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ISBN : 9791034900459
Éditeur : Liana Lévi (23/08/2018)

Note moyenne : 3.83/5 (sur 246 notes)
Résumé :
Dans la famille Ezéchiel, c'est Antoine qui mène le jeu. Avec son "nom de savane", choisi pour embrouiller les mauvais esprits, les croyances baroques et son sens aigu de l'indépendance, elle est la plus indomptable de la fratrie. Ni Lucinde ni petit frère ne sont jamais parvenus à lui tenir tête. Mais sa mémoire est comme une mine d'or. En jaillissent mille souvenirs-pépites que la nièce, une jeune femme née en banlieue parisienne et tiraillée par son identité méti... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (99) Voir plus Ajouter une critique
Sociolitte
  05 novembre 2018
Morne-Galant, c'est un village au bout d'un chemin où il n'y a rien, à part des vaches et quelques habitants : « Encore aujourd'hui, les Guadeloupéens disent de Morne-Galant : « Cé la chyen ka pa japé pa ké. » Je te le traduis parce que ton père ne t'a jamais parlé créole : « C'est là où les chiens aboient par la queue. »
Elle, la narratrice, est d'origine guadeloupéenne mais ne connaît rien de la culture créole, sa tante Appolone va se charger de lui faire le récit de ses origines entre mythes et réalités. Elle est « celle qui relie le passé au présent, la Guadeloupe à Paris, comme une racine souterraine et pleine de vie ».
Appolone ou Antoine, « son nom de savane » choisi pour éloigner les mauvais esprits. D'une verve sans pareille, elle lui conte l'histoire de la famille Ezechiel. le grand-père Hilaire marié à une « béké », une blanche d'un village fermé de colons bretons, les Blancs-Matignon.
Mais à Morne-Galant, la vie devient vite plate et morne pour une jeune fille pleine d'ambition et farouchement indépendante comme Antoine.
Dès ses 16 ans, quittera son village natal pour la capitale, Pointe-à-Pitre, et ses bidonvilles qui accueillent les travailleurs antillais employés par les Français. Avec pour tout bagage un parapluie rouge, une robe élimée et un mouchoir usagé, elle fera vite l'apprentissage des hiérarchies et des conventions sociales.
Retranscrite dans une langue imagée et fleurie, la vie d'Antoine devient un voyage à travers l'histoire de la colonisation de ce petit bout de terre et de ses relations avec la République française et ses promesses d'un avenir meilleur.
Qu'à cela ne tienne, elle partira sur le territoire métropolitain pour y chercher ses espoirs et sa liberté. Mais c'est le béton sans odeur et sans âme des grands ensembles qui l'accueillera alors.
Entre Morne-Galant et Créteil, c'est une histoire conflictuelle et passionnée à laquelle nous invite à parcourir Estelle-Sarah Bulle. Une histoire d'origine et d'exil, de promesses et d'espoirs déçus ou accomplis. Partir quand on n'a pas les moyens de continuer à vivre où l'on est. Partir en n'étant plus tout à fait d'ici, ni jamais vraiment de là-bas. Une histoire de liberté, de douleur et d'identité.
Un premier roman plein de poésie dans une langue pleine de fantaisie qui fait danser les mots et les idées d'une prose lyrique et facétieuse à travers soixante ans d'histoire franco-antillaise.
Lu en octobre 2018.
Retrouvez mon article sur Fnac.com/Le conseil des libraires :
Lien : https://www.fnac.com/La-ou-l..
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Bookycooky
  10 septembre 2018
C'est l'histoire d'une famille guadeloupéenne sur deux générations. Une fresque colorée, reconstituée à travers les propos recueillis de deux soeurs et de leur petit frère, par Eulalie, la fille de ce dernier.
C'est aussi l'histoire de la Guadeloupe, cette île, où tout a été importé ("Même cette canne autour de nous n'était pas là, c'est une plante importée, comme presque tout ici."), le pays du « Nèg kont' Nèg » et des marabouts.
Originaire de Morne-Galant, un bled que les guadeloupéens appellent l'endroit "où les chiens aboient par la queue" ( un trou perdu), les trois enfants finissent tous par « s'exiler » en France. Français sur papier, ils appartiennent pourtant à un autre monde, les "immigrés de l'intérieur ", que la nièce, née et grandit en France, aimerait connaître et comprendre.
"Tu viens me voir, et tu te demandes où est notre place, à nous qui venons d'un entre-deux du monde.....”. lui dit Antoine. Remontant aux années 40, c'est elle l'aînée, "on bel ti fanm", qui entame cette histoire avec l'histoire de ses parents et sa fuite de la maison à seize ans, pour Pointe-à-Pitre..... En contrepoint, nous écoutons le frère et la soeur cadette raconter leur propre histoire, jusqu'à leur arrivée à Paris dans les années 60.
Début 70 entre en scène, la nièce. Bien qu' Antoine lui dit "tu as toujours vécu en métropole, tu ne sais pas vraiment ce qu'est le racisme", sa condition d'antillaise n'en restera pas moins modifiée. Une des premières phrases qu'elle entendra toute petite sera "Ça va, c'est qu'une Négresse".
Comme souvent dans les romans polyphoniques, les faits ne s'accordent pas, les points de vue différent....., mais dans ce riche terreau, le fond de vérité y est,
de la misère et la pagaille bigarrées de la Guadeloupe aux tours de bétons grises et quartiers monocolores de la banlieue parisienne, deux générations d'antillais pris entre deux mondes, sur fond de racisme latent. Lequel est le meilleur ? Surtout que le premier a fini par être “civilisé”, par le second. " et le père d'Eulelia, en dira, "j'ai quitté un nulle part pour un autre nulle part".
Le sel de ce récit truculent et lucide, est sa superbe prose fluide, très colorée, parsemée d'expressions créoles (prendre un toufoukan dans les venelles / fouteurs de manjékochon / ses « sa ki ta'w ta'w ....). L'écrivaine dit " le créole est une langue très riche, très imagée, très poétique, où l'on peut puiser à l'infini. J'ai donc pu m'amuser avec ce matériau sans le maîtriser complètement.". Eh bien l'amusement est trés réussi !
J'ai aimé le personnage d'Antoine, femme loufoque, indépendante, qui n'a pas froid aux yeux, se moque du qu'en dira-t-on, parle aux esprits et super débrouillarde, dans un monde où elle n'est pourtant pas du tout à son avantage !
Bref j'ai beaucoup aimé ce livre, un premier roman qui a déjà remporté le prix littéraire Stanislas et est en lice pour celui de la Fnac !
"Noirs, Blancs, Indiens, Chinois, Syriens, nous nous savions tous liés, entremêlés, mais nous avions honte de cette créolité qui était pourtant la seule réalité, la seule histoire de l'île."



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iris29
  04 novembre 2018
Coup de coeur absolu pour ce roman qui sous couvert de raconter l'histoire d'une famille guadeloupéenne sur deux générations, raconte aussi l'histoire de cette île des années 40 à nos jours.
Cette histoire placée sous d'autres cieux, pourrait être aussi la votre, celle d'enfants qui quittent le foyer parental pour aller à la ville, rêvant d'un meilleur avenir.
L'exode rural et le père qui ne comprend pas.
Ça pourrait ressembler aussi à la votre : celle d'enfants qui s'envolent pour la capitale, Paris, rêvant d'anonymat, de liberté, de culture.
Oui, mais voilà, Estelle-Sarah Bulle nous raconte celle d'une famille qui est certainement très largement inspirée de la sienne, les anecdotes émaillent ce récit comme autant de pépites, de diamants qui ont le goût de la vérité.
Beauté des mots, images venues d'ailleurs avec des insertions de créole, cette auteure saura vous emmener , dans le passé mais aussi au soleil, dans une Guadeloupe qui n'existe plus.
On est fin des années 40 et certains Antillais se souviennent encore des traces de fouet sur le dos de leurs parents…
On est fin des années 40, et Hilaire tombe amoureux d'Eulalie, une blanche. Ils auront trois enfants , des métis . Deux filles, Antoine et Lucinde et puis Petit-frère. C'est la fille de ce dernier qui rassemblera les souvenirs de cette fratrie pendant une dizaine d'années, et nous livrera ce récit.
Les hommes bien gentils mais en dessous de tout, les femmes un peu fofolles mais débrouillardes . Ceux qui avaient du bien et qui n'ont pas su le garder, ceux qui se retroussent leurs manches et qui vont chercher ailleurs ce qu'ils ne trouvent pas sous le soleil...
Sans bruit, et au delà de la famille Ezechiel, Estelle-Sarah Bulle parle aussi de l'histoire avec un grand H, de politique, d' incompétence politique, d'accaparation des richesses , de révolte de la jeunesse matée dans un bain de sang, de racisme .
Et j'ai refermé ce roman il y a quelques minutes , la tête pleine de réflexions diverses sur la famille, les barres d'immeubles, Paris, ce qu'on perd, ce qu'on gagne, le petit lopin de terre à avoir . La tête pleine d'images de 1940, de paysages qui n'existent plus, de mots créoles, de soleil et de personnes si résistantes .
Un roman réussi, c'est quand tu y penses encore, longtemps après …
Et j'ai refermé ces pages , le coeur un peu serré.
… ♫ le Coeur grenadine ♫

( Merci à Bookycooky et à son billet...)
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fanfanouche24
  27 août 2018
La lecture très enthousiaste d'un "premier roman" d'une camarade-libraire, Lisa, m'a immédiatement convaincue de l'acquérir. Je l'ai lu en une nuit... Je me suis embarquée pour les rives de la Guadeloupe, un territoire français, que je méconnais complètement, en dehors de la fréquentation d'une amie au lycée, qui en arrivait... le mot unique qui m'est resté: "Béké" !! Sinon l'ignorance la plus totale... et la plus affligeante...
Un premier roman très rythmé; un style enchanteur, coloré , contrasté comme l'île... avec des expressions très imagées ! Un vrai plaisir, de la joie en dépit de la gravité intrinsèque de l'Exil, des territoires colonisés...du racisme...des départs libérateurs... avec leurs lots de peines, de déracinement incontournables...!
Un personnage féminin central, né en France, une nièce va ressentir le besoin d'en savoir plus sur ses origines, sur l'histoire de sa famille antillaise et pour cela va interroger et écouter les récits ses deux tantes et son père... Ainsi , à travers les trois personnalités très différentes d'une fratrie, nous allons découvrir l'histoire des Antilles, de Point-à-Pitre...C'est plein de truculence, de rebondissements, de joies, de drames, de départs loin de la famille... Il y a aussi les grands-parents, Eléonore, la grand-mère, béké, qui a épousé avec difficulté Hilaire....antillais à la couleur sombre, au grand dam de la famille de la mariée.. !!!
J'ai choisi quelques extraits, parmi les plus significatifs ( mais j'en ai beaucoup soulignés...et je n'ai pas la moindre envie de vous lasser, avec trop de citations ! )
Un premier roman flamboyant, qui m'a appris de surcroît des éléments précieux de l'histoire de la Guadeloupe et des Antilles... Comme je l'ai déjà exprimé, en dépit de la gravité de certains sujets, il y a un amour de la vie, des gens... des couleurs, de la malice, des personnages féminins et masculins combattifs...toniques. Nous ne risquons pas d'oublier de sitôt la tante au plus fort caractère, [dite Antoine...] pleine d'idées, de courage et de vaillance, en plus d'être une femme libre et indépendante...
Mais chacun des personnages est attachant... Je les quitte , chacun, à regret, vraiment !!
Bravo et Merci à Estelle-Sarah Bulle pour ce très beau moment de lecture !

"Je suis restée plantée au milieu de la rue. En continuant d'approcher, il m'a lancé : " T'es Noire ou t'es Blanche , toi ? "
Je n'ai pas tout de suite compris ce qu'il voulait. "Qu'est-ce que tu veux que je te réponde ?" Il a répété sa question en tendant vers moi un doigt menaçant. Ma vie dépendait peut-être de ce que j'allais dire. Toutes ces histoires de négritude qu'on entendait , que Césaire et Senghor poétisaient admirablement et qui fascinaient les jeunes, ça m'avait toujours laissée indifférente. Je me considérais comme une femme, ça oui, et comme une guadeloupéenne, c'est-à-dire une sang-mélangé, comme eux tous, debout sur un confetti où tout le monde venait d'ailleurs et n'avait gardé qu'un peu de sang des Caraïbes, les tout premiers habitants. Ca m'éloignait définitivement de toute idée de grandeur et de pureté. Ma fierté, c'était le chemin que je menais dans la vie et que je ne devais qu'à moi-même. "(p. 234)

"Je n'étais pas née en Guadeloupe, je n'y venais, au mieux, qu'une fois tous les deux ans. Même si j'aimais profondément cette île, cette société créole, ma vie était ailleurs. Cela ne signifiait pas que rien ne m'avait été transmis de cette terre, au contraire. Je le sentais dans mon corps, dans mes mots, dans ma façon d'appréhender la diversité du monde." (p. 171)

"Tu vois, tout cela était mêlé et c'est ce que j'aimais profondément. Ce n'est pas comme ici à Paris, où la plupart des quartiers sont monocolores, sauf mon XVIIIe bien-aimé. Point-à-Pitre, c'était une pâte faite de toutes les étrangetés et de toutes les couleurs de peau; tu passais du bizarrement riche au banalement pauvre en allant de porte en porte." (p. 98)

"[à propos des jardins créoles...)
Antoine a souri à ma description.
"C'est ça. A la fois la pharmacie et le garde-manger des habitants des îles. Mais ce n'est pas que ça. Pourquoi tu crois que les hommes et les femmes se dépêchent d'aller dans leur jardin ? même ceux qui habitent l'en-ville, dès qu'ils peuvent se réserver un petit bout de terre hors des murs. Parce que dans le sol où tout pousse si facilement, on enterre nos soucis. Tous les tracas du jour. Et puis on dialogue avec les ancêtres, qui bêchaient la même terre avant nous.
Ce serait bien que tu aies ton jardin créole , toi aussi.
-Je ne vois pas où je pourrai avoir ça, Antoine (...)
-Où tu pourras.
(...)-Je pourrais l'avoir dans ma tête. Un beau fouillis vigoureux comme toi. (p. 283)"
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Fandol
  09 mai 2019
Quand nous parlons d'un coin perdu, il arrive que nous disions qu'il est seulement ravitaillé par les corbeaux… mais en Guadeloupe - Estelle-Sarah Bulle me l'a appris grâce au titre de son premier roman - on dit : « Cé la chyen ka japé pa ké », Là où les chiens aboient par la queue !
Ce titre ne laisse pas indifférent et attire logiquement l'attention sur un livre qu'il faut lire pour sortir un peu de notre hexagone. L'autrice, née en France, explore la vie dans cette île dont sa famille est originaire et que notre pays a réussi à conserver malgré les tentatives indépendantistes durement réprimées, bien évoquées au cours du roman, tentatives bien peu répercutées en métropole.
Ce coin perdu, c'est Morne-Galant où vit la famille Ezechiel dont nous suivons le cours au travers de la vie des trois enfants d'Hilaire et Eulalie : Apolonne que tout le monde appelle Antoine, Lucinde et Petit-Frère. C'est la fille de ce dernier qui recueille les détails de la vie de sa tante, Antoine, principalement mais les avis de Lucinde et de Petit-Frère sont très intéressants car ils apportent un autre point de vue.
Antoine – difficile de se faire à ce prénom pour une jeune fille de seize ans – quitte Morne-Galant, toute seule pour aller vivre à Pointe-à-Pitre. À sa nièce, elle raconte son enfance, le mariage de ses parents, la mort de sa mère en janvier 1947, et sa vie pleine de débrouillardise, de croyances religieuses et de superstitions.
De temps à autre, la nièce prend la parole : « Les jeunes Antillais nés à Sarcelles, La Courneuve, Villeurbanne ou dans les faubourgs de Pointe-à-Pitre et de Fort-de-France étaient à la fois mieux protégés et en butte aux mêmes difficultés que ceux issus de l'immigration africaine ou maghrébine. »
Cela mérite réflexion et c'est pour cela que j'ai aimé ce livre. Il m'a permis aussi de comprendre l'évolution d'une île où quelques Blancs, jaloux de leurs privilèges, exploitaient ou exploitent encore les richesses humaines et naturelles locales.
Antoine parle aussi de la période de l'Occupation, du régime de Vichy, des voyages faits par De Gaulle sur place, du béton qui s'impose et du travail qui se fait de plus en plus rare. Les expressions savoureuses ne manquent pas et nous devrions les adopter pour enrichir notre vocabulaire. J'ai aussi bien apprécié les phrases en créole que l'autrice n'a pas manqué de traduire pour aider à la compréhension pas toujours évidente.
Si Antoine est devenue un vraie Parisienne, elle est restée profondément marquée par la Guadeloupe et l'histoire de sa famille, une histoire bien racontée, décortiquée, analysée par une autrice qui a réussi un très bon premier roman.
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critiques presse (10)
Culturebox   18 décembre 2018
Un premier roman polyphonique, écrit dans un très beau français mêlé de créole, comme un hymne au métissage. "Là où les chiens aboient par la queue" a obtenu le prix Stanislas du premier roman, à l'occasion du "Livre sur la Place", à Nancy.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Liberation   16 octobre 2018
Dans ce premier roman, Estelle-Sarah Bulle s’installe dans le rôle de la nièce qui note les aventures de la génération d’avant, son père (Petit-Frère) et ses deux tantes, Antoine et Lucinde. Et elle déploie un trésor d’imagination pour recréer la vie des siens et leur univers : la Guadeloupe, que tous trois ont quittée dans les années 60.
Lire la critique sur le site : Liberation
Telerama   24 septembre 2018
Estelle-Sarah Bulle a l’art de faire danser les mots et les phrases. Elle livre un premier roman où il est question d’île et d’exil.
Lire la critique sur le site : Telerama
Lexpress   17 septembre 2018
Diplômée de Sciences Po, administratrice d'institutions culturelles, Estelle-Sarah Bulle trempe sa plume dans une encre joyeuse, émaillée d'un zeste de créole bricolé, pour restituer la Guadeloupe gouailleuse du XXe siècle et les villes nouvelles franciliennes, terreau d'immigration.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Liberation   17 septembre 2018
Le génie de Là où les chiens aboient par la queue tient d’abord à cette trouvaille : un prénom masculin imaginé pour celle qui associait une féminité flamboyante à une liberté d’allure et de vie qu’on ne prête qu’aux hommes.
Lire la critique sur le site : Liberation
LaCroix   07 septembre 2018
Dans un premier roman prodigieux, Estelle-Sarah Bulle embrasse l’histoire de la Guadeloupe à travers le destin d’une fratrie partie pour la métropole dans les années 1960.
Lire la critique sur le site : LaCroix
LeFigaro   07 septembre 2018
Quatre-vingt-quatorze premiers romans paraissent en cette rentrée 2018. Parmi nos dix coups de cœur, celui d'Estelle-Sarah Bulle.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Culturebox   06 septembre 2018
Ce premier roman est écrit dans un mélange de très beau français littéraire et de créole, d'une fluidité incroyable, comme une merveilleuse et suffisante réponse à la question du métissage, posée dans les premières pages du livre.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Culturebox   05 septembre 2018
Un premier roman polyphonique, écrit dans un très beau français mêlé de créole, comme un hymne au métissage. Captivant.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Culturebox   29 août 2018
"Là où les chiens aboient par la queue" (Liana Levi), récit porté par une langue enchanteresse, où se mêlent français et créole, sur l'exil des Guadeloupéens en métropole.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Citations et extraits (152) Voir plus Ajouter une citation
SociolitteSociolitte   31 octobre 2018
Les Antillais et les Noirs américains partageaient une même expérience minoritaire et une part d'histoire commune, mais la France et les États-Unis ne modelaient pas du tout les individus de la même façon. Il y avait indéniablement moins de violence à subir en France mais en revanche, les Antillais n'avaient aucun modèle auquel s'identifier.
Quel héros aurions-nous pu avoir ? Gaston Monnerville ? Absent de la mémoire nationale, lui qui dirigea dix ans le Sénat et faillit être président. Louis Delgrès ? Rappel cinglant que la Révolution a rapidement trahi ses propres valeurs. Camille Mortenol ? Relégué dans la poussière des siècles malgré sa force et son courage. Gerty Archimède ? Trop femme et trop communiste pour être célébrée. Quelques écrivains et sportifs noirs apparaissaient de temps en temps à la télé, très peu. Aucun chef d'entreprise n'avait cette couleur de peau, aucun banquier, aucun « capitaine d'industrie », aucun trader, aucun chercheur, aucun président d'université, aucune « figure du grand banditisme », aucun évêque, aucun directeur d'une prestigieuse institution culturelle. Nous étions pourtant à l'affût; c'était devenu un réflexe. Quand on apercevait un Noir à la télévision française, on s'exclamait en riant: « Qu'est-ce qu'il fait perdu là, celui-là ? » La France se renvoyait à elle-même l'image d'un peuple lisse, sans spécificités ethniques. Au cours de ces années quatre-vingt, la notion d'égalité des chances commençait sérieusement à perdre de sa force, notamment face aux réalités vécues par les premières générations d'enfants d'immigrés, nés en France, diplômés, chômeurs. Mon père défilait de Nation à République contre les privatisations des banques, des usines automobiles, du téléphone et de la télévision. Partout, l'État se retirait comme une vague sur la grève. Heureusement, Yannick Noah avait gagné Roland Garros, ce qui nous remontait le moral. Les Antillais persistaient à vouloir s'intégrer au paysage national et même à célébrer avec ferveur les valeurs de la patrie, mais nous sentions bien que quelque chose n'était pas en accord avec les promesses de la République.

Pages 94-95, Liana Levi, 2018.
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SociolitteSociolitte   28 octobre 2018
Hilaire traitait ses enfants comme il traitait ses animaux : un verre de tendresse, un seau d'autorité et un baril de « débrouyé zôt' ». Dans ce désert du bout du bourg, il n'y avait que nous et les boeufs. A une demi-heure à pied, sur le chemin principal qu'on ne pouvait pas appeler route, même avec les critères de l'époque, Morne-Galant somnolait, ramassé sur lui-même. Encore aujourd'hui, les Guadeloupéens disent de Morne-Galant: « Cé la chyen kajapé pa ké. » Je te le traduis puisque ton père ne t'a jamais parlé créole : « C'est là où les chiens aboient par la queue. »

Pages 9-10, Liana Levi, 2018.
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SociolitteSociolitte   30 octobre 2018
C'était le temps où nous regardions Dallas chaque samedi soir. Il n'y avait pratiquement aucun Noir à la télévision française, et absolument aucune Noire. Mais parfois, nous apercevions Sidney Poitier ou Ray Charles que ma mère adorait, des hommes bourrés de talent et sûrs d'eux, classieux, infiniment plus glamour que les Antillais que nous connaissions. Ils nous rendaient fiers, d'une fierté tout artificielle.

Page 94, Liana Levi, 2018.
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BookycookyBookycooky   09 septembre 2018
Saute encore vingt ans, et alors là ça a été la goinfrerie, la grande fête à Lafarge, qui s’était installé au port*sur ordre de de Gaulle pour cimenter sur place. Dans les années soixante-dix, toutes les maisons se mirent à arborer des piliers avec des barres de fer griffant le ciel comme des promesses : c’était l’étage à venir de la maison pour les enfants. Et comme ce n’était jamais fini, on attendait pour peindre. Le béton grisaillait partout sous le soleil. Même au fin fond de la campagne, tu dirais dans les Grands Fonds, ça bétonnait, bétonnait, c’était comme une démangeaison de faire comme La-France.
*Point-à-Pitre,Guadeloupe
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Josephine2Josephine2   29 octobre 2018
Page 45
Un peu plus loin, nous sommes passés par une allée bien dégagée où j’ai senti le vent salé de la mer qui s’emmêlait au parfum des flamboyants et des bougainvillées. Les travailleurs charriaient des denrées arrivées à l’aube. Je me souviens d’une voiture à cheval guidée par un cocher torse nu. Il s’arrêtait à chaque porte pour récupérer les bidons remplis d’immondices portés sur la tête des femmes. C’étaient les aisances de la nuit produites par cents estomacs, dont trente malades de dysenterie ou de malaria. J’ai vu les marais qui affleuraient sous les maisons de fortune. A Morne-Galant, on n’aurait jamais dormi dans des endroits comme ça, ou les maringouins vous dévorent dès le soleil couché. Mais j’ai vu aussi d’imposantes demeures en bois peint et fer forgé, volantées d’arcades, autour d’une place où trônait une fontaine. Je n’avais jamais vu de fontaine avec de l’eau qui coule en permanence. Ca attirait une galaxie de blanchisseuses en robe de coton et d’enfants nus à chapeau. Sûr que je me serais tenue là toute la journée tellement ça semblait agréable, au milieu des propos gais et des éclats de rire.

Il y avait la foule mélangée : argile foncée, cacao velouté, bronze clair des Chinois et foncé des Syriens, café grillé des Indiens, et des visages pâles respirant l’autorité mais parfois aussi la même misère. J’ai remarqué des hommes nonchalants et d’autres à la mise sévère, des ouvriers qui sortaient de la grande usine Darboussier, des commis, des maîtres d’école. J’ai vu tout ça du haut de mon camion qui hoquetait et lâchait dans l’air une fumée noire qui me faisait suffoquer.
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Videos de Estelle-Sarah Bulle (11) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Estelle-Sarah Bulle
Premier livre de l?auteure Estelle-Sarah Bulle, le roman « Là où les chiens aboient par la queue » (Éditions Liana Levi) raconte l?histoire d?une jeune femme, prénommée Antoine, qui se plonge dans ses racines familiales. Née d?un père guadeloupéen et d?une mère ch'ti, elle décide d?interroger chaque membre de sa famille, de ses tantes à son père, leur accordant un chapitre à chaque tour de rôle.  Nous y découvrons des personnalités toutes plus différentes les unes que les autres, à travers le regard de la narratrice qui nous partage ce paysage, divisé entre les splendeurs et les taudis de Pointe-à-Pitre.
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