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EAN : 9782823614077
252 pages
Editions de l'Olivier (06/02/2020)
4.07/5   81 notes
Résumé :
On se souvient de la légendaire robe soulevée par le vent de Marilyn Monroe dans Sept ans de réflexion ou encore du bikini de Halle Berry, la célèbre James Bond girl, dans Meurs un autre jour. Devenues cultes, ces scènes ont marqué l'histoire du cinéma. De quoi ces images sont-elles le nom ? Depuis toujours, les femmes sont filmées comme des objets de plaisir, les privant de pouvoir au profit du regard masculin et de ses désirs. Pour faire face à ce male gaze majori... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
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lemillefeuilles
  26 juin 2022
J'avais emprunté le regard féminin dans le cadre de mon cours de littérature générale et comparée, où nous travaillions sur les adaptations cinématographiques. Puisque j'avais choisi une scène de violence sexuelle à analyser dans mon dossier, avec pour thématique la violence à l'image, je me suis dit qu'il serait intéressant de lire Iris Brey.
En effet, la critique Iris Brey est spécialiste des représentations du genre au cinéma et dans les séries télés. Elle a donc publié cet essai qui traite du regard féminin et du regard masculin (qu'on appelle aussi female gaze et male gaze). Il s'agit de la manière de filmer les femmes et de les mettre en scène.
Si je m'étais au départ surtout intéressée au chapitre intitulé "Le viol" (dans le cadre de mon dossier pour l'université), j'ai rapidement eu envie de tout lire, tant le propos était intéressant. Grâce à Iris Brey, j'ai appris de nombreuses choses sur la façon qu'on les réalisateur•rices de filmer les personnages féminins, avec un regard féminin ou un regard masculin. L'autrice site de nombreuses références, ce qui donne envie de creuser et d'aller regarder différents films.
Ainsi, le traitement opéré par le female gaze est une "révolution du regard" (comme l'indique le titre de cet essai), une autre manière de filmer les femmes, d'un point de vue féministe et non patriarcal. Cela m'a amenée à réfléchir à ce que je regardais et au regard que je pouvais porter, et il est clair que cet essai fourni et très intéressant me fera réfléchir quand je visionnerais des films ou des séries !
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LiliGalipette
  26 juillet 2022
Le regard féminin, ou female gaze, qu'est-ce que c'est ? Est-ce simplement et mécaniquement l'opposé du male gaze ? Iris Brey explique qu'il s'agit de filmer les femmes sans en faire des objets sexuels destinés à exciter le seul désir des hommes spectateurs. Voilà pour la première étape. Mais le regard féminin, c'est bien plus que cela. « Ce n'est pas un regard créé par des artistes femmes, c'est un regard qui adopte le point de vue d'un personnage féminin pour épouser son expérience. » (p. 9) Cette façon de filmer s'attache à montrer les différences et à proposer une nouvelle forme d'écriture cinématographique ou, plus simplement, une autre façon de raconter des histoires. Évidemment, c'est une opposition au male gaze qui a ancré dans nos imaginaires une certaine représentation de la femme et de son désir et qui refuse/moque/invisibilise toute autre façon de faire. « La manière dont le corps des femmes est filmé n'est pas questionnée, et le fait de prendre du plaisir en objectifiant les corps jamais remise en question. » (p. 33) À plus large échelle, au-delà du seul corps féminin, c'est tous les corps et toutes les représentations que le female gaze veut interroger, en remettant les personnages féminins ou masculins en situation d'agir, sans subir le regard ou l'action. Il s'agit avant tout de s'affranchir du regard dominant de l'homme blanc hétérosexuel. « le male gaze est mortifère. le regard féminin, lui, est un regard vivant qui produit des images inédites, nos images manquantes. » (p. 235)
« Un film avec une héroïne est une condition nécessaire, mais non suffisante pour qu'un regard féminin puisse advenir. » (p. 83) de même, un réalisateur peut porter un female gaze sur ses actrices et ses personnages féminins : il suffit qu'il le souhaite et qu'il réfléchisse en ce sens pour créer son oeuvre cinématographique. le regard féminin n'est pas et n'a pas à être l'apanage des seules réalisatrices. C'est un procédé filmique au même titre que le travelling ou la contre-plongée : c'est une façon de montrer et de filmer. « Il faut toujours partir de la mise en scène pour déterminer si une oeuvre recourt ou non au female gaze. » (p. 79) Et comme tout est signifiant au cinéma, de la musique à la lumière, le regard que la caméra force le spectateur à adopter est lourd de sens. Iris Brey rappelle qu'au-delà des corps féminins qu'il faut montrer sans les sexualiser, le cinéma doit s'emparer de sujets féminins qui sont cachés ou jugés peu digne d'intérêt, voire tabous. le grand et le petit écran doivent montrer le désir et le plaisir des femmes, mais aussi les fluides féminins, des menstrues à la cyprine, ou encore l'accouchement ou le viol, sans jamais érotiser ce dernier. « le female gaze permet de ne plus faire d'un viol un spectacle et de le donner à voir comme une expérience qui laisse des traces dans notre chair. » (p. 137)
Comme dans Sex and the Series, Iris Brey ne se gêne pas pour reprocher à une certaine critique ses oeillères et sa complaisante envers la culture du viol et le patriarcat en général. « le regard féminin propose une autre manière de désirer, qui ne se base plus sur une asymétrie dans les rapports de pouvoir, mais plus sur l'idée d'égalité et de partage. » (p. 19) Ses textes sont salutaires et empouvoirants. Ils rendent hommage à des réalisatrices au talent immense, au premier rang desquelles je place Jane Campion dont je ne cesse d'apprécier et revoir le travail. « le regard féminin n'est pas le fruit du hasard, c'est une manière de penser. » (p. 20)
Cet essai passionnant, aux démonstrations parfaitement menées, prend évidemment place sur mon étagère de lectures féministes ! « le female gaze est inclusif, il n'exclut personne. » (p. 39)
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ATOS
  13 septembre 2021
L'art , la place que l'on donne à ses oeuvres, sa mémoire, son histoire nous permettent de comprendre les cultures que nous traversons, celles que nous défendons, celles que nous rejetons, celles que nous sommes prêt.e.s à voir rayonner. Culture plurielle, multiple, queer, mouvante. Un regard. Un geste. Un mouvement. Une révolution. Un autre éclairage, un hors cadre, hors champ. Une égalité, un partage. L'essai d'Iris Brey s'adresse à celleux qui veulent comprendre ce qui se produit depuis des dizaines d'années, ce qui a été effacé, ce qui a changé à tout jamais notre regard. Alice Guy, Agnès Varda, Chantal Akerman ...Céline Sciamma, Barabara Hammer, Barbara Loden...tant et tant d'autres, qui ne cessent de porter leur regard à notre hauteur.
Regard féminin et non cinéma de femmes.
L'objet n'est plus, le sujet renaît.
Iris Brey, à l'appui d'une culture cinématographique, littéraire et philosophique, riche et pertinente, éclaire avec intelligence l'histoire, la phénoménologie, et l'avenir de ce cinéma que nous aimons, défendons, et qui nous exhortent , depuis ses origines, à «  redresser nos regards ».
Essai incontournable, précieux.
Astrid Shriqui Garain
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Litteratureandco
  28 avril 2021
Le female gaze et le male gaze, qu'est ce donc? Regards masculins et regards féminins, oui mais ?
Iris Brey nous apporte des précisions. Il s'agit de la manière de filmer les femmes, de les mettre en scène à l'écran. le male gaze filmera la femme comme un objet, une convoitise, il placera le spectateur en tant que voyeur de la scène, scène sexuelle notamment. le female gaze, ne fonctionne pas de cette façon, la femme n'est plus un objet, une personne à part entière, on ne regarde plus les scènes en tant que voyeur: on participe, on ressent les émotions. le viol par exemple n'est pas érotisé, on le vit comme ce qu'il est: une agression, on en voit les conséquences dramatiques.
Ce livre est très intéressant, bien qu'au début assez complexe à comprendre. Finalement, il est très utile et nous permet de voir films et séries sous un autre angle, de s'interroger sur ce que l'on voit. Très rapidement, on se questionne sur tout! Un exemple très récent: la finale de Pekin Express. Les deux copines parisiennes, tout comme le père et sa fille, doivent glisser sur une longue bâche, au moment de s'enduire d'huile et de savon, gros plan sur le corps des amies et musiques langoureuse. Alors non, il ne s'agit pas de voir le mal partout, mais de reconnaître quand le male gaze est présent.
Le male gaze est pour moi le parfait exemple de la société patriarcale dans laquelle nous évoluons, dans laquelle les femmes sont perçues uniquement comme des objets de désirs. Leurs désirs d'ailleurs ne valent rien comparé à ceux des hommes!
Je trouve un peu dommage que l'autrice ne s'attarde pas davantage sur la société patriarcale et le rôle du male gaze, à savoir de faire perdurer les clichés sur les femmes, et ancrer en nous le patriarcat. Elle rappelle d'ailleurs qu'il ne suffit pas d'être une femme réalisatrice pour faire du female gaze et échapper au regard masculin! Tant d'images male gaze nous ont abreuvé depuis des décennies, qu'il est difficile de nous en défaire. Réaliser un film avec un regard féminin en devient un acte politique.
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ledevorateur
  19 septembre 2020
Je n'arrive jamais à résumer les essais que je lis – et est-ce d'ailleurs intéressant ? Pour ça, on peut lire la 4ème de couverture. Elle est courte, mais elle résume pourtant à la perfection ce livre.
Je vais plutôt parler de mes ressentis. Iris Brey soulève une question qui revient de plus en plus dans les débats, mais que peu de gens définissent : le female gaze. Qu'est-ce que c'est ? Ce que je retiens, c'est que c'est surtout un outil d'analyse qui me permet enfin de comprendre. de comprendre comment la façon dont les films sont filmés définit la façon dont nous les percevons. le regard de la caméra détermine le nôtre.
Le regard féminin me permet de mettre des mots sur le coup de coeur intersidéral qu'a été Portrait de la jeune fille en feu. Qui me permet de comprendre pourquoi I may destroy you est la meilleure série jamais tournée. Et qui me fait réfléchir, beaucoup : à la façon dont je visionne films et séries, mais aussi – et peut-être que je m'emballe (mais peut-être pas) ? – à la façon dont à l'écrit aussi male gaze et female gaze sont importants. Comme au cinéma, on pourrait analyser les figures de style, les processus de narration, pour changer de regard, de perspective, sur les personnages. Bref, j'ai pas fini de réfléchir à ce livre.
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Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
armand7000armand7000   15 juin 2020
Il existe un regard féminin, ou female gaze, un regard qui nous fait ressentir l’expérience d’un corps féminin à l’écran. Ce n’est pas un regard créé par des artistes femmes, c’est un regard qui adopte le point de vue d’un personnage féminin pour épouser son expérience. Pour le faire émerger, les cinéastes ont dû tordre le corps de la caméra, inventer et réinventer une forme filmique afin de s’approcher au plus près de l’expérience des femmes. D’Alice Guy, qui utilise pour la première fois le gros plan au cinéma à des fins dramatiques dans Madame a des envies en 1906, à Phoebe Waller-Bridge, qui utilise le regard caméra pour créer non plus une distanciation mais un lien entre l’héroïne et les spectateur.trice.s (Fleabag, 2016), le regard féminin est là, sous nos yeux.

Pourtant, même si de nombreuses œuvres privilégient cette perspective depuis les débuts du cinéma, le regard féminin semble avoir été relégué à une culture souterraine, invisible. Dès lors, il s’est doté d’une autre puissance, d’une autre aura, celle des œuvres secrètes qui existent dans un murmure, dans les soupirs de celles et ceux qui ne se reconnaissent pas dans le cinéma dominant. Un régime d’images qui appellent à désirer autrement, à explorer nos corps, à laisser nos expériences nous bouleverser. Des images qu’il faut aujourd’hui nommer et définir.
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lemillefeuilleslemillefeuilles   22 mai 2022
C'est peut-être la première fois, dans leur expérience cannoise, que les spectateurs et les spectatrices ressentent la puissance du désir d'un personnage féminin sur un écran géant. Je ne l'ai moi-même éprouvé qu'une poignée de fois dans ce contexte. Ce n'était pas pendant la projection de La Vie d'Adèle en 2014 (où les corps des comédiennes, pourtant sujets désirants dans le film, étaient réduits à des objets masturbatoires lors des scènes de nudité et de sexe), mais en 2016 devant le film Aquarius du réalisateur brésilien Kleber Mendonça Filho, et en 2019 face à Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma.
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lemillefeuilleslemillefeuilles   31 mai 2022
De Renoir à Game of Thrones, en passant par Bresson, le viol n'est jamais montré comme ce qu'il est, le consentement de la victime doit paraître ambigu pour pouvoir représenter l'agression, à croire que ce moment de flottement rend le viol plus acceptable, ou du moins, montrable. Le visage de l'héroïne baigné de l'arme incarne la souffrance engendrée par l'acte, mais filmer cette expérience de son point de vue demeure impossible.
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lemillefeuilleslemillefeuilles   11 juin 2022
Cette scène de sexe entre femmes reste marquante parce qu'elle sort d'une tradition érotisant les scènes de sexe lesbien. Par exemple, dans La Vie d'Adèle, Abdellatif Kechiche dévore la chair de ces héroïnes avec sa caméra libidineuse visant à nous montrer à tout prix leurs fentes (d'ailleurs, il filme le sexe d'Adèle Exarchopoulos dans un travelling lent qui part de ses pieds jusqu'à sa bouche entrouverte par une cigarette). Les scènes de sexe ne sont que dans la performance, nous ne ressentons pas l'émotion des personnages, nous ne savons pas si elles jouissent, elles émettent des couinements au fil des changements de positions. Nous sommes en plein male gaze.
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lemillefeuilleslemillefeuilles   28 mai 2022
Le female gaze doit exister à contre-courant. À contre-courant des classiques, à contre-courant du système, à contre-courant des références cinéphiles. Et les films qui y recourent, lorsqu'ils parviennent à voir le jour, nécessitent qu'on se batte pour eux afin qu'ils ne tombent pas dans l'oubli ou le silence.
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Vidéo de Iris Brey
Pour le dernier épisode de Bienvenue au club, Samuel nous invite dans l'intimité de son Book Club, un groupe d'amis qui se retrouve pour échanger autour de la littérature dans la convivialité. Au programme : Une lecture commune, un thème, un vote, des chips...
Ce mois-ci les membres nous parlent de : Le regard féminin, une révolution à l'écran - d'Iris Brey aux éditions Points La plus secrète mémoire des hommes - de Mohamed Mbougar Sarr aux éditions Philippe Rey Le Monde sans fin, miracle énergétique et dérive climatique - Jean-Marc Jancovici et Christophe Blain aux éditions Dargaud L'or - de Blaise Cendrars aux éditions Folio La Bible
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