en a pas… Ou plutôt il y en a tellement que je ne peux les recenser toutes dans une si fade chronique où les mots ne viennent pas. Car difficile de rajouter quelque chose après le texte concis et ciselé de Brautigan. Il y a des histoires de filles, de solitude, d'enfance et de nostalgie, des trucs sur les filles et sur la Californie, sur la beauté de ce monde et des femmes au petit-déjeuner, sur la poussière qui nous enterre et sur nos vies qui se transforment en poussière. Bref, il n'y a rien. Et c'est justement ce « rien » qui m'en fait une lecture indispensable, le genre de trucs que j'aurais envie de relire dans un mois ou dans 6 ans trois-quarts.

Peut-être que du fait de mon grand âge, j'ai gardé au fond de mon coeur une âme beatnik pour apprécier ce genre de littérature, où chaque phrase possède la beauté d'un poème, où chaque ponctuation mystifie la chute, où un esprit malicieux et décalé flotte dans l'air comme cette odeur de café qui embrume le snack dans lequel je me suis réfugié pour lire ce recueil.

« Il y a dans le café l'odeur d'un petit déjeuner de quinze mètres vingt de long. »

[...]
Lien : http://leranchsansnom.free.f..
+ Lire la suite
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Azalais
  13 mars 2012
De courts récits (quelques pages) surprenants qui mêlent le pittoresque de l'Amérique au tragique de la vie. On ne peut s'abstenir de ressentir un certain désabusement de l'auteur derrière un humour détaché voir absurde. Brautigan a le génie de la concision, il décrit par exemple le mois d'octobre 1929 avec ces mots: "c'était l'automne à poires du grand Krach"!
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