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ISBN : 2207260658
Éditeur : Denoël (17/09/2009)

Note moyenne : 3.98/5 (sur 23 notes)
Résumé :
Comment expliquer la rationalité paradoxale de ceux qui s'abandonnent à la folie du fanatisme ? Gérald Bronner défait un certain nombre d'idées reçues sur leur profil et leurs intentions, à travers l'exploration d'un univers mental mal connu et qui, à juste titre, fait peur. En convoquant les travaux les plus récents de la sociologie, des sciences politiques et de la psychologie cognitive, son texte dessine un portrait inédit d'un mal qui ronge les démocraties conte... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Pchabannes
  16 janvier 2010
La pensée extrême se manifeste lorsque certains individus sacrifient ce qu'ils ont de plus précieux, en particulier leur vie, au nom d'une idée. Que ce soit dans l'art contemporain, l'activisme politique ou religieux, le sport ou collectionneur compulsif, les actes de nos contemporains peuvent nous sembler irrationnels, voir empreints de folie douce ou meurtrière.
Dans un français exempt du jargon habituel des sociologues, Gérald Bronner met en lumière les mécanismes mentaux conduisant à une pensée radicale et permettant d'affirmer “que ceux qui s'abandonnent à ce type de pensée ne sont, le plus souvent, ni fous, ni désocialisés, ni même idiots”. Gérald Bronner va donc chercher à définir la pensée extrême, à identifier ces extrémistes, leur psychologie, les mécanismes d'adhésion à une pensée extrême et enfin d'identifier les mécanismes permettant de faire changer d'avis un extrémiste. le fait est que “les croyances extrêmes ne disparaîtront pas de l'horizon de notre contemporanéité. Les individus qui la composent, loin d'être des monstres d'irrationalité sont extrêmement logiques”.
Au final, cet essai décrit des mécanismes cognitifs propres à l'ensemble des êtres humains, à vous, à moi, démontant nos limites, notre fonctionnement cognitif, le marché des idées…
De la connaissance et la croyance.
Pourquoi la croyance existe-t-elle toujours avec l'avènement de la science qui doit faire disparaître les croyances et les mythes. le paradoxe de la sphère de Pascal démontre que l'inconnaissance et la connaissance progresse de concert. ”Si la connaissance est une sphère, sa surface est en contact avec ce qu'elle ne contient pas, c'est-à-dire l'inconnu. de ce fait à mesure que la connaissance progresse, la surface de la sphère fait de même, l'air au contact avec l'ignorance ne cesse de progresser aussi“. La conscience de l'inconnu croît.
Notre esprit est limité
Nous sommes empêchés d'être des êtres purement rationnels car nous sommes :
• limités dimensionnellement parce que notre conscience est prisonnière d'un espace restreint et d'un présent éternel,
• limités culturellement parce qu'il interprète toute information en fonction de représentations préalables,
• limités cognitivement par la limite même de la puissance de traitement de notre cerveau face aux problèmes posés.
Comprendre l'Autre, cet autre Soi. Les 5 Axes
L'Homme a les outils pour analyser le comportement des Autres. Il s'agit de rechercher les raisons de l'adhésion à une pensée extrême (ou une pensée/croyance normale) méthodiquement via 5 Axes :
• Conditionnalité existent-ils des raisons conditionnelles qui explique l'adhésion à telle ou telle croyances ?
• Progressivité l'adhésion à cette croyance a-t-elle pu se faire par étapes insensibles jusqu'à un point de non-retour ?
• Dimension Ces croyances se situent peut-être dans un espace et un temps fort éloigné du notre. (limitation naturelle de notre système cognitif)
• Culture La culture affecte notre représentation du réel.
• Cognition nos routines mentales, ces procédures toutes faites utilisées par notre cerveau pour servir des réponses à moindre coût cognitif.

Le piège de la rationalité cognitive
Notre cerveau aime le confort aussi une conclusion est admise dès lors qu'elle est nécessaire et cohérente avec les prémisses admises. Il a besoin de sentir une cohérence logique entre les propositions de la théorie, leur compatibilité avec le réel. Si tel est le cas, la rationalité cognitive pourrait être amenée à admettre des propositions qui présentées autrement eussent été refusées. Ce qui peut expliquer pourquoi les personnes éduquées sont les victimes des gourous, terroristes et des commerciaux !
du marché cognitif
Le Marché cognitif (marché des croyances et des idées) avec des produits cognitifs (les idées, les croyances) qui sont proposées aux personnes. Ces produits peuvent être en situation de concurrence, d'oligopole…Théorisé depuis Aristote jusqu'à Marshall* qui l'a généralisé avec les courbes de l'offre et de la demande. le prix cognitif sur ce marché est représenté par l'effort devant être réalisé pour acquérir ce bien. Plus les gens sont nombreux autour de moi à croire cela, moins il m'en coûte d'y croire aussi. Vous avez dit politiquement correct ?
La transsubjectivité, sociopathie et l'incommensurabilité
Sur ce Marché cognitif, certaines croyances sont caractérisées par la transsubjectivité (partage inconscient de règles) et la sociopathie (antisocial).

et l'incommensurabilité, le fait que la croyance adoptée deviennent une valeur absolue. Nous autres, hommes normaux, affectons une valeur à nos croyances, les rendant relatives.
Conclusion
Malgré quelques longueurs, Gérald Bronner sait vulgariser sa science sans tomber dans la caricature. Les mécanismes mentaux décrits permettent de mieux comprendre le fonctionnement de la société, des Autres, de Soi.
Pour tous ceux qui veulent tenter de vivre en harmonie avec le monde, en essayant de comprendre sans forcément accepter, ce livre est un cadeau intellectuel.
*Marshall, Principes d'économie politique, Paris, 1906
Lectori salutem, Nathan

Lien : http://www.quidhodieagisti.fr
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Davjo
  25 janvier 2016

Face à la violente sidération provoquée par les meurtres commis à Paris en 2015, on a ressenti le besoin d'accuser de folie les terroristes qui ont tué à l'arme de guerre des gens qui nous ressemblent.
Gérald Bronner, sociologue spécialiste des phénomènes de croyances, a écrit en 2009 ce livre qui traite de la pensée extrême, comment des gens en viennent à croire à des choses irrationnelles. Il ne traite pas seulement du terrorisme islamiste mais aussi des phénomènes sectaires, des coups de folie (Maxime Brunerie), des fans et des collectionneurs.
Il y a une idée reçue qui veut que les terroristes en particulier ou les personnes adhérant à des idées extrêmes sont fous ou différents de nous-même. C'est une explication qui satisfait notre « raison paresseuse ». Si nous y croyons c'est aussi que nous prenons la situation à son point ultime, celui du non-retour, nous n'avons pas assisté aux prémices des croyances, au-moment où elle est encore friable et ne s'est pas renforcée avec le temps et la répétition.
Gérald Bronner explique pourquoi nous nous satisfaisons d'idées toutes faites et il cite des exemples historiques où les chercheurs ont su aller au-delà de leur raison pour comprendre un problème.
Exemple d'une idée fausse: celle qui lie l'extrêmisme sectaire et le faible niveau social et scolaire. Les auteurs des attentats du 11 septembre avaient des diplômes supérieurs. Ce n'est pas le niveau d'éducation qui nous protège des idées fausses ou des canulars, mais plutôt notre conception trop restreinte de la rationalité humaine.
Le sociologue préfère comprendre comment al Quaida a réussi à élaborer un système argumentatif puissamment construit et pourquoi sur le « marché cognitif » leur interprétation de l'Islam est vite apparue compétitive.
Nous pouvons essayer de comprendre le processus qui s'est mis en place et qui est graduel, ce que l'auteur nomme incrémental. Un processus similaire a été bien étudié dans les dérives sectaires.
« Entrer dans une secte, c'est comme gravir un escalier dont les premières marches sont toutes petites. »
L'isolement des convertis conduit à un oligopole cognitif qui aboutit à ce que les croyances minoritaires sont endossées de façon plus ferme et durable.
Par exemple dans l'adhésion par transmission: dans le milieu familial, il y un monopole cognitif et il est difficile de s'émanciper intellectuellement d'une emprise. Et là, on pense bien sûr aux fratries tueuses: les frères Kouachi, les frères Abdeslam, Mohamed Merah qui a reçu le soutien d'un frère et d'une soeur....
Dans l'adhésion par frustration, il montre que les individus de la société actuelle subissent un taux de frustration supérieur à tous les autres systèmes sociaux.
« La massification de l'enseignement supérieur et l'augmentation du taux de diplôme n'accroît pas mécaniquement la proportion de positions sociales prestigieuses. »
Et il cite le nombre important de gourous de secte qui ont tenté de percer d'abord dans le show biz, « La frustration et le désir de reconnaissance forment un mélange étonnant ». Nos démocraties sont des sociétés de Tantale...
L'extrêmiste trouve un certain apaisement à endosser des idées extrêmes: il entre dans le temple de la pureté, il fait table rase de son passé.

Ce livre explore et défriche le domaine mental de ceux qui vivent dans un monde simplifié, avec un but ultime, au point de sacrifier leur vie. Un livre à la lisière de la psychologie sociale et de la sociologie, on le range dans la cognition sociale. Penser l'impensable, expliquer ce qui nous paraît être le mal absolu, c'est prendre un risque dans un pays en état d'urgence...On peut espérer que ces systèmes de pensée soient étudiés par les directions du renseignement afin de prévenir l'endoctrinement...
Lien : http://killing-ego.blogspot...
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bb25
  30 janvier 2016
Un essai écrit en 2009 qui s'appuie sur de nombreuses références, thèses et démonstrations. L'auteur pose 3 questions : les extrémistes sont-ils des fous ? Comment le devient-on ? et comment décrypter cette logique de l'"incommensurabilité" qui fait basculer un esprit vers la radicalisation. Partant de notre rapport au monde qui repose sur deux modalités : la connaissance et la croyance, et l'idée que notre esprit est limité dimensionnellement, culturellement et cognitivement et que nos sociétés resteront des sociétés de croyances, quelque soit le niveau de la connaissance humaine, il affirme que les croyances"extrêmes" ne disparaîtront pas de notre contemporanéité et qu'elles sont" une logique forte" qu'il faut décoder, tout comme les mécanismes des individus qui suivent ces processus de croyances.
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sandrine68
  04 mai 2016
comme tout le monde j'imagine en ce moment, je m'interroge sur les dérives sectaires, et la manière dont la religion (qui à la base diffuse un message d'amour) sert de prétexte aux pires atrocités.
Ce livre a l'avantage de rompre avec des préjugés qui présentent les terroristes comme des personnes pas éduquées, qui ne réfléchissent pas, influençables, dérangées psychologiquement... en fait l'auteur montre que ce sont souvent des gens élevés dans des bons milieux sociaux, parfois laïcs, qui ont fait des études. C'est justement parce qu'ils sont instruits qu'ils ont l'esprit disponible pour un nouveau mode de pensée qui remet en cause la vérité officielle et une argumentation qui sait se rendre séduisante. Internet va permettre de diffuser des thèses qui grâce à une clarification cognitive offrent une vision simple et rassurante de la vie moderne complexe et frustrante.
L'auteur définit le terrorisme comme "une adhésion inconditionnelle à un énoncé théorique qui entraine des conséquences pratiques"
Il cite en exemple des sectes, comme le Temple solaire, qui ont conduit leurs membres à des actes terroristes ou à des suicides collectifs.
Il explique comment des personnes peuvent se mettre à croire au surnaturel en raison des statistiques (même un voyant amateur ne peut pas se tromper tout le temps...). du coup, un événement anodin peut être interprété comme un signe du destin. La personne se sent élue, mise en valeur. Les explications monocausales offrent une vision du monde rassurante.
De plus, le raisonnement des sectes procède par étapes. C'est la loi de la grenouille ébouillantée ou de m'escalier, on ne s'aperçoit de rien au début, on admet des petites vérités. L'exemple de l'art moderne est amusant: l'auteur montre comment au début, les artistes prennent leurs distances avec la tradition pour peu à peu arriver vers des oeuvres aberrantes qui n'ont plus grand chose à voir avec l'art et la quête du beau (par exemple, les 90 boîtes de "merde d'artiste" produties parManzoni en 1961)
L'initiateur montre la conformité d'un idéal (la démocratie) avec la réalité (les inégalités, la pauvreté), utilisant les rancoeurs créées par une société où beaucoup de personnes se sentent éligibles sans que le nombre global d'élus augmentent. Par exemple, le nombre de bacheliers et d'étudiants a explosé, mais à l'arrivée, combien accèdent à des carrières prestigieuses? Ensuite, le conformisme avec le groupe d'adoption fait le reste.
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Latias
  02 novembre 2016
Gérald Bronner s'attache à démonter les mécanismes de la "pensée extrême" : comment devient-on terroriste, ou adorateur d'une vedette disparue, ou encore collectionneur d'art contemporain ? La pensée est rigoureuse et très analytique mais truffée de termes spécifiques dont il faut d'abord assimiler le sens. En outre, le style est très redondant, sinon verbeux. J'ai été tenté plusieurs fois d'abandonner la lecture de la première partie ("Les extrémistes sont-ils des fous ?", 179 pages sur 352). Mais j'ai été ensuite récompensé de ma persévérence.
Sans entrer dans les détails d'une thèse aussi fouillée, j'ai été séduit par l'idée que les mécanismes de la "pensée extrême" sont présents en chacun de nous et qu'en définitive, c'est leur occultation dans la vie courante qui rend la vie en société possible, et leur activation, par exemple en cas d'invasion, qui permet aux sociétés de survivre.
Le rôle attribué à la frustration dans la dérive fanatique est aussi très convaincant, malheureusement pour les sociétés démocratiques.
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Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
gazellllgazellll   06 février 2019
C'est parce que l'extrémisme est souvent la conséquence d'un processus incrémental qu'il est si difficile de faire revenir en arrière un esprit qui s?est converti. C'est qu'il ne suffit pas de défaire le terme de sa croyance par une contre-argumentation qui pourrait faire la démonstration de sa fausseté, il faut tenir compte du fait que celle-ci s?enracine dans une histoire longue dont l'extrémiste peut même avoir oublié les étapes et qui inscrit dans son esprit un sentiment de certitude. Si l'on ajoute à cela que son adhésion progressive suscite une désapprobation qui peut le faire reculer dans certains cas ou, au contraire, le faire se draper dans un orgueil jusqu'au-boutiste et le conduire à chercher la fréquentation d'individus qui partagent les mêmes idées extrêmes que lui, on comprend qu'il puisse en venir à faire des déclarations, produire des actions, que lui-même aurait désapprouvées quelque temps auparavant. Ce n?est pas autrement, selon moi, qu'il faut comprendre l?histoire de Dieudonné M'Bala M'Bala, humoriste bien connu sur la scène française sous le nom de Dieudonné pour les duos qu?il forma avec Élie Semoun, un autre humoriste, qui eurent un certain succès dans les années 90. La dérive radicale dans laquelle Dieudonné s?est enfermé ces dernières années a fait titrer au quotidien L'Humanité dans son édition du 19 février 2002 : « Dieudonné pète les plombs ». Une interprétation irrationaliste, une fois de plus, qui ne tient pas compte de la progressivité de la drôle d'aventure intellectuelle dans laquelle s?est engagé l'humoriste. Qui aurait pu croire, par exemple, que cet humoriste trouverait des accointances avec le Front national, au point de se déclarer capable de voter Jean-Marie Le Pen plutôt que Nicolas Sarkozy en cas d'affrontement au deuxième tour de la présidentielle française en 2007, de faire baptiser sa troisième fille par l'abbé traditionaliste Philippe Laguérie et de la faire parrainer par le leader du Front national ? Certainement pas Dieudonné lui-même qui, dans les années 90, s'engagea résolument contre le Front national, qu'il considérait selon plusieurs de ses déclarations comme un « cancer ». C'est d'ailleurs pour lutter contre l'influence de ce parti dans la ville de Dreux et s'opposer à la candidate frontiste Marie-France Stirbois qu'il s'engage activement dans la campagne législative de 1997. Dieudonné est-il devenu fou depuis ? Je ne le crois pas, mais son cas est tout à fait saisissant car il manifeste la possibilité d'un véritable retournement politique qui, s'il n'était éclairé par le paradoxe d'Eubulide de Milet, serait proprement incompréhensible. C'est que, de déclaration en déclaration, le mur qui le séparait de l'extrémisme est devenu de plus en plus poreux et a fini par s'effondrer. Un florilège non exhaustif de ses prises de position permet d'entrevoir l'esquisse générale de sa dérive. Favorable à la régulation des sans-papiers, il défend l'idée d'un droit de vote pour les immigrés durant ses premières années de militantisme où il se déclare, en 1997, contre « les frontières géographiques, religieuses, ethniques, sociales... ». Très attentif au devoir de mémoire concernant l'esclavage, il considère qu'il s'agit de la « tragédie la plus terrible de l'histoire de l'humanité » et se met dès le début des années 2000 à regretter ce qu'il appelle le « deux poids deux mesures », puis il le dénonce franchement concernant le problème de l'indemnisation des descendants de victimes de crimes historiques. Il vise alors clairement la différence faite un peu partout, selon lui, entre le sort réservé aux victimes juives et aux autres. C'est probablement là le pivot fondamental de son basculement idéologique. Il est possible, à ce titre, que le refus du CNC de financer son projet de film en 2000 sur le Code noir ait été un élément déclencheur dans son parcours. Il reviendra plusieurs fois sur cette déception en fustigeant les choix des « sionistes du CNC ». Il se considère bientôt comme la voix de tout un continent en train de mourir (il pense à l'Afrique) et se présente à Sarcelles contre Dominique Strauss-Kahn, qui l'accusera de communautarisme, ce que ne manquera pas de faire aussi Dieudonné, en stigmatisant ses origines juives. C'est en décembre 2003, lorsqu'il présente un sketch très controversé mettant en scène un colon juif, qu'il officialise sa « rupture » avec le sens commun. Il dénonce alors un axe « américano-sioniste » embrassant l'un des thèmes de la pensée d'extrême droite. Cela s'enchaîne avec des déclarations toujours plus provocatrices qui sont quelque-fois sanctionnées par des condamnations des tribunaux, comme celle de diffamation raciale prononcée en 2006 à son encontre pour une affaire qui l'avait opposé à l?animateur Arthur. Peu à peu, ses amis d'hier prennent leurs distances avec lui, et il s'en trouve de nouveaux qui ne le ramènent pas, loin s'en faut, vers une expression plus mesurée. Considérant que les Juifs se sont, plus que tout autre, enrichis dans la traite des Noirs, ses déclarations ressemblent de plus en plus à celles de l'extrémisme islamiste. Il soutiendra d'ailleurs ouvertement le Hamas et se rendra en Iran, en 2006 et 2007, à l'invitation du régime. Si Dieudonné n'est pas devenu fou, on ne peut pas non plus l?accuser, comme on le fait si souvent pour les artistes contemporains, d'une forme de cynisme, car il ne faut pas beaucoup d'imagination pour concevoir que ses déclarations successives et ses associations douteuses ont plutôt détruit sa carrière qu'elles ne l'ont favorisée. Dieudonné est donc sincère, mais d'une sincérité qui s'est métamorphosée d'étape en étape, si subtilement qu'elle l'a conduit à embrasser des thèses qui, je l'écris à titre de pure hypothèse, auraient été vomies par le Dieudonné du début des années 90. Qui peut imaginer que le Dieudonné « des origines » aurait applaudi à son propre spectacle de la fin 2008 où Robert Faurisson, l'ancien professeur de lettres de Lyon, qui nia à plusieurs reprises l'existence des chambres à gaz, fut invité sur la scène du Zénith à Paris pour dire qu'il était « un Palestinien dans mon propre pays » sous les acclamations de la foule ? Que l'on me pardonne, mais cette malheureuse histoire me rappelle une expérience qu'on dit pouvoir faire avec une grenouille, que nous pouvons tous réaliser si nous avons un peu de cruauté et qui me servira de parabole conclusive. On dit que si vous plongez une grenouille dans une casserole remplie d'eau froide, elle y restera paisiblement. Augmentez la température d'un degré, elle ne le percevra pas, puis de deux, puis de trois et ainsi de suite, très progressivement, jusqu'à atteindre l'ébullition. La grenouille ne se sera aperçue de rien, elle sera morte, ébouillantée. C'est ainsi que nous pouvons être, nous qui sommes tous croyants, happés par un processus d'adhésion incrémentiel qui nous fait entrer dans une vision extrémiste du monde, sans que nous nous rendions compte de rien. Et nous voilà grenouilles ébouillantées.
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gazellllgazellll   06 février 2019
À examiner l'histoire de l'art aux XIX e et XX e siècles, on s'aperçoit qu'elle décrit une suite de transgressions qui ont conduit les productions contemporaines à être totalement déconnectées de ce que le sens commun entend par « art ». On peut sans doute trouver toutes sortes de « pères fondateurs » à ces mouvements transgressifs. Le Caravage, par exemple, en proposant des représentations trop réalistes de figures sanctifiées, contribua à affaiblir les normes de la peinture de son temps et fit scandale. Mais c'est sans doute avec l'impressionnisme, puis le fauvisme, que le coup d'envoi du processus incrémental d'altération des normes de l'oeuvre d'art fut enclenché. Le premier, parce qu'il remettait en question les normes de la pure retranscription visuelle dans l'art pictural, le second, parce qu'il contestait l'utilisation réaliste de la couleur. L'expressionnisme se situait dans cette même logique transgressive, tandis que le cubisme, lui, mit en examen l'utilisation habituelle de la figuration spatiale et de la perspective. Le principe de la création comme expression de la volonté consciente de l?artiste fut remis en question, quant à lui, par le surréalisme, tandis que le sérieux même de l'art fut chahuté dans le dadaïsme. Une marche de plus dans cet escalier de la radicalité fut gravie par les peintres de l?abstraction (Kandinsky, Malevitch?) qui violèrent le principe de figuration.
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LatiasLatias   02 novembre 2016
(...) notre époque contemporaine a toutes les chances de susciter des vocations, des ambitions qui seront, en moyenne nécéssairement déçues. A ce titre, il se pourrait que la pensée extrême, loin d'être un ersatz d'idéologies et de manières d'un autre âge, soit une expression particulièrement représentative de la modernité. (...) les sociétés démocratiques sont des sociétés qui engendrent, par nature, un taux de frustration supérieur à tous les autres systèmes sociaux. (...) contrairement aux sociétés traditionnelles, le destin de chacun est ouvert. Nul ne peut savoir s'il sera destiné à la réussite économique ou à la déchéance, par conséquent il est permis à tous d'espérer. (...) Le sentiment d'avoir le droit d'obtenir les mêmes choses que les autres et l'envie d'en avoir un peu plus malgré tout constituent deux invariants de l'équation de la frustration.
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gazellllgazellll   05 février 2019
(...) l'histoire des hommes a été entachée par un grand nombre de massacres d'origine religieuse, et ce n'est pas un hasard. En effet, la croyance en un dieu, en particulier s'il est conçu comme unique, est une candidate idéale pour imposer l'extrémisme : elle est infalsifiable et elle justifie absolument tout, dans la mesure où, si dieu existe, c'est lui qui fonde les règles du réel, la notion de morale etc.
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gazellllgazellll   05 février 2019
Ainsi s'explique le fait que certaines croyances, comme celles que proposent les sectes, sont jugées irrationnelles par les observateurs, lorsque ceux-ci fondent leur jugement sur le contenu souvent absurde de ces croyances, en négligeant le caractère graduel du processus de leur formation dans l'esprit des croyants. Or, chaque moment de l'adhésion à une croyance fausse peut être considéré, dans son contexte, comme raisonnable, même si l'observateur, qui ne juge que la croyance toute faite, peut légitimement dire qu'elle est grotesque. Ce fait, pourtant banal, est souvent invisible pour le sens commun, car les croyances d'autrui ne se manifestent qu'une fois constituées, sans que le processus de leur constitution soit directement accessible à l'observation.
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Videos de Gérald Bronner (14) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Gérald Bronner
Quel est ce « Cabinet de curiosités sociales » (Puf) que nous invite à découvrir Gerald Bronner ? A partir de nombreux articles de presse, le sociologue analyse nos croyances collectives et la façon dont nous utilisons les objets de tous les jours. Cela lui permet de montrer comment nous nous représentons le monde qui nous entoure, parfois au mépris même de la réalité. Un exemple : Pourquoi pense-t-on que les chantiers sont toujours en retard ? Nous verrons que la réponse nous en dit beaucoup sur nous et notre société.
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