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Eugène Guillevic (Autre)
EAN : 9782851810106
86 pages
Éditeur : L'Arche (13/06/1997)

Note moyenne : 4.03/5 (sur 48 notes)
Résumé :
De 1618 à 1648, la guerre de Trente Ans a dévasté l’Europe. Pour Brecht, cette guerre est « l’une des premières guerres gigantesques que le capitalisme a attirées sur l’Europe ».

Mère Courage reconnaît l’essence mercantile de cette guerre : elle suit les armées avec sa carriole de marchandises et fait de bonnes affaires. « Tout au long de la pièce, Mère Courage a les yeux collés, elle n’arrive pas à le voir ; pour elle, le négoce est extensif à la gue... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Musardise
  29 février 2020
C'est en gros par erreur que j'ai lu Mère Courage et ses enfants, vu que j'étais persuadée que le challenge Théâtre avait un niveau Brecht ; en fait, c'était un niveau Marivaux (il faut quand même en tenir une couche pour confondre les deux). Donc, toute à mon erreur, je renâcle, je renâcle et je renâcle encore, comme je le fais depuis plusieurs années concernant Brecht. C'est que ces histoires de théâtre didactique donnent une image à la fois ennuyeuse et poussiéreuse aux pièces de Brecht. Et puis il faut bien avouer que ma bibliothèque de quartier n'offre pas beaucoup de choix (oui, je sais, le théâtre ça ne sort pas, donc on en achète pas, donc forcément ça risque pas d'être lu si c'est pas à disposition, et donc ça ne risque pas d'être emprunté. Mais passons.) Donc je devais avoir le choix entre deux ou trois bouquins, dont un avec des bonnes taches de café dessus : c'était Mère Courage. Comme les autres titres me rebutaient encore plus que Mère Courage, c'était soit l'exemplaire aux taches de café, soit celui que j'ai récupéré dans une boîte à livres... mais en allemand. Mon allemand s'étant fort usé au fil du temps, j'ai opté pour les taches de café (les gens sont dégueulasses, quand même ; quand ils ne rayent pas des DVD tout neufs. Mais passons.) Donc je me force en vue du challenge (pour le niveau Marivaux, en toute logique), j'ouvre mon livre (avec ses taches de café), et là... grosse surprise. Ce texte qui m'avait semblé horriblement ennuyeux quand je l'avais tout juste feuilleté m'a plu dès la toute première page.

Mère Courage, de son véritable nom Anna Fierling, parcourt l'Europe au XVIIème siècle, en pleine Guerre de Trente ans. Elle suit l'armée (au vu des circonstances, elle peut changer de camps si nécessaire) avec ses enfants et sa carriole, dans laquelle elle trimbale un peu de tout ce qu'elle peut revendre. C'est comme ça qu'elle gagne piètrement sa vie, et qu'elle va mettre, bien qu'involontairement, en péril ses enfants. Étonnamment, Mère Courage est consciente de profiter de la guerre pour survivre, mais d'être aussi largement exploitée, de se montrer lâche, et pourtant elle continue envers et contre tout son parcours insensé. La fin montrera que le courage peut pourtant se révéler dans les pires circonstances, et chez quelqu'un qu'on n'attend pas forcément dans ce rôle - mais qui évidemment n'est pas Mère Courage.

Brecht a l'art de traiter un sujet grave avec beaucoup d'humour, les répliques de Mère Courage y étant pour beaucoup, ainsi que les chansons ponctuant la pièce. Je ne sais quoi dire d'intéressant, tellement Brecht l'a lui-même analysée pour les spectateurs et a clairement expliqué ce qu'il dénonçait : le capitalisme naissant, dont Mère Courage est à la fois la victime et l'un des rouages, mais surtout le fait que Mère Courage n'apprend rien de son expérience. Pour une fois, les éditions de L'Arche n'ont pas livré un texte brut (ce qui m'agace prodigieusement d'habitude, vu le prix de leurs bouquins), mais ont constitué un petit dossier en fin d'ouvrage avec des textes et un entretien de Brecht, qui permettent de saisir son projet. le grand regret de Brecht, c'est au final que les gens aient apprécié sa pièce mais n'aient pas saisi son propos, même six ans après sa création (la pièce a été montée en 1949). Il cite des idées reçues du genre "Une bonne guerre réglerait tout ça" et déplore le fait que personne n'apprenne rien de la guerre : "[La masse] apprend aussi peu de la catastrophe que le cobaye apprend de la biologie." Bon, bon, bon.

Voilà, c'était la critique rigolote du jour. Vu que je fais une pause du côté de O'Neill, il fallait que je trouve un autre sujet bien déprimant pour combler cette lacune. On ne peut pas toujours faire le clown, n'est-ce pas ?

Challenge Théâtre 2020
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Thaddeus
  30 mars 2015
On ne retient rien de la guerre, elle nous apprend rien du tout la guerre.
Au début de la pièce, la guerre inverse l'ordre moral.
Mère Courage n'est pas une mère idéale. Elle choisit toujours le commerce au dépend de la vie privée. Elle n'est jamais présente quand ses enfants meurent. Elle choisit la guerre, car c'est elle qui la fait vivre, mais faire de l'argent sur le dos de la guerre est une action qui a de lourdes conséquences.
J'ai bien apprécié le discours sur la colère. La colère des petites gens est peut-être si forte qu'elle ne dure pas? Une chandelle qui brille deux fois plus fort brûle deux fois plus vite, comme on dit.
Mère Courage est roublarde, elle comprend l'absurdité du système de la guerre, mais y participe et l'exploite du mieux qu'elle peut. La guerre c'est les affaires, et les affaires c'est la guerre. La vraie guerre est peut-être le capitalisme. La seule réponse possible est la révolte et le refus.
Mais il reste un espoir : Catherine, la fille muette, bat le tambour pour sauver la ville endormie.
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ATOS
  14 juillet 2012
Bertolt Brecht a écrit cette pièce en 1939, elle sera créée en 1941 à Zurich. Il est à l'époque en exil en Suède, déchu de sa nationalité allemande par le régime nazi. Ses livres sont jetés dans les flammes des autodafés avec ceux de Heinrich Heine, Karl Marx, Heinrich Mann, Thomas Mann, Kurt Tucholsky, Erich Kästner, Carl von Ossietzky, Anna Seghers, Sigmund Freund, Erich Maria Remarque, Egon Erwin Kisch, Stefan Zweig, Arnold Zweig, etc...
Ce n'est donc pas un hasard si il a choisi de nous faire suivre les pérégrinations de mère Courage et de ses enfants, de 1627 à 1648 à travers les champs de bataille de la guerre de 30 ans. Cette guerre impliqua l'ensemble des puissances européennes. Batailles, famines, massacres, entraînèrent plusieurs millions de mort et changea la face de l'Europe. L'Allemagne et l'Espagne ont vu certaines de leurs régions décimées. Cette guerre aura déployé l'éventail de toutes les infections qui peuvent gangrener les plaies ouvertes des peuples : guerre de religion, absolutisme, despotisme, hégémonie territoriales, affrontement politique nourrit par des conflits entre les « grandes familles » des royaumes, création de véritables « trésors » de guerre, plongeant les peuples dans le plus grand des chaos.
La guerre devant financer la guerre, elle s'obligeait elle même à s'étendre et à s'auto-alimenter.
Mère Courage est cantinière et promène sa roulotte et ses trois enfants de bataille en bataille. Son commerce ravitaille les troupes. Elle devient donc l'incarnation même de la stupidité d'un système qui se condamne lui même. La guerre lui prendra un à un ses enfants, et finira par ruiner son commerce. Courage sait la monstruosité et l'absurdité des conflits armées. Fatalité et destin sont attelés à sa roulotte. Elle finit par croire elle même que la paix n'est que l'archange de sa perte et du désordre.
La mère Courage de 1627 , c'est la mère Patrie version 1939. Elle préfigure cet avenir de cendres auquel l'Europe toute entière tendait les bras et qui allait lui arrachait le coeur.
Mère Courage n'est que stupidité et cupidité. Sous couvert d'aimer ses enfants, elle ne protège que son propre commerce. Elle est l'incarnation du despotisme.
Astrid SHRIQUI GARAIN
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Marti94
  16 septembre 2015
J'aime la théâtralité des pièces de Brecht ainsi que son engagement. « Mère Courage et ses enfants » est une fable intemporelle et universelle qui raconte l'aventure d'une femme qui tente de survivre au milieu du chaos de la guerre. Pendant la guerre de Trente Ans, mère Courage, la cantinière, traîne sa roulotte de champs de bataille en champs de bataille, faisant son beurre de la guerre afin de nourrir ses enfants.
Ce n'est pas ma pièce préférée de l'auteur germanophone car je la trouve très sombre. Mais c'est quand même une grande Histoire, celle des individus, du peuple, de ceux qui traversent les champs de bataille avec leurs malheurs mais aussi leur vitalité.
Tous les éléments de la pièce convergent vers une vision terrible de l'humanité. Les pauvres, désespérés, sont obligés de faire preuve de courage, car ils subissent le jeu des puissants qui décident des « guerres ». Ils deviennent par voie de conséquence immoraux et s'entre-tuent pour satisfaire leurs besoins. Au final, ils préfèrent même la violence à la paix, puisque cela « nourrit » mieux ! Comme cela résonne avec notre époque ! Mais au-delà du message politique, se dessine une vision du monde désenchantée : l'homme, incapable de transcender ses contradictions, livre des guerres perpétuelles et inutiles.
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Nadiamilan
  20 juillet 2013
Un très beau Brecht sur la misère de la guerre de Trente ans en particulier et de toutes les guerres en général. Et sur la musique de Kurt Weill, on entend encore les échos de la voix de Germaine Montero !
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
MusardiseMusardise   20 février 2020
MÈRE COURAGE. Parlez-moi correctement et n'allez pas raconter à mes enfants qui ne sont pas encore grands que je veux vous traiter par-dessous la jambe, ça ne se fait pas, il n'y a rien entre nous. Ma patente au Deuxième régiment, c'est mon visage honnête, et si vous ne savez pas le lire, je ne peux rien pour vous. Je ne me laisserai pas mettre dessus une estampille.
LE RECRUTEUR. Adjudant, je flaire un esprit d'insubordination qui se dégage de cette personne. Alors qu'au camp on a besoin de discipline.
MÈRE COURAGE. Je croyais que c'était de saucisses.

Scène 1
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Nastasia-BNastasia-B   20 juillet 2013
MÈRE COURAGE : Jeune homme, ce n'est pas moi qu'il faut engueuler. J'ai mes propres soucis, et surtout ménagez votre voix jusqu'à ce que le capitaine arrive, vous pourriez en avoir besoin, après il est là, et vous êtes enroué et vous arrivez pas à sortir un son, et il ne peut pas vous faire mettre aux fers jusqu'à ce que vous deveniez tout bleu. Ceux qui gueulent comme ça le font pas longtemps, une demi-heure, et il n'y a plus qu'à chanter pour qu'ils dorment tellement ils sont épuisés.
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MusardiseMusardise   22 février 2020
MÈRE COURAGE. Il est déjà assis. Vous voyez, qu'est-ce que je disais. Vous êtes déjà assis. Oui, ils s'y connaissent pour ce qui est de nous, et ils savent comment manœuvrer. Assis ! et nous voilà assis. Et quand on est assis, il n'y a pas de révolte. Ne vous relevez pas, ça vaut mieux, vous ne vous tiendrez plus comme vous vous teniez avant. Il ne faut pas vous gêner devant, je ne vaux pas mieux, pour ça non. Toute notre énergie, ils nous l'ont achetée. Pourquoi, parce que si je bronchais, ça pourrait contrarier le commerce.

Scène 4
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Marti94Marti94   16 septembre 2015
- L’adjudant (bloquant le passage) : Bonjour à vous autres ! Qui c'est qu’vous êtes?
- Mère Courage : Négociants. (Elle chante.)

Capitain's, faites taire les tambours
Et laissez vos soldats s'assir.
La mèr' courage a des chaussures
Qui les feront bien mieux courir.
Vers la bouch'rie, s'ils doiv’nt marcher
Portant leurs poux pour tout bagage,
En traînant canons et attelages.
Y veul'nt au moins des bons souliers.

Le printemps vient, réveill', Chrétien !
La neige fond, les morts au trou.
Et c'qu'y'est point mort encor : eh bien !
Continuera, mêm' sur les g’noux.

Capitain’s, vos hommes marchent
Sans saucisson vers la tuerie.
Laissez le vin de la Courage
Soigner leur corps et leur esprit.
Le ventre vide, en temps de guerre,
Mon capitaine, ce n'est point sain.
À ma faveur, épuise leur faim
Avant de les rendre à l'enfer.
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Marti94Marti94   16 septembre 2015
Mère Courage : les pauvres ont besoin de courage. Pourquoi, parce qu’ils ne savent pas ou ils en sont. Dans leur situation, il leur en faut, rien que parce qu’ils se lèvent au petit matin.
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Videos de Bertolt Brecht (17) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Bertolt Brecht
Le réalisateur Arnaud Desplechin signe pour la Comédie Française sa deuxième mise en scène, après Père de Strindberg en 2015. Il intègre ainsi au répertoire l'auteur étasunien Tony Kushner, traducteur de Brecht et de L'illusion comique, qui s'est parfois présenté comme gay, marxiste et juif. Sa pièce "Angels in America" est une oeuvre majeure sur le sida, le déclin d'une civilisation en proie l'angoisse eschatologique, et les années Reagan.
La Grande table Culture d'Olivia Gesbert – émission du 22 janvier 2020 À retrouver ici : https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-1ere-partie/saison-26-08-2019-29-06-2020
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