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EAN : 9782954516318
Signes et balises (01/09/2013)
4.14/5   7 notes
Résumé :
"De son visage, de son corps, après tant d'années, j'ai presque tout oublié. J'avais une seule photo de lui, il y a longtemps que je l'ai perdue. C'était une photo de groupe, prise au cours d'une des rares patrouilles que nous ayons menées ensemble pendant mon bref séjour à Rio Salado. Son visage s'y fondait en profil perdu sur l'horizon flou des collines; seule sa main droite, posée bien à plat sur le chargeur du pistolet-mitrailleur, parvenait, quand je regardais ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
arthur05
  25 mars 2018
Dans ce court roman Pierre Pierre Brunet nous parle au travers de l'histoire de Daniel V de la guerre d'Algérie , ou plutôt de l'absurdité de toutes les guerres et de la solitude des hommes.
Ce que retient Pierre Brunet de tous ces événements , c'est donc cet homme qu'il a connu à la fin de sa période et qui fait partie des derniers morts de ce conflit , il ne nous parle pas du fracas des armes , du courage des guerriers , non il parle de la douleur humaine , des silences qui parlent tant quand le temps passe ....J'ai été très touché de sa façon de parler des hommes au travers de la description de leurs mains , celles de Daniel V par exemple , comme si chacun d'entre nous porte dans ces mains son humanité , sa part d'homme , le résumé de son parcours , le prolongement de son âme...
Vraiment très émouvant cet ouvrage si condensé , si humain , il rend à la mémoire de Daniel V un hommage très touchant ; les militaires enlèvent souvent la part d'humanité à leurs héros lui Pierre Brunet ne retient que la part humaine de Daniel V .
Merci à Babelio et aux éditions Signes et Balises qui m'ont permis de savourer cette lecture
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EvlyneLeraut
  17 août 2021
« Il s'appelait, je crois, Daniel Veronese. Mais il ne portait pas ce nom-là quand je l'ai connu. »
« Histoire de Daniel V. est une oasis en plein désert. Incontournable, tremblant de beauté, unique et pur. C'est la voix douce du narrateur qui semble rassembler l'épars d'une identité foudroyée en plein vol en l'occurrence celle de Daniel V. Algérie 1962, la guerre et ses affres, les horreurs, les déchirures, les faux-frères et les trahisons. Pas de parti-pris ni de batailles rangées. Ici, c'est la communion des fraternités, ce qui résiste sous les sanglots silencieux.
« Daniel V. parle. Il parle, d'abord, du vieux Sanchez, de la main du vieux Sanchez dans sa main, de cette main terreuse aux ongles cassées. Des tombes qu'il fallait bien continuer à entretenir, parce que cela seul avait un sens, dans la folie de tout le reste, dans la folie des hommes et des évènements. »
La main de Daniel V. est prodigieuse. Dans celle d'un vieil homme, arabe, la terre entière ployée entre eux. Les pays sans frontières entrelac et concorde à ciel ouvert. Faut-il le silence sous l'insondable, sur la misère humaine, fleurs fauchées en plein champ, le drame des guerres pour une terre, un bout de mur ? Se croire l'autre et envahir jusqu'à ses pensées. le tabou est tarentule. « Histoire de Daniel V. » de cet homme énigmatique, maître de ses silences est bouleversante. Nous sommes en plongée dans l'éternité du poème de Vian « le déserteur » même si ce n'est pas le même cheminement, le symbole est gémellaire. Daniel V. est comme un paysage, une lumière tamisée, la foi visible, l'exemplarité et la rectitude. Quarante ans passés, la mémoire gorgée de pluie, l'évènementiel prend l'eau. Mais Daniel V. est immanence. Les souvenirs sont les larmes d'une guerre ambiguë, floutée de méprise. On imagine les oliviers, les poussières sauvages et rebelles qui s'élèvent dans les chemins où tant sont morts. On perçoit l'ombre de Daniel V. engagé volontaire, l'homme au nom perdu, dont le propre père « réfugié italien, un réfugié politique a fui le fascisme dans les années trente ». La clef est ici. Qui du narrateur ou de Pierre Brunet parlent ici-bas ? Les mémoires siamoises sont des écorchures sur le temps qui passe et qui n'oublie rien. Ce livre est bouleversant, une révérence à l'homme : Daniel V. qui n'a jamais mis un genou à terre. Un hommage posthume à la gloire de l'intégrité. Lisez ce flambeau, ce phénomène éditorial. Publié par les majeures Éditions Signes et Balises.
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Warrenbismuth
  03 mai 2019
Ce petit bouquin de seulement 56 pages va nous mener en Algérie. Pas à n'importe quelle période ni dans n'importe quel contexte, et surtout pas pour y faire du tourisme : le contexte est la « vraie » fin de la guerre d'Algérie (des « événements »), légèrement ultérieure aux accords d'Évian ayant, en mars 1962, pourtant officiellement sonné le glas de cette guerre sans nom. Les semaines suivant la fin de la guerre, du lendemain de la signature des accords jusqu'au 1er juillet 1962, avec ces dernières exactions, comme pour jouer les prolongations.
L'auteur y a pris part en tant que gradé. Il y a connu ce Daniel V., gradé également, dont il va dresser le parcours de vie, de fin de vie surtout, par petits traits nerveux, écrivant sur son propre vécu là-bas loin de la métropole qu'il avait quittée durant l'été 1961 alors qu'il faisait pourtant ses études à Lyon et qu'il venait de se fiancer. Il a tout plaqué pour aller combattre en Algérie, bien qu'il était contre cette foutue guerre et même membre du groupe « Réseau Jeanson » et pacifiste. Il raconte ce qu'il a vu au sein de son poste reculé de Rio Salado : « Dans la confusion qui régnait alors à cause des déplacements précipités des troupes avant l'échéance du 1er juillet, date du référendum d'autodétermination qui devait consacrer l'indépendance, et du climat de violence entretenu par l'O.A.S. dans toute cette région, il semble que le poste de Rio Salado fut tout simplement oublié ».
BRUNET fut marqué par la guerre, une autre, la seconde, mondiale, son père ayant été déporté puis mort en camp, alors que l'auteur, né en 1938, n'était encore qu'un gamin. Par petites touches, il livre ses antécédents, minutieusement mélangés aux derniers moments de la vie de Daniel V., un juste selon lui.
Si la figure de ce Daniel a tant marqué et inspiré l'auteur pour ce récit, c'est qu'il est sans doute l'une des dernières victimes de cette guerre d'Algérie. le 30 juin 1962, soit trois mois après la signature des accords d'Évian et à la veille du référendum sur l'autodétermination du peuple algérien, Daniel, effectuant alors son tour de garde au crépuscule, est attaqué par deux harkis qui lui tatouent pour l'éternité ce trop fameux « sourire kabyle », égorgement d'une oreille à l'autre, crac, sans fioritures. le lendemain, par référendum, la guerre est terminée, l'indépendance proclamée. Les deux harkis, déserteurs et meurtriers, se rendront et seront à leur tour exécutés, fusillés. Pas de chichis en cette période sombre.
Dernière ironie : le corps de Daniel sera envoyé en métropole chez sa mère. Pour la cérémonie funéraire en grandes pompes, c'est donc un coussin rouge (sang) qui prendra la place de Daniel, coussin percé çà et là par les décorations du soldat, les breloques gagnées sur le terrain. Cynisme profond.
Un court témoignage bouleversant pour bien se rappeler que la guerre d'Algérie ne s'est pas arrêtée par magie ce 19 mars 1962 avec de simples signatures accolées au bas d'une page. Les mois qui suivirent furent violents, l'O.A.S. ayant mis la pression, le F.L.N. répliquant, les pieds-noirs tout comme les harkis se sentant abandonnés. « Avec l'indépendance l'exode des pieds-noirs s'accélérait ; tous ceux qui ne parvenaient pas à prendre l'avion essayaient de se faire convoyer vers l'Espagne par des passeurs sur des petits cargos et des chalutiers, malgré les pressions et les menaces de l'O.A.S. La passation des pouvoirs au F.L.N., dans toutes les administrations, se faisait dans le désordre. L'armée, occupée à ses propres opérations de déménagement, avait du mal à tout contrôler. Il fallait aussi détruire à la hâte des monceaux d'archives, dans les services de renseignements surtout ». L'auteur, comme Daniel, a vu en direct des corps tombés, parfois à la suite de jeux morbides. L'écriture est à la fois froide et pleine d'émotions, et retranscrit avec talent une période peu étudiée, ces quelques mois où l'Algérie était une sorte de no man's land livrée à elle-même. C'est paru en 2013 aux éditions Signes et Balises, et ça vaut le coup de traverser la Méditerranée en pensée.
https://deslivresrances.blogspot.fr/
Lien : https://deslivresrances.blog..
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OlivierBass
  07 juillet 2014
C'est un grand court roman. Un portrait en touches de peinture. L'histoire d'une certaine amitié, aussi.
C'est un roman d'une grande musicalité, à lire à voix haute, ou à écouter, d'une délicatesse extrême.
C'est un roman qui, comme un ami perdu, nous hante longtemps après que la dernière page a été refermée.
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SylHau
  04 mars 2018
J'ai trouvé ce livre intriguant et mystérieux, d'abord dès la lecture du titre, du résumé et par la minceur de celui-ci. Dans quel histoire l'auteur allait-il m'emmener en si peu de pages ?
L'histoire reste sur la même lignée que ma première impression : intriguante et mystérieuse. Pierre Brunet raconte une partie de la vie de Daniel V. durant son service militaire. Cette personne n'a rien exceptionnelle mais seuls quelques faits de sa vie qu'il a bien voulu raconter à l'auteur sont marquants et merveilleusement racontés.
J'ai apprécié ce livre court mais puissant.
Merci aux Editions Signes et balises ainsi que Babelio par l'intermédiaire de "masse critique" pour ce bon moment de lecture.
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
SylHauSylHau   04 mars 2018
Il n'y a plus que la blancheur de la main nue, le froid de l'arme. J'ai peur. Daniel V. dit, à voix haute : "j'ai peur." Il entend sa voix. Il faut desserrer cette étreinte, je dessinerai, plus claire sur la nuit confuse, s'élaborant patiente autour d'une main nue posée sur une arme, une sentinelle vigilante, je la nommerai comme on nomme les sentinelles, Daniel V., le mot de passe, mon nom. La main, nue et blanche sur l'arme froide, la voix. C'est en me concentrant, de toutes mes forces, sur la main, sur la voix, que je parviendrai à résister à la peur, à l'oubli, à ce vertige où tout se dissout, que j'irai, il le faut, jusqu'au bout de mon histoire.
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CoyaCoya   12 mars 2018
..., je voudrais croire, lorsque sa tête se tourne vers le ciel, que les étoiles brillent à nouveau, que toute la grande nuit d'été s'illumine, pour toujours, dans une miséricorde infinie.
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