AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures

Robert Pépin (Autre)
EAN : 9782253041030
410 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (04/03/1987)

Note moyenne : 4.16/5 (sur 372 notes)
Résumé :
Dans Souvenirs d'un pas grand-chose, dédié à " tous les pères ", Bukowski passe sur le divan : il se raconte, sans délirer, tel qu'il fut, en commençant par le début. Un premier souvenir ? Allemagne, 1922. Et puis c'est l'arbre de Noël, des bougies, des oiseaux, une étoile. L'Amérique ? La Ford T de son père. L'école où il découvre la violence, la cruauté, l'injustice. Trop de saloperies à avaler d'un seul coup.
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (32) Voir plus Ajouter une critique
moravia
  29 août 2014
Que le monde est mal fait ! C'est à l'âge de treize ans que j'aurais dû ouvrir ce livre.
Sacré dépucelage !
J'aurai dit aux copains.
- Eh les mecs ! je viens de me taper "Souvenirs d'un pas grand -chose".
- Oh putain ! tu veux dire le bouquin de cet enfoiré de Hank ?
- Ouais mec ! Et j'ai pris mon pied comme c'est pas possible !
- Dis, Alberto, tu vas me le prêter, dis ?
- Faut voir...elle fait quoi ta soeur ?
J'aurais compris que les frimeurs c'était que du vent. Qu'avec un bon direct au foie ça se dégonflait comme une vieille baudruche.
Que celui qui te refilait un chewing-gum aujourd'hui était peut-être celui qui demain allait te baiser.
J'aurais compris pourquoi ma prof de physique venait en minijupe et s'asseyait sur son bureau face à la classe.
J'aurais surtout pu la regarder droit dans les yeux pour lui faire comprendre que j'appréciais le paysage.
Au lieu de cela je me suis fourvoyé dans les pages d'André, d'Henry, de François et quelques autres qui me parlaient d'un monde idéalisé mais inutile.
Rentrer dans les pages de ce livre c'est faire un slalom dans un champ de mines. Plus question de tricherie, de ronds de jambe. Vous êtes à poil et il faut foncer. Ça passe ou ça casse.
Charles Bukowski ne va pas vous ménager. Rien ne vous sera épargné de son enfance dans une famille déshéritée qui rêve de respectabilité.
Un père violent et abruti, une mère transparente.
Une enfance sans amour et cela ne va pas s'arranger à l'école.
À l'image de notre société celui qui ne rentre pas dans le moule est rapidement rejeté, accompagné de son lot de brimades.
Il a fallu jouer des poings et montrer les dents.
Bukowski s'est senti seul durant ses longues années, abandonné, mais n'a jamais flanché.
Pas question de se vautrer dans l'obscène béatitude du bonheur.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          7211
Hugo
  10 novembre 2014
Papa, maman et BuKo dit Chinaski allemand d'origine tentent la misère américaine des années trente en immigrant dans la pauvreté de Los Angeles avec beaucoup de réussite : pas de travail, pas d'argent, une vie sinistre, et un gosse à nourrir et à battre un peu aussi. Buko était moche, paumé, perdu dans limbes de l'alcool pas cher, et il le savait, après il a écrit des livres marrant sur sa vie de merde… J'aime beaucoup sa plume, son style, il n'écrit pas en victime, il écrit sa vie avec dérision et cynisme…
J'ai adoré ce bouquin...
Moi l'alcool je n'aime pas ça, ça me rappelle trop mon père allongé sur le parquet qui me répétait souvent que maman est une salope, alors je n'ai pas insisté pour me faire gerber le weekend, quand je l'accompagnais dans les cafés prendre une bière ou vin(gt), et un baby pour la route, moi je commandais un Indien « s'il vous plait monsieur »
- Un quoi qu'il me disait le Barman ?
- Un indien avec de l'Orangina et de la Fraise
Alors le Barman y gueulait un indien pour le cowboy et tous les intellos de comptoirs se marraient…
- Il est pas comme son père, il boit pas « ahhh ahhha ahahaha ahhaaa »… qu'il braillait le mien
Ils ont énormément d'humour les poivrots, faut pas croire...
Quand les « ahhh ahhha ahahaha ahhaaa » débarquaient, je savais qu'il en tenait déjà une bonne, bientôt les chattes, les bites, les culs, les nichons feraient leur entrée pour m'expliquer que la branlette c'est bien mais que la baise c'est mieux… « ahhh ahhha ahahaha ahhaaa »
- Putain mais j'ai 11 ans connard…
- Ah ouais déjà, t'es haut comme trois bites à genou, je te croyais plus jeune « ahhh ahhha ahahaha ahhaaa »

Petit j'ai demandé à ma mère ce que faisait mon père comme boulot : « Pilier de comptoir » qu'elle m'a répondu… Ça avait l'air cool, alors moi aussi plus grand j'avais décidé que je serai pilier de quelque chose… après j'ai changé avec ninja, et puis finalement la réalité a anéantie mes rêves de de faire du « Kung fu » en pyjama…
Enfin bref, mes copains n'y comprenaient rien à mes névroses… Par contre le chiite je trouvais que ça avait bon gout donc les potes m'ont gardé dans leur groupe de gros branleur, faut dire qu'ils n'avaient pas des têtes d'enfants de choeur et ils n'écoutaient pas Céline Dion faire des « Newww », des « far » et des « werever your are » sur le « Titanic » coulé trop jeune par un iceberg un peu taquin.
A l'époque j'étais encore plus petit, j'avais une tête de bouffeur d'eucharistie, avec des lunettes trop classe qui mon donnaient un air de premier de la classe… Faillait bien que je me trouve un truc interdit à faire pour être accepter par la bande de bras cassés avec qui je voulais trainer… Coup de chance j'avais la fumette rigolote, et je roulais bien les deux feuilles, j'effritais comme un dieu et je tirais comme un malade, franchement je me suis bien marré, on enchainait les bédos le samedi après midi et le soir tard en écoutant du bon NTM, de très bons souvenirs jusqu'au jour ou…
J'ai gerbé toute ma honte sur un arbre dans un parc public squatté pas des petits bambins trop choupinou qui se foutaient de ma gueule à me voir vider la mienne à coup de spasmes violents qui n'en finissaient pas de me faire pleurer des yeux… et même à 16 piges tu connais la honte et là je n'étais pas très fier de ce « bad trip » qui avait signé l'arrêt définitif de la drogue, complètement écoeuré….
Donc me voilà complètement sobre, jamais d'alcool la fumette en moins, ma vie de gangsta prenait un sérieux coup dans l'aile, mes potes me trouvaient moins marrants d'un coup, moi je les trouvais de plus en plus glauque, ils s'enfonçaient dans la délinquance alors que moi j'en sortais, petit à petit le fossé s'est creusé, et un soir un mec me dit les yeux mi clos entre deux mondes :
« T'es trop chelou comme mec… »
Ce jour là j'avais compris qu'il était temps de passer à autre chose, finalement je ne suis jamais retourné les voir… Aujourd'hui on se croise, certains ont bien tourné, d'autre beaucoup moins, il est resté un noyau dur de cette époque, une vraie bande de potes dont je ne fais plus partie juste parce que j'étais un mec chelou…
La vie des fois c'est chelou quand même
A plus les copains…
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          6014
Iboo
  20 octobre 2019
Nom d'un p'tit bonhomme ! Mais quels bourrins, ces Ricains ! Tu m'étonnes qu'à l'époque les Français passaient pour des intellectuels ! Il faut dire aussi que si, chez nos prolos d'alors la majorité des gamins quittait l'école à 11 ou 12 ans, ce n'était pas pour glander. Responsabilisés très jeunes et étant contraints de participer aux charges de la famille, l'option picoler et se coller des peignées entre copains à longueur de journées, n'entrait pas au programme. Et, s'ils avaient une aspiration, c'était celle de s'élever, tant socialement qu'intellectuellement, afin de s'arracher de là le plus vite possible.
Bien que, comme ses copains, il ait eu le loisir d'aller au collège jusqu'à 17 ans, Bukowski n'aspirait également qu'à "s'arracher de là le plus vite possible". Et on le comprendrait à moins : un père violent et abruti à la limite de la débilité ; une mère soumise dont le potentiel d'amour à donner trouvait ses limites dès qu'il s'agissait de protéger son enfant ; à l'exception d'un ou deux, des copains pourvus d'un QI de bulot cuit ; un environnement particulièrement glauque et annihilant tout espoir.
Bukowski était beaucoup trop intelligent pour accepter, et encore moins se satisfaire, de ce monde inerte. Intelligent mais pas combatif car au lieu de se sortir de cette mélasse, il y restera englué en sombrant dans un alcoolisme morbide. Dommage.
Mais bon, autres temps autres moeurs. Les mentalités évoluent, paraît-il... la preuve : des décennies plus tard, les Ricains ont élu Trump comme Président !
M'enfin, ne faisons pas trop les malins, on n'est pas à l'abri de faire le même genre de connerie avant peu. D'autant qu'en ce qui concerne la conscience individuelle et collective, la curiosité intellectuelle, la volonté d'apprendre, nous n'avons aucune leçon à donner à qui que ce soit.
Si les mentalités américaines n'évoluent pas vraiment, l'esprit français est, lui, en pleine régression.
Quoiqu'il en soit, excellent bouquin. Même s'il m'a parfois donné la nausée.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          4813
colimasson
  01 octobre 2019
Pour la plupart, n'être pas grand-chose c'est n'être rien. Pour Buko, c'est comme ça aussi. Dans l'acceptation absolue des pensées qui sont contre la vie, Buko réussit toutefois à vivre, ce qui rend chaque moment grandiose, le cuvetage sur chiottes autant que la découverte de la grande ou petite littérature.

« tout, absolument tout plutôt que de continuer à me noyer dans cette existence morne, superficielle et peureuse »

« le huit heures par jour, non, ce n'était pas possible »

« Devenir avocat, conseiller, ingénieur ou quelque chose d'approchant me semblait impossible. Se marier, avoir des enfants, se faire coincer dans une structure familiale, aller au boulot tous les jours et en revenir, non. Tout cela était impossible. Faire des trucs, des trucs simples, prendre part à un pique-nique en famille, être là pour la Noël, pour la Fête nationale, pour la Fête des Mères, pour... les gens ne naissaient-ils donc que pour supporter ce genre de choses et puis mourir ? »

« Mieux valait être plongeur dans un restaurant, se rentrer chez soi dans une chambre minuscule et, seul, s'y endormir en se soûlant »

Qui n'a jamais eu deux amours en même temps ? Celui pour la liberté qui amène tant de souffrances et tant de jouissances, et celui pour la règle, qui est si ingrat, que l'on a pu répudier, mais qui seul semble pouvoir nous dire quelque chose d'authentique sur la vie, au-delà de soi-même ? On se prend à fredonner l'air de Serge Reggiani dans sa petite chanson sur la liberté qui donne envie de pleurer.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          303
le_Bison
  20 janvier 2015
« Souvenirs d'un pas grand-chose ». le pas grand-chose, cela aurait pu tout à fait être moi. Pour cette raison peut-être que je m'y suis senti bien dans ce nouveau Bukowski, aussi bien que dans un caleçon porté cinq jours de suite. Parce qu'en fait de pas grand-chose, il n'en est pas vraiment question puisqu'il s'agit du grand Hank Chinaski alias Charles Henri Bukowski ou tout autre pseudo qui lui convienne. Bref, d'un type bien, au coeur tendre, d'un gars émouvant qui se raconte, au moment de l'enfance et de l'adolescence.
Débuts des années trente, la Grande Dépression et la misère. Une époque idéale pour bien galérer dans la vie. Avec, en plus, un paternel au chômage mais qui fait semblant d'aller travailler à la même heure tous les matins, juste pour ne pas montrer à ses voisins la merde qu'il est. Car il en est bien une, de grosse merde. du genre à haïr pendant au moins neuf vies. Après tout, on n'est pas obligé d'apprécier les séances de fouet au ceinturon dans la salle de bains. Quel gros con, ce vieux. Qu'est-ce qu'il m'a fait chier jusqu'au jour où il a compris que je pouvais lui en mettre une et l'allonger d'un crochet du gauche à lui faire défiler les étoiles dans sa tronche.
Mais l'école n'est pas la panacée non plus.
Là-bas aussi, le milieu est rempli de connards et de prétentieux qui pètent plus hauts que leur trou de balle. Autant dire que Hank va vite se retrouver âme solitaire et souffre-douleur d'une grande majorité de ses camarades. Après quand on a la gueule grêlée de toute part par l'acné, pas facile de se faire des amis ou d'emballer des nanas, même si la queue est grosse. Peut-être que, moi-même, lui aurai-je jeté des canettes vides à la face. Ne parlons pas des pierres.
Tous ces souvenirs ne respirent pas le bonheur, aucune marque d'enchantement signe de l'enfance, aucun instant de désir signe de l'adolescence. Juste des moments de profondes solitudes et de rage. Mais pas d'apitoiement non plus. La vie est ainsi faite et de cet isolement social, il en ressortira plus fort. D'abord, parce qu'il se réfugiera dans les livres. Puis avec l'âge, il découvrira le grand bonheur de la bière et du vin. Ah le vin ! Sans lui, il ne serait pas devenu ce qu'il est. Un grand écrivain, qui parle de l'humanité au sens noble du terme. Parce que ne nous trompons pas, derrière ses mots un peu crus et cruels, Bukowski a une âme, bel en plus.
Chaque jour, j'en apprends donc un peu plus sur l'homme qui se cache derrière ces mots et ses livres. Derrière un nouveau bouquin, qu'il soit composé de nouvelles ou de récit autobiographique, je découvre l'homme, ce gamin meurtri des années trente qui a survécu à son époque, qui s'est trouvé – chose inespérée au début de sa vie – un talent, celui d'écrire de l'émotion avec des mots simples, des phrases de la vie parsemée de vin et de cuisses.
« Souvenirs d'un pas grand-chose », de la merde des furoncles et pas grand-chose.
Lien : http://leranchsansnom.free.f..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          298
Citations et extraits (93) Voir plus Ajouter une citation
GwordiaGwordia   22 mars 2011
La route que j'avais devant moi, j'aurais presque pu la voir. J'étais pauvre et j'allais le rester. L'argent, je n'en avais pas particulièrement envie. Je ne savais pas ce que je voulais. Si, je le savais. Je voulais trouver un endroit où me cacher, un endroit où il n'était pas obligatoire de faire quoi que ce soit. L'idée d'être quelque chose m'atterrait. Pire, elle me donnait envie de vomir. Devenir avocat, conseiller, ingénieur ou quelque chose d'approchant me semblait impossible. Se marier, avoir des enfants, se faire coincer dans une structure familiale, aller au boulot tous les jours et en revenir, non. Tout cela était impossible. Faire des trucs, des trucs simples, prendre part à un pique-nique en famille, être là pour la Noël, pour la Fête nationale, pour la Fête des Mères, pour... les gens ne naissaient-ils donc que pour supporter ce genre de choses et puis mourir ?
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          1680
GwordiaGwordia   22 mars 2011
Quant à ma vie, elle était toujours aussi lamentable qu'au jour de ma naissance. Une seule chose avait changé : maintenant, et ce n'était jamais assez souvent, je pouvais boire de temps en temps. Boire était la seule chose qui permettait de ne pas se sentir à jamais perdu et inutile. Tout le reste n'était qu'ennuis qui ne cessaient de vous démolir petit à petit. Sans compter qu'il n'y avait rien, mais alors ce qui s'appelle rien d'intéressant dans l'existence. Les gens vivaient en-deçà d'eux-mêmes, les gens étaient prudents, les gens étaient tous pareils. "Et dire qu'il va falloir continuer à vivre avec tous ces connards jusqu'au bout", pensais-je (...). Il était évident que je ne serais jamais capable de me marier et d'avoir des enfants. Et pourquoi l'aurait-il fallu alors que je n'étais même pas foutu de me trouver un boulot de plongeur dans un restaurant ?

Mais peut-être que je serais pilleur de banques ! Un truc d'enfer ! Quelque chose qui auraut du panache, de la gueule. On ne tentait sa chance qu'une fois. Pourquoi être laveur de vitres ?

J'allumai une cigarette et continuai de descendre la colline. Etais-je donc la seule personne que cet avenir bouché rendait fou ?
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          1150
GwordiaGwordia   22 mars 2011
Je lus tous les livres de D.H. Lawrence. Cela m'amena à d'autres. Cela m'amena à H.D. la poétesse. Et puis à Huxley - le plus jeune, l'ami de Lawrence. Tous ces livres qui m'arrivaient dessus ! Un livre conduisait à un autre. Arriva Dos Passos. Pas très bon, non, vraiment, mais assez bon quand même. Il me fallut plus d'une journée pour avaler sa trilogie sur les U.S.A. Dreiser ne me fit rien. Mais Sherwood Anderson, alors là, si ! Et puis ce fut Hemingway. Quels frissons ! En voilà un qui savait pondre ses lignes. Quel plaisir ! Les mots n'étaient plus ternes, les mots étaient des choses qui pouvaient vous faire chantonner l'esprit. Il suffisait de les lire et de se laisser aller à leur magie pour pouvoir vivre sans douleur et garder l'espoir, quoi qu'il arrive.

Mais retour à la maison

"EXTINCTIONS DES FEUX ! " hurlait mon père.

C'était les Russes que je lisais maintenant, Gorki et Tourgueniev. Mon père avait pour règle que toutes les lumières devaient être éteintes à huit heures du soir : il voulait pouvoir dormir pour être frais et dispo au boulot le lendemain. A la maison il ne parlait que de ça. Il en causait à ma mère dès l'instant où il franchissait la porte et jusqu'au moment où ils s'endormaient enfin. Il était fermement décidé à monter dans la hiérarchie.

"Bon alors, maintenant, ça suffit, ces putains de bouquins ! Extinction des feux !"

Pour moi, tous ces types qui débarquaient dans ma vie du fin fond de nulle part étaient la seule chance que j'avais d'en sortir. C'étaient les seuls qui savaient me parler.

"D'accord ! D'accord !" lui répondais-je.

Après quoi, je prenais la lampe de chevet, me faufilait sous la couverture, y ramenais l'oreiller et continuais de lire mes dernières acquisitions en les appuyant contre l'oreiller, là, en plein sous la couvrante. Au bout d'un moment, la lampe se mettait à chauffer, ça devenait étouffant et j'avais du mal à respirer. Je soulevais la couverture pour reprendre un bol d'air.

"Mais qu'est-ce qui se passe ? Ca serait-y que je verrais de la lumière ? Henry, tu m'éteins tout ça !"

Je rabaissais la couverture à toute vitesse et attendais le moment où mon père se mettait à ronfler.

Tourgueniev était un mec très sérieux mais qui arrivait à me faire rire parce qu'une vérité sur laquelle on tombe pour la première fois, c'est souvent très amusant. Quand en plus la vérité du monsieur est la même que la vôtre et qu'il vous donne l'impression d'être en train de la dire à votre place, ça devient génial.

Je lisais mes livres la nuit, comme ça, sous la couverture et à la lumière d'une lampe qui chauffait. Tous ces bons passages, je les lisais en suffoquant. Pure magie.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          321
le_Bisonle_Bison   24 juillet 2014
« A la salle de bain… »
Mon père ferma la porte.
« Descend ton pantalon. »
Je l’entendis décrocher le cuir à rasoir. J’avais toujours mal à la jambe droite. Ça N’allait pas m’aider. Le cuir, je le connaissais depuis longtemps. Tout le monde était indifférent à mes ennuis : ça non plus, ça ne m’aidait pas. Là-bas, de l’autre coté, des gens, il y en avait des millions. Et aussi de chiens et des chats, et des rats à bourses, et des bâtiments, et des rues : mais cela n’avait aucune importance. Ici, il n’y avait que mon père, le cuir à rasoir, la salle de bain et moi. Ce cuir à rasoir, il s’en servait pour aiguiser son rasoir et moi, dès le matin, je la haïssais : cette gueule toute blanche de crème à raser ! Ce type qui se rasait debout devant la glace ! C’est alors que le premier coup de cuir m’arriva dessus. Ça fit un grand bruit plat, un bruit presque aussi horrible que la douleur que je ressentis. Le cuir s’abattit une deuxième fois. A agiter son cuir, mon père ressemblait à une machine à frapper. J’eus l’impression d’être enfermé dans un tombeau. Le cuir s’abattit encore une fois : je me dis que c’était surement le dernier coup. Mais non. Il retomba encore et encore. Mon père, je ne la haïssais pas. Il y avait seulement qu’il était incroyable, que moi, j’avais tout simplement envie de m’éloigner de lui. Je n’arrivais pas à pleurer. J’étais bien trop mal pour pleurer, bien trop paumé. Le cuir atterrit encore une fois. Et puis mon père s’arrêta. Je me redressai et attendis. Je l’entendis raccrocher le cuir. […]
Je l’entendis sortir de la salle de bain. Il avait refermé la porte de la salle de bain. Les murs de la salle de bain étaient beaux, la baignoire était belle, le lavabo était beau, et aussi le rideau de douche. Même le siège des W.-C. Mon père n’était plus là.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          230
moraviamoravia   21 août 2014
" Tu sais pourtant que les cigarettes, t'y as pas droit, dit mon père. Et moi, j'sais bien comment tu te les procures. C'est toutes ces putes, hein, qui te les apportent ! Bien, bien. Sauf que moi, je vais le dire aux docteurs et on va voir si y vont continuer à les laisser entrer ici, toutes ces salopes !
- Tu vas rien faire du tout, petit con, dit mon oncle.
- Tu peux pas savoir comme ça me cavale dans la tête de t'arracher ton clope du bec, lui renvoya mon père.
- Ta tête, y a jamais rien de bon qui y cavale, dit mon oncle
- Ben, dit ma mère, tu devrais pas fumer. Ça va te tuer.
- J'ai eu une chouette vie, dit mon oncle.
- Chouette vie, que dalle ! dit mon père. Mentir, picoler, emprunter à droite, à gauche, aller avec les putes et se soûler la gueule, tu parles d'une vie ! Ta vie ? Mais t'y as pas travaillé un seul jour ! Et maintenant, voilà qu'on crève ! A vingt-quatre ans !
- Moi j'ai trouvé ça bien, dit mon oncle.
Il tira encore un grand coup sur sa Camel et recracha la fumée.
- Allez, on s'tire d'ici, dit mon père. Ce mec est complètement fou.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          200
Videos de Charles Bukowski (30) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Charles Bukowski
Découvrez le deuxième épisode du tout nouveau podcast des éditions du Masque : Conversation dans le noir. Chaque jeudi, nous vous proposons une conversation téléphonique entre éditrice et auteure, à écouter sur l'ensemble de nos réseaux sociaux. Dans cet épisode, Nathalie Sauvagnac se livre dans une conversation très touchante autour de la norme, des marges, mais aussi de son roman Les Yeux fumés et de la littérature en temps de confinement. Nous vous souhaitons une bonne écoute !
Extrait lu : https://www.editions-jclattes.fr/sites/default/files/webmaster/lyf.pdf Oeuvres citées : Colette Philippe Djian Virginie Despentes Claire Castillon Charles Bukowski Salinger Boris Vian Kate Tempest
CRÉDITS : Conversation dans le noir est un podcast des éditions du Masque. Réalisation : Paul Sanfourche. Générique : Longing - Joachim Karud.
+ Lire la suite
autres livres classés : autobiographieVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Quiz sur la vie et l'oeuvre de Charles Bukowski

Charles Bukowski, écrivain américain d'origine allemande est auteur ...

De romans
De poésie
De délits alcoolisés
Les trois

7 questions
462 lecteurs ont répondu
Thème : Charles BukowskiCréer un quiz sur ce livre
.. ..