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EAN : 9782757898345
144 pages
Points (22/09/2023)
3.08/5   55 notes
Résumé :
A dix-huit ans, Nouk pensait que le monde allait changer de base. Il semblerait que quelque chose ait mal tourné... Nouk est rebelle, insolente. Quand Olaf l'embarque dans sa maison d'édition, elle n'imagine pas qu'il puisse un jour se séparer d'elle. C'est pourtant ce qu'il fait. N'a-t-elle vraiment rien vu venir ? Avec Werther, c'est autre chose. Ce grand éditeur, excentrique et visionnaire, devient son mentor. Mais il se montrera incapable de la protéger.
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Critiques, Analyses et Avis (19) Voir plus Ajouter une critique
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J'ai trouvé peu d'intérêt à cette lecture qui évoque les gloires fugaces et les déboires d'une jeune fille, devenant jeune femme, puis femme, employée dans le monde de l'édition.

Elle illustre sa carrière finalement malheureuse au travers de deux patrons différents qui pratiquent aussi bien l'un que l'autre le harcèlement, même pas sexuel car elle couche avec eux de son plein gré, donc toutes formes de harcèlement qui existent peut-être dans les ambiances de l'édition, mais qui n'iraient pas bien loin dans une vraie entreprise dotée d'organisations syndicales efficaces qui suicideraient ces deux machos sans difficulté.

On a quand même quelques réflexions sur le management pas forcément idiotes, par exemple sur l'incurie des réunions, sur la nécessité trop souvent rencontrée d'écouter ceux qui finalement n'aiment que s'écouter eux-mêmes.

Pour le style, rien de transcendant, des dialogues stéréotypés, des états d'âmes exprimés sans susciter la moindre empathie, pas de vraie création littéraire et une conclusion qui n'engage que son auteur : "Tout est bien".

Sauf ce livre...

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Quand les maisons d'édition étaient des harems

Geneviève Brisac raconte le parcours d'une jeune femme dans deux maisons d'édition à la fin du siècle passé. Un roman autobiographique qui est aussi une réflexion mordante sur le jeu du sexe et du pouvoir.

Ceux qui suivent le milieu littéraire parisien se souviennent de quelques affaires retentissantes après les révélations de #metoo au cinéma et la libération de la parole qui s'en est suivie. L'ironie de l'histoire veut que les maisons d'édition, qui ont relayé la parole des femmes agressées, se sont à leur tour retrouvées montrées du doigt. Geneviève Brisac ne brise pas un tabou en racontant l'histoire de Nouk, mais elle met en lumière des pratiques trop longtemps occultées. Quand les éditeurs jouaient de leur pouvoir pour aligner les conquêtes.
On entre dans la vie de Nouk dans les années 1970, au moment où elle découvre l'École Normale Supérieure de Fontenay. Mais elle ne se sent pas du tout à l'aise dans la prestigieuse école et s'enfuit très vite pour s'engager pour des causes plus nobles comme par exemple celle les Chiliens pris sous la botte de Pinochet.
C'est alors qu'elle croise la route d'Olaf qui, comme ce nom ne l'indique pas, est un Breton qui publie des livres de mer et de marins. Il l'engage au sein de son harem, comme le soulignent sans aucune ironie ses deux acolytes. Nouk aura le droit de s'asseoir à côté du patron, puis de coucher avec lui jusqu'au jour où un autre «petit cul» vient prendre sa place et où elle est invitée à faire ses cartons. Exit l'assistante. Elle va alors retrouver du travail chez un amateur d'art contemporain, passer d'Olaf à Werther. D'un harem à un autre, en quelque sorte. Car Werther n'est différent d'Olaf que dans le fait d'avoir une maîtresse officielle. Pour le reste, il aligne lui aussi les conquêtes comme autant de trophées de chasse. «Werther m'avait entraînée chez lui, un jour, je dirais presque pour la forme, par principe, et je n'avais pas dit non, allez savoir pourquoi, il prétend que nous avons recommencé, je crois qu'il se trompe. Je n'ai jamais aimé monter chez lui. Ce jour-là, j'ai eu l'impression comique d'être un lièvre dans la gueule d'un chien.»
Ici pas de problème de consentement, pas davantage d'accusation d'agression sexuelle et encore moins de viol. Mais c'est sans doute toute la subtilité du récit. Ce machisme est tellement ordinaire qu'il ne vient même pas é l'esprit des victimes de s'en plaindre. Au contraire, les filles du harem en viendraient plutôt à se jalouser.
Geneviève Brisac raconte avec un semblant de détachement le quotidien des maisons d'édition il y a quelques décennies. Et en la lisant, on se pose inévitablement la question de savoir ce qui a changé depuis.
Si Nouk, le personnage de fiction que la romancière a mis en scène à de nombreuses reprises depuis Les Filles, choisit de s'émanciper – un peu contrainte il est vrai – elle laisse derrière elle quelques proies plus dociles et quelques interrogations sur l'intégrité d'un univers dont la misogynie est désormais plus qu'établie. Gageons que la plume aussi délicate que virulente de Geneviève Brisac aura quelque écho dans le petit cercle des maisons parisiennes bien établies.


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En voilà un roman qui m'a donné du mal lors de sa lecture. du mal par l'incompréhension que ce roman a suscité en moi, tant par la structure du roman que par son sujet.

Nouk est une jeune fille qui a tout pour être heureuse : au début du roman, elle emménage à l'école normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud, dont elle a réussi le concours un peu par hasard. Mais cette quasi-coïncidence fera qu'elle ne se sentira pas vraiment à l'aise, d'autant plus qu'elle a laissé son compagnon Berg, rencontré pendant ses luttes militantes d'extrême-gauche, et qu'elle partira emménager plutôt avec lui. C'est à partir de ce moment, qui arrive pourtant (ou malheureusement) dans les premières pages du roman que j'ai été perdue. L'autrice alterne en effet une narration classique pour interpeler le lecteur, échanger avec Nouk, en une sorte de dédoublement de personnalité, et on ne sait plus qui est qui. Nouk qui se parle à elle-même ? à quelqu'un d'autre ? On ne le saura pas vraiment, et cette mise en abyme ratée amène plus de trouble, de distance par rapport au texte, que de profondeur.

Rajouté à cela une expérience malheureuse avec Berg qui sera le point de départ des infortunes de Nouk et à la suite de laquelle elle fait la connaissance d'Olaf – test qui n'est pas le bonhomme de neige de la Reine des neiges, quoiqu'ils aient en commun la même froideur –, mais un éditeur « génial » et mégalo qui exerce sur elle une certaine fascination. Nouk commence à travailler avec lui dans une collaboration étroite qui tournera au cauchemar. Ce qui ne l'empêchera pas de nouer par la suite les mêmes relations avec Werther, l'éditeur de la maison d'édition où elle travaille après cette première expérience, et qui ne sera pas mieux. Ces deux éditeurs – les enchanteurs du titre, mais croyez-moi, ils n'ont absolument rien de magiques – sont en effet deux manipulateurs cyniques et tordus, que la mode d'aujourd'hui traiterait de pervers narcissiques, misogynes et qui s'emploieront à massacrer Nouk, victime consentante.

Et c'est ce personnage de Nouk qui m'a causé le plus d'interrogations : qui est Nouk ? Pourquoi se laisse-telle ainsi faire ? Pourquoi tombe-t-elle sous la coupe de ces deux affreux personnages, dans des entreprises horribles (la vision de la maison d'édition qui est donnée dans ce roman ne fait pas vraiment rêver, faite de collègues ambitieux qui vous marchent dessus, et de culture qui fait bien peu le poids face aux chiffres… Pour travailler dans ce milieu, je sais bien qu'il s'agit d'entreprises régies par des gestionnaires, mais tout de même… quel désenchantement justement !) qui ne propose que des chausse-trappes à ses employés ? Une explication un peu simpliste proviendrait de sa mésaventure amoureuse, qui aurait cassé tout ressort en elle, comme si elle avait renoncé à se défendre. Mais le personnage est tellement peu présenté par l'autrice, qui fait de sa Nouk un être transparent, sans envie, sans caractère, malgré un amour de la littérature qui restera inentamé par les assauts de ses agresseurs. Bref, je n'ai pas compris où voulait en venir l'auteur, et l'hymne à la résistance annoncé par la quatrième de couverture me semble bien éloigné de ce que j'ai lu… Essai manqué !
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Malgré le ton souvent malicieux et les confettis de poésie qui voltigent ici et là dans le prosaïsme, cette autofiction échoue à matérialiser de vrais personnages qui sont surtout là pour servir de porte-étendard à cette critique acerbe du milieu éditorial. Parfois fable, Les enchanteurs est en outre un tourbillon narratif désordonné, le "je" et le "elle" se mélangeant tandis que des commentaires viennent s'intercaler dans le récit qui, au début, peine à établir une chronologie claire (plus de détails : https://pamolico.wordpress.com/2022/01/28/les-enchanteurs-genevieve-brisac/)
Lien : https://pamolico.wordpress.c..
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« Pour survivre, il ne faut ni obéir, ni désobéir, il faut ruser. »
Un récit, une autofiction, tout en distance, non sans implication mais en retenue, j'ai trouvé, comme si l'exercice de pleinement se livrer avait été compliqué. Pas évident à expliquer, mais c'est un peu comme si on m'avait, oralement, raconté une histoire sans me regarder droit dans les yeux. La technique de narration du double y est certainement pour quelque chose, ce mélange de "je" et de "elle" demande un peu de concentration et je ne l'étais certainement pas assez ;-) Je n'ai pas totalement adhéré à la détresse de Nouk. Je l'ai entraperçue mais je n'y ai pas toujours cru.
Donc j'étais plutôt mitigée en refermant ce livre, mais cette lecture a fait son chemin, et je me dis que c'était plutôt astucieux finalement d' embarquer le lecteur dans ce mélange de "je", de "elle", dans ce tourbillon de la vie , à l'instar des thèmes abordés qui donnent le tournis, d'alléchants sujets qui me parlent et qui peuvent clairement donner le vertige : le féminisme, l'univers misogyne dans certains milieux (ici dans le monde de l'édition avec les trophées de chasse des éditeurs de l'époque, on est en 1970 (et d'aujourd'hui ?)), l'engagement militant pour de nos nobles causes, l'abus de pouvoir, le management du pouvoir en entreprise et ses déceptions, ses désillusions ...
Le fond est intéressant, nécessaire. La forme, pas si mal in fine, avec un peu de recul ;-)
Geneviève Brisac est une auteure prolifique d'après ce que j'ai pu voir ; je me suis notée "Petite" pour poursuivre ma découverte de l'auteure.
Lien : https://seriallectrice.blogs..
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critiques presse (7)
Bibliobs
26 avril 2022
Dans « Les Enchanteurs », l?écrivaine fait le portrait d?une éditrice confrontée à la misogynie ordinaire et à l?industrialisation de secteur du livre. Mordant.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LaLibreBelgique
16 février 2022
Geneviève Brisac dénonce avec humeur et humour les cruautés du management en entreprise.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
NonFiction
16 février 2022
L’auteure décrit le monde du travail, son sexisme et ses désillusions, avec humour et ironie, et donne une leçon de résistance qui dépasse la colère.
Lire la critique sur le site : NonFiction
Elle
31 janvier 2022
Dans « Les Enchanteurs », Geneviève Brisac raconte, avec causticité et brio, les immenses espérances de Nouk, 20 ans, et ses illusions, saccagées par la misogynie du milieu de l’édition. Heureusement, il y a les livres qui sauvent de tout.
Lire la critique sur le site : Elle
LeMonde
17 janvier 2022
Dans ses livres, l’écrivaine excelle à rendre l’étrangeté et la violence du quotidien – toujours avec une pointe d’humour. Ainsi dans « Les Enchanteurs », où elle exerce sa lucidité sur la vie de bureau.
Lire la critique sur le site : LeMonde
SudOuestPresse
09 janvier 2022

Geneviève Brisac signe un roman autobiographique, qui a pour cadre le monde de l’édition. Entre une curieuse et douce-amère cruauté et une mélancolie qui finira par tout recouvrir
Un écrivain, c’est un oiseau qui chante sur sa branche. Toujours la même, toujours la même chanson. Sinon, c’est une sorte de lutteur de foire qui confond l’acte littéraire avec les nécessités du spectacle, de la performance prétendument artistique.
Lire la critique sur le site : SudOuestPresse
LesInrocks
07 janvier 2022
Une chronique de la misogynie ordinaire doublée d’un roman d’initiation autobiographique subtil et féministe, drôle et mélancolique.
Lire la critique sur le site : LesInrocks
Citations et extraits (59) Voir plus Ajouter une citation
Werther m'avait entraînée chez lui, un jour, je dirais presque pour la forme, par principe, et je n'avais pas dit non, allez savoir pourquoi, il prétend que nous avons recommencé, je crois qu'il se trompe. Je n’ai jamais aimé monter chez lui.
Ce jour-là, j'ai eu l'impression comique d’être un lièvre dans la gueule d'un chien.
Si l'on m'interroge, je ne dirai pas que je n'ai pas eu de plaisir. Mais assez peu. Comme une toute petite musique venue du fond de mon cœur, dans cet appartement où il n'y en a jamais.
Mais je n’y étais pas. J'avais le sentiment qu’il ne s'agissait pas de moi.
C'était sans doute assez vrai.
J'ai appelé chez lui, le soir, pour me rassurer. Il n'a pas répondu. J'ai appelé chez Isabelle, sa compagne, elle a dit sèchement: Vous me dérangez. p. 89
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- Et le soir, tu fais quoi ? Tu vas à des réunions encore ?
- Oui, mais les temps ont changé. C'est le temps des réunions de femmes. Le temps des combats pour l'avortement libre et gratuit. Le temps de la lutte contre le viol. Viol de nuit, terre des hommes.
- Alors, le soir, Nous se rend discrètement, non sans timidité, à des réunions féministes, au lieu de réviser ses poèmes ?
- Oui, et elle rédige des tracts qui disent "notre corps nous appartient".
- Permets-moi de sourire. Elle se rend donc dans une tour de la faculté de Jussieu où se tient le comité de soutien au peuple chilien ?
Oui. Ampoules qui pendent de plafonds aux coffrages démolis. Chaises précaires. Je vais à mes réunions, mes réunions, mes réunions. Pompidou meurt. Je prends des notes. Giscard est élu. Je prends des notes, assises sur un radiateur éteint. Je lis, je lis, je lis le tendre Antonio Gramsci. Je prends des notes. L'indifférence est le pire des crimes/ J'étudie. Je travaille probablement cent fois moins que les autres. Mais comment comparer ma vie et celles des autres. Celles que je vois par la fenêtre ouverte ne sont que des destins imaginés.
Ce qui est sûr : je sais désormais prendre des notes ( du moins on peut l'espérer).
En mai, le concours de l'agrégation. Vingt-deux ans. On m'agrège. J'attends. Mais quoi ? Que la vie commence !
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- Il ne l'aime plus ?
- Peut-être ne l'a-t-il jamais aimée. Peut-être. Comment savoir ? Voici ce qui s'est passé : ils vivaient tous les deux dans une bergerie en pierres sèches, sans eau courante, sans électricité, elle à écrire, lui à rêver. C'était bien. C'était l'été. Cigales, tomates en terrasse, odeurs de prunes, vols de moustiques. Le soir, la lampe à pétrole se balançait au vent. Il y avait, inoubliables, les odeurs d'eucalyptus. Et Consuelo les a rejoints. Elle travaillait avec Nouk.
- Consuelo ?
- Une camarade chilienne.
- Une rescapée du coup d'Etat ?
- Oui. Ce soir-là, Nouk les a vus. Il caressait les cheveux lisses et doux de Consuelo. Il avait passé une veste sur des épaules nues, car elle frissonnait dans la nuit. Toutes les deux regardaient la mer, au loin.
- Et alors ?
- Je ne sais pas, c'était limpide. Ils s'aimaient. Le mot prenait enfin sens. Nouk était enceinte, Berg l'abandonnait. OK.
- Elle n'a rien dit ?
- Chacun est libre, non ? Qu'aurait-elle dit ? Elle est partie pleurer comme une idiote dans la garrigue. Elle s'est mise, bizarrement, à cracher un peu de sang. Et puis voilà.
- Et elle est restée ?
- Oui, elle est restée, mais , par un mécanisme étrange, c'est elle qui est devenue la prisonnière. Plus elle luttait pour les droits et la liberté des femmes, plus le filet qui l'étranglait déjà se resserrait. Parce qu'il l'avait abandonnée, Berg avait peur désormais de la perdre.
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(Les premières pages du livre)
Une vie entière
Le cœur battant, le cœur lourd, elle remplit le coffre de sa voiture. Je la vois de dos pour le moment. Un dos étroit, des cheveux fous.
Je sais qu’il y a là sa vie entière. Le coffre déborde de tracts et d’affiches, il sent la cigarette et l’encre, on y trouve aussi un duvet gris, des bières et un sac de voyage.
Cette voiture est son bien le plus précieux. Un bien de couleur bronze. Doré presque. Un carrosse. Des camarades ouvriers de l’usine Renault à Flins la lui ont vendue à bas prix.
Voiture dorée vaut mieux que bonne renommée.
Elle emménage aujourd’hui à l’École normale supérieure des filles-qui-n’ont-pas-fait-de-grec.
Fontenay, c’est ainsi qu’on la nomme, se situe à Fontenay comme son nom l’indique. On y accède par un boulevard qui ondule à travers de beaux arbres.
Nouk se perd.
Nouk, c’est le nom de la fille.
La voici qui se perd.
Oh, my God, elle se perd cent fois. Sens de l’orientation, néant. Elle gare enfin son carrosse devant le perron de l’École normale supérieure à l’heure du dîner. C’est comme arriver dans un pensionnat. Jamais elle n’a été en pension. Une prison facultative. Pour des prisonnières volontaires, dans une ville au nom ravissant.
Vous qui entrez ici, laissez toute espérance.

Sa chambre est une cellule semblable à celles qu’elle a visitées autrefois au 45, rue d’Ulm, chez les garçons. Elle est simplement plus triste. Tout est toujours plus triste chez les filles. Plus pauvre et plus triste. Un lit étroit, une table métallique, une chaise assortie, une armoire munie d’une tringle et de cintres en fer-blanc. Une table de nuit. Des étagères étroites destinées aux livres. Un lavabo. Elle range rapidement ses vêtements et colle une photo de Rosa Luxemburg sur l’armoire.
Elle devrait être fière et gaie. Hélas : elle est fière, bien sûr, mais tellement déçue.

C’est moi. Je me vois. Je descends dîner sans parler à personne et personne ne me parle, il n’y a là aucun visage familier. Je n’ai jamais su aborder les gens, et mon air terrifié me maintient fermement dans ma solitude. On apporte de la soupe.
La soupe du couvent. Mon Dieu. De la soupe. Du gratin de pâtes. Un yaourt.
Je veux retourner au Quartier latin et assister à une réunion sur n’importe quoi. N’importe quoi de vivant. C’est ça ma vraie vie. Sans jamais de soupe. Mort aux soupes !
Des cigarettes et des cafés et des dîners à minuit chez l’Afghan. Donnez-moi une assiette en plexiglas transparente remplie du riz à la carotte de l’Afghan.
Je me retourne dans mon lit de fer. Passé ce concours par conformisme, sans y réfléchir, l’ai réussi par chance. J’ai aimé ces années irréelles absorbée dans les livres en pensant à la révolution.
C’est cela qu’il y avait au bout, une petite chambre nue, un bol de soupe, une écrasante solitude. Une nuit blanche sinistre.
Dès l’aube, Nouk descend au réfectoire.
Cent yeux la regardent – et les miens aujourd’hui –, des visages blêmes, des visages ronds, des visages maigres, des bandeaux sur des cheveux raides, des filles avec des nattes, des filles inconnues en robe de chambre en laine des Pyrénées bleue ou rose. Mon Dieu, une odeur très étrange de filles en robe de chambre en laine, une odeur inconnue et terrifiante.
J’entends leurs pensées distinctement. Qui c’est, cette connasse ?
Je m’enfuis, je remonte dans ma chambre, je vide les étagères, voici mon sac.
Ma 4L dorée m’emporte loin de l’École de Fontenay. À jamais.
Je ne m’étonne pas une seconde de recevoir pourtant ma bourse, mon salaire, je suis payée pendant quatre ans à ne rien faire. Bravo !
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«  Merci, oh, merci!
De n’avoir jamais rien compris …..
Merci , oh merci !
De m’avoir donné cette rage
Libre, libre, libre
De venir jusqu’ici » ..



Anne Sylvestre .
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