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Catherine Richard (Traducteur)
ISBN : 9782864248385
Éditeur : Métailié (25/08/2011)

Note moyenne : 3.39/5 (sur 156 notes)
Résumé :
Dans un paysage dominé par une usine chimique abandonnée, au milieu de bois empoisonnés, l'Intraville, aux immeubles hantés de bandes d'enfants sauvages, aux adultes malades ou lâches, est devenue un modèle d'enfer contemporain. Année après année, dans l'indifférence générale, des écoliers disparaissent près de la vieille usine. Ils sont considérés par la police comme des fugueurs.
Leonard et ses amis vivent là dans un état de terreur latente et de fascinati... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (48) Voir plus Ajouter une critique
Dixie39
  31 octobre 2014
Je ne sais pas si cela vous arrive parfois : refermer un ouvrage un peu « colère » contre l'auteur ?
Écrire aussi bien, nous embarquer sur des sentiers « littéraires » riches et prometteurs, et s'apercevoir que tout cela ne tient pas la route...
Ce n'est pas tant que le livre parte sur plusieurs chemins : anticipation, fable écologique, conte fantastique, mythe... mais on se lance avidement dans la lecture et... toujours pas, l'alchimie ne prend pas. Enfin pour moi. Scintillation regorge de possibles et de promesses non tenues. Quel dommage ! Peut être est-ce moi qui suis passée à côté, qui n'ai pas su saisir l'étendue, la subtilité de la narration. J'aimerai bien, plutôt que de refermer ce livre avec l'envie de le redonner à l'auteur en lui demandant de faire un petit effort... Pas forcément dans le déroulement de l'histoire, ou tout ce qui a trait « au contenu » mais lui demander de prendre un peu plus de temps pour installer ce qui émerge, une prose poétique qui nous embarque, un univers fantastique qui s'ouvre, par exemple... et puis plus rien, on passe à autre chose. Voilà ! Là ! Développer un peu pour ne pas nous laisser sur le bord du chemin.
« La critique est aisée mais l'art est difficile ». Ce qui m'attriste d'autant plus d'étaler ce ressenti. Car ce n'est guère rien de plus qu'un sentiment personnel. J'espère ne pas être trop dure, mais ma critique ne fait que traduire ma déception. Surtout que j'ai l'impression qu'il manque si peu...
L'écriture est sublime, certains passages sur la lecture, le rapport du lecteur aux livres, tout cet univers de connaissances, de rêves et d'espérance que nous emportons avec nous après chaque dernière page refermée, sont merveilleux. Et cette ouverture sur le fantastique, cet homme-papillon et ces enfants qui scintillent accrochés aux arbres, pendus-sacrifiés des temps modernes, entre horreur et beauté, attraction et répulsion.
« J'ai l'air triste à présent, je le sens, je sens de quelle façon il perçoit mon air, et il est triste, sans doute effrayé, l'air de quelqu'un qui s'embarque dans ce qui semble une grande aventure et, soudain, prend peur. Comme un gamin qui monte pour la première fois dans les montagnes russes et se rend compte, trop tard, qu'il a le vertige. Mais ce qu'il y a de curieux, c'est que je ne suis pas triste du tout, je n'ai pas peur, je suis simplement retombé trop brutalement dans le cours du temps, au sortir de la fixité magnifique d'avant. Je suis revenu trop brusquement et, pendant quelques secondes, je suis tellement déçu que j'ai envie de pleurer. » Burnside, Scintillation.
Je vais considérer que je suis passée à côté et ravaler mon amertume. Je vais considérer que le dessein de l'auteur est de nous faire ressentir ce sentiment là ! Entre fascination, abandon et déception. Et revenir vers lui au plus vite car une telle plume mérite qu'on s'y attarde...
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isabiblio
  26 mars 2012
Dans l'Intraville, seule la mort se pare de lambeaux scintillants notamment les nuits d'orage. Sur cette presqu'île écossaise empoisonnée tout est sombre et en décomposition à cause d'une usine chimique abandonnée. Ici ne vit que ceux qui n'ont pas les moyens de partir du côté de l'Extraville, le paradis des nantis. Ceux qui restent dans l'Intraville tentent de survivre en luttant contre la maladie, la folie, le désespoir. Depuis quelque temps de jeunes garçons disparaissent, Morrison le policier semble pourtant plus s'intéresser à entretenir un étrange sanctuaire qu'à enquêter sur les disparitions d'adolescents ! Brian en grand chef bien-pensant promet de tout décontaminer avec son projet Terre d'Origine mais jusqu'ici personne à part lui n'en a bénéficié. Andrew qui aime à regarder les ados évoluer derrière sa fenêtre fait un coupable parfait pour la bande de jeunes rebelles de Jimmy. Léonard, le meilleur ami de Liam un des jeunes disparus est un passionné de livres et de sexe lui aussi voudrait comprendre les raisons des disparitions de ses amis. Léonard veut croire en un autre monde, optimiste de nature sa rencontre avec l'homme-papillon lui donne des raisons d'espérer passer de l'autre côté du miroir… Lugubre à souhait, ce roman est réellement oppressant. D'abord parce que tout intrigue, l'ambiance, le contexte, les personnages. le début du roman révèle un péché d'omission qui par la suite amène à des réflexions sur l'enfer et le paradis. Puis le roman dérive en fable écologique pointant du doigt l'industrie pollueuse pour terminer sur la jeunesse désenchantée en quête d'un monde meilleur. Un conte noir lyrique qui dénonce la société sans valeurs morales, la quête de vérité est parfois complexe mais en même temps elle soulève des questions qui amène à un examen de conscience, donc mieux vaut être bien disposé !
Lien : http://ma-bouquinerie.blogsp..
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tynn
  19 juin 2013
Après un premier chapitre incompréhensible - là et ailleurs, quel étonnant effet littéraire, de commencer par une prose narrative introspective alors que rien n'a encore été dit au pauvre lecteur abandonné- je me suis accrochée... jusqu'au milieu du livre.
Cette histoire de disparitions d'enfants sur fond de catastrophe écologique s'annonçait bien ficelée dans une atmosphère angoissante et mortifère d'usine abandonnée et maudite, aux habitants moribonds.
Mais l'histoire se délite en tous sens, entre la traque aux rats dans la friche industrielle, un chasseur de papillons, un grand manitou manipulateur, un flic loser et sentimental, et quelques belles pages sur l'amour des livres.
Un livre déroutant, donc abandonné, en reconnaissant que mon plaisir de lectrice fut l'écriture, très belle.


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absolu
  26 novembre 2012
« Dans cette histoire je m'appelle Leonard, et, quand j'étais là-bas, je pensais que la vie était une chose, et la mort une autre, mais c'était parce que je ne connaissais pas le Glister. »
« Je veux la raconter en entier alors même que je l'oublie, et ainsi, en racontant et en oubliant, pardonner à ceux qui y figurent, y compris moi. »
« Sauf que rien ne s'éclipse, pas même la conscience de soi. Rien ne s'évanouit dans le passé, tout est oublié et devient ainsi l'avenir »
« C'est toujours maintenant, et tout – passé et avenir – problème et solution, vie et mort – tout coexiste ici, en ce lieu, en cet instant. Ce lieu où je suis a reçu bien des noms, qui varient selon l'histoire à laquelle on se réfère. »
« C'est simplement le lieu où chaque histoire commence et finit. »
« Et maintenant c'est mon histoire qui commence à nouveau, une dernière fois, alors même qu'elle s'éteint à petit feu. »

Intraville, Extraville, coeur noir, poumon vert,
L'usine meurtrière était autrefois aussi nourricière, nourriture mortifère à plus ou moins long terme, s'agrippant aux parois viscérales, noircissant le sang, rendant le teint blafard, livide, l'oeil trouble, languide, créant de nouveaux symptômes, de nouvelles maladies « formes rares de cancer, enfants aux maladies terribles, troubles du comportement, nombre anormal d'affections inconnues ou incurables, augmentation soudaine et massive de dépression, prolifération de ce qu'autrefois on aurait appelé des cas de folie. ». Elle offrait du travail, faisait fabriquer tout ce qui nuit à la vie (faune, flore, même intestinale), la transforme, la modifie, en crée de nouvelles formes : « chaînes complexe de molécules qui pénètrent la racine ou la tige d'une plante et en modifient la façon de pousser, l'époque de floraison ou la germination », « il suffit de pas grand chose pour transformer une substance en une autre, rompre une chaîne de molécules par-ci, en ajouter une par-là.», « créatures marines mutantes échouées sur la grève... animaux bizarres dans les parcelles de forêt restantes, ni malades ni mourants, mais pas bien non plus, la gueule hypertrophiée et le corps enflé, difforme. » « Hordes d'animaux inconnus, elfes, diables, fées,mutants horriblement défigurés ou au faciès angélique »
Il a fallu fermer, abandonner la population à son triste sort, sans trop lui montrer. Alors Brian Smith eut une idée.
Brian Smith a le sens des affaires, est un génie de la connexion. Surtout celle de l'argent. Il faut que ça brille. Qu'on soit ébloui, pour ne plus voir le lent pourrissement, l'agonie d'une terre trop dévastée pour se régénérer, sol empoisonné, qui s'infiltre par les orteils, remonte jusqu'au coeur, pousse à l'inertie.
Alors pour ça il sort le grand jeu, jeu d'échecs, de marionnettes, il joue, met en scène, manie les ficelles comme personne. Crée une société censée décontaminer, purifier les sols, les corps, les esprits.
Et chacun a un rôle à jouer. Même Morrison.
Morrison, c'est le seul flic de la ville, et son rôle consiste à être vu. A faire croire qu'il peut encore régner un certain ordre. Car des ordres, il n'en a jamais vraiment donné. Il n'en reçoit pas non plus. Pas vraiment.
Mais Morrison est redevable, Morrison suit sa nature, il obéit tel un pantin aux manoeuvres de Smith. Alors il commet la pire erreur de sa vie, après son mariage. Il devient complice, en silence.
Lui, ce qu'il voudrait, c'est que Mark Wilkinson puisse pardonner. Et veiller, où qu'il soit maintenant, avec les autres gamins disparus, sur ceux encore là. Car il n'y a plus que les morts, apparemment, pour veiller sur ce qu'il reste de vivant, de vivants. Missionnés par Dieu, en quelque sorte.
Il aménage un petit bout de terre, avec des oeillets, des coquelicots, non loin de là où il a découvert
Mark, petit ange en devenir, accroché au sapin de Noël, cadeau scintillant offert à la forêt empoisonnée, les yeux emplis de reconnaissance. Corps scintillant comme une étoile mourante, comme un système solaire qui disparaît. « il y avait eu là un grand respect, une tendresse effroyable, impossible – chez l'assassin comme chez la victime – pour ce qui disparaît au moment de la mort, une estime presque religieuse à l'égard de ce que le corps exhale, cette chose sublime et précise, équivalant exactement en substance à la présence d'une créature vivante, le poids mesuré d'un petit oiseau. »
Morrison veut retenir l'âme de Mark, encore un peu, le temps qu'elle puisse pardonner.

Dans ce jardin (secret) des supplices les fleurs du mal se fanent, le fil des fuseaux d'anciennes jeunes filles s'enroule autour des corps immaculés sans jamais les ramener à la vie, fil d'Ariane morbide, mortel, labyrinthe d'arbres noirs et squelettiques ; le bon vieux temps laboure de ses ongles le cercueil imaginaire dans lequel les âmes désabusées le croient enfermé, pulpe des doigts hérissés d'échardes et de sang séché.Peter Pan ne croit plus en sa fée, déverse de la poudre aux yeux des « survivants ». Un homme-papillon se pose dans l'esprit de Leonard. Leonard oublie Anna Karénine, Anthony Perkins et Marcel Proust. Leonard ne cherche plus le temps perdu. Leonard découvre une autre version du temps. Il voit quelque chose qui scintille, parmi toute cette bile, ce sang, le vomi, dans ce passé-présent-avenir de pisse de vomissures et d'insecticides.

Un récit hypnotique,certes, mais pas tout le temps, et quelquefois déroutant.
L'organisation du récit me laisse perplexe, comme une sensation d'inachevé, d'ouvrage à mettre encore une fois sur le métier.
Une histoire cautionnée culturellement, références littéraires, cinématographiques, qui rendent le personnage plus dense, car après tout il ne s'agit que d'un gamin de 14 ans, assez lucide, plutôt désabusé, abandonné par sa mère et avec son père à charge.
Pendant la lecture, j'étais happée, et, dès que j'en sortais, j'avais toujours cette sensation d'échapper à quelque chose, ou de quelque chose qui m'échappe.
Aucune temporalité à proprement dit, une histoire sans début ni fin, une fatalité tombée là, comme ça, sur cette ville, aussi réelle qu'imaginaire. Entre esquisse de morale écologique, abus de pouvoir, société corrompue, cette histoire a tendance à perdre son aspect énigmatique, envoûtant, pour s'ancrer un peu trop dans la réalité. Oui, voilà. J'ai frôlé de trop près la réalité. Je crois que c'est ça qui m'a enlevé une part de plaisir. de voir les coulisses, les montages, la fabrication, la mise en scène, la mise en place, les accessoires, les artifices.
Ou alors c'est ma faute, je m'attendais peut-être trop à un croisement entre 1984 et La route..
Cela dit, c'est peut-être un moment après avoir refermé le livre qu'on saisit le mystère...
Lien : http://www.listesratures.fr
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Bellonzo
  06 mars 2014
Plaisir de lecture commune avec Valentyne, La jument verte de Val nous avions cette fois choisi le roman de John Burnside. Je publie avec un peu de retard,pardon Val. Mais emballé que j'avais été par trois autres romans de cet écrivain écossais j'ai un peu moins adhéré au propos, notamment dans le premier tiers. Pourtant à l'évidence la prose de Burnside est exceptionnelle bien que souvent brutale et inhospitalière. Dans cette Intraville, amalgame de décharge sauvage et de friche industrielle qui fait penser à une côte soviétique aux plus belles années de la pollution littorale et sous-marine, j'ai songé à ma chère Suzanne de Leonard Cohen qui nous montre où regarder "parmi les ordures et les fleurs, she shows you where to look, among the garbage and the flowers". Drolatique, Leonard est aussi le nom de l'ado, principal personnage de cette étrange et mortelle histoire.Peut-être la photo de couv. vous met-elle mal à l'aise, c'est normal et ce n'est pas de lire ce roman qui va arranger ça.
Dans ce contexte déjà pas gai disparaissent plusieurs jeunes garçons. Il fait vous dire que l'Intraville est une entité bien mystérieuse et que de l'Extraville voisine on ne saura pas grand chose. Une vie nulle part était déjà un titre de John Burnside, remarquable mais tout cela sonne quand même inquiétant. Vous vous inquiétez, vous avez raison. Leonard n'est pas un parangon de vertu, ses fréquentations sont douteuses et si d'autres moins présents tirent les ficelles, il porte sa part de culpabilité. La fascination pour la violence est dans ce roman assez insoutenable, tout cela soutenu par une belle écriture aux méandres complexes et qui, au moins, nous épargne démagogie et simplisme. Mais quelle épreuve avec ce Leonard qui m'est tout de même resté étranger, heureusement peut-être, alors que j'avais ressenti une osmose bien plus forte dans Un mensonge sur mon père et plus encore Une vie nulle part.
Deux mystères au moins dans Scintillation. Comment ce livre peut-il avoir cette grâce d'écriture splendide et intempestive dans un environnement qu'évoque si bien la couverture aux oiseaux morts? La scintillation-attraction-répulsion est extraordinairement bien rendue. La seconde énigme concerne la fin du livre. Pardon Val, je serais bien en peine d'éclairer ta lanterne, le basculement du livre dans le fantastique m'ayant depuis longtemps contraint à laisser au vestiaire mon rationalisme, acceptant, avec un peu de difficultés au début, ce voyage dans l'univers burnsidien, déjà quel patronyme infernal et marginal, brûler, côté. Persistant, je conseillerais plutôt Une vie nulle part, bien plus proche de moi et du coup, il me semble, de vous qui vous intéressez à cet Ecossais aussi poète. Mais méfiez-vous de la lande de là-bas, on n'y a pas toujours un Sherlock Holmes à Baskerville pour résoudre la question.
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critiques presse (5)
Bibliobs   02 novembre 2011
Dans ce roman d'une aveuglante noirceur, le poète et écrivain écossais John Burnside joue avec les codes du thriller pour mieux les subvertir. Impossible de s'arracher à ce livre palpitant où les récits et les points de vue s'entrecroisent.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LeSoir   03 octobre 2011
John Burnside tourne autour des personnages, focalisé tantôt sur l'un, tantôt sur l'autre. Il laisse à ses lecteurs le soin de reconstituer le tableau d'ensemble, de sentir monter la violence, de mesurer le degré de culpabilité de Morrison, d'analyser les tourments de Leonard. Son roman est bâti autour des angles qui rassemblent ses différentes facettes, et celles-ci renvoient des scintillations pour le moins troublantes.
Lire la critique sur le site : LeSoir
LeFigaro   23 septembre 2011
Burnside, comme le Mark Twain de Tom Sawyer et de Huckleberry Finn, sait admirablement se mettre dans la tête et dans les mots de Leonard, adolescent lucide, caustique, malheureux, en quête d'une vérité, et d'un pardon.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Telerama   21 septembre 2011
Porté par une écriture lyrique, violente comme la ville fantôme qui scintille les soirs d'orage, ce livre nous parle d'enfer et de rédemption. Et du péché d'omission - « tout savoir et ne rien faire », dans l'Intraville comme dans notre société qui a retiré le mot poésie de son vocabulaire.
Lire la critique sur le site : Telerama
Lexpress   01 septembre 2011
On ressort effrayé de ce roman - entre thriller et parabole macabre - où l'Ecossais a réuni toutes les phobies de notre époque, sous l'oeil d'un enfant perdu.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (59) Voir plus Ajouter une citation
mandarine43mandarine43   29 août 2011
[ Incipit ]

LA VIE EST PLUS VASTE

Là où je suis à présent, j'entends encore les mouettes. Tout le reste s'estompe, comme le font les rêves dès qu'on s'éveille et qu'on cherche à se les rappeler, mais les mouettes sont encore là, plus sauvages et braillardes que jamais. Elles tournent et virent par milliers, appelant et criaillant d'un bout à l'autre de la presqu'île, tellement stridentes et incessantes que je n'entends que ça : ça, et un dernier murmure de vagues et de galets, un grondement local, insistant, derrière les cris de ces oiseaux fantômes dont je remarquais à peine la présence dans la vie qui fut la mienne avant que je franchisse le Glister. C'est tout ce qu'il reste de cette ancienne vie : des oiseaux, par nuées jacassantes, écumant la presqu'île ; des vagues grises, froides, se déroulant sur la grève. Rien d'autre. Aucun autre son, et rien à voir hormis l'ample et pure lumière dans laquelle je m'avance de mon plein gré, sans relâche, au terme d'une histoire que déjà je commence à oublier.
Dans cette histoire, je m'appelle Léonard et, quand j'étais là-bas, je pensais que la vie était une chose et la mort une autre, mais c'était parce que je ne connaissais pas le Glister. Maintenant que cette histoire est finie, je veux la raconter en entier, alors même que je m'éclipse avant que des noms ne soient donnés ou perdus. Je veux la raconter en entier alors même que je l'oublie et ainsi, en racontant et en oubliant, pardonner à tous ceux qui y figurent, y compris moi. Parce que c'est là que l'avenir commence : dans l'oublié, dans ce qui est perdu. Là-bas à l'Intraville, il y avait une étiquette sur les vieux bidons de sirop de sucre qu'on achetait à l'épicerie de quartier : l'image d'un lion mort en train de se décomposer dans la poussière, avec des flopées d'abeilles qui se déversaient des ombres et béances de son pelage, soutiraient du miel aux plaies. Je croyais à cette image. Je savais qu'elle était vraie - car il y a eu une époque où les gens pensaient que cette sombre béance, cette plaie, était véritablement la source d'où provenait le miel. Et ils avaient raison, car tout se transforme, tout évolue, et cette évolution est la seule histoire qui se perpétue à tout jamais. Tout évolue pour devenir autre chose, d'un instant à l'autre, à tout jamais. Ça, je le sais maintenant - et ici, là où je suis, je passe et repasse en revue cette histoire précise, inlassablement, rejouant les événements dont je me souviens, situant les blancs et les ombres laissés par l'oubli, me raccrochant à des broutilles comme si c'était le monde tout entier qui s'éclipsait, la vie elle-même qui s'évanouissait dans le passé, et pas seulement moi.
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BiblireBiblire   12 août 2015
Ils ont donc construit une nouvelle bibliothèque municipale, juste à côté de l'ancienne salle de snooker, et un sacré beau bâtiment avec ça,compte tenu des critères de l'Intraville. J'imagine qu'ils ont même achetés des livres neufs mais pendant longtemps je n'en ai pas vu la couleur. La plupart des livres de la bibliothèque sont des merdes, romans d'amour, thrillers, trucs de cow-boys, parce que c'est ça que les gens de l'Intraville aiment, d'accord, des bouquins débiles qui parlent de cow-boys, d'infirmières et d'espions...des manuels d'autoperfectionnement à la con et des romans pleins de gens riches qui ont des liaisons follement passionnées avec leur prof de tennis et tout le merdier, des bouquins sur la décoration d’intérieur,très utiles pour nous les gens d'Intraville avec les revenus qu'on a ...romans d'anciens politiciens qui n'ont jamais été très bons en tant que politiciens, ou de célébrités du petit écran cherchant un à-côté pour pouvoir régler leurs pensions alimentaires...ce sont les livres qu'on a à la bibliothèque de l'Intraville, pour la plupart, parce que c'est ce que les débiles comme nous aiment lire. C'est ce qu'on a besoin de savoir...La plupart,mais pas tous. En ce moment, il y a un bibliothécaire fou du nom de John, un grand type copulant avec des cheveux moches et des lunettes encore pires qui de temps en temps fait rentrer en douce des trucs bien, ni vu ni connu
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Zora-la-RousseZora-la-Rousse   05 octobre 2012
C'est comme ça que marche le monde. Les méchants gagnent et les autres font semblants de ne pas avoir remarqué ce qui se passe, histoire de sauver la face. C'est dur d'admettre qu'on n'a aucun pouvoir, mais il faut s'habituer à cette idée. Ça sert à ça, l'école, bien sûr. C'est là pour nous former à la discipline vitale de l'impuissance.
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LiliGalipetteLiliGalipette   30 août 2015
« Maintenant que cette histoire est finie, je veux la raconter en entier, alors même que je m’éclipse avant que des noms ne soient donnés ou perdus. Je veux la raconter en entier alors même que je l’oublie et ainsi, en racontant et en oubliant, pardonner à tous ceux qui y figurent, y compris moi. Parce que c’est là que l’avenir commence : dans l’oubli, dans ce qui est perdu. […] Rien ne s’éclipse, pas même la conscience de soi. Rien ne s’évanouit dans le passé ; tout est oublié et tout devient l’avenir. » (p. 11 et 12)
+ Lire la suite
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EipocaEipoca   20 septembre 2011
Il existe une espèce de dicton - le néant habite l'être, et je comprends ce que ça veut dire, sauf que formulé dans ces termes c'est trop abstrait, trop philosophique. Plutôt rébarbatif, en plus - alors que ça ne l'est pas le moins du monde. John dirait que ça sonne mieux en français mais ce n'est pas ça. Ca sonne mieux quand on est au bord d'un champs de coquelicots transis et qu'on laisse venir le néant, comme ça, rien de fracassant, juste un néant prosaïque. Ca sonne mieux quand on ne le formule pas avec des mots, quand on ne le commente même pas, qu'on se contente de regarder et d'écouter pendant qu'il nous emporte - pas du tout un truc négatif, pas une condition existentielle, mais un genre d'éclosion, un évènement naturel. Une chose qui, lorsqu'elle finit par venir, n'a rien d'un coup d'éclat. La conscience qui s'épanche. Le rouge des coquelicots. La fraîcheur du matin.
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John Burnside L'été des noyés .Entretien avec John Burnside pour son roman L'Eté des noyés (Métailié, 2014), vost, Mediapart
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