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Critiques sur Sur l'écriture (15)
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JIEMDE
  04 novembre 2017
Le temps de descendre un pack de 6, j'ai avalé avec délice ce nectar fielleux.

Pourtant, rien de bien nouveau dans cette correspondance, pour qui connaît un tant soit peu la vie de ce vieux dégueulasse de Bukowski : la poésie, les débuts dans l'ombre, les p'tits boulots, le trou noir de dix ans, puis le retour à l'écriture dans l'adversité obstinée, les premières publications dans les revues, puis la consécration via le roman et les nouvelles.

Non, rien de bien nouveau dans cette correspondance, pour qui connaît un tant soit peu les travers de ce vieux dégueulasse de Bukowski : l'alcool en pratique multi-quotidienne, l'ego surdimensionné, le regard acide sur son époque et ses contemporains, sans parler de ses rapports avec les femmes allant de la tendresse à l'insupportable.

Mais l'intérêt de ce type de recueil réside comme toujours dans l'évolution de la pensée de celui qui écrit au fil des ans. Et si le grand Charles a les convictions bien ficelées au corps et une totale inhibition à les affirmer et les revendiquer, elles évoluent à la marge avec l'âge : la poésie reste le genre majeur mais le regard porté sur le roman évolue quand le succès se pointe. Les lacunes en orthographe et en grammaire sont assumées mais une simple coquille ou une plus vaste entreprise de correction de ses textes devient plus tard sujet à querelle. Tel auteur (Hemingway) jugé fade devient plus acceptable vingt ans après.

Et puis, isolées au coeur de pages éructantes ou assassines, surgissent quelques superbes moments d'humilité et d'hommage, quand Bukowski évoque ses maîtres : Dostoïevsi, Anderson, Giono… Et Louis-Ferdinand Celine dont le Voyage est considéré comme l'oeuvre ultime. Et enfin l'énormissime John Fante et son Ask the dust, lu et relu. Un auteur devant lequel Buk s'incline, lui écrivant une lettre ressemblant à celle d'un petit garçon à son idole.

Un livre à réserver aux inconditionnels, avec ou sans pack de 6…
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Lmargantin
  31 décembre 2017
Comme beaucoup, je connaissais la réputation de l'écrivain américain à travers cette scène de l'émission de Bernard Pivot, Apostrophes, où il fut évacué après avoir consommé deux ou trois bouteilles de vin blanc sur le plateau. Je ne l'avais jamais lu, et c'est complètement par hasard que je suis tombé sur ce livre en librairie après en avoir entendu dire beaucoup de bien.

Le présent volume rassemble de nombreuses lettres écrites sur près d'une cinquantaine d'années, entre 1945 et 1993. Bien sûr, on retrouve le personnage légendaire tout au long de ces pages, sans aucun filtre. Qu'il s'agisse des femmes, de l'alcool, des champs de course, de son rejet de l'humanité grégaire, rien n'est édulcoré par un éditeur craignant que certains propos puissent choquer les lecteurs. Mais au fil des pages et donc des années, c'est avant tout la vérité de l'écrivain qui apparaît de plus en plus clairement, vérité qui fait oublier le côté volontiers théâtral du personnage.

Bukowski est en effet obsédé par son indépendance en tant que poète et écrivain. Il ne cesse de critiquer les groupes littéraires et les coteries de son temps, même lorsqu'il s'agit de certains mouvements d'avant-garde autour d'Allen Ginsberg par exemple. La poésie doit être à ses yeux une expression totalement libre de la vie, affranchie de tous les codes imposés par la société. Bukowski évoque souvent ces jeunes poètes qui ont d'abord produit des oeuvres parfois nouvelles et libres et qui, ayant obtenu un peu de reconnaissance, ont fini par ne plus rien créer d'intéressant. Pas de danger plus grand pour un jeune auteur que d'être reconnu trop tôt : de la pauvreté, il passe à une existence plus confortable et son écriture perd toute intensité.

Bukowski sait de quoi il parle : après une dizaine d'années passées à boire, il revient à l'écriture alors qu'il est âgé de 35 ans. Il lui faudra attendre une quinzaine d'années – pendant lesquelles il aura publié de nombreux textes en revue et quelques livres – avant d'obtenir une certaine reconnaissance aux USA mais aussi à l'étranger. Tout au long de ces années, il se sera tenu à bonne distance du monde littéraire, faisant toutefois quelques lectures publiques la mort dans l'âme (parmi les meilleures pages de ce livre, il y a celles où il parle de ces lectures de poésie, certaines sont franchement hilarantes).

Pour aller à contre-courant des critiques que j'ai pu lire à propos de ce volume, ce qui m'a frappé dans ces lettres, ce n'est pas le côté scandaleux, vociférant, exagéré du personnage, non, c'est plutôt sa grande rigueur et sa discipline quasi quotidienne. Totalement indifférent aux jeux de pouvoir du monde littéraire, se moquant des critiques quant au caractère non conventionnel et désorganisé de sa poésie, il passe ses journées et parfois ses nuits à sa machine à écrire, buvant de l'alcool tout en écoutant de la musique classique (l'une de ses passions) à la radio : « Oui, les compositeurs classiques. J'écris toujours avec de la musique allumée et une bonne bouteille de rouge. En fumant des beedies Mangalore Ganesh. Les volutes de fumée, le martèlement de la machine et la musique. Quelle meilleure façon de cracher au visage de la mort et de la féliciter en même temps. »

Des moments de bravoure comme celui-ci, ce livre en est plein. A peine fini de le lire, on a envie de le reprendre, d'en copier des passages. Une de mes plus belles lectures de 2017, sans aucun doute.
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trust_me
  21 septembre 2017
Je savais à quoi m'attendre parce que j'avais déjà lu sa correspondance dans un ouvrage publié il y a plus de dix ans. Bien sûr ici le contenu est inédit mais sur le fond, rien ne change. le vieux dégueulasse éructe, provoque, se moque, semble bourré 24h/24, se répète beaucoup, passe du coq à l'âne, égratigne ses confrères. Il parle d'écriture. La sienne et celle des autres. Entre la fin des années 40 et le début des années 70 il n'y a que la poésie qui compte. La sienne est la meilleure, les autres sont nuls (« ça fait des années que la poésie me gonfle, depuis des siècles, mais j'ai continué à en écrire parce que les autres s'y prenaient tellement mal »). Par la suite, quand son travail en prose commence à être reconnu, il s'apaise un peu. Mais dans l'ensemble il reste égal à lui-même. Il en fait des caisses, il surjoue, passe à la moulinette poètes, écrivains, éditeurs et critiques. Il endosse son habit préféré, celui du détestable misanthrope atrabilaire se plaignant de son pauvre sort de crève-la-faim incapable de garder un job, en permanence au bord de la folie et du suicide. Rien de neuf sous le soleil quoi.

Pour autant tout n'est pas à jeter dans cet amas de lettres. Je me suis amusé à le trouver obséquieux dans ses courriers à Henry Miller, j'ai apprécié ses références constantes aux très rares auteurs trouvant grâce à ses yeux (le Hemingway des débuts, Céline, Dostoïevski, Knut Hamsun et Sherwood Anderson) et j'ai adoré sa lettre la plus sincère et la plus poignante adressée à celui qu'il considère comme le plus grand de tous, John Fante (« Je ne sais pas d'où vous tenez votre talent mais les dieux vous en ont assurément bien doté. Vous avez représenté et représentez pour moi plus que n'importe quel homme mort ou vivant. Il fallait que je vous le dise »).

J'ai aussi apprécié ses réflexions sur l'écriture disséminées au fil des pages, son refus obstiné de l'académisme, sa soif de simplicité, son humour toujours aussi ravageur, sa capacité à rire de lui-même, à savoir d'où il vient, à ne jamais se voir plus beau qu'il n'est.

C'est un fait, il n'y a rien de transcendant dans ce recueil, rien de nouveau pour ceux qui connaissent bien son oeuvre. Mais cette somme est représentative de ce qu'il a toujours été : un gars qui n'en a jamais rien eu à foutre. Des gens, des élites, des penseurs, des modèles à suivre, des casse-couilles et des culs serrés. Un gars qui a mené sa barque sans s'occuper de personne et a marqué de son empreinte indélébile tout un pan de la contre-culture américaine.


Lien : http://litterature-a-blog.bl..
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kerrylegres
  14 septembre 2017
Une anthologie intéressante

Sur ce blog, je vous parle surtout de romans, ou du moins d'histoires fictives. Aujourd'hui, on change un peu d'habitude. Sur l'écriture est un recueil de lettres écrites par Charles Bukowski entre 1945 et 1993 (soit un an avant la mort de l'auteur). Les destinataires peuvent être des amis, son éditeur, des directeurs de magazines ou encore des collègues auteurs. On le découvre tantôt à vif dans ses écrits personnels tantôt adouci quand le professionnel (et la sagesse ?) prend le dessus.

Comme vous pouvez l'imaginer, dans cette anthologie, le lecteur va suivre l'évolution de cet écrivain tant au niveau de sa plume, de son travail que de sa vie personnelle. En presque 50 ans, il est passé de jeune homme inconnu et alcoolique notoire à écrivain qui atteint tardivement la reconnaissance, mais qui s'en satisfait.
C'est un ouvrage qui se lit très rapidement, dont on peut interrompre la lecture et la reprendre aisément au gré de notre envie.

Une plongée intime dans le quotidien d'un écrivain

J'ai été un peu surprise, car je pensais avoir davantage d'informations sur le côté technique de l'écriture, mais ce n'est pas du tout le cas. Ici, les textes dévoilent le quotidien d'un homme abimé par la vie et qui ne vit que grâce et pour l'écriture. Ils nous montrent comment Charles Bukowski aborde l'écriture, ce qu'elle représente pour lui et dans sa vie et son acharnement sans faille durant ces 50 ans pour que son travail et son talent soient reconnus. Il n'a jamais lâché son objectif des yeux malgré le temps qui passait, son addiction à l'alcool et aux jeux de courses. Sa ténacité a payé et il en a été très fier même si son but n'a jamais été d'être célèbre. Il écrivait par besoin tout simplement.

Au début du recueil, le lecteur découvre un jeune homme écorché, qui critique les autres écrivains à tout va, qui ne comprend pas la réussite de certains. Je l'ai trouvé un peu présomptueux dans ces premières pages, mais après tout, il s'agissait là de lettres intimes, que je n'aurais jamais dû pouvoir lire. On comprend la rage qui anime ce jeune homme qui enchaîne les petits boulots pour survivre, mais qui pourtant ne réussit qu'à sombrer un peu plus dans l'alcool.
Mais même saoul, même désorganisé, même en perdant de nombreux textes, il ne va jamais lâcher, il va écrire jusqu'à ce que mort s'ensuive et j'ai trouvé ça magnifique.
Vivre de l'écriture n'était pas son but, il vivait pour écrire. L'écriture était son exutoire, sa vraie addiction.

Cette anthologie nous montre une facette qu'on ne connait pas forcément de cet autre côté de l'édition, bien que ça se passe il y a fort longtemps, je pense que certaines choses ne changent pas.
Même si cet ouvrage n'était pas ce à quoi je m'attendais, j'ai pris plaisir à lire ces lettres, et je suis bien contente d'en avoir appris plus sur ce grand poète et écrivain. de plus, on a la joie de profiter de quelques illustrations de son fait.

En résumé,
Une anthologie à dévorer pour découvrir le quotidien et l'écriture à vif de ce cher Charles Bukowski.
Lien : http://www.lesperlesdekerry...
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Corboland78
  13 octobre 2017
Charles Bukowski (1920-1994) est un écrivain américain d'origine allemande. Après avoir fait mille métiers, certains plus sordides que postier ou employé de bureau, connu la misère et la prison, il se lance dans l'écriture de poèmes puis de romans et nouvelles.
Bukowski et moi c'est une vieille histoire puisque j'ai encore dans ma bibliothèque son premier bouquin paru en France, Mémoires d'un vieux dégueulasse sorti en 1977 dans la collection Speed 17 et traduit par Philippe Garnier. Je l'ai beaucoup lu par la suite, à l'exception de ses poésies, genre que je ne prise guère. Alors quand une nouveauté de l'écrivain paraît, comme aujourd'hui ce bouquin, je ne suis pas le dernier à me précipiter chez mon libraire. Il s'agit d'un recueil de lettres, en majorité inédites, écrites entre 1945 et 1993, envoyées à ses éditeurs, à des magazines où il plaçait ses textes, à des écrivains… Et comme le titre l'indique, nous n'auront ici que des missives, complètes ou fragmentaires pour rester dans le propos, ayant pour thème l'écriture et la littérature.
De nos jours, dans le public, j'imagine qu'il y a trois groupes de gens, ceux qui ne savent pas qui est Bukowski, ceux qui apprécient ses livres (comme moi) et une large part qui associe son nom à buveur et coureur de filles ainsi qu'à sa sortie du plateau de télévision où il était l'invité de Bernard Pivot en 1978. Je plains le premier et le dernier groupe. Certes, Bukowski picolait méchamment, il ne s'en est jamais caché, alcoolique grave il a manqué maintes fois d'y laisser la vie et quand il ne buvait pas, voire en parallèle, le « vieux dégueulasse » était toujours à l'affût d'un popotin bien roulé ou prêt à parier son dernier dollar sur un canasson. Paradoxe : tout cela est sans intérêt tout en étant extrêmement important pour s'immerger dans l'oeuvre de l'écrivain.
Ce qui saute aux yeux à la lecture de cet ouvrage : pas d'entourloupe, Buk n'est pas du genre à finasser ou tenter de modérer ses propos pour faire le beau et plaire à la postérité ; Bukowski c'est du brut de décoffrage. Autant sur lui-même que sur les autres, il ne cache rien de ses dépendances, il les revendique même. Son autocritique l'autorisant à ne pas mâcher ses mots avec quiconque.
Bukowski n'était pas calé en orthographe et grammaire, il s'en fichait, l'important résidant dans l'écriture (« Mon écriture est rêche et tranchante. J'aimerais qu'elle le reste, je ne veux pas qu'on l'adoucisse. »). Tout le livre est le plaidoyer d'un écrivain n'ayant vécu que pour l'écriture, revendiquant la liberté la plus absolue dans la rédaction de ses textes et poèmes («Autorisons-nous l'espace et l'erreur, l'hystérie et la peine »). le Vieux Buk se moquait de la gloire et de l'argent, seule la musique de sa machine à écrire lui permettait de survivre et contrairement à ce que certains peuvent penser à la vue de sa vie bordélique, il croyait dur comme fer « aux vertus du travail et à la vie de reclus ».
Souvent ses jugements sont excessifs, du genre ils sont tous nuls sauf moi, et s'il encense Dostoïevski, Tourgueniev, Céline, Fante, Sherwood Anderson… il casse net Faulkner (« très souvent c'est de la merde, enfin de la merde intelligente ») ou la majorité des poètes (« c'est la technique employée par la plupart des poètes à chier : apparaître plus profond qu'ils ne le sont ») : c'est une preuve de caractère et tout du long de sa vie et de ses lettres, on verra qu'il garde toujours le même cap.
Je m'aperçois que mon billet prend des proportions inquiétantes tant ce recueil m'a emballé car au travers de ces missives, étalées sur cinquante ans, nous sommes au plus près de l'homme Bukowski, cet écrivain intransigeant sur la conception de son art. Toujours lucide sur lui et les autres, même quand il est bourré et puis, il y a ces nombreux passages très drôles ou ses réflexions désopilantes (mon bouquin est plein d'annotations).
Quelque soit votre connaissance de Bukowski vous lirez ce livre qui transpire la vérité crue avec ses odeurs de sueurs et autres fluides corporels. Personnellement j'ai adoré la lettre à son éditeur et ami John Martin du 29 août 1978 (p.221) d'une très grande beauté et plus généralement, il me semble que les cents dernières pages sont les plus réussies, les lettres sont mieux structurées et souvent les plus émouvantes, Bukowski constate que l'époque change et s'en désole : « Les écrivains semblent écrire pour être connus en tant qu'écrivains. Ils n'écrivent pas parce que quelque chose les conduit vers la marge. » (1990).
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Horizon_du_plomb
  09 février 2019
« M. Noble croit que j'essaie de paraître effronté et sexy quand je parle de « tripoter des seins plats ». Il n'y a pourtant rien de moins excitant, tout comme il n'y a rien de moins effronté. C'est une tragédie de la poésie et de la vie, ces seins plats, et ceux qui d'entre nous qui savent que ce qu'est la vie et la décrivent fidèlement dans leurs livres ne peuvent passer sous silence les sentiments que cela leur inspire, ce serait ignorer la chute de Rome, ignorer le cancer, ou les oeuvres de Chopin au piano. »

J'ai emprunté ce livre parce qu'il était en promontoire dans une bibliothèque et que c'est un dessous de textes d'écrivain (ok, il y a plus sexy comme écrivain).

« J'ai certainement toutes les faiblesses d'un gang de marins déscolarisés qui descendent de bateau après avoir passé 90 jours en mer sans dormir avec de tout petits yeux. »

« (…) C'était le même foutu dessin : un grand lac par une nuit de pleine lune avec ces douzaines de barques occupées par des couples, et dans chacune, avec un guitare, l'homme jouait une sérénade à sa femme - à l'exception d'un bateau en plein milieu du lac où l'homme, debout sur l'embarcation, soufflait ce grand cor de chasse. (…) »

Au cours de la lecture, j'ai souvent eu l'impression d'une redite avec « Le capitaine… » ( journal intime qui couvre 1992 à 1993), seul livre de Bukowski que j'ai jamais lu alors qu'ici pourtant les lettres s'étalent de 1945 à 1993, soit toute sa « carrière ». L'auteur se répète souvent. Tout cela prouve à tout le moins comme le gus aura été intègre avec sa pensée ou l'image qu'il se faisait de lui même et de son art. Mais ce livre dépasse « Le capitaine » car il a des interlocuteurs. Bukowski échange plus, se regarde moins dans la glace, sans qu'il mette de l'eau dans son vin cependant. En plus, ici, ce sont bien les dessins de Bukowski qu'on nous présente et pas ceux de Crumb.

« Et qu'est-ce qu'un « contrat » -
: Leur langage. »

« La création contient sa propre essence, mensonge ou vérité, seules les années pourront l'identifier. Les gens ne comprennent pas. Ça n'est pas parce que quelque chose semble parler d'eux que ça parle nécessairement d'eux, ça peut être une part d'eux - ce moment - et une part de tous les hommes qu'on fusionne en quelque chose qui doit être dit. »

« Oeuvre », « discipline », « magnifique » sont des mots obscènes pour Bukowski qui l'explique en utilisant la métaphore parallèle du sexe. Et pourtant, on sent tous ses paradoxes derrière l'homme. Je ne sais pas mais parfois dans cet art de la feinte, de boxeur, on sent parfois l'esbroufe. L'auteur a su créer son image même s'il crachait sur les poseurs. Peut-être que c'est cela que l'Amérique a fini par aimer en Bukowski, son éternel statut d'outsider, de colon sur la terre des mots. Paradoxalement, Bukowski représente aussi le rêve américain à sa façon, le clodo qui a « réussi » par son seul talent.

« Mais c'est seulement avec un flingue dans la bouche qu'il peut voir le monde entier dans sa tête. Tout le reste n'est que conjecture. Conjecture, foutaises et pamphlets. »

On peut lui pardonner de faire l'apologie de ses goûts car tous nous ramènent à une seule exigence : la littérature. Charles aime la littérature. Cela dit, entre les élucubrations de Bukowski et Dick, je choisis Dick sans hésiter même si c'était sans doute le plus barge.

« L'écriture est brute mais comme peut l'être un rire dans la douleur. (… , …) Une clarté plus près de l'os. »

Certaines lettres m'ont particulièrement marqué par leurs analyses ou ressentis : 21 avril 1961, 15 déc 1970, 24 déc 1972, mars 1982, les lettres à Fante, celle où il parle de Crumb.

« Je n'ai pas mis au point mes poèmes de manière consciencieuse et réfléchie, mais plutôt de manière aléatoire, et les assemblages hasardeux de mots qu'ils abritent relèvent avant tout d'un souci de rythme, dans le seul espoir d'entendre une voix plus moderne et vivante. »

Tout est dit là, le rythme, le « flux » , le divertissement (oui, cet entertainment), le son de la machine à écrire qui devient hypnotisant, qui enrobe la nuit. Je n'ai toujours pas lu Bukowski réellement dans le texte, je m'y mettrais peut-être dans dix ans ou alors quand je quitterais plus les gogues.

« « M. Bukowski, nous pensons que vous avez écrit une nouvelle très insolite et le groupe en discutait justement l'autre soir, mais il nous semble qu'elle a un point faible et nous avons pensé que peut-être vous pourriez corriger ce point faible. Voilà ce que c'était: POURQUOI LE PERSONNAGE PRINCIPAL S'EST-IL MIS A BOIRE EN PREMIER LIEU ? » J'ai dit, « Oubliez tout ça et renvoyez-moi la nouvelle », et j'ai raccroché. »
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LeaTouchBook
  28 septembre 2017
Avis de Grybouille (chroniqueur sur le blog Léa Touch Book) :

C'est le mode d'emploi pour aborder la production de ce monument de la littérature américaine qu'est Charles Bukowski, depuis les brumes de l'alcoolisme le Maitre nous livre sa correspondance depuis 1945 jusqu'à 1993…
Vous ne savez pas comment comprendre ou tout simplement rentrer dans le monde de l'auteur ? Et bien, c'est par ici qu'il faut commencer après tout s'éclaire ou pas !

Une passion dévorante, une maladie ? Écrire avec un crayon, un stylo, une machine peu importe « tant que le vin rouge coule à flots et que la machine à écrire fait le boulot, tout va bien. »

« Les conservateurs…les modernes…il y a des faux poètes dans toutes les écoles… » Charles a la dent dure.

Les réponses des éditeurs « Nan désolé. »

Une hémorragie gastrique plus tard, une hospitalisation, toujours là…

Propager la bonne parole lors de la tournée dans les universités.

« J'ai continué à en écrire parce que les autres s'y prenaient tellement mal… »

« …c'est l'humanité tout entière qui me dégoûte et plus particulièrement, l'écrivain créatif. »

Tout y passe, la société, le monde de l'édition, les minorités, les « collègues », l'écriture, sa bio, les femmes, sa bedaine, la poésie, les clopes, l'alcool, les prostitués, la solitude, les conflits, les beni-oui-oui, l'amour, la haine, la musique, les couilles… Tout !

« Mais de toute façon je suis mort jusqu'à ce que la prochaine ligne apparaisse à l'écran. »

La beat generation n'est pas loin même s'il s'en défend… Et après il faut au moins lire un de ses livres pour voir ce que tout cela a produit. C'est le minimum !
@ Bientôt, les explorateurs de la littérature…
Lien : https://leatouchbook.blogspo..
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puchkina
  05 septembre 2018
Recueil de lettres adressées à son éditeur, des écrivains (Miller, Fante…), des universitaires, des amis.. qui traitent toutes de son rapport à l'écriture, une relation viscérale qui le fit vivre dans tous les sens du terme.
“Les seuls écrivains qui ont du style sont ceux qui doivent écrire pour ne pas devenir fous.”
Bukowski le vieux dégueulasse aimait écrire et ne pouvait s'en passer. Il évoque dans ces lettres son amour de la poésie, des courses de chevaux et de la bibine, son admiration pour Céline, son dégoût de certains écrivains (Gide, Keats, Faulkner) et autres professeurs de littérature poseurs et donneurs de leçons.
“Ma conception de l'écrivain, c'est quelqu'un qui écrit.”
Ça pulse de vie, de rage et de certitude. C'est du Bukowski tout craché.
Lien : http://puchkinalit.tumblr.com/
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Charybde2
  18 juin 2018
Les passionnants extraits des correspondances de Bukowski consacrés à la littérature et à l'écriture.

Sur le blog Charybde 27 : https://charybde2.wordpress.com/2018/06/18/note-de-lecture-sur-lecriture-charles-bukowski/
Lien : https://charybde2.wordpress...
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LettresItBe
  29 novembre 2017
C'est une petite pépite de derrière les fagots qui est sortie en septembre dernier du côté des éditions Au Diable Vauvert (un merci en passant). Une anthologie de textes inédits sur l'écriture, des textes signés Charles Bukowski himself. L'occasion parfaite pour se replonger encore une fois dans la genèse de l'oeuvre d'un raté merveilleux, ce natif d'Andernach en Allemagne, ce Hank, ce Buk, ce Henry Chinaski qui manque quand même pas mal à la littérature d'aujourd'hui …

« L'autre soir j'ai reçu la visite d'un éditeur et d'un auteur et le fait qu'ils m'aient trouvé négligé, la tête dans le cul, ne peut pas être entièrement de ma faute : le caractère de leur visite était aussi impromptu qu'un lâcher de bombe atomique […] »

De la poésie, de l'alcool en doses industrielles, des p'tits boulots par-ci par-là … On suit, texte après texte, les péripéties de l'immigré allemand arrivé très jeune sur le sol de l'Oncle Sam. On suit ses sautes d'humeur, on suit ses succès et ses échecs (plus nombreux), on suit ses attirances et ses répulsions … On lit avec avidité par-dessus l'épaule d'un géant lumineux qui pue la vinasse. Bukowski n'est clairement pas que le trublion qui a donné des sueurs froides à Bernard Pivot sur le plateau d'Apostrophes dans une séquence restée célèbre. Bukowski c'est la voix d'en-dessous, la voix des rejetés de la société, la voix des mal coiffés, la voix des puants, la voix de ceux que l'on ne regarde plus. Et ce livre est son porte-voix.

Mais au-delà de tout ça, c'est une pensée toute entière qui se forme, se déforme, avance et évolue. Cette compilation retrace la piste d'une vie à auteur d'homme, de la haine paternelle au fabuleux succès de Women et tant d'autres textes encore … Tout y est, tout est dans ces quelques 338 pages. Alors, amoureux transis du clochard céleste ou curieux de nature, si vous n'avez pas encore fait l'acquisition de votre Petit précis de Bukowski, courez-y : c'est chez Au Diable Vauvert et ça vaut franchement le détour.

« Serait-ce vulgaire de dire que le seul avantage à être artiste reste (encore) la possibilité de prendre ses distances vis-à-vis d'une société sur le déclin, ou s'agit-il simplement d'un concept tombé en désuétude ? »

Toute la chronique sur le blog de Lettres it be
Lien : https://www.lettres-it-be.fr..
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