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EAN : 9782350877884
171 pages
Editions Héloïse d'Ormesson (12/05/2022)
2.88/5   4 notes
Résumé :
Sous la forme d’un témoignage romancé, David Brunat prête sa voix à Hélène Mercier, née Galitzine (1912-1966), afin de raconter le parcours de cette femme atypique, qui a suivi la voie de l’exil, du faste perdu des palais de Russie à la Riviera, en passant par l’Italie. C’est dans les années 1930 à Nice, alors qu’elle a embrassé une carrière de couturière, qu’Hélène rencontre Matisse par l’entremise de sa sœur. Elle devient l’un des modèles phares de l’artiste fauvi... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
La Russe Hélène Mercier (1912-1966), née Princesse Galitzine, fut, tout comme sa compatriote Lydia Delectorskaya, l'un des modèles préférés de Matisse à la fin des années trente. Neveu de ses deux filles aînées, l'auteur s'inspire de leurs souvenirs pour retracer le parcours de cette femme, entrée dans la postérité grâce aux toiles du célèbre peintre. Il lui prête la parole dans un récit romancé.


Née dans l'une des plus anciennes et des plus nobles familles de Russie, dans une maison princière dont les membres portaient le titre d'« Altesse sérénissime », la narratrice perd son père à huit ans, tué par le typhus dans une geôle sibérienne au lendemain de la révolution de 1917. Comme tant d'autres Russes blancs, Hélène et sa famille se retrouvent sur les routes de l'exil et choisissent de s'établir en Italie, sans se douter que le fracas de l'Histoire les y poursuivrait avec la montée du fascisme. A seize ans, elle perd cette fois sa mère, et avec son frère et ses soeurs, part rejoindre la forte communauté russe installée à Nice. Elle y est engagée comme couturière dans une maison de haute couture, et, par l'entremise de sa jeune soeur, baby-sitter pour la famille Matisse, rencontre en 1935 le peintre déjà âgé qui en fait l'un de ses modèles favoris.


Les séances de pose sont dans le livre l'occasion de conversations avec le Maître, dont on découvre l'atelier baigné de « la clarté argentée de la lumière de Nice », baroquement décoré de draperies multicolores comme un théâtre oriental, et sonorisé par les innombrables oiseaux peuplant les vastes volières de la pièce voisine. le peintre n'a pas seulement la passion de la couleur, dont il joue jusqu'à saturation, au gré d'intensités vibrantes. Il raffole de musique, s'enthousiasme pour les textiles sous toutes leurs formes, ce qui, au contact d'Hélène, donne des toiles telles que la Musique - en couverture du roman -, ou la série des Blouses Roumaines.


Mais la seconde guerre mondiale sonne l'heure d'un nouveau départ pour la narratrice, cette fois pour la Suisse, alors qu'on diagnostique un cancer à Matisse. Lui vivra encore quatorze ans, handicapé et alité, mais poursuivant son oeuvre sans qu'y transparaisse le moindre ombre de souffrance. Elle mourra, malade aussi, une bonne décennie après lui, laissant une descendance largement mise à contribution pour le matériau de ce roman, et le souvenir d'un visage et d'une silhouette présents dans de nombreuses oeuvres de Matisse.


Joli hommage à cette femme au destin hors norme, bousculé par les soubresauts meurtriers de son siècle, ce livre qui aurait néanmoins peut-être pu creuser davantage l'intériorité de ses personnages, est aussi une agréable et intéressante façon de pénétrer l'atelier et l'intimité de Matisse. Des drames et des épreuves traversés par l'une comme par l'autre, malgré la guerre et la violence, ne subsiste au final que le souvenir d'un tourbillon de lumière et de couleurs, à jamais capturé par l'oeil et la main de l'artiste.

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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
Sans sa maladie de jeunesse, sans son appendicite, il n’aurait peut-être jamais embrassé une carrière de peintre et il serait alors passé à côté d’un destin exceptionnel. Sans les épreuves auxquelles notre famille a dû faire face naguère, je n’aurais certainement pas eu la vie que j’ai eue. Peut-être aurais-je connu, et mes sœurs aussi, une existence facile et brillante. Mais elle n’aurait pas eu le relief, la saveur et cette forme de plénitude que l’exil, que la découverte d’autres cultures et d’autres manières de vivre, que la nécessité de travailler dur, et que la rencontre avec Matisse lui ont conférée. Aucune de mes filles n’aurait vu le jour. Ni Alexis, ni Heinz n’auraient partagé ma vie.
La lumière naît de l’ombre et la domine, telle est la leçon que la vie m’a enseignée et que Matisse m’a apprise également. Elle irradie les toiles de ce maître vénéré.
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Il admirait beaucoup Cézanne, qu’il n’a toutefois jamais rencontré. Pas une seule fois. De toute sa vie !
« Mais pourquoi donc ? J’ai du mal à y croire !
– Je n’ai jamais été du genre à forcer les rencontres. Elles se produisent naturellement, ou bien elles n’arrivent pas. Voilà tout. J’ai découvert sa peinture chez Vollard, le célèbre marchand, et je l’ai immédiatement aimée. Elle posait des points d’interrogation qui m’ont fait beaucoup réfléchir et travailler. C’est l’essentiel. » Je trouve très étrange qu’ils ne se soient jamais rencontrés. Presque aussi bizarre que le fait que Cézanne n’ait jamais visité l’Italie alors qu’il n’habitait tout de même pas loin de ce pays dont il se réclamait à corps et à cris sur le plan pictural et culturel.
« Ah, mais par contre, j’ai rencontré son épouse après sa mort. Chez les Renoir. Et, ma foi, je m’en serais bien passé ! Elle ne tenait pas sa peinture en haute estime, croyez-moi. Elle m’a dit mot pour mot : “Il ne savait pas ce qu’il faisait ; ses tableaux ne sont jamais terminés, jamais finis.” Vous vous rendez compte ? Un si grand et si puissant créateur ! Elle semblait prendre plaisir à le débiner. Tout comme la femme de Pissarro, qui avait elle aussi la dent dure. Elle raillait son mari, un homme pourtant si sympathique. Comment oublier sa belle figure à barbe blanche ? Il avait travaillé avec Cézanne. Je l’ai bien connu, lui, et je l’appréciais infiniment. Mais la “mère Pissarro”, comme nous l’appelions, était aussi aveugle sur l’importance de son art que la femme de Cézanne. Elle persiflait. “Il a fait du pointillisme, et puis pfft il est passé à autre chose. C’était bien ou ce n’était pas bien. Il n’en sait rien lui-même. Il ne sait pas ce qu’il veut !” »
Et Matisse conclut dans un franc éclat de rire que si nul n’est prophète en son pays, cela est particulièrement vrai, apparemment, des artistes et spécifiquement des peintres !
« Mais je dois être l’exception qui confirme la règle. Madame Matisse m’a toujours soutenu, de tout son cœur et de toute son âme. Je lui en suis infiniment reconnaissant. Elle a toujours su me remonter le moral quand j’en avais besoin, à l’époque où, incompris, j’étais si souvent moqué, égratigné, méprisé. Oui, son amour et sa compréhension ont été d’un prix immense pour m’aider à surmonter ces épreuves et ces doutes. »
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Ne pas se plaindre, souffrir en silence : moi qui ai appris très jeune à serrer les dents et à faire face aux malheurs de l’existence, j’ai aimé chez Matisse cette délicatesse supérieure. La maladie le harcelait depuis sa jeunesse. Elle a laissé peu de répit à son corps et l’a conduit à se faire opérer pendant les années où j’ai posé pour lui. Et aussi bien après, jusqu’à sa mort.
Mais elle ne s’est frayée aucune voie dans son art.
J’ai aimé cette grandeur d’âme, cette bienséance non dénuée d’héroïsme, cette discipline de l’esprit et de sa vie de peintre : ne rien dire sur la toile de ses tracas personnels, s’interdire d’y répercuter la moindre trace des griffures de la douleur physique. Juste absorber la lumière du bonheur de créer et d’admirer le monde dans sa vibrante beauté.
C’est pourquoi sa peinture n’est que lumière et joie. Au sens proprement physique et pas seulement esthétique. Peindre et se libérer de la souffrance, l’oublier, en faire un néant : c’était là sa discipline, sa mission. Sa belle et grandiose mission.
Il m’a dit un jour qu’il ne mettait jamais ses souffrances dans son travail et que c’était précisément ce qui lui permettait de les supporter.
Sacrée leçon de vie !
Il n’empêche qu’il a souffert sans relâche depuis sa jeunesse.
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Place Charles-Félix, dans l’appartement-atelier. La vue sur la baie des Anges est magnifique. La lumière et la mer se reflètent sur les murs, tapissés de drôles de carreaux de céramique. Quand il fait beau, on dirait que des flots lumineux se déversent dans les pièces. Elles prennent une apparence nacrée, diaphane, écumeuse. Il me fait la réclame de « la clarté argentée de la lumière de Nice », l’une des raisons de son installation dans cette ville et à cet endroit. Aux murs, beaucoup de teintures bariolées. Il aime accrocher des draperies multicolores en manière de paravent. Elles servent de décor pour certains tableaux, notamment ses odalisques. Il raffole des ornements, des atmosphères baroques, des mises en scène. L’atelier a parfois l’air d’un théâtre oriental. Il y a aussi des ornementations végétales uniques en leur genre… Des fleurs ! Des bouquets monumentaux ! Des glaïeuls, des dahlias, des feuilles de palmier à profusion !
Tout ce défilé de tentures et de tapis, de costumes luxuriants et de madras aux tons éclatants me ravit et me divertit. Je rêve souvent de tailler à pleins ciseaux dans les étoffes les plus bigarrées pour en faire des robes, des bustiers, des châles, des pantalons, des rubans, des chapeaux, que sais-je. Je le lui dis. Il sourit.
« Qu’en penserait madame Violette ? Ah, je serais curieux de le savoir. Et la mode, la mode niçoise ? Suivrait-elle ? Nous sommes en Provence, pas au caravansérail !
Mais je sens que l’idée le séduit chaque fois que je lui en parle.
– La mode ? Nous pourrions lancer une nouvelle tendance.
– Vous pourriez aussi concevoir de beaux vêtements à partir d’impressions de mes tableaux. Vous connaissez Fortuny…
– Fortuny ? »
Il m’apprend que Mariano Fortuny, un Espagnol vivant à Venise, a imaginé au début du siècle des robes à partir de tissus imprimés qui semblaient avoir été réalisés par un peintre et non par un couturier. Leurs inimitables teintes orangées, indigo, jaune pâle, rouge, etc. ont fait le bonheur des élégantes. Il a révolutionné l’art d’habiller les femmes.
« Cet homme-là a su faire rimer peinture et couture comme nul autre. C’est un magicien des couleurs. »
« Comme vous », pensé-je. Je suis fascinée. Je me promets d’en parler à madame Violette. Elle sait que je pose pour Matisse. Elle en est enchantée. Une princesse modèle parmi ses couturières et, qui plus est, modèle d’un peintre amoureux des belles étoffes !
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« Mon ami Guillaume Apollinaire a écrit jadis de belles choses sur moi. Vous savez qu’il était d’origine russe par sa mère ?
– J’ai entendu parler de lui. Ainsi que de sa triste fin.
– Si triste ! Eh bien, il a dit un jour que mon art était un fruit de lumière. Parfaitement juste ! C’était vraiment bien trouvé comme expression. Impossible que l’auteur d’un “fruit de lumière” ne s’entende pas avec l’Italie et les Italiens. Parce que question lumière, hein, l’Italie… »
Je profitais de cet aparté sur la Péninsule pour aborder un sujet qui m’intriguait depuis longtemps.
« J’ai ouï-dire que Cézanne, qui ne jurait que par la peinture italienne, n’y a jamais mis les pieds. Pas une seule fois de toute sa vie !
– C’est parfaitement exact.
– Et c’est très singulier, vraiment, de la part d’un homme qui n’habitait tout de même pas à Utrecht ou à Saratov, mais en Provence, si près de la frontière italienne ! »
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