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ISBN : 2362792854
Éditeur : Alma Editeur (16/08/2018)

Note moyenne : 3.09/5 (sur 43 notes)
Résumé :
Comment un jeune français baudelairien devient-il fanatique de la cause animale ?
C'est le sujet du premier roman de Camille Brunel qui démarre dans le jungle indienne lorsqu'Isaac tire à vue sur des braconniers, assassins d'une tigresse prête à accoucher.
La colère d'Isaac est froide, ses idées argumentées.
Un profil idéal aux yeux d'une association internationale qui le transforme en icône mondiale sponsorisée par Hollywood. Bientôt accompagné... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (34) Voir plus Ajouter une critique
nadiouchka
  16 août 2018

Un livre qui fait partie de la nouvelle rentrée littéraire 2018.
Il est des livres dont les thèmes sont plus particuliers que d'autres et « La guérilla des animaux » de Camille Brunel l'est vraiment. Ayant eu l'opportunité de le lire, je peux dire que c'est un « roman animaliste » vraiment passionnant mais encore faut-il s'intéresser aux animaux – tous les animaux – et aux récits d'aventures.
L'auteur est français et a publié en mai 2011 son premier roman aux éditions Gallimard, « Vie Imaginaire de Lautréamont. « 
Pour cet ouvrage, certains se posent des questions quant à sa classification : Dystopie ? Utopie ? Je préfère en donner les définitions :
* Dystopie = récit de fiction qui décrit un monde utopique sombre.
* Utopie = conception ou projet qui paraît irréalisable.
A cela l'auteur répond que c'est plutôt du spécisme et de l'animalisme. Donc :
* Spécisme = idéologie qui postule une hiérarchie entre les espèces, spécialement la supériorité de l'être humain sur les animaux et par extension : mauvais traitement, exploitation des animaux. Il est attribué ainsi à la mode du Vegan.
* Animalisme = courant de l'éthique qui s'appuie sur les avancées de l'éthologie et qui défend le droit des animaux.
Pour éclaircir un peu la situation, je vais commencer par quelques lignes extraites de l' »Autoportrait » (page 269) de l'écrivain :
« Je me sens très embarrassé pour l'espèce humaine. Elle est indigne de son barda cognitif et elle le sait bien. Ses sœurs, apparues à peu près en même temps qu'elle sur le dernier demi-million d'années, disparaissent les unes après les autres ; pourtant elle continue de les manger, s'imaginant être la plus grande. A la fois l'aînée et la cadette, comme si être la plus jeune signifiait être la plus parfaite. La guérilla des animaux, c'est l'histoire de cela : de l'erreur mondiale de l'anthropocentrisme, et de la violence qui s'ensuit. Ici le martyre des animaux « de rente » est appliqué aux chers animaux sauvages, industriellement abattus eux aussi dans les derniers chapitres de ce roman ; à ce décalage-là correspond l'oxymore des deux véganes meurtriers, Isaac et Yumiko. Des erreurs partout : des humains perdus. »
Son récit débute dans la jungle indienne et Isaac tire sur des braconniers qui viennent d'abattre une tigresse qui attendait des petits. A partir de là et dans 38 chapitres comportant de courts paragraphes représentant de multiples réflexions, on suit le combat d'Isaac avec Yumiko (qui représente son alter-ego féminin).
Cet ouvrage des Éditions Alma, est entièrement dédié à la fameuse cause animale, ses souffrances et certains chapitres sont « pensés » par l'animal lui-même qui se pose des questions sur les agissements des humains mais aussi sur le dérèglement climatique qui fait qu'il a moins de nourriture.
Un chapitre évoque particulièrement le fameux centre aquatique « SeaWorld » à Orlando en Floride (que j'avais visité) avec le célèbre orque Shouka. Là je préfère ne pas m'étendre sur ce sujet car il est très sensible (d'ailleurs je ne suis pas très fière d'avoir assisté à un spectacle lors d'un circuit avec un autre orque Shamu).
Mais les autres chapitres sont plus intéressants les uns que les autres par leur diversité, les questionnements qu'ils posent. Quant aux réponses ? Elle sont très difficiles étant donné le contexte mondial actuel. 
D'ailleurs, je laisse la parole à Camille Brunel  :
« Je pense vraiment que l'humanité entière a un peu honte, que je ne fais pas que plaquer la mienne sur elle. La banalité du Mal n'existe peut-être pas tant que ça : les enfants et les chiens comprennent très vite quand ils ont fait quelque chose de mal, ils n'ont pas besoin de rationaliser beaucoup leur situation. Alors les adultes humains... » (page 270).
Vous avez compris dans cette chronique que ce livre est extrêmement complexe, qu'il fourmille d'événements, de faits tragiques mais aussi d'idéalisme.
Il reste donc à l'Homme un très long chemin à parcourir, mais y parviendra-t-il et le veut-il vraiment et comment agir de façon raisonnable ?
Merci à la Fnac pour cette expérience et pour qui j’ai respecté la consigne de ne pas publier avant aujourd’hui.

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hcdahlem
  10 octobre 2018
Les animaux sont des hommes comme les autres
Camille Brunel nous offre un premier roman militant, centré autour d'un défenseur acharné des animaux, qui choisit l'action violente pour secouer les consciences. Choc et… malaise.
Disons d'emblée, ce roman ne va pas tarder à vous mettre mal à l'aise, que vous soyez un ardent défenseur de la cause animale ou non. Nous projetant dans un avenir proche, il s'ouvre sur une scène choc: venant d'assister au massacre d'un tigre par des braconniers dans le dans le parc de Ranthambore en Inde, Isaac Obermann prend son fusil et perfore « le thorax de la chasseuse en un premier coup de feu qui excita les chauves-souris. le temps que le second chasseur comprenne ce qui venait de se passer, il était touché aussi; que le troisième comprenne ce qui venait de se passer et saisisse son fusil, son corps s'effondrait sur celui du tigre… »
Assassiner ainsi de sang-froid des assassins d'animaux, ce n'est que justice pour ce militant qui fait le constat que toutes les actions politiques menées jusque-là ont été vaines, que les espèces animales sauvages continuent de s'éteindre, que les abattoirs continuent à tourner à plein régime. Et qu'il convient dès lors de tuer les tueurs partout où ils sévissent.
La croisade meurtrière qu'il entame va le mener sur tous les continents. Avec les Sea Shepherd il va s'attaquer à un baleinier japonais sur une île d'Alaska et parviendra à s'enfuir après avoir tué tout l'équipage. Et même s'il ne fait pas des émules partout sur la planète, son discours commence à être entendu. On l'invite à Paris pour une première conférence. Il trouve des soutiens financiers – on murmure même que Hollywood serait derrière les millions qui se déversent – et poursuit sa guerre en Afrique, en Asie, en Europe. Il se radicalise de plus en plus, entraînant avec lui des idéalistes illuminés – Polly, sa compagne du moment, ne va pas hésiter à se sacrifier elle-même – et creuse le fossé avec les «raisonnables», parmi lesquels son père qui ne veut pas croire que son fils soit devenu un assassin. Leur ultime rendez-vous sera l'occasion de dire clairement les choses: « On a trop longtemps considéré que les crimes contre l'humanité ne visaient que les humains, alors que les massacres de loups, de bovins, de baleines, constituent des crimes contre l'humanité aussi – ce sont des portraits d'homo sapiens en trou béant, sans regard, l'âme crénelée tout juste bonne à égorger ce qu'elle rencontre. Je l'attaquerai sans relâche. On ne m'aimera pas. Tu ne m'aimeras plus. Je ne vais pas me tuer, mais ma vie est finie. Voilà, c'est ce que je suis venu te dire. »
À Brasilia, à l'occasion d'une nouvelle conférence, il va réussir à faire bouger les lignes. Puis tout va s'emballer jusqu'à devenir totalement incontrôlable. le roman devient alors une dystopie qui, aux alentours de 2045, va déboucher sur une terrible catastrophe.
Camille Brunel a le mérite, au moment où chacun prend conscience que les promesses des sommets pour la planète restent des voeux pieux, de réveiller les consciences et de poser les questions qui dérangent. Mais son combat n'est-il pas perdu? le pessimisme du capitaine du bateau qui le conduit en Alaska ne serait-il pas un douloureux réalisme: « Ne répète à personne ce que je vais te dire, mais écoute-le bien: la vie sauvage n'est pas en train de s'éteindre, elle est éteinte. Il y a deux cents ans, la biomasse de la Terre était majoritairement constituée de vie sauvage. Bisons plein le Midwest, phoques sur le littoral français, oiseaux dans les villages de Bali… Cette vie sauvage constitue désormais l'exception. On ne se bat plus pour la restaurer – pour ça il faudrait des siècles, et des forces telles qu'elles ne sauraient dépendre de notre piètre désir de bipèdes – mais pour en retarder l'extinction. À l'échelle de la vie sur Terre, c'est comme si l'espèce humaine était déjà seule, et les forêts toutes mortes. Dans une cinquantaine d'années, maximum, ce sera officiel. » Voilà en tout cas un roman qui résonne comme un signal d'alarme strident.

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lucia-lilas
  14 septembre 2018
Impression de mots et de phrases trop longtemps retenus et qui soudain jaillissent, claquent et griffent. Pas de douceur, pas de nuances dans ce roman. On n'en est plus là, il y a urgence maintenant. « Le temps de la négociation était révolu. Il fallait militer comme on tue : sans ambages, industriellement. »
Militer pour quelle cause ?
La cause animale.
Encore hier matin, à la radio, j'entends que des activistes vont être jugés pour avoir vandalisé des boucheries. Ils passent à l'action. Sont prêts à tout ou presque.
Les vidéos, dans les abattoirs, on les a vues. Elles sont insoutenables. le traitement que nous infligeons aux bêtes est monstrueux, innommable, inhumain. En un mot : indigne. Nous n'avons aucun respect pour des êtres sensibles et qui souffrent. Nous nous gavons de leur viande largement au-delà de nos besoins et au détriment de notre santé. Un comble.
Nous éradiquons des espèces sans aucun remords. Notre pollution se charge de faire disparaître ceux que nous ne tuons pas avec nos fusils ou nos filets de pêche. Des oiseaux, il n'y en aura bientôt plus. Merci les néonicotinoïdes. Un article du Monde daté du 20 mars 2018 commençait en ces termes : « Le printemps risque fort d'être silencieux ». Des abeilles, bientôt, nous ne parlerons plus. « J'm'en fous, j'n'aime pas le miel » m'avait rétorqué un gamin de treize ans l'an dernier. Il a l'excuse de sa jeunesse. Nous vivons dans une espèce d'inconscience volontaire, heureux de nos oeillères qui nous rendent la vie bien confortable. Après nous, le déluge.
Face à la catastrophe écologique dont on subit les retombées au quotidien, face à des modes de vie qui sont inacceptables, face à la souffrance animale, je peux comprendre que certains commencent à s'énerver, à perdre patience, à ne plus avoir envie de causer.
A quoi bon le bla-bla, les sommets de ci ou de ça ? La prise de conscience doit d'abord être individuelle et mise en pratique au quotidien. Nous en avons les moyens, notre arme est d'abord notre porte-monnaie. N'achetons pas ce qui empoisonne, ce qui détruit, ce qui fait souffrir. Renonçons à notre consommation effrénée. Elle ne nous rend pas heureux, bien au contraire.
Ceci est à notre mesure et en notre pouvoir.
Bref, passons à l'action.
Vous le voyez, je suis mal placée pour parler du livre de Camille Brunel. Parce que son urgence, son impatience, son exaspération sont miennes. Je les vis au quotidien, je n'en peux plus des atermoiements des uns, des autres, des grands discours suivis de renonciations. Ils m'insupportent. Je suis maintenant pour l'action, individuelle d'abord, collective après et quotidienne toujours.
Les mots de Camille Brunel, son roman et sa magnifique postface m'ont parlé, évidemment.
Parce qu'il y a beaucoup de choses que je ne supporte plus depuis longtemps, que ma patience finit par avoir des limites et que ces limites sont atteintes.
Alors ? Oui, j'ai aimé ce texte, son extrémisme, sa parole dure, violente et sans concession, son impatience. Ils lui seront reprochés, sans doute. Il répondra que c'est une fiction, un roman. L'autoportrait qu'il fait de lui vient nuancer après coup ce terme « roman » inscrit sur la couverture. « Je me sens très embarrassé pour l'espèce humaine. Elle est indigne de son barda cognitif et elle le sait bien. Ses soeurs, apparues à peu près en même temps qu'elle sur le dernier demi-million d'années, disparaissent les unes après les autres ; pourtant elle continue de les manger, s'imaginant être la plus grande. A la fois l'aînée et la cadette, comme si être la plus jeune signifiait être la plus parfaite. « La guérilla des animaux », c'est l'histoire de cela : de l'erreur mondiale de l'anthropocentrisme, et de la violence qui s'en suit. »
Ce bouquin, il le sort de ses tripes, il l'a tenu au chaud quelques années et sa colère est là, bouillonnante, brûlante, pleine de fureur et d'exaspération.
La guérilla des animaux est l'histoire d'un homme, Isaac Obermann, espèce de justicier des temps modernes - que d'aucuns trouveront idéaliste (ah bon…) -, qui va parcourir le monde pour tenter de protéger les animaux : « Mon animalisme est farouche et cruel» «... il est temps de riposter. Aussi violemment que nous avons été attaqués. C'est-à-dire très, très violemment. » C'est dit. Il y a urgence. Parfois, Isaac prendra le temps de convaincre par la parole. C'est important aussi.
« Les dauphins n'ont jamais été des animaux. D'ailleurs les animaux n'existent pas. Ce sont, dans d'autres corps, des intelligences similaires aux nôtres - exactement similaires… L'anatomie varie. Pas l'intelligence. »
Appelons cela l'antispécisme.
Le roman est engagé, sa dimension épique en fait un récit d'aventures qui se passe aux quatre coins du globe là où les animaux crèvent. Un peu partout donc. le registre tragique n'est jamais loin non plus… comme si soudain les dieux en colère allaient s'abattre sur les hommes et les punir de leur trop grande hybris. Pour qui se prennent-ils ces hommes ? Les plus beaux, les plus forts, les plus intelligents ? Misère. Ils seront punis.
Ce roman a des défauts, c'est vrai. Mais franchement, on s'en fout. Et je n'ai pas envie d'en parler. le propos prime, vous explose à la figure, vous tire de votre léthargie et l'écriture, puissante, serrée, mordante, saisit par sa force et sa détermination. le message est clair : nous ne conserverons notre humanité et notre dignité que si et seulement si nous acceptons de respecter les animaux en les traitant comme des égaux.
« L'humain vit comme un rat et s'imagine plus digne que le rat. Il prive les animaux de leur bonheur pour en tirer le sien - et ça ne marche pas. Il cherche l'amour, le plaisir et le divertissement, se persuade qu'il les a obtenus. Il a remplacé Dieu par la certitude que le monde obéit à un ordre qui ne peut pas lui vouloir tant de mal que ça. Moi, je l'ai remplacé par les animaux. C'est un sacré aimable et fragile. Né près des villes,j'ai étudié les lettres, reçu une modeste éducation religieuse (protestante), regardé beaucoup de films, fréquenté beaucoup de gens pendant des années où j'étais critique de cinéma, mais rien ne m'a jamais apporté autant de bonheur que de voir des marsouins approcher mon zodiac en Écosse, de voir une baleine à bosse faire surface devant mon kayak en Colombie-Britannique. Que de sentir le museau de ma chatte, Padmé, venir renifler mes lèvres ; ou d'être survolé par des flamants roses ou des grues, en Camargue ou au Der. Ce bonheur, qui est le comble de l'existence, n'a rien à voir avec mon espèce, ni ma pensée conceptuelle. C'est la vie, sans la violence. C'est ce qu'il me faut. On a tendance à sacraliser la violence, au point de justifier les abattoirs. C'est vraiment surestimer la vertu des traumatismes. »
Un texte nécessaire et puissant.
Lien : http://lireaulit.blogspot.fr/
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motspourmots
  16 août 2018
Voici un premier roman qui ne craint pas de mettre les pieds dans le plat et j'avoue que ça me plait ! Au diable la tiédeur et la recherche de consensus. Trop souvent, les discours sensés ne débouchent sur aucune décision ni aucun acte, on en a des exemples tous les jours. Quand il s'agit d'environnement, d'écologie, de protection de la nature... on a l'impression d'entendre les petites voix intérieures des décideurs murmurer "cause toujours, tu m'intéresse" face aux mises en garde de plus en plus pressantes des scientifiques et autres organismes inquiets de la vitesse à laquelle l'humanité semble scier la branche sur laquelle elle est assise.
C'est donc le moment que choisit le romancier pour entrer en scène et nous conter les aventures d'Isaac Obermann, militant engagé pour la défense de la planète contre son ennemi le plus farouche : l'homme. Une croisade qui passe avant tout par la défense de la cause animale, première victime des campagnes d'extermination orchestrées par les hommes. Et nous voilà donc embarqués aux quatre coins du monde, aux côtés du militant qui se radicalise de plus en plus face à la surdité et à la cécité des individus, sponsorisé par une mystérieuse organisation qui médiatise ses actions. D'Inde en Alaska en passant par les grands parcs africains, une véritable course contre la montre est enclenchée pour tenter de sauver des espèces en voie d'extinction sous la persécution méthodique de l'homme tout puissant. Perdu d'avance ?
"Papa, que le vieux l'emporte à la fin du Vieil homme et la mer est une tragédie, sais-tu seulement combien d'espadons il reste sur Terre ? Et combien de vieux ? Je serai toujours du côté du harponné et je ne veux pas seulement retrouver ma liberté : je veux attirer le vieil homme dans l'eau, lui percer l'estomac et l'abandonner aux requins - servir de nourriture sera probablement ce qu'il aura fait de plus sain dans sa vie."
Ah je vous avais prévenu, pas de tiédeur. Ceci dit, Camille Brunel prend soin de nous livrer un roman d'anticipation qui déroule nos trente ou quarante prochaines années. Il est donc encore temps pour nous... A travers le personnage d'Isaac et son évolution, l'auteur interroge la notion d'engagement et surtout des moyens que l'on s'autorise à employer à partir du moment où l'on est convaincu d'oeuvrer pour le bien de l'humanité. Comment passe-t-on du discours aux armes ? Comment en arrive-t-on à justifier la violence, celle-là même que l'on combat lorsqu'elle est tournée vers les espèces que l'on veut défendre ? Au-delà des théories antispécistes qui trouvent ici un porte-parole plus que passionné, c'est du prix que nous accordons à la vie dont il est question. Et notre tendance à penser que certaines existences ont plus de valeur que d'autres.
On pourra qualifier ce roman de militant. On pourra trouver que le trait est trop forcé, notamment à la fin. Personnellement, je suis ravie de découvrir un romancier qui s'engage et provoque. Il y a beaucoup trop de choses sur cette terre dont nous ne sommes pas conscients ou pour lesquelles nous ne jugeons ni utile ni urgent de nous mobiliser. Si un roman peut ouvrir une brèche, si quelques phrases peuvent secouer certaines consciences, ma foi, on n'aura pas tout perdu.
"Lorsque les chauves-souris commencèrent à tomber du ciel australien, quelque chose changea chez ceux qui en furent témoins. On avait eu moins de mal, au fil des siècles, à convaincre les gens de l'existence d'une entité supérieure toute-puissante que de l'intelligence des abeilles, des daims, des opossums et des oies sauvages. Ce jour-là on se mit à douter. Dieu existait peut-être un peu moins que les animaux eux-mêmes."
Lien : http://www.motspourmots.fr/2..
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AudreyT
  23 janvier 2019
**,*
Isaac est un homme en colère. Et il y aurait beaucoup de raisons à ce qu'il se laisse emporter par la violence de ses sentiments. Mais c'est avant tout pour la cause animale qu'il décide de se vouer corps et âme. Il met alors toute son énergie à leur faire justice, sur tous les continents, allant jusqu'à tuer sans aucun remord...
Si je ne faisais pas partie des 68 premières fois, je n'aurais jamais ouvert ce livre.
Je ne suis pas insensible aux maltraitances que subissent les animaux mais ce roman m'a dérangé.
Remplacer la violence par une autre est pour moi un non sens. le personnage d'Isaac est un être entier, rempli de haine contre le genre humain. Mais aveuglé par ses sentiments, il ne cherche finalement qu'à venger les animaux, sans prêter à l'homme une solution plus pacifique, plus modérée...
Si je passe sur le fond du roman, la forme quant à elle m'a plu. Des chapitres courts et une écriture incisive, des mots et des idées qui vont à l'essentiel, forment un tout plaisant à lire.
J'aurais peut-être aimé en savoir plus sur Isaac, comprendre d'où vient cette violence qu'il porte en lui, afin de m'y attacher un peu plus...
Lien : https://lire-et-vous.fr/2019..
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critiques presse (2)
Liberation   28 décembre 2018
Le journaliste Camille Brunel signe un premier roman retraçant l'histoire d'un extrémiste de la cause animale et posant, en creux, la question de l'action dans le contexte de la sixième extinction de masse.
Lire la critique sur le site : Liberation
LeFigaro   07 septembre 2018
Quatre-vingt-quatorze premiers romans paraissent en cette rentrée 2018. Parmi nos dix coups de cœur, celui de Camille Brunel.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (39) Voir plus Ajouter une citation
hcdahlemhcdahlem   10 octobre 2018
Les humains sur Terre se comportent comme des nazis en territoire occupé. Comme eux, nous nous sommes voués à étendre notre espace vital, élisant quelques races supérieures – grands félins, grands singes, que l’on choie tant qu’on peut – et jetant l’anathème sur les autres, massacrés sans états d’âme – veaux, vaches, cochons, poules, canards… Les camps d’exterminations n’ont rien inventé: il existait depuis cent ans des usines à tuer qu’on appelait
“baleiniers”, Auschwitz flottants qui souillaient et sillonnaient les mers bien avant que les hommes se disent qu’ils pouvaient en fabriquer pour leurs semblables aussi. Les États-Unis étaient des plaines de bisons dont il ne reste rien. Nous nous comportons comme des envahisseurs en temps de guerre, et sommes sur le point de gagner. Des dauphins sont torturés et exécutés, en famille, dans plusieurs baies du Japon, chaque jour, depuis cinquante ans, et la seule lumière d’espoir qui leur reste, c’est de penser qu’ils n’existeront bientôt plus. Nous avons arraché leur faune aux océans, 98 %, dit-on : comment te porterais-tu si je t’arrachais 98 % des organes internes ? Nous n’avons pas été chassés de l’Éden : nous l’avons rasé. L’Afrique, berceau de la chose, n’est plus qu’un dépotoir surchauffé avec du sable au milieu et dans d’infimes cages, au milieu des déchets, se putréfient à vitesse grand V une centaine de lions, une centaine d’éléphants, un pathétique troupeau d’antilopes et un pauvre millier de zèbres. Nous avons industriellement saigné la Liberté. Dans les années 1940 le monstre a mordu la main qui l’avait dressé, mais nous sommes loin de l’avoir abattu depuis. À Bornéo, à l’instant où tu mâches, les orangs-outans vivent dans de répugnants ghettos qui ne sont que l’ombre de ce que la liberté doit être, et le reflet exact de celui de Varsovie. Ils sont battus à mort sans raison, humiliés, asphyxiés, assassinés. p. 90-91
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hcdahlemhcdahlem   10 octobre 2018
Nos océans ont la gangrène. La pourriture prend la forme d’immenses aires où l’oxygène s’estompe à une telle vitesse que même les poissons n’ont pas le temps de les quitter. Ce qui arrive à l’Australie en ce moment se produit sous la surface depuis des décennies: ces Zones Mortes, comme on les appelle, sont mille fois plus étendues qu’on l’imagine et nous en traversons régulièrement qui échappent encore aux cartographies. La Baltique, la Manche, la mer Noire, ce n’était que le début; ce n’était rien. À présent l’Atlantique est touché et apparemment, le tour du Pacifique est arrivé. Les déchets toxiques balancés dans les abysses depuis un siècle ont à peine commencé à fuir que les dégâts sont déjà irrémédiables. Ne répète à personne ce que je vais te dire, mais écoute-le bien: la vie sauvage n’est pas en train de s’éteindre, elle est éteinte. Il y a deux cents ans, la biomasse de la Terre était majoritairement constituée de vie sauvage. Bisons plein le Midwest, phoques sur le littoral français, oiseaux dans les villages de Bali… Cette vie sauvage constitue désormais l’exception. On ne se bat plus pour la restaurer – pour ça il faudrait des siècles, et des forces telles qu’elles ne sauraient dépendre de notre piètre désir de bipèdes – mais pour en retarder l’extinction. À l’échelle de la vie sur Terre, c’est comme si l’espèce humaine était déjà seule, et les forêts toutes mortes. Dans une cinquantaine d’années, maximum, ce sera officiel.
— Et les extraterrestres ?
— Ils ne nous aimeront pas. p. 38-39
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hcdahlemhcdahlem   10 octobre 2018
La tigresse perça les branchages.
On n’entendit pas le coup de feu.
Fauchée en plein vol, la prédatrice s’écrasa sur sa proie, corps flasque lancé là par quelque géant désinvolte. Le petit miraculé ne chercha pas à comprendre : ses parents détalèrent, il leur emboita le pas. Quatre humains firent irruption en courant. L’un d’eux tira à l’aveugle dans la débandade, toucha l’éléphanteau qui s’effondra : Isaac reconnut la Diane yankee. À quelques mètres d’elle, ça parlait hindi. Le plus jeune des chasseurs – douze ans ? treize ? – égorgea la tigresse, encouragé par les adultes – ce ne fut pas facile, la trachée résistait. Un malaise monta du sol lorsque l’apprenti bourreau comprit qu’il venait de saigner une mère.
Isaac tendit le bras, tâtonna en quête de son fusil. Dans le cercle jaunâtre projeté par leurs torches, les braconniers avaient entrepris de ligoter les pattes de l’animal puis de le hisser sur une sorte de traîneau. Isaac éprouva l’envie de tirer, mais sa vue le trahit sous l’effet de l’adrénaline ; de son éducation aussi peut-être, de son souvenir de la justice humaine.
Le voyant ainsi, le front collé sur la crosse, invisible au-dessus du plus beau cadavre du monde et de ses fossoyeurs, on pouvait songer qu’Isaac hésitait.
Cela dura quatre minutes, puis il perfora le thorax de la chasseuse en un premier coup de feu qui excita les chauves-souris.
Le temps que le second chasseur comprenne ce qui venait de se passer, il était touché aussi; que le troisième comprenne ce qui venait de se passer et saisisse son fusil, son corps s’effondrait sur celui du tigre; que le plus jeune saisisse son fusil et repère Isaac, ce dernier le tenait en joue et lui ordonnait, en anglais, de s’immobiliser.
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hcdahlemhcdahlem   10 octobre 2018
On a trop longtemps considéré que les crimes contre l’humanité ne visaient que les humains, alors que les massacres de loups, de bovins, de baleines, constituent des crimes contre l’humanité aussi – ce sont des portraits d’homo sapiens en trou béant, sans regard, l’âme crénelée tout juste bonne à égorger ce qu’elle rencontre. Je l’attaquerai sans relâche.
On ne m’aimera pas. Tu ne m’aimeras plus. Je ne vais pas me tuer, mais ma vie est finie. Voilà, c’est ce que je suis venu te dire.  p. 93
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motspourmotsmotspourmots   16 août 2018
Lorsque les chauves-souris commencèrent à tomber du ciel australien, quelque chose changea chez ceux qui en furent témoins. On avait eu moins de mal, au fil des siècles, à convaincre les gens de l'existence d'une entité supérieure toute-puissante que de l'intelligence des abeilles, des daims, des opossums et des oies sauvages. Ce jour-là on se mit à douter. Dieu existait peut-être un peu moins que les animaux eux-mêmes.
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