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EAN : 9782823614077
252 pages
Editions de l'Olivier (06/02/2020)
3.98/5   127 notes
Résumé :
On se souvient de la légendaire robe soulevée par le vent de Marilyn Monroe dans Sept ans de réflexion ou encore du bikini de Halle Berry, la célèbre James Bond girl, dans Meurs un autre jour. Devenues cultes, ces scènes ont marqué l'histoire du cinéma. De quoi ces images sont-elles le nom ? Depuis toujours, les femmes sont filmées comme des objets de plaisir, les privant de pouvoir au profit du regard masculin et de ses désirs. Pour faire face à ce male gaze majori... >Voir plus
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J'avais emprunté le regard féminin dans le cadre de mon cours de littérature générale et comparée, où nous travaillions sur les adaptations cinématographiques. Puisque j'avais choisi une scène de violence sexuelle à analyser dans mon dossier, avec pour thématique la violence à l'image, je me suis dit qu'il serait intéressant de lire Iris Brey.

En effet, la critique Iris Brey est spécialiste des représentations du genre au cinéma et dans les séries télés. Elle a donc publié cet essai qui traite du regard féminin et du regard masculin (qu'on appelle aussi female gaze et male gaze). Il s'agit de la manière de filmer les femmes et de les mettre en scène.

Si je m'étais au départ surtout intéressée au chapitre intitulé "Le viol" (dans le cadre de mon dossier pour l'université), j'ai rapidement eu envie de tout lire, tant le propos était intéressant. Grâce à Iris Brey, j'ai appris de nombreuses choses sur la façon qu'on les réalisateur•rices de filmer les personnages féminins, avec un regard féminin ou un regard masculin. L'autrice site de nombreuses références, ce qui donne envie de creuser et d'aller regarder différents films.

Ainsi, le traitement opéré par le female gaze est une "révolution du regard" (comme l'indique le titre de cet essai), une autre manière de filmer les femmes, d'un point de vue féministe et non patriarcal. Cela m'a amenée à réfléchir à ce que je regardais et au regard que je pouvais porter, et il est clair que cet essai fourni et très intéressant me fera réfléchir quand je visionnerais des films ou des séries !
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Le regard féminin, ou female gaze, qu'est-ce que c'est ? Est-ce simplement et mécaniquement l'opposé du male gaze ? Iris Brey explique qu'il s'agit de filmer les femmes sans en faire des objets sexuels destinés à exciter le seul désir des hommes spectateurs. Voilà pour la première étape. Mais le regard féminin, c'est bien plus que cela. « Ce n'est pas un regard créé par des artistes femmes, c'est un regard qui adopte le point de vue d'un personnage féminin pour épouser son expérience. » (p. 9) Cette façon de filmer s'attache à montrer les différences et à proposer une nouvelle forme d'écriture cinématographique ou, plus simplement, une autre façon de raconter des histoires. Évidemment, c'est une opposition au male gaze qui a ancré dans nos imaginaires une certaine représentation de la femme et de son désir et qui refuse/moque/invisibilise toute autre façon de faire. « La manière dont le corps des femmes est filmé n'est pas questionnée, et le fait de prendre du plaisir en objectifiant les corps jamais remise en question. » (p. 33) À plus large échelle, au-delà du seul corps féminin, c'est tous les corps et toutes les représentations que le female gaze veut interroger, en remettant les personnages féminins ou masculins en situation d'agir, sans subir le regard ou l'action. Il s'agit avant tout de s'affranchir du regard dominant de l'homme blanc hétérosexuel. « le male gaze est mortifère. le regard féminin, lui, est un regard vivant qui produit des images inédites, nos images manquantes. » (p. 235)

« Un film avec une héroïne est une condition nécessaire, mais non suffisante pour qu'un regard féminin puisse advenir. » (p. 83) de même, un réalisateur peut porter un female gaze sur ses actrices et ses personnages féminins : il suffit qu'il le souhaite et qu'il réfléchisse en ce sens pour créer son oeuvre cinématographique. le regard féminin n'est pas et n'a pas à être l'apanage des seules réalisatrices. C'est un procédé filmique au même titre que le travelling ou la contre-plongée : c'est une façon de montrer et de filmer. « Il faut toujours partir de la mise en scène pour déterminer si une oeuvre recourt ou non au female gaze. » (p. 79) Et comme tout est signifiant au cinéma, de la musique à la lumière, le regard que la caméra force le spectateur à adopter est lourd de sens. Iris Brey rappelle qu'au-delà des corps féminins qu'il faut montrer sans les sexualiser, le cinéma doit s'emparer de sujets féminins qui sont cachés ou jugés peu digne d'intérêt, voire tabous. le grand et le petit écran doivent montrer le désir et le plaisir des femmes, mais aussi les fluides féminins, des menstrues à la cyprine, ou encore l'accouchement ou le viol, sans jamais érotiser ce dernier. « le female gaze permet de ne plus faire d'un viol un spectacle et de le donner à voir comme une expérience qui laisse des traces dans notre chair. » (p. 137)

Comme dans Sex and the Series, Iris Brey ne se gêne pas pour reprocher à une certaine critique ses oeillères et sa complaisante envers la culture du viol et le patriarcat en général. « le regard féminin propose une autre manière de désirer, qui ne se base plus sur une asymétrie dans les rapports de pouvoir, mais plus sur l'idée d'égalité et de partage. » (p. 19) Ses textes sont salutaires et empouvoirants. Ils rendent hommage à des réalisatrices au talent immense, au premier rang desquelles je place Jane Campion dont je ne cesse d'apprécier et revoir le travail. « le regard féminin n'est pas le fruit du hasard, c'est une manière de penser. » (p. 20)

Cet essai passionnant, aux démonstrations parfaitement menées, prend évidemment place sur mon étagère de lectures féministes ! « le female gaze est inclusif, il n'exclut personne. » (p. 39)
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Iris Brey reprend dans cet essai le concept de « male gaze » développé par la théoricienne du cinéma Laura Mulvey dans les années 1970. Une majorité de films seraient mis en scène de manière à présenter au spectateur un point de vue masculin sur les femmes, qui s'en trouveraient réduites au statut d'objets du regard. le spectateur est invité à prendre du plaisir en observant les corps des femmes (le « gaze » c'est le regard qui fixe), à travers des plans qui les sexualisent. La thèse d'Iris Brey, c'est qu'il a existé, et ce dès les débuts du cinéma, un autre cinéma, qui invite les spectateurices à ressentir l'expérience des personnages féminins, jusqu'à entrer dans un partage d'expérience actif avec elles. C'est ce principe filmique qu'elle appelle le « female gaze ». Brey se sort bien de la critique de la binarité de genre sous-jacente à sa démarche théorique (pourquoi revendiquer un female gaze face au male gaze à une époque queer et fluide?), en disant simplement que l'expérience spécifique des femmes (de toutes les femmes, trans et cis, avec ou sans enfants etc.) n'est pas encore sortie de sa place marginale, pas plus qu'elle n'a fini de déranger. le livre revient alors sur l'histoire du cinéma en traversant un corpus de films qui mettent en oeuvre un female gaze. Ce parcours passe par des noms attendus, comme ceux d'Agnès Varda, Chantal Ackermann, Jane Campion ou Céline Sciamma (ce qui ne veut pas dire que leurs films aient été beaucoup vus), mais il explore surtout les marges du cinéma, en présentant les films (entre autres) de Maya Deren, Dorothy Arzner, Barbara Hammer, Barbara Loden ou encore de Marie-Claude Treilhou. le female gaze peut être mis en oeuvre par des hommes, et le livre contient une analyse passionnante du film Elle de Paul Verhoeven allant dans ce sens. le livre explore aussi un corpus sériel.
Cette mise en valeur de films souvent peu connus est à mes yeux l'un des aspects les plus stimulants de ce livre, qui sait nous inviter à aller vers ces oeuvres et à nous plonger dans des expériences de cinéma inédites, à partager un moment de la vie d'héroïnes qu'on aurait aimé rencontrer plus tôt. En tant que cinéphile et en tant que femme, je partage le point de vue défendu par le livre. Je pense en effet qu'une grande partie des films tournés aux XXe et au XXIe siècles représente très pauvrement la vie et le point de vue des femmes, donne une fausse impression de leurs désirs et de leurs expériences, voire les réduit au statut de potiches. J'ai toutefois une réserve concernant la forme du livre, dont j'assume qu'elle soit liée à ma formation académique. Je suppose qu'Iris Brey a voulu écrire un essai accessible à toustes, court et écrit dans un style compréhensible. Cette démarche est évidemment louable, mais je trouve que le propos gagnerait beaucoup de force en entrant dans une discussion plus approfondie avec le matériel théorique sur lequel il repose (l'approche phénoménologique des films, l'écriture féminine etc.), et en affinant les analyses de films. Dans la conclusion, Iris Brey montre que l'équipe rédactionnelle des Cahiers du cinéma à l'époque de Stéphane Delorme ne comprend pas les enjeux qui entourent le genre du point de vue au cinéma, et reste bloquée dans une perspective critique sexiste. Or, à mes yeux, les Cahiers de Delorme (du moins ce que j'en ai lu), représentent un idéal de ce qu'on peut faire en terme de profondeur critique. J'en conclu que j'aimerais lire (et écrire) des textes qui marient une écriture sensible, subtile, qui va explorer les complexités des oeuvres et du monde, à un point de vue qui ne soit pas mutilé par son incapacité à comprendre la richesse du féminisme.
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L'art , la place que l'on donne à ses oeuvres, sa mémoire, son histoire nous permettent de comprendre les cultures que nous traversons, celles que nous défendons, celles que nous rejetons, celles que nous sommes prêt.e.s à voir rayonner. Culture plurielle, multiple, queer, mouvante. Un regard. Un geste. Un mouvement. Une révolution. Un autre éclairage, un hors cadre, hors champ. Une égalité, un partage. L'essai d'Iris Brey s'adresse à celleux qui veulent comprendre ce qui se produit depuis des dizaines d'années, ce qui a été effacé, ce qui a changé à tout jamais notre regard. Alice Guy, Agnès Varda, Chantal Akerman ...Céline Sciamma, Barabara Hammer, Barbara Loden...tant et tant d'autres, qui ne cessent de porter leur regard à notre hauteur.
Regard féminin et non cinéma de femmes.
L'objet n'est plus, le sujet renaît.
Iris Brey, à l'appui d'une culture cinématographique, littéraire et philosophique, riche et pertinente, éclaire avec intelligence l'histoire, la phénoménologie, et l'avenir de ce cinéma que nous aimons, défendons, et qui nous exhortent , depuis ses origines, à «  redresser nos regards ».
Essai incontournable, précieux.
Astrid Shriqui Garain
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Le female gaze et le male gaze, qu'est ce donc? Regards masculins et regards féminins, oui mais ?
Iris Brey nous apporte des précisions. Il s'agit de la manière de filmer les femmes, de les mettre en scène à l'écran. le male gaze filmera la femme comme un objet, une convoitise, il placera le spectateur en tant que voyeur de la scène, scène sexuelle notamment. le female gaze, ne fonctionne pas de cette façon, la femme n'est plus un objet, une personne à part entière, on ne regarde plus les scènes en tant que voyeur: on participe, on ressent les émotions. le viol par exemple n'est pas érotisé, on le vit comme ce qu'il est: une agression, on en voit les conséquences dramatiques.
Ce livre est très intéressant, bien qu'au début assez complexe à comprendre. Finalement, il est très utile et nous permet de voir films et séries sous un autre angle, de s'interroger sur ce que l'on voit. Très rapidement, on se questionne sur tout! Un exemple très récent: la finale de Pekin Express. Les deux copines parisiennes, tout comme le père et sa fille, doivent glisser sur une longue bâche, au moment de s'enduire d'huile et de savon, gros plan sur le corps des amies et musiques langoureuse. Alors non, il ne s'agit pas de voir le mal partout, mais de reconnaître quand le male gaze est présent.
Le male gaze est pour moi le parfait exemple de la société patriarcale dans laquelle nous évoluons, dans laquelle les femmes sont perçues uniquement comme des objets de désirs. Leurs désirs d'ailleurs ne valent rien comparé à ceux des hommes!
Je trouve un peu dommage que l'autrice ne s'attarde pas davantage sur la société patriarcale et le rôle du male gaze, à savoir de faire perdurer les clichés sur les femmes, et ancrer en nous le patriarcat. Elle rappelle d'ailleurs qu'il ne suffit pas d'être une femme réalisatrice pour faire du female gaze et échapper au regard masculin! Tant d'images male gaze nous ont abreuvé depuis des décennies, qu'il est difficile de nous en défaire. Réaliser un film avec un regard féminin en devient un acte politique.
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Citations et extraits (20) Voir plus Ajouter une citation
Il existe un regard féminin, ou female gaze, un regard qui nous fait ressentir l’expérience d’un corps féminin à l’écran. Ce n’est pas un regard créé par des artistes femmes, c’est un regard qui adopte le point de vue d’un personnage féminin pour épouser son expérience. Pour le faire émerger, les cinéastes ont dû tordre le corps de la caméra, inventer et réinventer une forme filmique afin de s’approcher au plus près de l’expérience des femmes. D’Alice Guy, qui utilise pour la première fois le gros plan au cinéma à des fins dramatiques dans Madame a des envies en 1906, à Phoebe Waller-Bridge, qui utilise le regard caméra pour créer non plus une distanciation mais un lien entre l’héroïne et les spectateur.trice.s (Fleabag, 2016), le regard féminin est là, sous nos yeux.

Pourtant, même si de nombreuses œuvres privilégient cette perspective depuis les débuts du cinéma, le regard féminin semble avoir été relégué à une culture souterraine, invisible. Dès lors, il s’est doté d’une autre puissance, d’une autre aura, celle des œuvres secrètes qui existent dans un murmure, dans les soupirs de celles et ceux qui ne se reconnaissent pas dans le cinéma dominant. Un régime d’images qui appellent à désirer autrement, à explorer nos corps, à laisser nos expériences nous bouleverser. Des images qu’il faut aujourd’hui nommer et définir.
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C'est peut-être la première fois, dans leur expérience cannoise, que les spectateurs et les spectatrices ressentent la puissance du désir d'un personnage féminin sur un écran géant. Je ne l'ai moi-même éprouvé qu'une poignée de fois dans ce contexte. Ce n'était pas pendant la projection de La Vie d'Adèle en 2014 (où les corps des comédiennes, pourtant sujets désirants dans le film, étaient réduits à des objets masturbatoires lors des scènes de nudité et de sexe), mais en 2016 devant le film Aquarius du réalisateur brésilien Kleber Mendonça Filho, et en 2019 face à Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma.
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De Renoir à Game of Thrones, en passant par Bresson, le viol n'est jamais montré comme ce qu'il est, le consentement de la victime doit paraître ambigu pour pouvoir représenter l'agression, à croire que ce moment de flottement rend le viol plus acceptable, ou du moins, montrable. Le visage de l'héroïne baigné de l'arme incarne la souffrance engendrée par l'acte, mais filmer cette expérience de son point de vue demeure impossible.
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Cette scène de sexe entre femmes reste marquante parce qu'elle sort d'une tradition érotisant les scènes de sexe lesbien. Par exemple, dans La Vie d'Adèle, Abdellatif Kechiche dévore la chair de ces héroïnes avec sa caméra libidineuse visant à nous montrer à tout prix leurs fentes (d'ailleurs, il filme le sexe d'Adèle Exarchopoulos dans un travelling lent qui part de ses pieds jusqu'à sa bouche entrouverte par une cigarette). Les scènes de sexe ne sont que dans la performance, nous ne ressentons pas l'émotion des personnages, nous ne savons pas si elles jouissent, elles émettent des couinements au fil des changements de positions. Nous sommes en plein male gaze.
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Le female gaze doit exister à contre-courant. À contre-courant des classiques, à contre-courant du système, à contre-courant des références cinéphiles. Et les films qui y recourent, lorsqu'ils parviennent à voir le jour, nécessitent qu'on se batte pour eux afin qu'ils ne tombent pas dans l'oubli ou le silence.
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Pour le dernier épisode de Bienvenue au club, Samuel nous invite dans l'intimité de son Book Club, un groupe d'amis qui se retrouve pour échanger autour de la littérature dans la convivialité. Au programme : Une lecture commune, un thème, un vote, des chips...
Ce mois-ci les membres nous parlent de : Le regard féminin, une révolution à l'écran - d'Iris Brey aux éditions Points La plus secrète mémoire des hommes - de Mohamed Mbougar Sarr aux éditions Philippe Rey Le Monde sans fin, miracle énergétique et dérive climatique - Jean-Marc Jancovici et Christophe Blain aux éditions Dargaud L'or - de Blaise Cendrars aux éditions Folio La Bible
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