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ISBN : 2070144658
Éditeur : Gallimard (05/11/2015)

Note moyenne : 2.93/5 (sur 7 notes)
Résumé :
Ida Zmoïro avait connu la gloire très jeune, dès sa première apparition au cinéma. La Seconde Guerre mondiale sévissait alors et les soldats soviétiques avaient été bouleversés par cette beauté juvénile portée à l'écran. Des sacs entiers de lettres d'amour lui parvenaient depuis le front, elle était la plus grande comédienne que l'Union soviétique connaîtrait. Mais en 1943, alors qu'Ida est en route vers un tournage, un terrible accident de voiture met brusquement f... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
DanD
  06 novembre 2018
Ayant fort apprecie le train zero, je me suis jete sur un deuxieme Bouida. Surprise! Autre livre, autre genre. Celui-ci commence et finit avec une intrigue, mais c'est une piperie, un attrape-mouches, ce n'est pas du tout un polar.
C'est le recit de la vie d'Ida Zmoiro, une actrice qui connut une ephemere heure de gloire et passa la plus grande partie de sa vie recluse dans un bourg perdu aux alentours de Moscou, Tchoudov. Une battante. Une qui ne se laisse abattre ni par la grande tache noire qui lui recouvre le ventre et les seins des sa naissance, ni par l'accident de voiture qui la laisse balafree a jamais et claudicante. Une devoreuse d'hommes, de l'espion britannique avec qui elle passera quelques annees en Angleterre au general sovietique, en passant par beaucoup d'autres, jusqu'a celui qui, rendu fou, provoquera sa mort; jusqu'au gosse qui grandira pres d'elle, admiratif, et qui nous la racontera. Ida, c'est la mouette au sang bleu, mouette parce qu'elle a ete une des meilleures Nina de tous les temps, telle que Tchekhov l'aurait revee; de sang bleu, pas celui que les aristocrates aiment s'adjuger, mais celui, froid, qui permet de supporter les assauts de la vie, de la dominer; celui avec lequel les grands acteurs, les grands hommes, les femmes puissantes, subjuguent les coeurs et les esprits.
Ce livre est un rapport. le rapport du destin de beaucoup d'artistes pendant les dernieres annees Staline et les annees Khrouschev. Pendant les annees de fer puis celles de metaux plus legers, pendant les annees de sang puis celles de pansements inoperants.
C'est la relation de la vie d'une petite ville de province, ses moeurs, les habitudes qu'elle se cree pour survivre, ses joies, ses peines, ses peurs et ses espoirs. Surmontant les mauvaises passes dans des contenances ataviques, des grimaces et de la vodka.
Cette petite ville, Tchoudov, devient pour les lecteurs - dans la meilleure veine du realisme magique - un cirque ou se produisent des personnages plus extravagants les uns que les autres: Alexandre, le pere d'Ida, commandant du premier bataillon de gardes rouges du nom de Jesus-Christ le Nazareen, roi des juifs; Jgout, l'enfant-rat batailleur et assassin. Newton le bouffon qui arpente les rues en beuglant: "Carthaginois! C'est la! Carthaginois! C'est revenu!" Et beaucoup d'autres qui n'ont rien a leur envier. Bouida se revele illusionniste, installant des personnages historiques, ayant reellement existe, dans cet environnement enchante, mythique, transcendant ainsi les temps et les lieux. Et c'est en surpassant la notion de temps, en debordant la logique, que Bouida arrive a nous transmettre sa vision sur la vie et la mort. Sur ce que doit etre une vie accomplie, sur ce que devrait etre une mort qui couronne cette vie. A transmettre son emotion devant les tactiques du petit peuple - irreflechies, deraisonnables - pour surmonter les souffrances que lui inflige L Histoire.
En plus, Bouida bourre son texte de citations, d'indices, de references litteraires et culturelles, de Shakespeare a Chagall, et j'en oublie... et nombreuses sont surement celles que je n'ai pas saisi. Comme un deuxieme degre qui ne gene en rien la lecture mais l'enrichit. Comme le vrai entourage de son heroine, meme quand elle est confinee a Tchoudov.
En fin de livre, la traductrice nous revele que Bouida s'est inspire de la vie d'une vraie actrice, Valentina Karavaeva. OK. N'ayant pas entendu parler de cette actrice (ce qui n'est pas vraiment un argument, j'en suis conscient), je crois que le personnage d'Ida est beaucoup plus grand. Bouida en a fait une heroine fabuleuse, demesuree. Une qui deviendra a mon avis classique, qui rejoindra le pantheon des grandes heroines russes.
Le livre aussi. Ce livre aussi merite une denomination d'origine controlee: Un Grand Roman Russe.
Je vais terminer ce billet par une citation. Parce que si Bouida n'est jamais decidement accusateur ni vengeur, il seme ses pages de passages plus bouleversants que tout requisitoire.
"Il s'etait mis a neiger.
-- Elle est rouge..., dit Maniacha avec etonnement en se passant la main sur le visage. Non, mais regardez, c'est de la neige rouge!
[...] le Seigneur implacable avait deverse sur nous tout son amour et, d'un seul geste avait ouvert le coeur monstrueux du monde secoue de convulsions, et la ville et les hommes se retrouvaient brusquement dans les replis les plus tenebreux de cet enorme coeur, parmi des lambeaux de chair sanguinolente, d'arteres et de veines arrachees, dans un maelstrom clapotant de lave et de feu - de la neige sur le Kremlin et sur la Loubianka, de la neige sur le pont de Crimee et sur la rue Neglinka, de la neige sur les rues Pliouchtchikha et Palikha, de la neige sur les rivieres et sur les parcs, sur les clochers et sur les ponts -, une neige rouge sortie de nulle part, absurde comme le sacrifice de Jesus et scandaleuse comme la Resurrection du Christ - de la neige, de la neige! - une neige abracadabrante, une neige qui terrassait l'ame, qui la fascinait avec brutalite, une neige qui captivait, qui violait, qui glacait, qui tuait - et qui ne s'arretait pas, mon Dieu, qui ne s'arretait pas, comme si ce n'etait pas une de Tes oeuvres, mais le chaos en personne -, hors du temps et sans merci...
Une neige rouge recouvrait Moscou jusqu'aux poignees des portes."
Bookycooky a surement raison, j'ai attrape le virus Bouida. Malade, hargneux, j'essaie de vous contaminer...
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horline
  21 décembre 2015
Qui est réellement Ida Zmoïro ? Une étoile du cinéma déchue qui étale orgueil et goût pour la mise en scène à la ville pour masquer ses échecs ? Ou une tragédienne talentueuse broyée par le destin, incapable d’interpréter son propre rôle dans la vie ?
Ûrij Bujda aime jouer du mystère et s’amuse à jongler entre ces deux faces en sculptant un personnage avec une force magnétique écrasante. Même pour l’intrigue. Là où une série de disparitions inquiétantes et une mort inexpliquée inviteraient un auteur à diriger tous les éléments de narration vers un dénouement, Ûrij Bujda préfère opérer un décentrement en s’intéressant à la vie de cette femme, reconstituer patiemment tout un puzzle dont les disparitions ne sont qu’un prétexte.
Car Ida Zmoïro a eu un destin hors du commun. Fille d’un révolutionnaire héros de la guerre civile, actrice acclamée par le public pour son rôle dans La mouette avant de devenir l’épouse d’un aristocrate et d’un espion anglais déçue par l’Occident, puis l’épouse bien-aimée d’un général légendaire condamné et exécuté sous la fausse accusation de Staline, Ida n’a jamais su déterminer les contours de sa vie. Elle s’est créée un destin romanesque pour incarner tout ce que contenait son âme depuis qu’on lui a dit enfant qu’être actrice c’est "régner sur les âmes et conquérir les cœurs". Elle a revêtu le masque d’actrice pour incarner toutes les héroïnes de tragédie russes et grecques qui la fascinaient alors que sa vie était vouée à l’oubli. Mais peut-être parviendra-t-elle enfin à jouer son propre rôle la vieillesse approchant son terme, et faire éclater la vérité à propos de ces disparitions mystérieuses …

Ce roman a quelque chose d’insaisissable. Dès les premières pages, on se demande dans quelle aventure l’auteur russe veut nous embarquer car il ne cherche pas à imposer un lien mais à décomposer une vie énigmatique dans un paysage rude et mélancolique. A priori rien n'invite à faire succomber le lecteur à ce récit inattendu mais Ûrij Bujda y parvient laborieusement. Mystérieusement, J'ai aimé cette histoire traversée par des coutumes bancales et des personnages dont l’authenticité emprunte au burlesque. J'ai aussi aimé voir le tragique batailler avec le sentimentalisme que l’on retrouve souvent dans la littérature russe. Enfin, j'ai aimé ce jeu entre la vérité maquillée qui s’impose facilement et la vérité sans éclat qui reste dans l’ombre, même pour Ida qui a revêtu le costume de Nina de La mouette, même au-delà des planches.
Roman étrange pour lequel je suis incapable de donner un avis définitif.
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veroherion
  12 décembre 2016
J'allais écrire que rien ne m'avait touchée dans ce livre.
Ce n'est pas tout à fait vrai.
Dans toute cette fresque, cette histoire d'une petite ville provinciale, d'une ex-future grande actrice, Ida Zmoïro, il y a de beaux moments. La relation du narrateur et d'Ida est assez touchante.
La petite intrigue policière n'a pas vraiment d'intérêt, on dirait qu'elle est là pour attirer le lecteur au départ, puis on passe à autre chose pour y revenir... Ah oui, c'est vrai, il y avait des disparitions de petites filles, on va résoudre ça vite fait...
On pourrait dire que l'auteur ne sombre pas dans une intrigue facile et grand public... oui, on pourrait dire ça.
On pourrait sans doute dire plein de choses, mais là, rien ne me vient, qu'une impression de vide, et paradoxalement, une avalanche de personnages et de petits événements qui n'ont fait que renforcer cette impression.
Ce n'est pas mal écrit, ce n'est pas mal raconté, ce n'est pas...
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littleone
  16 mai 2016
Lecture abandonnée... "insaisissable", comme le dit justement une critique.
A reprendre peut-être plus tard ?
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Lsky
  14 janvier 2018
Un chef d'oeuvre, une merveille... Une fresque de la Russie à travers la vie d'Ida, une tornade dont on ne sait rien, et, peu à peu, on découvre son histoire qui se fond avec L Histoire, celle des arts (cinéma, théâtre, littérature) et celle de la Russie.
Une écriture juste, belle, on applaudit au passage la traduction de Sophie Benech, qui a su rendre l'écriture simple mais poignante.
Un personnage palpable, presque réel.
Vraiment, un grand coup de maître, je n'ose en dire plus de peur de tout révéler.
Lien : https://barauxlettres.wordpr..
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
DanDDanD   09 novembre 2018
D'autres disaient qu'elle avait reussi a obtenir une audience de Staline en personne, et que c'etait lui qui avait donne l'ordre de lui rendre son mari. Mais pas pour rien - pour une nuit d'amour.
Ida n'avait pas eu le choix, elle avait accepte.
On l'avait amenee au Kremlin, on l'avait lavee des pieds a la tete avec une eau speciale du Kremlin, on l'avait decoree avec des fleurs du Kremlin, et elle avait ete servie a Staline sur un enorme plat en or porte par douze gardes du Kremlin de deux metres de haut.
On l'avait transportee dans une chambre a coucher incommensurable du Kremlin, et la, au son des fanfares, tous les courtisans s'etaient prosternes et le Guide etait entre dans la piece. On avait d'abord apporte sur un chariot en or le membre de Staline, couronne de roses et de sarments de vigne. De ravissantes infirmieres marchaient de part et d'autre du chariot en portant avec precaution les testicules de Staline. Puis Staline lui-meme etait apparu, la tete dans les nuages, le ventre rond comme un samovar, chausse de bottes fabriquees avec la peau de Hitler.
Et la, de nouveau, les fanfares avaient retenti, des coups de canon avaient ete tires, des feux d'artifice avaient explose, des orchestres s'etaient mis a jouer, et les robustes gardes, tenant en equilibre le membre de Staline, etaient montes a l'assaut, les belles infirmieres qui portaient les testicules de Staline avaient du mal a les suivre, quant a Staline lui-meme, il fumait sa fameuse pipe d'un air songeur...
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DanDDanD   05 novembre 2018
Au cours de cette soiree, on decouvrit soudain combien on savait peu de choses sur Ida Zmoiro. Beaucoup moins que sur les autres habitants de Tchoudov. D'eux, on savait presque tout. On savait que le poivrot Luminium, qui se vantait d'avoir un membre pourvu d'un ongle lui valant d'infaillibles succes aupres des femmes, n'avait en realite de succes qu'aupres de Moumou, la preposee aux bains sourde-muette. Que la femme du docteur Karpov avait une queue de cochon. Que le pharmacien Sivers se faisait des lavements a la vodka. Que le pretre, le pere Dmitri Okhotnikov, avait peur des araignees. Que l'arriere-grand-mere de Nina Kazarinova etait morte de honte pour avoir lache un pet alors qu'elle etait en visite. Que Malina, la patronne du restaurant, rajoutait de la fiente de poulet dans sa gnole. Que Cigue Lvovna, la directrice de l'ecole, jurait en dormant comme un charretier ivre. Qu'Anna Akhmatova n'avait jamais ecrit de poemes parce qu'elle avait passe toute sa vie a vendre du poisson dans les Batiments en pierre. Qu'Hitler etait le frere adulterin de Staline. Que la vodka est fabriquee avec de l'essence. Que les sirenes ne fument pas de cigarettes. Que le soleil se leve a l'est et se couche la ou il faut. Que deux fois deux font quatre.
Mais la vieille Zmoiro, elle, restait pour tous une enigme.
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feanorafeanora   22 décembre 2015
Le sang rouge et chaud fait tourner la tête, il donne naissance à des imageset à des idées, et il mène parfois jusqu'à la folie. Alors que le sang bleu et froid, c'est la maîtrise, c'est la retenue, c'est le calcul, c'est ce qui oblige l'artiste à considérer son ouvrage d'un oeil critique, à supprimer le superflu et à rajouter l'indispensable. Le sang bleu, c'est le Jugement dernier de l'artiste sur lui-même.


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veroherionveroherion   08 décembre 2016
Depuis l'âge de dix-douze ans, je me surprenais souvent à penser à la mort. Je me sentais mourir. Je mourais à chaque respiration, à chaque instant. Mais sa propre mort, on finit tôt ou tard par s'y habituer, tandis que celle des autres... celle des autres, on n'arrive pas à s'y faire.
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OttoDidaktOttoDidakt   27 juillet 2016
Mais seul un véritable artiste est de taille à créer un vide tel qu'une étoile s'y allume toute seule.
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Video de Ûrij Bujda (1) Voir plusAjouter une vidéo

Iouri Bouïda : Le train zéro
Sur le quai de la gare d'Evian, Olivier BARROT présente le dernier roman de Iouri Bouïda paru chez GALLIMARD et intitulé "Le train zéro". A la fenêtre d'un wagon, il lit un extrait du roman.
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