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Jakuta Alikavazovic (Traducteur)
EAN : 9782072853500
Éditeur : Joëlle Losfeld (04/02/2021)
3.61/5   28 notes
Résumé :
Bien que se déroulant dans une ville anonyme, Milkman s'inspire de la période des Troubles dans les années soixante-dix, qui ensanglanta la province britannique durant trente années. Dans ce roman écrit à la première personne, une jeune fille, non nommée excepté par le qualificatif de « sœur du milieu » - grande lectrice qui lit en marchant, ce qui attise la méfiance -, fait tout ce qu'elle peut pour empêcher sa mère de découvrir celui qui est son « peut-être-petit... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
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LadyDoubleH
  11 mai 2021
Bon allez, j'annonce directement la couleur : ce roman m'a éblouie. L'évidence du coup de coeur m'a frappée dès le début de lecture. L'impression que des vannes venaient brusquement de s'ouvrir, un fourmillement, une jubilation. Élan, enthousiasme, admiration. le besoin constant d'y revenir, l'envie de noter des pages entières, de relire certains passages pour comprendre saperlipopette mais comment réussit-elle à en dire autant ?! L'impression sidérante d'avoir été téléportée, à une autre époque, dans une autre vie. Un récit passionnant qui offre autant de contenu que d'émotion. Et quel humour !
Milkman était sur mes étagères depuis quelques semaines et j'attendais le bon moment pour m'y plonger, pensant que la prose serait ardue et l'histoire pas forcément très attachante. En fait, Milkman, c'est tout le contraire. J'ai eu envie de le commencer en lisant la chronique de Sonia (à découvrir sur son blog Books, moods and more, ici – un grand merci à elle). Bien sûr, en bonne brestoise habituée à un océan à seize degrés au mois d'août, avant de plonger j'y ai trempé un orteil et demi – histoire d'être sûre de ne pas y laisser des plumes… Verdict : au bout de même pas deux pages, je faisais le sous-marin en éclaboussant partout, transformée d'allégresse en chien fou.
Certes, Milkman est un roman singulier, et le flux de conscience de la narratrice impose des pauses régulières pour reprendre son souffle. L'action est lente, mais l'ivresse – et souvent les émotions –, intense(s). Pendant cette lecture, j'ai vécu une immersion comme jamais auparavant dans l'époque des Troubles en Irlande du Nord.
Dans ce roman, personne n'est nommé, aucun lieu, aucun pays. C'est « peut-être-petit-ami », « troisième beau-frère », « première soeur »… Il y a les gens « de l'autre côté de la route », ceux « de l'autre côté de l'eau » et « de l'autre côté de la frontière ». Honnêtement, je pensais ne pas accrocher à cette absence de noms, ou qu'au mieux cela alourdirait considérablement ma lecture ; et bien pas du tout. On se fait très bien à ces noms génériques pour la famille, les amis, les voisins, les Protestants, les Britanniques, ceux de la République d'Irlande, et au contraire, tout prend beaucoup plus de corps – et de vision –, dans cette distanciation anonyme.
« Tous les jours de la semaine, qu'il pleuve ou qu'il vente, sous les balles ou sous les bombes, en période d'accalmie ou en pleines émeutes, je préférais rentrer à pied en lisant mon tout dernier bouquin. Un livre du dix-neuvième siècle, à tous les coups, car je n'aimais pas ceux du vingtième, comme je n'aimais pas ce siècle. »
Milkman, c'est le monologue intérieur d'une jeune femme pendant une guerre civile qui ne dit pas son nom. Soeur du milieu d'une fratrie (très) nombreuse, elle aime lire en marchant et ne pas se faire remarquer, mais devient brusquement la cible des commérages de toute une communauté, lorsqu'un laitier qui n'en est pas un s'intéresse à elle – plus âgé, marié, haut placé chez les paramilitaires renonçants-à-l'État : la rumeur publique leur prête derechef une liaison. Elle nous emporte dans sa vie, au fil de l'eau, de fil en aiguille, la vie de ceux qui « tentent de vivre en civils des vies aussi ordinaires que les problèmes politiques, ici, le permettaient ». Elle raconte et explique, s'interroge et digresse, essaye de comprendre mais voudrait aussi ne rien savoir sur cette réalité de la vie de tous les jours, dans laquelle tout devient politique, même gagner à une loterie le carburateur d'une voiture dont on est raide dingue, avoir un chien ou regarder un coucher de soleil. La rumeur et les commérages s'emparent de tout et le plus souvent, de rien, pour en faire une montagne, voire un piège. Elle raconte comment les vies sont broyées par l'époque et ses continuelles et aliénantes violences militaires et sociales – et on plonge avec elle.
« C'est que je ne parlais de rien à personne – en partie parce que je n'avais pas l'habitude de confier quoi que ce soit à qui que ce soit, en partie parce que je n'aurais pas su comment ni quoi dire, et en partie aussi parce que je n'étais pas encore sûre qu'il y ait quoi que ce soit de précis à raconter. »
Il y a du génie dans la plume d'Anna Burns, fluide, rythmée et parfaitement maîtrisée. Elle met en scène tout un monde, une galerie de personnages pittoresques, et l'ensemble est à sa place en perpétuel mouvement, chaque digression apparente servant un but précis. Elle va du général au particulier, de son histoire à l'Histoire, du district à la ville, de l'individu à la société, puis elle nous recentre sur le roman présent par une anecdote, un lieu, une rencontre, avant de recommencer plus loin, plus tard, son assaut d'un horizon plus vaste. L'ensemble est passionnant, souvent implacable et glaçant, mais toujours l'auteure, en allant de plus en plus loin dans la réflexion, distille avec habilité humour, auto-dérision et pincées de légèreté, ce qui rend ce roman à l'équilibre impeccable purement addictif. La traduction admirable de Jakuta Alikavazovic est aussi à saluer.
« Attends un peu, j'ai fait. Tu veux dire que lui peut se balader avec du Semtex mais que moi je ne peux pas lire Jane Eyre en public ? »
A mesure que j'avançais dans ma lecture, j'ai également ressenti avec intensité la portée universelle de Milkman. La distanciation anonyme met en lumière les mécanismes à l'oeuvre dans la rumeur publique, la manipulation, les pressions sociales, et permet de percevoir avec une grande acuité comment une situation politique donnée peut déboucher très vite sur un système totalitaire verrouillé à tous les niveaux de la société. Comme Orwell racontait Winston Smith en 1984, la novlangue et le double-penser, Anna Burns nous laisse ici entendre la voix de Soeur du milieu, « de ce côté-ci de la route ». Une voix unique, splendide d'intelligence et d'émotion, de profondeur et d'humour. Et nous ? Où en sommes-nous ?
Milkman est un roman singulier, un pur chef d'oeuvre à la portée universelle. Ne passez pas à côté, il est à découvrir absolument !
« C'était, sous les traumatismes, sous l'obscurité, une normalité qui essayait d'advenir. »
Lien : https://lettresdirlandeetdai..
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ceciloule
  05 mai 2021
Ce roman hypnotise, la logorrhée hallucinée de la narratrice englue le lecteur dans l'action lente, et cette ambivalence crée une sorte de charme impossible à rompre. L'anonymat de chacun et de chaque lieu, les phrases longues et la ponctuation briseuse de rythme confèrent à Milkman une singularité intense et le pouvoir de redonner vie à une atmosphère, à un monde, celui de l'Irlande du Nord dans les années 1970 (plus de détails : https://pamolico.wordpress.com/2021/05/05/milkman-anna-burns/)
Lien : https://pamolico.wordpress.c..
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jongorenard
  14 avril 2021
Bienvenue en Irlande du Nord à l'époque des Troubles, bienvenue dans ce pays secoué par les violences et l'agitation politiques, bienvenue dans cet endroit fermé où morale et commérages dictent les rapports sociaux et où aller voir un coucher de soleil a quelque chose de subversif. Bien que cela ne soit jamais explicitement indiqué, l'histoire de "Milkman" se déroule probablement à Belfast, dans les années 70, pendant la période dite des Troubles, période de violences en réponse à l'occupation britannique. Bien que depuis, les différents belligérants aient déposé les armes, le conflit n'a jamais totalement cessé et semble même vivre un regain de violence en raison du Brexit. le récit est construit en paragraphes copieux et denses et en chapitres très longs, ce qui exige une bonne concentration de lecture. Il raconte les expériences d'une jeune fille considérée comme non-conformiste parce qu'elle aime « lire-en-marchant », ses tentatives pour se frayer un chemin à travers le champ de mines des ragots et des intrigues politiques de la Belfast catholique. Elle parle, raconte, rumine et réfléchit sur un rythme répétitif, frénétique, insistant, parfois même obsessionnel, mais sans jamais oublier d'y mettre une petite dose d'ironie qui illumine et réchauffe le tout. Comme de nombreux catholiques, elle est issue d'une famille nombreuse, de sorte que ses frères, ses soeurs et les beaux-frères se voient attribuer des ordinaux. Parmi les autres personnages figurent le « peut-être-petit-ami », le vrai laitier (alias l'homme qui n'aime personne), le faux laitier (un militant républicain qui semble harceler la narratrice), la fille aux cachetons et sa soeur, Machin McMachin et son frère, le garçon nucléaire. La mère de la narratrice occupe une place importante et puissante, elle croit plus aux rumeurs de sa communauté qu'aux dires de sa propre fille, tout en ressassant les mauvais choix de sa vie, comme celui de son mariage. Anna Burns décrit brillamment cette période des Troubles et le courant de violences sous-jacent, les suspicions entre groupes, les conventions étouffantes, les haines intercommunautaires et la morosité pesante. Elle rend à merveille la claustrophobie qui étouffe la ville, ses habitants et le peuple tout entier. La narratrice est à la fois un produit de son environnement avec des idées plutôt conformistes, mais elle manifeste également le désir de découvrir le monde hors des limites étroites ou des restrictions dans lequel elle est censée évoluer. Dans sa prise de conscience de l'existence d'une réalité plus vaste, elle est aidée par son « peut-être-petit-ami » et par une enseignante de français qui lui offrent par exemple de regarder différemment les couleurs du ciel. Mais elle se sent tirée vers le bas par les agissements du faux laitier, par les menaces et les violences du quotidien, par les ragots, les insinuations et les commérages du voisinage et par sa relation de plus en plus tendue avec son « peut-être-petit-ami ». Reste l'écriture d'Anna Burns qui, bien qu'originale et novatrice, ne plaira pas à tout le monde. Il y a tout d'abord le choix de ne pas nommer les personnages, choix déroutant au début de la lecture. Il y a ensuite la transcription des pensées de la narratrice, mélange de divagations intenses et d'états d'âme frénétiques, la narratrice cherchant de façon obsessionnelle à tout comprendre ou tout expliquer. Il y a enfin le style varié avec, par moment, une écriture viscérale (le massacre des chiens du quartier), une écriture sombre (la violence et la mort font partie du quotidien), une écriture tendre (les relations entre des personnages proches) ou une écriture absurde (les pointes d'ironie de la narratrice), mais toujours une écriture imaginative et inventive dans son utilisation de la langue. Bref un livre audacieux et novateur que j'ai aimé, un livre également prémonitoire en raison du choix de l'écrivain de parler de la période des Troubles à l'heure où la stabilité irlandaise est menacée par le Brexit.
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liberliber
  31 mai 2021
« Soeur du milieu » a 18 ans. Elle habite un endroit qui n'est pas nommé mais dont on devine aisément qu'il s'agit de l'Irlande du Nord des années 1970, théâtre de ce qu'on appelait les « troubles » pour minimiser la violence de la guerre civile qui opposa d'une part les catholiques favorables à l'indépendance et d'autre part les protestants favorables au maintien dans la Couronne et soutiens de l'armée britannique.
Dans ce petit bout de terre où la religion régit les consciences et où la surveillance est permanente, on peut être assassiné parce qu'on arbore le drapeau de l'ennemi, on peut être mal vu parce qu'on donne un prénom trop britannique à son enfant et se faire traiter de pédé parce qu'on aime cuisiner.
« Soeur du milieu » est une « dépassante-de-bornes » parce qu'elle lit en marchant des romans du 19ème, signe de sa haine du siècle dans lequel elle vit. Elle est harcelée par un homme surnommé le laitier qui n'est pas un vrai laitier. Au lieu de la plaindre, ses proches et la population locale la jugent responsable des agressions quotidiennes qu'elle subit et qui l'angoissent. de victime elle devient coupable dans l'esprit des bien-pensants et les femmes ne sont pas les dernières à la blâmer. Y compris sa mère alias « m'ma » qui ne pense qu'à la marier pour avoir des petits-enfants.
Bref, « soeur du milieu » est piégée par le regard de l'autre. Et ses tentatives d'invisibilité et ses silences ne font que conforter ses torts supposés. Heureusement qu'il y a ses chtites soeurs, trois fillettes énergiques et bien vivantes à la curiosité débordante. Elles représentent l'idée qu'il est possible de s'extraire de cette communauté étouffante.
Dans un style original et puissant fait de circonlocutions, de périphrases, de redondances, de digressions et de trouvailles langagières savoureuses qui distillent quelques notes d'humour et de légèreté, « Milkman », lauréat du Man Booker Prize en 2018, nous glisse dans le cerveau d'une jeune femme en construction assaillie par les doutes et la peur.
Le grand talent d'Anna Burns, qui a vécu la période des « troubles », est d'avoir inventer un monde manichéen, paranoïaque, misogyne, absurde, venimeux et violent à la dimension universelle comme le sont les tragédies. C'est pour le lecteur une expérience oppressante, dérangeante, singulière mais essentielle. Pour une fois l'expression « vous ne sortirez pas indemne de cette lecture » prend tout son sens.
EXTRAITS
- Parler de rien, c'était ma façon de rester à l'abri.
- le mariage, ce n'était pas censé être une partie de plaisir. C'était un décret divin, (…) c'était avoir des bébés de la bonne religion...
- Personne n'a jamais vu un chat s'excuser et, si jamais ça arrivait, il serait évidemment manifeste qu'il est tout sauf sincère.
- Dans la vie certains ne méritent pas la vérité.

Lien : http://papivore.net/litterat..
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Mnemosynnaf
  23 mars 2021

"Milkman" est une histoire liquide.
Les lieux et les personnages du roman ont la nature liquide du lait : ils sont innommés sinon par des périphrases qui les définissent au sein de la communauté.
Aussi devine-t-on à mots couverts où l'intrigue se situe, dans un lieu en pleine guerre d'indépendance contre "le pays de l'autre côté de la mer". Au fil de l'histoire, nous comprenons où nous sommes.
Au coeur de cette communauté majoritairement "renonçante", c'est-à-dire indépendantiste, une jeune fille se retrouve progressivement cernée par Milkman, le Laitier.
Pour sa famille, cette héroïne jamais nommée est "soeur du milieu". Pour le garçon sur qui elle fonde des espoirs d'amour, elle est "peut-être petit amie depuis presque un an".
Vous le comprenez, en entrant dans "Milkman" vous entrez en terre liquide.
Les mots jusqu'aux choses qu'ils désignent ont une réalité visqueuse, impalpable, intangible.
Une chose non nommée est une chose inexistante.
Au contraire, une chose inexistante prend finalement vie par la seule force des mots, de la rumeur, du cancan.
Dans un tel monde, le harcèlement impalpable et intangible d'un homme sur une femme n'existe pas.
En revanche, dans ce même monde, les ragots infondés mais nommés font advenir la réalité qu'ils créent de toute pièce.
Si "soeur du milieu" est incapable de nommer ce que Milkman lui fait vivre, alors la communauté aura sa propre interprétation biaisée des faits, et l'interprétation aura valeur de vérité. Car "soeur du milieu" est plus liquide et insaisissable que le monde où elle évolue. Son affront est de ne rien donner d'elle à une communauté avide de ragots et d'indiscrétions. Voilà sa bizarrerie, ce que personne ne lui pardonne quand elle se permet, comble de mépris, de "lire-en-marchant". Dans un monde en guerre où il faut avoir une opinion sur chaque événement politique et sur chaque personne, "soeur du milieu" se retranche derrière ses livres des siècles passés. le langage même lui devient suspect, cette chose qui produit plus d'incompréhension mutuelle que d'éclaircissement. A défaut de pouvoir parler, les autres parleront pour elle et l'enfermeront dans une identité que son silence leur refusait.
La langue d'Anna Burns a le caractère liquide, accidenté et pourtant fluide de l'histoire qu'elle raconte, ce même mélange de précision et d'imprécision, de répétitions, de détours, de termes abscons, de périphrases, de compréhension et d'incompréhension. C'est une écriture dense, insaisissable et saisissante. le roman flirte avec le conte, parfois même avec une certaine forme théâtrale, car dans cette zone liquide où tout est dit sans être nommé, une surréalité affleure.
"Milkman" est aussi le roman de la peur. de la même façon que les mots peuvent créer à eux seuls une réalité, la peur conditionne les vies. On préfère alors des "peut-être relations" à des amours risquant de vous arracher au quotidien gris et prévisible. Dans un monde où le langage substitue une réalité à une autre, les êtres procèdent de même avec l'amour, interchangeant des amours vraies avec des amours de convention.
Je ne peux en dire plus sur "Milkman". Il m'échappe à mesure que je m'en saisis.
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critiques presse (6)
LeMonde   14 mai 2021
Pendant les « Troubles », en Irlande du Nord, une jeune femme est la proie d’un manipulateur. Que peut-elle contre lui ? Un roman audacieux, couronné du Man Booker Prize en 2018.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Bibliobs   14 avril 2021
Avec « Milkman », l’écrivaine restitue le climat paranoïaque de l’Irlande du Nord dans les années 1970. Une roman sous tension, d’une originalité époustouflante.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
FocusLeVif   12 mars 2021
Anna Burns encercle une adolescente au coeur de la rumeur, dans un environnement oppressant inspiré de l'Irlande du Nord durant les troubles.
Lire la critique sur le site : FocusLeVif
LeSoir   22 février 2021
La voix singulière d’Anna Burns s’élève, dans « Milkman », au cœur du conflit nord-irlandais.
Lire la critique sur le site : LeSoir
LaLibreBelgique   17 février 2021
On imagine que le consensus autour de Milkman fut évident puisque lors de la remise du prix, Kwame Anthony Appiah, le président du jury, a assuré qu’"aucun d’entre nous n’a lu rien de semblable auparavant". On ne saurait mieux dire.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LesInrocks   09 février 2021
Première Nord-Irlandaise à remporter le Man Booker Prize, Anna Burns compose un roman dans lequel une ado raconte avec ses mots la violence d’une société déchirée par une guerre civile.
Lire la critique sur le site : LesInrocks
Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
LadyDoubleHLadyDoubleH   09 mai 2021
Quant aux meurtres, c’était la routine, à savoir qu’il n’y avait pas lieu de se répandre en invectives, non parce qu’ils étaient insignifiants mais bien parce qu’ils étaient si énormes et si nombreux que rapidement, on n’a plus eu le temps pour ça. Quoique de temps en temps, un événement outrepassait tant les bornes que tout le monde – « ce coté-ci de la route », « ce côté-là de la route », « par-delà l’eau », « par-delà la frontière » – était contraint de s’arrêter net. Une atrocité renonçante nous ébranlait, Dieu ô Dieu ô Dieu. Comment puis-je avoir une opinion qui a pu mener à ça ? , et vous vous y teniez, puis vous finissiez par oublier quand ceux de l’autre côté commettaient l’une de leurs horreurs. Ca aussi, ce n’était qu’ébranlement, chancellement. Vengeance, représailles. Ce n’était que ralliement aux mouvements pour la paix, adhésion au dialogue intercommunautaire, aux marches blanches qui incluaient tout le monde, à un vrai bon sens citoyen – jusqu’au moment où l’on soupçonnait ces mouvements pour la paix, cette bonne volonté, cette vraie et bonne citoyenneté d’être infiltrés par l’une ou l’autre faction. Alors on quittait les mouvements, on perdait espoir, on abandonnait les solutions potentielles pour retourner à cette opinion toujours familière, fiable, inévitable. A cette époque, donc, impossible, vraiment, de ne pas se refermer sur soi, car cette fermeture était partout : dans notre communauté et dans la leur, dans l’État ici, comme dans le gouvernement là-bas, dans les journaux, à la radio et à la télévision, car aucune information ne pouvait être avancée sans être soit perçue au moins par l’un des camps comme une distorsion de la vérité. Au bout du compte, même si les gens évoquaient l’ordinaire, l’ordinaire n’existait pas vraiment car la modération elle-même avait vrillé, était hors de contrôle. Aussi, peu importaient les réserves que l’on pouvait avoir – quant aux méthodes, à la morale, quant aux groupements variés qui entraient en action ou qui étaient en action depuis le début ; peu importait aussi le fait que pour nous, dans notre communauté, de « notre côté de la route », le gouvernement ici fût l’ennemi, que la police ici fût l’ennemie, et que le gouvernement « là-bas » fût l’ennemi, et les soldats de « là-bas » également, comme l’étaient aussi les paramilitaires-défenseurs de « l’autre côté de la route » et, par extension – en raison des soupçons, de tout le passif, de la paranoïa – l’hôpital, et le fournisseur d’électricité, et le fournisseur de gaz, et le fournisseur d’eau, et le conseil d’administration des établissements scolaires, et les gens du téléphone, et n’importe quel quidam en uniforme ou en tenue aisément confondue avec un uniforme aussi était l’ennemi, et nous, à notre tour, nous étions perçus par nos ennemis comme étant l’ennemi – en ces temps sombres, qui étaient des temps extrêmes, si l’on n’avait pas eu les renonçants pour faire tampon clandestinement entre nous et cet ennemi combiné, écrasant, qui d’autre, qui d’autre au monde aurions-nous eu ?
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LadyDoubleHLadyDoubleH   07 mai 2021
A chaque fois qu’elle flairait la possibilité que je fréquente quelqu’un (jamais un indice ne venait de moi), je n’avais pas franchi le seuil qu’elle s’y mettait, « Il est de la bonne religion ? », suivi par « Il n’est pas déjà marié ? ». Il était vital, après la bonne religion, qu’il ne soit pas déjà marié. Et comme je m’obstinais à ne rien céder, elle y voyait la preuve qu’il n’était pas de la bonne religion, qu’il était marié, et que probablement il s’agissait non seulement d’un paramilitaire, mais d’un paramilitaire ennemi, de-ceux-qui-défendaient-l’État.
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jongorenardjongorenard   15 avril 2021
Si c’était vrai, que le ciel – là, dehors – pas là, dehors – peu importe – pouvait être de n’importe quelle couleur, cela voulait dire que tout pouvait être de n’importe quelle couleur, que tout pouvait être n’importe quoi et que tout et n’importe quoi pouvait arriver, à tout moment, en tout lieu, dans le monde entier, à n’importe qui – et avait déjà eu lieu, probablement, c’est juste que nous, on n’avait rien remarqué.
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LadyDoubleHLadyDoubleH   09 mai 2021
Les chats ne manifestent pas la même adoration que les chiens. Peu leur chaut. On ne peut jamais compter sur eux pour étayer un ego humain. Ils tracent leur chemin, vivent leur vie, n’ont rien de servile et ne s’excusent jamais de rien. Personne n’a jamais vu un chat s’excuser et, si jamais ça arrivait, il serait évidemment manifeste qu’il est tout sauf sincère.
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LadyDoubleHLadyDoubleH   06 mai 2021
Tous les jours de la semaine, qu'il pleuve ou qu'il vente, sous les balles ou sous les bombes, en période d'accalmie ou en pleines émeutes, je préférais rentrer à pied en lisant mon tout dernier bouquin. Un livre du dix-neuvième siècle, à tous les coups, car je n'aimais pas ceux du vingtième, comme je n'aimais pas ce siècle.
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