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ISBN : 2130607292
Éditeur : Presses Universitaires de France (06/03/2013)

Note moyenne : 4.09/5 (sur 43 notes)
Résumé :
Pourquoi les mythes du complot envahissent-ils l'esprit de nos contemporains ? Pourquoi le traitement de la politique tend-il à se peopoliser ... ? Pourquoi se méfie-t-on toujours des hommes de sciences ? Comment un jeune homme prétendant être le fils de Mickael Jackson et avoir été violé par Nicolas Sarkozy a-t-il pu être interviewé à un grand journal de 20 heures ? Comment, d'une façon générale, des faits imaginaires ou inventés, voire franchement mensongers, arri... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
Bouteyalamer
  09 juillet 2016
Ce livre porte sur la démocratie du savoir, et non sur la démocratie politique, mais son contenu éclaire aussi cette dernière dans le contexte du rejet des "élites", des sachants et des gouvernants.
La démocratie du savoir revendique le droit de savoir, le droit de dire, le droit de décider. Elle bénéficie d'une révolution de l'offre - les infinies ressources de l'Internet - et de la libéralisation du marché de l'information, dans la concurrence sans frein des médias. Elle ignore trop souvent les devoirs associés à ces droits, comme l'exigence logique et la critique des méthodes. On peut montrer que quelque chose existe, mais il est impossible de montrer définitivement que quelque chose n'existe pas. Or c'est précisément l'injonction que lance le méfiant excessif à toute parole officielle : démontrez-moi qu'il n'y a pas de complot, démontrez-moi que ce produit ne présente aucun danger (p 3). "La transformation d'une information en savoir suppose un travail de réflexion. En tant que telle une information n'est qu'une donnée brute, la matière première de l'élaboration d'un savoir" (Bindé, cité p 58). Mais les médias donnent la prime à la rapidité, à l'inédit, et ils omettent les démentis car les démentis ne font pas l'actualité. Les biais cognitifs sont largement, voire systématiquement ignorés, et en premier lieu sur Internet le biais de confirmation. Les croyants aux complots, aux ovnis, aux dangers des vaccins "témoignent" et les non-croyants ont autre chose à faire, d'où la domination des confirmations douteuses. Depuis Charles Fort en 1910 (voir p 87+), les croyants usent d'un mille-feuille argumentaire qui puise dans les champs les plus divers, dont ils ne maîtrisent aucun, mais d'où viendra la conviction qu'il doit rester quelque chose de vrai, que la croyance ne peut être le résultat d'une coïncidence. Il ne s'agit pourtant d'un mille-feuille de biais dont Bronner donne de nombreux exemples : voir ses expériences, ses graphes et ses encadrés. Ces biais sont aussi enseignés aux étudiants en médecine : la lecture critique est une épreuve de l'internat, nos carabins apprennent la méthode épidémiologique pour les études d'observation (biais de sélection, d'échantillonnage, d'exploration, de mémorisation, écart entre association et causalité), les effets placebo et nocebo et l'exigence du double aveugle pour les études d'intervention. Il y a encore beaucoup à faire (voir le rapport Corvol sur l'intégrité scientifique) mais on attendrait le même effort des professionnels des médias. Leur enseigne-t-on les méthodes et la déontologie scientifiques, et aussi l'éthique de responsabilité ? Ou bien les médias leur imposent-ils l'audience à tout prix ?
Cet ouvrage est clair et salubre, même s'il contient des exemples réfutables (le management meurtrier à France Télécom p 152+). L'auteur le conclut avec lucidité : Tout le monde commet des erreurs (on en trouvera sans doute dans ce livre même !), mais lorsque ces erreurs se perpétuent, s'expriment selon des schémas prévisibles et qu'elles ont de graves conséquences pour les personnes ou les intérêts économiques, alors ces erreurs deviennent des fautes. Il doit être possible de discuter sereinement de la façon de limiter la probabilité d'apparition de ces fautes dans notre espace public. Si les journalistes sont des hommes comme les autres, ils ont une responsabilité supérieure à la moyenne d'entre nous (p 319).

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IreneAdler
  04 mai 2017
Post-vérité, désinformation (ou réinformation, selon le point de vue) ou comment l'information est devenue une opinion parmi les autres. Comment certaines vérités dites alternatives profitent de plusieurs facteurs pour s'imposer sur le devant de la scène ? Elles s'appuient sur des dispositions de l'esprit humain, qui est paresseux par nature et va au plus simple, vrai ou pas ; des plus, les promoteurs de ces vérités alternatives sont motivés à faire émerger leurs vérités. Ce sont des biais cognitifs qui peuvent être atténués par l'éducation. Les vérités alternatives profitent également d'un aspect plus systémique de la diffusion des informations : internet et sa structuration (référencement des sites, algorithmes...) et situation hyper concurrentielle de la presse, qui empêche de vérifier les données les plus élémentaires.
Bronner livre un essai compréhensible, mais qui n'est pas de la vulgarisation ; il peut parfois perdre son lecteur. Il met en lumière des questions qui agitent les médias et l'école notamment mais plus largement la société : fachosphère, complosphère... Il ne donne pas de solution clé en main (il reconnait que ce n'est pas possible), mais donne des pistes pour éviter les pièges plus ou moins grossiers que l'on peut rencontrer (il reconnait aussi que tous les éviter est impossible). Il est pour un cloisonnement plus ferme entre les citoyens et certaines prises de décisions politiques ; la démocratie participative, ce n'est pas vraiment son truc. C'est là où je ne suis pas d'accord avec lui, puisqu'il cultive le culte du secret et n'évoque jamais les initiatives des universités ou des acteurs scientifiques pour mettre à la disposition de tous des articles issus de la recherche scientifique (Inist ou Hal pour le CNRS, plus les initiatives locales et internationales).
Ce sont évidemment des divergences de point de vue, qui n'enlèvent rien à la démonstration.
Pur en savoir plus :
- http://www.inaglobal.fr/idees/article/post-verite-nouveau-mot-ou-nouvelles-realites-9668
- http://www.inaglobal.fr/numerique/note-de-lecture/dominique-albertini-et-david-doucet/la-fachosphere/fachosphere-l-extreme-d
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Grumpf78
  20 janvier 2015
Très instructif. Bronner nous démontre notre paresse intellectuelle, notre recherche de facilité (toujours intellectuelle). C'est passionnant. Par exemple, notre recherche sur internet est souvent orientée selon nos avis. On recherche ce qui confirmera nos idées. Il faut donc se méfier de toutes ces rumeurs, bien réfléchir et prendre du recul...
Cet essai fait partie de ces livres que l'on aimerait garder chez soi pour relire certains passages pour bien les comprendre et les mémoriser, pour en discuter avec des amis... Il faut être concentré pour s'imprégner de ce livre.
Je l'ai lu dans le cadre du Prix scientifique 2015 organisé par un réseau de Médiathèques (le prix est décerné par les lecteurs). Il faut oser s'investir dans ce genre d'opération car cela permet de découvrir des auteurs et de livres que l'on n'aurait jamais lus.Cela aurait été dommage de passer à côté de ce livre.
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esamy
  09 mai 2014
Nous sommes prêts à savoir ce que nous croyons déjà, empêtrés dans nos modes de pensée paresseux. Thèse hautement intéressante, l'auteur démontre notre paresse intellectuel qui nous conduit à chercher sur le moteur Google notamment, selon des intitulés qui nous conduisent forcément à confirmer nos intuitions.
Et c'est comme ça tout le livre, si bien qu'on en déprime un peu... Sauf qu'à force de vouloir faire l'avocat du diable, l'auteur prend des partis scientistes contestables, en faveur par exemple du nucléaire ou des OGM. Avoir confiance en des collèges de scientifiques chevronnés certes, mais fustiger le droit au doute de manière aussi appuyé, surtout sur ce genre de sujet est hautement discutable. Surtout quand des scientifiques ont des liens plutôt obscurs avec le monde des affaires.
Reste que les démonstrations sont plutôt efficaces, et l'ouvrage plutôt accessible...
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folea
  27 août 2014
Un livre passionnant.
Bronner montre à la fois que nous ne pouvons pas vivre sans pré-juger tout le temps (nous devons faire confiance à ce qui nous entoure) et aussi que nous devrions souvent faire l'effort de suspendre notre jugement.
Préjuger est la méthode économique mentalement donc normale de décider. Accéder à une connaissance rationnelle est autrement couteux.
Bronner met aussi en cause les études supérieures non scientifiques qui prônent le relativisme et son cortège de pseudo-sciences (astrologie, homéoparhie,...).
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critiques presse (3)
NonFiction   10 décembre 2013
Les problèmes pointés par l'auteur dans la formation des croyances sont réels. Chacun a pu constater leur existence, et le mérite de cet ouvrage est de les pointer d'une manière assez systématique. Dans bon nombre de cas, la démonstration est convaincante.
Lire la critique sur le site : NonFiction
NonFiction   29 avril 2013
Contre la confiance aveugle dans l'intelligence des foules, Gerald Bronner met à jour les divers biais qui font pencher le "sens commun" vers des opinions qui ne sont pas les plus raisonnables.
Lire la critique sur le site : NonFiction
Liberation   04 mars 2013
Voici un livre de sociologie qu’il faudrait faire lire d’urgence dans les écoles de journalisme et les rédactions. En guise de campagne de vaccination à destination des urgentistes de l’information, tous ceux qui n’ont que quelques heures, parfois même quelques minutes, pour s’emparer d’un fait ou d’une histoire et dont la vocation est d’en donner l’intelligence.
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations et extraits (26) Voir plus Ajouter une citation
virgidoc2virgidoc2   23 août 2015
la facilité d'accès à l'information et la massification de sa diffusion sont favorables au biais de confirmation, qui est le socle fondamental de la pérennité de toute croyance. (...)
La recherche d'une information peut principalement se faire sous deux éclairages.
D'une part, sous celui du biais de confirmation : nous avons déjà une croyance et tendrons à chercher des informations pour l'affermir. C'est souvent ce que l'on observe sur les réseaux sociaux, par exemple. (...)
D'autre part, cette recherche peut se faire aussi sans idée préconçue (...) Ce cas de figure met en scène un individu irrésolu. Il est décisif car il y a des raisons de penser que c'est lui qui présente, statistiquement, le plus de chances de se laisser influencer par la structuration du marché cognitif qu'il va fréquenter.
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virgidoc2virgidoc2   23 août 2015
Chacun des arguments, pris séparément, est très faible, mais l'ensemble paraît convaincant comme un faisceau d'indices peut l'être. C'est cela qui fait l'attractivité de ces produits "fortéens" sur le marché cognitif : il est difficile de contester terme à terme chacun de ces arguments car ils mobilisent des compétences qu'aucun individu ne possède à lui seul. De sorte que, sans entraîner nécessairement l'adhésion, il reste toujours une impression de trouble lorsque l'on est confronté, sans préparation, à ce type de croyances. C'est la meilleure définition de ce que l'on peut appeler un effet Fort.
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virgidoc2virgidoc2   23 août 2015
Ces processus d'agrégation des preuves est particulièrement utile à l'imaginaire conspirationniste car, contrairement aux autres systèmes de croyance qui se fondent sur des témoignages ou des "faits", ils suffit souvent au mythe du complot de débusquer des anomalies et des éléments énigmatiques pour générer un vide inconfortable qu'il se propose bien vite de combler par un récit. Ce récit sera fondé sur un effet de dévoilement, c'est-à-dire qu'il proposera de mettre en cohérence des éléments intrigants qui paraissent disparates jusque-là.
(...)
Internet apporte un soutien technique à tous ceux qui veulent agréger des éléments argumentatifs pouvant paraître minuscules séparément et facilement invalidés, mais qui, mutualisés, forment un corpus argumentatif qu'il devient coûteux, en temps et en énergie; de chercher à réduire à néant.
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virgidoc2virgidoc2   23 août 2015
Les hommes de science en général n'ont pas beaucoup d'intérêt, académique pas plus que personnel, ni de temps à consacrer à cette concurrence. On peut le comprendre, mais la conséquence de cette situation, c'est que les croyants réussissent à instaurer un oligopole cognitif sur Internet, mais aussi dans les médias officiels, devenus très sensibles sur certains thèmes aux sources d'informations hétérodoxes.
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AchegothAchegoth   16 octobre 2015
L’esprit humain est irrésistiblement attiré par les explications de type mono-causal. Il faut une certaine gymnastique mentale pour concevoir qu’un effet puisse être produit par plusieurs causes simultanées.
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Gérald Bronner - Le Danger sociologique
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