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ISBN : 2743627425
Éditeur : Payot et Rivages (26/03/2014)

Note moyenne : 3.71/5 (sur 72 notes)
Résumé :
Dave Robicheaux, son épouse Molly et son ami Clete Purcel tentent d'oublier le traumatisme de Katrina en s'immergeant dans la nature somptueuse et sauvage du Montana. Alors qu'il pêche tranquillement, Clete est pris à parti par deux individus qui l'ont reconnu à cause d'une sordide affaire pourtant très ancienne. Ces hommes aux manières brutales et au passé trouble travaillent pour un riche entrepreneur extrêmement déplaisant. Alors qu'une ambiance malsaine s'instal... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (24) Voir plus Ajouter une critique
Laurence64
15 février 2013
Au commencement, la Louisiane cédait la place au Montana.
Immédiatement, l'eau ruisselait sur les pierres de rivières transparentes , sur les feuilles tremblantes des mélèzes. Les verts chantaient, émeraude, bleu-vert, dentelaient les pages; l'air frais bruissait, les truites arc-en-ciel mouchetaient les courants, la canopée vivait.
Mes yeux s'enchantaient de ses nouveaux paysages, loin des Bayous aux pourritures végétales riches, des lourds chants floraux, de la moiteur des orages. Puisque James Lee Burke conviait Dave Robicheaux et Clete Purcel dans les montagnes du Montana avec la même verve, je n'y trouvais rien à redire.
Sauf que.
Sauf que le Montana ne semble pas faire vibrer Burke comme sa Louisiane. Il y met du coeur dans les premières pages mais, peu à peu, l'enquête policière prend le pas, oublieuse de sa parure naturelle qui fait tout son charme. de loin en loin, une odeur de pierre froide rappelle la fraicheur d'un mois de juin au nord des Etats-Unis. La plume de Burke s'assèche dans l'air vivifiant, l'orignal reste tapi alors que les oiseaux du sud striaient les cieux pourpres de leurs ailes bleues. Quelques rares flocons de neige tombent abruptement. Les orages perdent leur majesté, leur densité.
Heureusement, cette densité perdue de la nature-personnage se trouve ici dans les personnages eux-mêmes qui gravitent autour de nos deux héros qui n'auront pas l'occasion de prendre des vacances loin de la Louisiane saccagée par Katrina. Des personnages en quête d'eux-même dont les trajectoires croisées parlent de déterminisme social et historique ainsi que de libre arbitre. Candace et Troyce Nix, Jimmy et Jamie Sue hésitent, reculent, espèrent, abandonnent, espèrent de nouveau et, jusqu'au bout, nul ne connaît le choix qui orientera leur devenir. Là réside le coeur de Swan Peaks, son intérêt, sa réussite. Chacun d'eux est incarné. Troyce crève les pages tandis que Jimmy se meut dans les interlignes.
Comme à l'accoutumée, James Lee Burke égratigne les puissants auxquels le pouvoir de l'argent confère le pouvoir sur autrui. Comme d'habitude, Dave Robicheaux lutte avec lui-même et cette violence qui l'habite tandis que Clete accepte la sienne.
Derrière la religion qui se fait plus prégnante, les valeurs morales portées par Dave Robicheaux sont celles qui confèrent à l'homme le qualificatif d'être civilisé, quitte à heurter l'idéologie. le destin qui parait tracé peut s'infléchir.
Après, il y a une enquête. Bien sûr. Mais celle-ci porte les trajectoires humaines. Même copieuse, elle a comme un goût de prétexte. On ne lit pas Burke pour ses enquêtes. On le lit pour ses romans. En prenant son temps.

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caro64
03 avril 2012
En 2007, soit deux ans après la catastrophe de l'ouragan Katrina qui a dévasté la Nouvelle-Orléans (La nuit la plus longue), Dave Robicheaux, sa femme Molly et leur ami Clete Purcel s'octroient quelques vacances au grand air du Montana. le répit sera de courte durée car les parties de pêche vont rapidement ramener de gros poissons : gare aux cadavres que l'on pensait enterrés !
Il est tout à fait possible de lire ce dix-septième volet de la série sans connaître forcément l'antériorité des aventures de notre inspecteur de la paroisse de New Iberia. Hanté par ses propres démons, il mène l'enquête avec le détective privé Clete Purcel, son alter ego, incarnation de sa part maudite (l'alcool, la guerre du Vietnam, la violence), si excessivement humaine. Invités par leur ami romancier Albert Hollister dans son ranch au milieu des Rocheuses (clin d'oeil à l'auteur qui vit et écrit lui-même dans le Montana) bientôt théâtre du massacre de deux étudiants, ces deux coéquipiers vont tomber sur d'anciennes connaissances qui accusent Clete d'avoir tué dix-sept ans auparavant un des leurs, l'infâme Sally Dio lors d'une précédente confrontation relatée dans Black Cherry blues. Appelé en renfort pour seconder le shérif du comté de Missoula, Joe Bim Higgins, qui lui fait part d'un double meurtre de voyageurs sur une aire de repos non loin de là, Robicheaux accepte de faire la lumière sur ces sordides exécutions tout en protégeant Cletus contre lui-même. L'affaire se complique lorsqu'un prisonnier métis en fuite, Jimmy Dale Grennwood, pourchassé par son geôlier Troyce Nix (dont les qualités de bourreaux furent déjà remarquées dans les prisons d'Abu Ghraïb) tente de rejoindre sa compagne la chanteuse Jamie Sue Wellstone. Or, celle-ci n'est autre que la nouvelle épouse de Leslie Wellstone, principal ennemi de Clete... Quels liens existent entre ces divers visages du mal ?
L'enquête entraînera Dave et Clete au bout d'eux-mêmes jusqu'à un face-à-face final oppressant avec la mort qui fera vaciller leurs dernières illusions sur le genre humain.
Si nous adorons chaque roman du grand James Lee Burke, c'est parce que sa noirceur est toujours à la mesure de la poésie de son style : quand il s'agit de décrire la beauté sauvage des paysages ou l'amour profond unissant Dave et Molly, la violence du monde et de l'homme semble suspendue, comme si le sang versé n'était finalement que le lourd tribut à payer pour que coïncide de nouveau la réalité aussi monstrueuse soit-elle avec le rêve d'une jeunesse envolée, "notre Eden vert doré, au bord du bayou". Une fois encore il nous offre un roman dense d'une beauté vénéneuse. Un beau livre.
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nescio667
28 octobre 2014
En vacances dans le Montana avec sa femme Molly et son ami Clete Purcel, Dave Robicheaux se voit plongé dans une très dure affaire de meurtres, laquelle, de par les personnes impliquées, lui rappelle, à lui mais également à Clete, de sombres souvenirs qu'ils auraient tous deux préféré oublier.
Tout est dans tout : même loin de chez eux, Clete et Dave suscitent la méfiance, leur réputation d'empêcheurs de tourner en rond les précède et, avant même qu'ils ne posent le moindre acte, les paranoïaques du coin ne peuvent s'empêcher de penser que ces deux-là vont leur fiche des bâtons dans les roues.
La seule chose que désirait Clete Purcel, c'était pêcher tranquillement dans cette rivière, loin de la Nouvelle Orléans, sa ville de coeur, dévastée par Katrina. Pêcher et, dans l'accomplissement de gestes simples et mille fois répétés, oublier que sa ville ne serait plus jamais comme avant, oublier qu'il pensait bien ne jamais s'en remettre. Mais voilà, cette rivière se trouvait sur le territoire d'une fratrie de propriétaires qui entendaient bien se comporter comme si toute la région était sous leur coupe. Clete fut prié de déguerpir. Ce qu'il aurait fait poliment, si les gros bras qui lui en intimaient l'ordre ne l'avaient pas traité comme un criminel et n'avaient pas roulé sur sa superbe nouvelle canne à pêche. Rentré auprès de Dave et de Molly, Purcel promit pourtant d'en rester là, de ne pas chercher à se venger, mais Dave sut que son ami n'en ferait rien, et que lui, Dave Robicheaux, par amitié d'abord, et par révulsion par rapport aux événements ensuite, allait une fois encore plonger les mains dans le cambouis.
Ce qui arriva pourrait être comparé à une lente mais sûre montée en puissance, comme un morceau de rock progressif –une voix calme, une mélopée au piano, une ligne de basse envoûtante, puis l'ajout graduel de guitares et de batterie, pour finir par un chant qui occupe de plus en plus d'espace dans un ensemble où chaque son a exactement sa place mais où rien d'autre autour ne possède la moindre la chance d'attirer l'attention : il n'y a plus que la musique et rien d'autre- une montée en puissance donc, pas de musique, mais de violence, sourde et aveugle à toute souffrance humaine. Parce que l'un des frères propriétaires ressemblait étrangement à un de leurs anciens ennemis qu'ils croyaient mort, Dave et Clete ne purent s'empêcher d'aller y voir de plus près. Il y eu dès lors des menaces, verbales et physiques, des tentatives d'intimidation, des dégradations, puis le meurtre sauvage d'un couple d'étudiants, en partie perpétré à quelques pas de la maison occupée par Dave et Molly. Celui-là sera suivi de deux autres, et d'un autre événement qui fera même craindre le pire pour les héros de Burke, comme si, avec ce dix-septième volet des enquêtes de Robicheaux, l'auteur nous rappelait la fragilité de toute existence, même celle de personnages fictifs aussi attachants que ses anti-héros.
James Lee Burke ne se départ pas ici de son côté ‘brut de décoffrage' qui, nous le soupçonnons, dérange quelques bien-pensants : là où certains auteurs se vautrent dans des scènes d'une violence crue, sanguinolente et où la perversité le dispute au voyeurisme malsain, là où ces mêmes auteurs terminent leur intrigue via un happy end dans lequel le héros fait toujours preuve d'une improbable retenue (« non, je ne tomberai pas aussi bas que cette crapule, mieux vaut la livrer à la Justice que l'estourbir de mes propres mains »), Burke appelle un chat un chat et, s'il empêche toujours Robicheaux de verser dans une violence gratuite, il ne lui fait pas pour autant regretter la mort des salauds. de même, au lieu de décrire avec force détails les meurtres qui interviennent dans ses intrigues, il parvient, par la puissance d'évocation de son style, à les suggérer plus qu'à les disséquer, et cela suffit à nous les rendre suffocants. Par-dessus tout, s'il est une caractéristique à retenir dans les histoires de James Lee Burke, c'est que rien n'y est jamais figé, prévisible, écrit dès le début. Et qu'un personnage pour lequel on n'aurait pas dépensé une balle de 22 long afin de le voir disparaître peut, par la magie d'une rencontre imaginée par cet auteur hors du commun, finir par gagner notre sympathie et susciter en nous l'espoir qu'il tire son épingle du jeu.
Au-delà d'une intrigue qui, bien qu'elle prenne tout son temps pour s'installer, se révèle passionnante et habitée d'un suspense hors-pair, c'est à ses personnages et aux liens qui les unissent que Burke nous scotche. En dépeignant comme personne leurs petitesses et leurs grandeurs d'êtres humains : l'alcoolisme, le sexe, l'amour, l'amitié, le pardon et la vengeance. Il y aurait encore tant de choses à écrire sur l'art et les intrigues tortueuses de cet auteur que nous tenons parmi les meilleurs de sa génération, sur son attachement à la nature, sa connaissance des paysages, son amour de la Nouvelle-Orléans et son sens des petites phrases définitives. le mieux est que vous y alliez voir par vous-même.
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Allantvers
17 novembre 2014
Voilà exactement le genre de polar que j'aime : quand on le referme, on se dit que ça n'en était pas un. Ou pas juste un polar, en tout cas.
Certes il y a des cadavres et une intrigue, mais il y a surtout le reste : une atmosphère qui impreigne les pages; des personnages forts, tortueux, très incarnés; des interactions matures et crédibles entre eux; une nature sauvage et dominante qui les façonne.
C'est mon premier James Lee Burke, après une première découverte de son univers à travers l'adaptation de "Dans la brume électrique avec les morts confédérés" (quel titre!) de Tavernier avec Tommy Lee Jones.
J'ai bien l'intention de récidiver et suis preneuse de conseils quant aux titres à sélectionner : dans l'ordre chronologique? les plus réussis?
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inclassable1
01 août 2014
Swan Peak est la 17ème enquête de Dave Robicheaux, alias Belle Mèche et de son alcoolique acolyte Cletus Purcel.
Ce roman a pour cadre le Montana et plus précisément les environs de Missoula dont nous reparlerons plus bas dans ce message.
Dave, Molly et Clete sont en vacances chez Albert Hollister, romancier et professeur d'anglais à la retraite, et enquiquineur de première toujours en activité.
Clete va faire connaissance avec les hommes de main de la famille Wellstone, texans ayant fait fortune dans le pétrole et dans d'autres choses encore moins ragoûtantes, alors qu'il pêche tranquillement ; il va à cette occasion reconnaître Lyle Hobbs qui travaillait pour Sally Dio avant que celui-ci disparaisse dans un accident d'avion provoqué par la présence de sucre et de sable dans le réservoir d'essence.
Un double meurtre va être commis, et les soupçons vont se porter sur la famille Wellstone.
Parallèlement, nous suivons la destinée difficile de Jimmy Dale Greenwoord, chanteur de country qui a eu le malheur d'aider la mauvaise personne au mauvais moment, et de tomber sur le mauvais juge qui l'enverra en prison, où il tombera sur le mauvais gardien Troyce Nix, et nous suivrons ce dernier sur le difficile chemin de la rédemption.
La violence, celle de Cletus Purcel mais aussi celle de Dave Robicheaux, est omniprésente : Dave rappelle quelques un des exploits de Clete : laisser tomber un chauffeur de camion du balcon d'un hôtel dans une piscine vide, remplir de ciment la décapotable à cent mille dollars d'un gangster réputé.
Les rencontres féminines de Clete marqueront aussi ce roman ; il va être séduit par une ex-chanteuse de Country et séduire un Agent du F.B.I.
La religion est toujours présente, elle sera symbolisée par une croix que portait l'une des victimes innocentes et pour son côté noir par la présence d'un prédicateur dégénéré, Sonny Click, qui demande à ses fidèles des oboles à 1000 dollars.
Le paradis perdu, les rapports humains d'autrefois sont aussi une des constantes de James Lee Burke, qu'il essaie de retrouver dans le Montana, "fenêtre ouverte sur la magnificence d'une Amérique immaculée".
Enfin, on retrouve la vision de l'auteur relative aux rapports sociaux : "L'homme qui avait le pouvoir de fermer une minoterie ou de chasser une famille de métayers vivait dans une maison blanche au sommet de la colline. Mais l'ennemi était le Noir qui pénétrait, en haillons et affamé, sur le domaine des Blancs pauvres et exigeait une partie de ce qu'on avait enseigné à l'homme blanc lui revenir par droit de naissance".
La sale guerre est rappelée par l'évocation du Vietnam mais aussi par l'affaire d'Abou Ghraib, prison irakienne dans laquelle des soldats américains ont torturé, violé, assassiné.
Si l'enquête menée par Dave Robicheaux et Cletus Purcel est d'une très bonne facture, l'essentiel dans les romans de James Lee Burke n'est pas là : c'est sa vision du monde, des hommes, de la nature qui nous font aimer cet auteur (qui pourrait cependant être qualifié de réactionnaire).
Il a d'ailleurs choisi Missoula pour vivre, en alternance avec la Louisiane : "Il existait bien au nord-ouest des Etats-Unis, dans un Etat immense, peuplé de cow-boys, d'élans et de truites gigantesques, une ville bourrée d'écrivains, une sorte de Ploucville improbable où écrire des bouquins était aussi commun que de jouer du jazz à New York. Avec cinquante écrivains en activité sur une population de quarante mille habitants, Missoula est une ville où la culture se mesure au densimètre. Une ville où l'on a plus de chance d'écraser les pieds d'un auteur que d'un représentant d'une quelconque autre catégorie socio-professionnelle." (Patrick Raynal, "Missoula", in "Etonnants voyageurs, une anthologie des écrivains de Gulliver", présenté par Michel le Bris, Flammarion), citation récupére sur le site http://ecrivainsmontana.free.fr/ sur lequel je vous conseille très vivement d'aller faire un tour.
Swan Peak a été publié le chez Rivages le 7 mars 2012 (collection Thriller 22,50 €), est disponible au format poche (Rivages/Noir 11,90 €), au format numérique (5,30 €).
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Les critiques presse (2)
Lexpress15 juin 2012
ames Lee Burke est toujours aussi doué pour nouer les intrigues. Pour mettre en scène des personnages forts ayant tous une large part d'ombre. Violent et beau, Swan Peak est un grand cru de l'auteur […].
Lire la critique sur le site : Lexpress
Telerama11 avril 2012
C'est un superbe roman, noir comme le polar et coloré comme les crêtes des montagnes du Montana, où flottent des airs de country et des solos de guitare légendaires.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations & extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
la_fleur_des_motsla_fleur_des_mots07 janvier 2013
Clete Purcel avait entendu parler de gens dont le sommeil était sans rêves. Mais que ça tienne à l'époque et au quartier dans lequel il avait grandi, ou aux expériences ultérieures qui en étaient venues à définir sa vie, il ne pouvait envisager le sommeil autrement que comme une descente incontrôlée dans un sous-sol où des gargouilles tournaient en culbutant comme des nains dans un cirque.
Parfois il rêvait à son père, le laitier qui, le matin, se levait à 3 heures et demie et partait travailler dans le grondement d'une camionnette brinquebalante de bouteilles qui laissait derrière elle une trace de glace fondue. Quand son père, à midi, revenait à la maison, près de Magazine, il rapportait parfois à Clete et à ses deux soeurs un sachet de sucettes glacées. D'autres fois, son visage était déjà luisant et déformé par l'alcool ingurgité depuis le matin, sa mentalité de victime et sa cruauté infantile cherchant à s'exprimer sur les membres les plus vulnérables de sa tribu.
Parfois, dans ses rêves, Clete voyait une cahute de paille, avec une mamasan sur le seuil, soudain engloutie par un arc de flamme liquide aspergée depuis un lance-flammes blindé. Il voyait un door gunner de dix-sept ans se déchaîner sur un mariage dans une zone de feu libre, les cartouches de cuivre giclant d'un M60 suspendu à un tendeur. Il voyait un infirmier de la Marine au casque décoré d'araignées de caoutchouc essayer de refourrer, à main nue, les entrailles d'un marine à l'intérieur de son abdomen. Il se voyait lui-même dans un poste de secours, son cou perlé de cercles de crasse, son corps déshydraté par la perte de sang, sa veste de protection collée à la blessure de sa poitrine.
Il voyait la ville de La Nouvelle-Orléans sombrer sous les vagues, comme l'Atlantide. Sauf que, dans son rêve, La Nouvelle-Orléans, la mer de Chine et, peut-être, un endroit du Moyen-Orient où il n'avait jamais mis les pieds se mélangeaient et suscitaient des images dépourvues de sens. Le sang refluait depuis une crique sableuse dans un océan turquoise. Des soldats qui ressemblaient à des gens que Clete avait connus escaladaient péniblement des pentes au milieu de fusils-mitrailleurs silencieux.
À son réveil, il avait le sentiment d'avoir gâché sa vie au service d'entreprises qui n'avaient rien appris à personne, sans parler de ce qu'elles avaient coûté. Un jour, un psychiatre lui avait dit qu'il souffrait de dépression active et d'anxiété psychotique. Clete avait demandé au psychiatre où il avait passé les cinquante dernières années.
Ses rêves collaient à sa peau comme une toile d'araignée et le suivaient dans la journée. S'il buvait, ses rêves allaient là où vont les rêves et attendaient deux ou trois nuits pour refleurir, comme des spectres lui faisant signe depuis la lisière d'un bois sombre. Mais ce matin-là, Clete était décidé à laisser le passé dans le passé et à vivre en pleine lumière de l'aube au crépuscule, avant de dormir du sommeil du juste.
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Philippe-rodolphePhilippe-rodolphe04 septembre 2012
« Ils ne reconstruiront pas la ville où j’ai grandi. Ils ne savent pas comment faire. Ils n’étaient pas là. A cette époque, chaque jour était une fête. Et je ne parle pas des fanfares ni des gens qui se soûlaient sur leurs balcons. Ca tenait à la façon dont on se réveillait chaque matin. Tout était vert et doré et les chênes étaient remplis d’oiseaux. Tous les après-midi, à 3 heures, il pleuvait et le ciel devenait entièrement rose et violet. On sentait une odeur de sel dans le vent. Où qu’on aille, on entendait de la musique, des radios, des cafés, des orchestres sur les toits, dans le centre. On avait tout ça pour le prix du tramway St. Charles. »
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michelekastnermichelekastner02 août 2013
Pour la famille Whitley, la vie, la difficulté et la lutte étaient des concepts interchangeables. L'homme était né dans le péché et la corruption, et émergeait des limbes sanglant et terrifié. Le Démon était plus réel due Dieu et les flammes de la perdition grondaient juste sous le plancher de l'église. L'homme qui avait le pouvoir de fermer une minoterie ou de chasser une famille de métayers vivait dans une maison blanche au sommet de la colline. Mais l'ennemi était le Noir qui pénétrait, en haillons et affamé, sur le domaine des Blancs pauvres et exigeait une partie de ce qu'on avait enseigné à l'homme blanc lui revenir par droit de naissance. Quand les gens parlaient de lutte des classes, ils se trompaient complètement. La lutte n'a jamais été entre les classes. Elle est entre les démunis et les démunis. Les gens de la maison sur la colline regardent ça de loin, si tant est qu'ils regardent.
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caro64caro6403 avril 2012
C'était peut-être à cause de la pureté de l'atmosphère, des rochers, dans le lit des rivières, incrustés de fossiles d'hellgrammites, de la découpure bleuâtre des Cascades sur le ciel, de l'impression automnale de la mort dans le vent, suivie par l'hiver et, avec un peu de chance, par un autre printemps.
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encoredunoirencoredunoir12 mars 2012
À son réveil, il avait le sentiment d'avoir gâché sa vie au service d'entreprises qui n'avaient rien appris à personne, sans parler de ce qu'elles avaient coûté. Un jour, un psychiatre lui avait dit qu'il souffrait de dépression active et d'anxiété psychotique. Clete avait demandé au psychiatre où il avait passé les cinquante dernières années.
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