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EAN : 9782841147007
420 pages
Éditeur : Ramsay (16/08/2004)
4.11/5   14 notes
Résumé :

Hélène est une journaliste scientifique débutante. Edgard, à soixante-cinq ans, un physicien connu. Ils se proposent d'écrire ensemble un ouvrage de vulgarisation. Rapidement, l'entreprise se transforme en un rituel immuable et inattendu, fait de tête-à-tête à jour et heure fixes. Ils partent d'une question innocente : quel est le lien entre l'élaboration d'une pensée scientifique et le parcours humai... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
enjie77
  30 avril 2020
« Les premiers jours que j'ai passé à l'école, je ne comprenais rien et ne pouvais communiquer avec personne. Les cours se donnaient en polonais et en russe, deux langues que j'étais incapable de distinguer l'une de l'autre. Mais, lorsque j'ai ouvert mon livre de mathématiques, je suis tombé en arrêt, comme sous le choc d'une musique céleste. C'étaient les premiers signes lisibles que je rencontrais depuis mon arrivée. La première fois que je me retrouvais en terrain connu. »
Edgard à douze ans lorsqu'il se retrouve en Pologne dans les années 1950. Sa mère, Rachel, aveuglée par son militantisme, l'a arraché à Bruxelles alors qu'il venait de se découvrir la vocation de comédien. A quoi cela tient une destinée ?
Elisa Brune alias Hélène, journaliste scientifique, se voit contactée par Edgar Gunzing, alias Edgard G., afin de mettre au point un ouvrage de vulgarisation sur la physique quantique. Au fil des entretiens hebdomadaires qui ont pour objet la physique, petit à petit, sous la direction des questions de la journaliste, ceux-ci se veulent plus personnels, plus en rapport avec la vie du physicien et ses motivations.
Exceptionnel, fascinant, passionnant, je n'ai pas suffisamment de qualificatifs pour désigner ce récit ! J'éprouve toujours un intérêt sincère pour la vie des autres comme les biographies mais l'histoire d'Edgard sort des sentiers battus. J'ai eu l'impression de lire la biographie de Kessel tant les aventures s'enchaînent les unes derrière les autres, que ce soit celles de ses parents Jacques et Rachel ou que ce soit celles d'Edgard, que ce soit les engagements des parents, communistes convaincus, ou que ce soit l'histoire personnelle d'Edgard, tout le récit est revisité, approfondi et mis en relation avec la mécanique quantique, c'est un coup de maître !
Tous les domaines s'interpénètrent, les auteurs ouvrent tellement de pistes de réflexion, que bien des matières sont abordées comme la métaphysique, la physique quantique, l'Histoire, le déterminisme. le principe d'incertitude ayant pour objectif de réduire l'incertitude, nos deux auteurs démontrent parfaitement que tout est dans tout, tout est relié.
Edgard est né le 21 juin 1938 à Mataro en Espagne de Jacques, juif tchèque et Rachel, juive belge au cours de la guerre civile espagnole. Edgard connaîtra très peu son père, disparu au cours de la seconde guerre mondiale.
Rachel, femme très engagée, résistante, vit toujours en quête du sens de son engagement. Elle est prête à tous les sacrifices pourvu qu'elle soit en accord avec son idéologie, que ce soit à son détriment comme au détriment de son fils. Son passé, ses sentiments, son histoire, elle les emmure dans le silence. Sa communication avec Edgard s'arrête à des banalités. Edgard se trouve ainsi amputé d'une partie de lui-même. Il faut ajouter à cela, qu'à travers toutes les épreuves que traverse Edgard depuis son plus âge, il n'a jamais la même identité, il vit dans une insécurité totale, il affronte la virulence de l'antisémitisme ainsi que le sentiment d'abandon.
Ce sont ces entretiens qui vont petit à petit lever le voile et par conséquent, lever toutes les barrières psychologiques qui handicapent le physicien depuis soixante ans. Et tout cela, sur fond de vulgarisation scientifique.
Dans cette démonstration qui se double d'une quête identitaire, un besoin de savoir « d'où on vient, qui on est, où on va » il y a des moments très intenses, très émouvants au travers de rencontres, de lettres.
Edgard et Hélène emploient le « Je » ce qui rend le récit plus proche, plus intime, avec la lectrice qui ne perd pas de vue qu'il s'agit de faits réels et c'est toute la puissance du récit.
Je rassure de suite : je suis une « brèle » en physique et cela ne m'a pas du tout gênée !
Et un grand merci à Cécile alias Latina pour sa chronique, sans son enthousiasme, je n'aurais pas eu l'idée de lire ce livre. Et de plus, si je pouvais mettre plus de cinq étoiles, je l'aurais fait tant ce livre m'a passionnée!
« le sel de cette histoire : j'étais parvenu à faire apparaître le visa, rien qu'en supposant qu'il existait déjà. Exactement comme dans un boostrap. Même si je ne connaissais pas encore le mot, j'étais déjà fasciné par ce principe. On peut créer quelque chose à partir de rien si on formule une hypothèse gratuite et cette hypothèse elle-même fait partie des conséquences produites en chaîne. On s'est soulevé sans avoir besoin du monde extérieur. On s'est soulevé en tirant sur ses bottes ».
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latina
  10 avril 2020
J'en reste abasourdie ! Quel livre !
Même si la fin tire un peu en longueur (d'où mes 4 étoiles et ½), j'ai adoré cette relation entre une journaliste scientifique encore aux balbutiements de sa profession, encore incertaine, et le grand scientifique qu'est Edgar Gunzig, dont la théorie sur l'origine de l'univers est révolutionnaire grâce à l'emploi de la physique quantique.
Relation professionnelle, comprenons-nous bien.
Hélène - en fait Elisa Brune elle-même - va interroger durant 3 ans Edgar G - Edgar Gunzig - sur sa conception de l'origine du monde, accompagnée d'un questionnement sur sa motivation et par conséquent sur son passé, sa relation avec sa mère, son comportement face au décès de son père lorsqu'il était très jeune, ses amours, ses emmerdes – multiples ! - , ses enfants dont son fils, Thomas Gunzig, comédien et écrivain.
« Nous avions démarré sur de la vulgarisation scientifique, j'avais voulu connaitre les circonstances de sa carrière, et maintenant je ne savais plus si nous étions dans sa vie ou dans son oeuvre. (…)
Allons bon, je me trouvais à nouveau en terrain délicat. Moi qui cherchais une aventure intellectuelle, je débusquais des drames humains ».
On peut donc diviser ce livre en 3 parties, bien que celles-ci soient incontestablement imbriquées l'une dans l'autre : la partie scientifique, la partie psychologique et la partie historique.
Des drames humains, oh que oui !
Parents juifs et communistes, militants extrémistes, participant à la guerre d'Espagne, à la Résistance, croyant dur comme fer au communisme, le père est mort à Mauthausen, la mère court de pays en pays pour rejoindre l'idéal communiste qu'elle ne trouvera pas.
Et le fils là-dedans ? Placé sous la garde de bonnes âmes étant tout petit, récupéré par sa mère, la suivant dans ses péripéties, et donc déstabilisé, complètement.
Sa vie adulte est elle-même une suite de confusions, et l'imbrique de façon exponentielle dans diverses situations dignes d'un univers kafkaïen.
« Y avait-il une fatalité qui le poussait à reproduire ce que sa mère avait vécu ? Ou plus exactement : ce qu'elle avait subi ? Il vivait entièrement dans un monde de conséquences, celles qu'avaient engendrées les actes de sa mère, et qui n'avaient pas fini de dérouler leurs échos. »
Une aventure intellectuelle, oh que oui ! Et c'est celle-ci qui m'a exaltée, car elle mêle la science à la philosophie. L'origine du monde telle que la conçoit Edgar Gunzig est racontée de façon tellement simple que ce livre a reçu le prestigieux prix Rossel des jeunes, en Belgique.
Simple, mais bouillonnante, grisante, passionnante !
Loin de moi l'idée de vous livrer une chronique scientifique, mais je vous livre ce mot : « bootstrap » (littéralement, se tirer par ses bottes), qui signifie que « l'univers s'auto-engendre sans recourir à une impulsion extérieure. Tout est interchangeable, il n'y a pas d'élément premier. le nectar du bootstrap est bien là : sa cohérence est interne. Rien ne doit venir le soutenir de l'extérieur ».
A partir de là, on s'emballe, moi la première. Je touche l'infini, je mesure l'incroyable.
Et puis aussi, cette théorie du bootstrap s'adapte à la vie humaine, à tout ce que l'on entreprend, et cela fait du bien. Rien ne semble impossible.
« Ainsi, l'homme qui parvient à rassembler tous les blocs de sa vie en une histoire cohérente, quel que soit le nombre de vicissitudes endurées, celui-ci a réussi son bootstrap personnel. Il se soulève tout seul. Il est libre. »
Je me rends compte que je dois terminer, ma critique est déjà assez longue, alors que je voudrais tellement en parler, encore et encore !
Alors, une simple phrase finale, que je vous lance comme un appel : lisez ce livre, vous en sortirez grandis, à tout point de vue !
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CDevred
  13 août 2014
Edgard, physicien reconnu, propose à Hélène, jeune journaliste, d'écrire avec elle un ouvrage de vulgarisation.
Rapidement, l'entreprise savante, organisée à jour et heure fixes, se mue en une longue confidence qui les entraîne dans la spirale historique du siècle : l'homme mûr explore des épisodes d'un passé qu'il voulait oublier. Edgard a été un enfant caché pendant la guerre. Ses parents, juifs de l'Est, communistes militants, engagés dans les Brigades internationales en Espagne, résistent dès la première heure à l'occupation nazie.
Son père disparaît dans les camps de concentration. Sa mère, toujours animée d'une foi vibrante dans l'idéal communiste, imagine en 1952 d'aller vivre en Pologne. Ce sont les années de plomb staliniennes. La réalité est insupportable. Piégés, la mère et le fils devront leur survie à leur extraordinaire capacité d'adaptation et d'imagination. Hélène, la journaliste, est partie d'une question innocente : quel est le lien entre l'élaboration d'une pensée scientifique et le parcours humain de son auteur ? Mais, pour elle qui dévide le fil rouge de ces récits imbriqués, c'est une initiation inattendue à des réalités historiques qu'elle préférait ignorer, à quelques notions pointues de cosmologie et, doucement, à la découverte d'elle-même.
Histoire et considérations scientifiques forment la toile de fond d'un suspense psychologique. Avec cette perspective particulière : les événements sont lus à la lumière des recherches du professeur sur l'origine de l'univers à partir du vide quantique. Toute ressemblance avec les deux auteurs n'est pas exactement une coïncidence. Mais, de leur talent et de leur maîtrise conjugués, naît un couple de fiction éblouissant, une leçon époustouflante d'humanité, d'humour et de philosophie.

BRUNE, E., GUNZIG, E. (2004), Relations d'incertitude, Labor, Loverval

Le personnage central de ce roman autobiographique est un astrophysicien dont l'expérience de vie suit un parcours pour le moins bousculé. Il a subi les aléas de la vie et y a réagi vaille que vaille sans pour autant en prendre rétrospectivement conscience ni vouloir mettre de l'ordre dans son vécu. Pour lui, le seul ordre qui prime est celui de la science.

Cette prise de conscience et cette mise en ordre se feront lors des interviews qu'il donne à une journaliste scientifique. Ceux-ci portent au départ sur l'astrophysique mais petit à petit les confidences prennent le dessus. L'astrophysique n'est pas pour autant oubliée car des notions de l'astrophysique, appliquées aux expériences personnelles, permettent d'accéder à cette prise de conscience et à cette mise en ordre.

Deux notions sont particulièrement utilisées, celle de vide quantique et celle de bootstrap. Ces notions expliqueraient tout autant la genèse de l'univers que la genèse de l'individu.

Le vide quantique c'est l'univers à son état d'énergie minimum. Il n'y a pas de matière mais seulement des particules virtuelles. Autrement dit une foule de potentialités qui ne demandent qu'à s'actualiser. C'est là qu'apparaît le petit plus qui mettra tout en branle, le bootstrap. « Littéralement, « bootstrap » veux dire se soulever soi-même en tirant sur ses bottes. On désigne par là tout mécanisme selon lequel un processus s'auto-entretient, sans avoir besoin du monde extérieur » (BRUNE 2004.62). de par ses fluctuations, le vide quantique actualisera une paire de particules virtuelles qui à leur tour induiront une expansion de l'univers, source d'énergie, et hop c'est parti pour un scénario boule de neige.

Tout cela, c'est très bien, mais qu'en est-il de son application à l'être humain ?

L'état de vide quantique devient « l'état de vide du psychisme humain, c'est-à-dire son énergie minimum. Privé de mouvement, privé de projet, privé de sensations, l'esprit tourne à vide et ne s'accroche plus à rien. Ne s'accrochant à rien, il ne s'arrête plus à l'un ou l'autre aspect du réel, mais il parcourt, sans y toucher, l'ensemble de ses potentialités. » (BRUNE 2004.148).

Quant au bootstrap où l'expansion est essentielle, « pour un homme, il faut qu'il y ait quelque chose en expansion dans sa tête pour qu'il parvienne à s'extirper du vide. … c'est parce que son esprit continuait à croître et à chercher une solution au-delà du cadre qu'il a pu se « matérialiser » à nouveau. … Un mental en expansion continue, voilà ce qu'il nous faut pour être capable de créer. Créer sa vie, créer son oeuvre, exister, sortir du vide. » (BRUNE 2004.150-151).
Philippe van Asbroeck
Bruxelles, le 20 avril 2009



Elisa Brune



Journaliste scientifique et écrivain belge
Née à Bruxelles en 1966
Derrière le ravissant pseudonyme de "Elisa Brune", se cache une femme, titulaire d'un doctorat d'économie de l'environnement et journaliste scientifique ; elle collabore régulièrement aux magazines 'La recherche', 'Ciel et espace', et 'Espace et avenir'. Mais Elisa Brune est surtout l'auteur de sept romans salués par la critique dont 'La tentation d'Edouard', 'Les Jupiter chauds', 'Fissure', [...]


Edgar Gunzig

Né au sein même des brigades internationales pendant la guerre d'Espagne, c'est en Pologne, adolescent prisonnier du régime de Staline, qu'Edgar Gunzig découvre les mathématiques. Échappé, clandestin, il entre à l'Université Libre de Bruxelles en 1957. Quarante ans et un doctorat en sciences physiques plus tard, il y est professeur de relativité générale. Il est aussi le créateur et le président de OLAM (fondation pour la recherche fondamentale à Bruxelles) et véritable militant des échanges entre chercheurs, il organise des congrès internationaux annuels de physique théorique. Il a publié de nombreuses contributions dans des revues internationales de physique, est l'auteur, avec Marc Lachièze-Rey, de 'Le rayonnement de corps noir cosmologique, trace de l'univers primordial', à co-écrit 'Le vide, univers du tout et du rien' et 'Relations d'incertitudes' avec Elisa Brune.
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Rapidement, l'entreprise savante, organisée à jour et heure fixes, se mue en une longue confidence qui les entraîne dans la spirale historique du siècle : l'homme mûr explore des épisodes d'un passé qu'il voulait oublier. Edgard a été un enfant caché pendant la guerre. Ses parents, juifs de l'Est, communistes militants, engagés dans les Brigades internationales en Espagne, résistent dès la première heure à l'occupation nazie.
Son père disparaît dans les camps de concentration. Sa mère, toujours animée d'une foi vibrante dans l'idéal communiste, imagine en 1952 d'aller vivre en Pologne. Ce sont les années de plomb staliniennes. La réalité est insupportable. Piégés, la mère et le fils devront leur survie à leur extraordinaire capacité d'adaptation et d'imagination. Hélène, la journaliste, est partie d'une question innocente : quel est le lien entre l'élaboration d'une pensée scientifique et le parcours humain de son auteur ? Mais, pour elle qui dévide le fil rouge de ces récits imbriqués, c'est une initiation inattendue à des réalités historiques qu'elle préférait ignorer, à quelques notions pointues de cosmologie et, doucement, à la découverte d'elle-même.
Histoire et considérations scientifiques forment la toile de fond d'un suspense psychologique. Avec cette perspective particulière : les événements sont lus à la lumière des recherches du professeur sur l'origine de l'univers à partir du vide quantique. Toute ressemblance avec les deux auteurs n'est pas exactement une coïncidence. Mais, de leur talent et de leur maîtrise conjugués, naît un couple de fiction éblouissant, une leçon époustouflante d'humanité, d'humour et de philosophie.

BRUNE, E., GUNZIG, E. (2004), Relations d'incertitude, Labor, Loverval

Le personnage central de ce roman autobiographique est un astrophysicien dont l'expérience de vie suit un parcours pour le moins bousculé. Il a subi les aléas de la vie et y a réagi vaille que vaille sans pour autant en prendre rétrospectivement conscience ni vouloir mettre de l'ordre dans son vécu. Pour lui, le seul ordre qui prime est celui de la science.

Cette prise de conscience et cette mise en ordre se feront lors des interviews qu'il donne à une journaliste scientifique. Ceux-ci portent au départ sur l'astrophysique mais petit à petit les confidences prennent le dessus. L'astrophysique n'est pas pour autant oubliée car des notions de l'astrophysique, appliquées aux expériences personnelles, permettent d'accéder à cette prise de conscience et à cette mise en ordre.

Deux notions sont particulièrement utilisées, celle de vide quantique et celle de bootstrap. Ces notions expliqueraient tout autant la genèse de l'univers que la genèse de l'individu.

Le vide quantique c'est l'univers à son état d'énergie minimum. Il n'y a pas de matière mais seulement des particules virtuelles. Autrement dit une foule de potentialités qui ne demandent qu'à s'actualiser. C'est là qu'apparaît le petit plus qui mettra tout en branle, le bootstrap. « Littéralement, « bootstrap » veux dire se soulever soi-même en tirant sur ses bottes. On désigne par là tout mécanisme selon lequel un processus s'auto-entretient, sans avoir besoin du monde extérieur » (BRUNE 2004.62). de par ses fluctuations, le vide quantique actualisera une paire de particules virtuelles qui à leur tour induiront une expansion de l'univers, source d'énergie, et hop c'est parti pour un scénario boule de neige.

Tout cela, c'est très bien, mais qu'en est-il de son application à l'être humain ?

L'état de vide quantique devient « l'état de vide du psychisme humain, c'est-à-dire son énergie minimum. Privé de mouvement, privé de projet, privé de sensations, l'esprit tourne à vide et ne s'accroche plus à rien. Ne s'accrochant à rien, il ne s'arrête plus à l'un ou l'autre aspect du réel, mais il parcourt, sans y toucher, l'ensemble de ses potentialités. » (BRUNE 2004.148).

Quant au bootstrap où l'expansion est essentielle, « pour un homme, il faut qu'il y ait quelque chose en expansion dans sa tête pour qu'il parvienne à s'extirper du vide. … c'est parce que son esprit continuait à croître et à chercher une solution au-delà du cadre qu'il a pu se « matérialiser » à nouveau. … Un mental en expansion continue, voilà ce qu'il nous faut pour être capable de créer. Créer sa vie, créer son oeuvre, exister, sortir du vide. » (BRUNE 2004.150-151).
Philippe van Asbroeck
Bruxelles, le 20 avril 2009



Elisa Brune



Journaliste scientifique et écrivain belge
Née à Bruxelles en 1966
Derrière le ravissant pseudonyme de "Elisa Brune", se cache une femme, titulaire d'un doctorat d'économie de l'environnement et journaliste scientifique ; elle collabore régulièrement aux magazines 'La recherche', 'Ciel et espace', et 'Espace et avenir'. Mais Elisa Brune est surtout l'auteur de sept romans salués par la critique dont 'La tentation d'Edouard', 'Les Jupiter chauds', 'Fissure', [...]


Edgar Gunzig

Né au sein même des brigades internationales pendant la guerre d'Espagne, c'est en Pologne, adolescent prisonnier du régime de Staline, qu'Edgar Gunzig découvre les mathématiques. Échappé, clandestin, il entre à l'Université Libre de Bruxelles en 1957. Quarante ans et un doctorat en sciences physiques plus tard, il y est professeur de relativité générale. Il est aussi le créateur et le président de OLAM (fondation pour la recherche fondamentale à Bruxelles) et véritable militant des échanges entre chercheurs, il organise des congrès internationaux annuels de physique théorique. Il a publié de nombreuses contributions dans des revues internationales de physique, est l'auteur, avec Marc Lachièze-Rey, de 'Le rayonnement de corps noir cosmologique, trace de l'univers primordial', à co-écrit 'Le vide, unEdgard, physicien reconnu, propose à Hélène, jeune journaliste, d'écrire avec elle un ouvrage de vulgarisation.
Rapidement, l'entreprise savante, organisée à jour et heure fixes, se mue en une longue confidence qui les entraîne dans la spirale historique du siècle : l'homme mûr explore des épisodes d'un passé qu'il voulait oublier. Edgard a été un enfant caché pendant la guerre. Ses parents, juifs de l'Est, communistes militants, engagés dans les Brigades internationales en Espagne, résistent dès la première heure à l'occupation nazie.
Son père disparaît dans les camps de concentration. Sa mère, toujours animée d'une foi vibrante dans l'idéal communiste, imagine en 1952 d'aller vivre en Pologne. Ce sont les années de plomb staliniennes. La réalité est insupportable. Piégés, la mère et le fils devront leur survie à leur extraordinaire capacité d'adaptation et d'imagination. Hélène, la journaliste, est partie d'une question innocente : quel est le lien entre l'élaboration d'une pensée scientifique et le parcours humain de son auteur ? Mais, pour elle qui dévide le fil rouge de ces récits imbriqués, c'est une initiation inattendue à des réalités historiques qu'elle préférait ignorer, à quelques notions pointues de cosmologie et, doucement, à la découverte d'elle-même.
Histoire et considérations scientifiques forment la toile de fond d'un suspense psychologique. Avec cette perspective particulière : les événements sont lus à la lumière des recherches du professeur sur l'origine de l'univers à partir du vide quantique. Toute ressemblance avec les deux auteurs n'est pas exactement une coïncidence. Mais, de leur talent et de leur maîtrise conjugués, naît un couple de fiction éblouissant, une leçon époustouflante d'humanité, d'humour et de philosophie.

BRUNE, E., GUNZIG, E. (2004), Relations d'incertitude, Labor, Loverval

Le personnage central de ce roman autobiographique est un astrophysicien dont l'expérience de vie suit un parcours pour le moins bousculé. Il a subi les aléas de la vie et y a réagi vaille que vaille sans pour autant en prendre rétrospectivement conscience ni vouloir mettre de l'ordre dans son vécu. Pour lui, le seul ordre qui prime est celui de la science.

Cette prise de conscience et cette mise en ordre se feront lors des interviews qu'il donne à une journaliste scientifique. Ceux-ci portent au départ sur l'astrophysique mais petit à petit les confidences prennent le dessus. L'astrophysique n'est pas pour autant oubliée car des notions de l'astrophysique, appliquées aux expériences personnelles, permettent d'accéder à cette prise de conscience et à cette mise en ordre.

Deux notions sont particulièrement utilisées, celle de vide quantique et celle de bootstrap. Ces notions expliqueraient tout autant la genèse de l'univers que la genèse de l'individu.

Le vide quantique c'est l'univers à son état d'énergie minimum. Il n'y a pas de matière mais seulement des particules virtuelles. Autrement dit une foule de potentialités qui ne demandent qu'à s'actualiser. C'est là qu'apparaît le petit plus qui mettra tout en branle, le bootstrap. « Littéralement, « bootstrap » veux dire se soulever soi-même en tirant sur ses bottes. On désigne par là tout mécanisme selon lequel un processus s'auto-entretient, sans avoir besoin du monde extérieur » (BRUNE 2004.62). de par ses fluctuations, le vide quantique actualisera une paire de particules virtuelles qui à leur tour induiront une expansion de l'univers, source d'énergie, et hop c'est parti pour un scénario boule de neige.

Tout cela, c'est très bien, mais qu'en est-il de son application à l'être humain ?

L'état de vide quantique devient « l'état de vide du psychisme humain, c'est-à-dire son énergie minimum. Privé de mouvement, privé de projet, privé de sensations, l'esprit tourne à vide et ne s'accroche plus à rien. Ne s'accrochant à rien, il ne s'arrête plus à l'un ou l'autre aspect du réel, mais il parcourt, sans y toucher, l'ensemble de ses potentialités. » (BRUNE 2004.148).

Quant au bootstrap où l'expansion est essentielle, « pour un homme, il faut qu'il y ait quelque chose en expansion dans sa tête pour qu'il parvienne à s'extirper du vide. … c'est parce que son esprit continuait à croître et à chercher une solution au-delà du cadre qu'il a pu se « matérialiser » à nouveau. … Un mental en expansion continue, voilà ce qu'il nous faut pour être capable de créer. Créer sa vie, créer son oeuvre, exister, sortir du vide. » (BRUNE 2004.150-151).
Philippe van Asbroeck
Bruxelles, le 20 avril 2009



Elisa Brune



Journaliste scientifique et écrivain belge
Née à Bruxelles en 1966
Derrière le ravissant pseudonyme de "Elisa Brune", se cache une femme, titulaire d'un doctorat d'économie de l'environnement et journaliste scientifique ; elle collabore régulièrement aux magazines 'La recherche', 'Ciel et espace', et 'Espace et avenir'. Mais Elisa Brune est surtout l'auteur de sept romans salués par la critique dont 'La tentation d'Edouard', 'Les Jupiter chauds', 'Fissure', [...]


Edgar Gunzig

Né au sein même des brigades internationales pendant la guerre d'Espagne, c'est en Pologne, adolescent prisonnier du régime de Staline, qu'Edgar Gunzig découvre les mathématiques. Échappé, clandestin, il entre à l'Université Libre de Bruxelles en 1957. Quarante ans et un doctorat en sciences physiques plus tard, il y est professeur de relativité générale. Il est aussi le créateur et le président de OLAM (fondation pour la recherche fondamentale à Bruxelles) et véritable militant des échanges entre chercheurs, il organise des congrès internationaux annuels de physique théorique. Il a publié de nombreuses contributions dans des revues internationales de physique, est l'auteur, avec Marc Lachièze-Rey, de 'Le rayonnement de corps noir cosmologique, trace de l'univers primordial', à co-écrit 'Le vide, univers du tout et du rien' et 'Relations d'incertitudes' avec Elisa Brune.ivers du tout et du rien' et 'Relations d'incertitu
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
enjie77enjie77   26 avril 2020
L'acte de naissance est l'un des derniers à être établis par l'Espagne républicaine. Rachel déclare son fils sous le nom de "Edgard Aragon G."

Le premier prénom a été choisi depuis longtemps. Jacques et Rachel, avant de quitter la Belgique, avaient un couple d'amis fidèles, communistes bien évidemment avec qui ils avaient pris l'engagement suivant : si deux fils leur naissaient, ils les appelleraient respectivement Edgard et André, en hommage au communiste allemand martyr Edgard André qui fut décapité à la hache sur ordre d'Hitler en 1936. L'évènement les avait tellement bouleversés qu'ils voulaient en garder la mémoire toute leur vie. Quant à Aragon, c'était le nom d'un des deux fronts sur lesquels Jacques avait combattu et qui resta dans l'histoire comme une bataille célèbre de la guerre civile espagnole.

Chacun de nous porte les fantasmes, désirs et obsessions de ses parents, à travers un nom pour commencer, et tant d'autres choses qu'ils nous imposent par la suite. Mais dans le cas d'Edgard, cela dépassait tout. De prime abord, Edgard, je trouvais ça majestueusement désuet, exotique de surcroit avec de "d" inattendu ; et delà Edgard portait le prénom d'un gars décapité à la hache, complété d'un massacre abominable. J'eus un instant la révélation d'un désastre en puissance, d'un malentendu immense, d'un faux départ probablement sans remède ; car ce bébé n'était pas le fils de Jacques et Rachel, il était le symbole du communisme, du communisme martyr qui plus est.

page 360
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enjie77enjie77   28 avril 2020
Ils arrivent à Prague - la patrie d'Edgard puisqu'il porte encore la nationalité tchèque de son père. Il y règne une atmosphère bizarre, très lourde et tendue. Les habitants semblent s'épier dans la rue, évitent de s'adresser la parole. Rachel sait que le procès Slansky est en cours, une affaire retentissante qui met sur le banc des accusés plusieurs dirigeants du parti communiste. La plupart de ces accusés sont en réalité d'anciens camarades à elle et surtout à Jacques, des anciens des Brigades internationales d'Espagne. On pouvait s'étonner de les voir arrêtés et inculpés de trahison envers le parti communiste. Onze d'entre eux seront exécutés un mois plus tard.

Avec le recul, la démence de Staline apparaît de façon évidente : il se méfiait indistinctement de tout ce qui avait touché de près ou de loin le monde occidental, au point de fusiller ses propres soldats, les brigadistes russes, à leur retour d'Espagne. Mais, à l'époque, la moitié de ses crimes était ignorée tandis que l'autre moitié était maquillée en juste punition de forfaits imaginaires.

page 430
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enjie77enjie77   25 avril 2020
Pourquoi diable m'avait-il choisie moi, jeune diplômée, sans aucune expérience de la vie, et encore moins du malheur, pour devenir la dépositaire de son passé , Qu'est-ce qui avait pu le convaincre de s'épancher devant moi ? La logique de cette association contre nature m'échappait. Ma connaissance du vingtième siècle résumait à quelques fiches potassées pour les examens, quelques livres parcourus parce qu'il fallait bien. Je me souvenais à peine de la chute du mur de Berlin : des images de liesse à la télé quand j'avais douze ans. Et lui, il portait tout le siècle sur ses épaules. Il allait me parler de la Guerre d'Espagne, du printemps de Prague, de la Baie des Cochons, et Dieu sait quoi encore ! Décidément non, je ne me sentais pas à la hauteur.
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enjie77enjie77   23 avril 2020
Le vide, c'est-à-dire le vide tel que le conceptualise la physique quantique, fourmille d'une énergie latente invisible. Rien à voir avec le néant. Le néant, s'il faut en croire la physique, est impossible. Quand on enlève tout, il reste encore quelque chose. Et ce quelque chose d'impalpable, cet alphabet cosmique invisible, finit par se transformer en mots, c'est-à-dire en particules. On a là un scénario auto consistant qui n'a pas besoin de Dieu ni d'aucun principe créateur. On comprend l'excitation du chercheur.

page 78
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enjie77enjie77   29 avril 2020
Comme l'expliqua encore Madame Goldberg, chaque arrestation était suivie de déménagements à la chaîne. On estimait en effet que personne ou presque n'était capable de résister plus de quarante-huit heures à une torture bien administrée. Sa "chance" à elle fût d'être arrêtée sur simple dénonciation des voisins en tant que Juive et rien de plus. Les Allemands n'ont donc pas fouillé en détail son appartement et n'ont pas découvert l'émetteur. Simple Juive, elle ne fut ni torturée, ni exécutée, mais "seulement" déportée.

Page 567 - L'Orchestre rouge
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Vidéo de Élisa Brune
L’orgasme Féminin, contraintes et libertés… | Elisa Brune | TEDxAlsaceSalon 2015
Le sexe est un territoire que l’amour s’approprie, disait Kundera. Et dans ce territoire, on manque de cartographie. Le plaisir doit s’inventer tout seul. L’orgasme est un sommet non fléché, trop souvent inaccessible pour les femmes. Pourquoi tant d’inconnu ? J’ai voulu savoir ce que vivent les femmes, d’une part, et ce que sait la sexologie, d’autre part. Quatre années d’enquête entre chercheurs et cercles tantriques, thérapeutes et sex-toys, statistiques et témoignages ont contribué à fabriquer de l’intelligence collective sur le sujet le plus tu depuis la nuit des temps.
écrivain, journaliste scientifique – www.elisabrune.com
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Les écrivains et le suicide

En 1941, cette immense écrivaine, pensant devenir folle, va se jeter dans une rivière les poches pleine de pierres. Avant de mourir, elle écrit à son mari une lettre où elle dit prendre la meilleure décision qui soit.

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