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Catherine Richard (Traducteur)
ISBN : 9782864248385
Éditeur : Métailié (25/08/2011)

Note moyenne : 3.38/5 (sur 149 notes)
Résumé :
Dans un paysage dominé par une usine chimique abandonnée, au milieu de bois empoisonnés, l'Intraville, aux immeubles hantés de bandes d'enfants sauvages, aux adultes malades ou lâches, est devenue un modèle d'enfer contemporain. Année après année, dans l'indifférence générale, des écoliers disparaissent près de la vieille usine. Ils sont considérés par la police comme des fugueurs.
Leonard et ses amis vivent là dans un état de terreur latente et de fascinati... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (49) Voir plus Ajouter une critique
Tumbleweed
21 janvier 2015
Ils étaient cinq. Cinq jeunes. Disparus, évaporés, sans laisser de traces. «  Cinq garçons de l'Intraville, un endroit dont tout le monde se fout, une ville polluée, décolorée, tout au bout d'une péninsule dont la plupart des gens ignorent l'existence sur les cartes. Cinq garçons : Mark Wilkinson, William Ash, Alex Socombe, Stewart Riva...et Liam Nugent, le dernier à disparaître, perdu quelque part entre son domicile et la salle omnisports, sans rien qui indique où il était parti, ni quand il s'était trouvé là pour la dernière fois. »
Combien seraient-ils encore ?
L'Intraville, une ville asphyxiée par la détresse des hommes et par le poison que l'usine a cessé de vomir depuis plusieurs années. Antithèse de l'Extraville où il fait bon vivre. C'est l'antre de la misère, un sordide capharnaüm pour paumés, dépressifs et alcooliques notoires. Morrison le seul flic de ce bouge ,devenu policier par accident, savait. Il savait que les gamins ne s'étaient pas fait la malle mais il n'a rien dit. Leonard 14 ans a perdu son meilleur ami dans cette sale histoire. Il souffre et se réfugie dans les livres. Leonard est brillant mais son génie fait de lui un être d'une extrême lucidité. Alors il fuit : le quotidien d'abord puis son père emmuré dans sa solitude et enfin l'Intraville . Il tient le coup grâce, entre autres, aux formidables parties de jambes en l'air avec Elspeth. On peut dire qu'elle aime ça Elspeth. Et puis le sexe, ce n'est pas dangereux, ça soulage, alors que l'amour...On peut s'y perdre. Il y a aussi les virées avec ce tordu de Jimmy, un gars bizarre qui adore torturer et tuer des animaux avec sa bande.Il tient encore Leonard mais son père s'enferme chaque jour un peu plus dans son monde et Liam lui manque. Elspeth prête toujours son corps avec autant d'ardeur mais il manque quelque chose...Cette infinitésimale vibration qui donne l'impression d'être vivant. Leonard se perd, Leonard n'est plu. Il a vieilli avant de devenir adulte, harassé par les douleurs qui l'étreignent.Et puis tout craque, tout cède, tout se disloque...Voilà Leonard absorbé par les vapeurs méphitiques de l'Intraville. Est-ce cela qui est arrivé aux autres? Pourra t 'il en réchapper lui, qui est si brillant?Scintillation est un véritablement roman polymorphe. Tour à tour, polar, quête identitaire, chronique onirique, il est impossible de cataloguer ce livre. John Burnside nous livre une écriture fouillée, hypnotique au service d'une histoire dans laquelle on peut se perdre parfois. Une expérience de lecture singulière, un roman tortueux et spectral, pareil à une volute de fumée viciée.
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Dixie39
31 octobre 2014
Je ne sais pas si cela vous arrive parfois : refermer un ouvrage un peu « colère » contre l'auteur ?
Écrire aussi bien, nous embarquer sur des sentiers « littéraires » riches et prometteurs, et s'apercevoir que tout cela ne tient pas la route...
Ce n'est pas tant que le livre parte sur plusieurs chemins : anticipation, fable écologique, conte fantastique, mythe... mais on se lance avidement dans la lecture et... toujours pas, l'alchimie ne prend pas. Enfin pour moi. Scintillation regorge de possibles et de promesses non tenues. Quel dommage ! Peut être est-ce moi qui suis passée à côté, qui n'ai pas su saisir l'étendue, la subtilité de la narration. J'aimerai bien, plutôt que de refermer ce livre avec l'envie de le redonner à l'auteur en lui demandant de faire un petit effort... Pas forcément dans le déroulement de l'histoire, ou tout ce qui a trait « au contenu » mais lui demander de prendre un peu plus de temps pour installer ce qui émerge, une prose poétique qui nous embarque, un univers fantastique qui s'ouvre, par exemple... et puis plus rien, on passe à autre chose. Voilà ! Là ! Développer un peu pour ne pas nous laisser sur le bord du chemin.
« La critique est aisée mais l'art est difficile ». Ce qui m'attriste d'autant plus d'étaler ce ressenti. Car ce n'est guère rien de plus qu'un sentiment personnel. J'espère ne pas être trop dure, mais ma critique ne fait que traduire ma déception. Surtout que j'ai l'impression qu'il manque si peu...
L'écriture est sublime, certains passages sur la lecture, le rapport du lecteur aux livres, tout cet univers de connaissances, de rêves et d'espérance que nous emportons avec nous après chaque dernière page refermée, sont merveilleux. Et cette ouverture sur le fantastique, cet homme-papillon et ces enfants qui scintillent accrochés aux arbres, pendus-sacrifiés des temps modernes, entre horreur et beauté, attraction et répulsion.
« J'ai l'air triste à présent, je le sens, je sens de quelle façon il perçoit mon air, et il est triste, sans doute effrayé, l'air de quelqu'un qui s'embarque dans ce qui semble une grande aventure et, soudain, prend peur. Comme un gamin qui monte pour la première fois dans les montagnes russes et se rend compte, trop tard, qu'il a le vertige. Mais ce qu'il y a de curieux, c'est que je ne suis pas triste du tout, je n'ai pas peur, je suis simplement retombé trop brutalement dans le cours du temps, au sortir de la fixité magnifique d'avant. Je suis revenu trop brusquement et, pendant quelques secondes, je suis tellement déçu que j'ai envie de pleurer. » Burnside, Scintillation.
Je vais considérer que je suis passée à côté et ravaler mon amertume. Je vais considérer que le dessein de l'auteur est de nous faire ressentir ce sentiment là ! Entre fascination, abandon et déception. Et revenir vers lui au plus vite car une telle plume mérite qu'on s'y attarde...
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isabiblio
26 mars 2012
Dans l'Intraville, seule la mort se pare de lambeaux scintillants notamment les nuits d'orage. Sur cette presqu'île écossaise empoisonnée tout est sombre et en décomposition à cause d'une usine chimique abandonnée. Ici ne vit que ceux qui n'ont pas les moyens de partir du côté de l'Extraville, le paradis des nantis. Ceux qui restent dans l'Intraville tentent de survivre en luttant contre la maladie, la folie, le désespoir. Depuis quelque temps de jeunes garçons disparaissent, Morrison le policier semble pourtant plus s'intéresser à entretenir un étrange sanctuaire qu'à enquêter sur les disparitions d'adolescents ! Brian en grand chef bien-pensant promet de tout décontaminer avec son projet Terre d'Origine mais jusqu'ici personne à part lui n'en a bénéficié. Andrew qui aime à regarder les ados évoluer derrière sa fenêtre fait un coupable parfait pour la bande de jeunes rebelles de Jimmy. Léonard, le meilleur ami de Liam un des jeunes disparus est un passionné de livres et de sexe lui aussi voudrait comprendre les raisons des disparitions de ses amis. Léonard veut croire en un autre monde, optimiste de nature sa rencontre avec l'homme-papillon lui donne des raisons d'espérer passer de l'autre côté du miroir… Lugubre à souhait, ce roman est réellement oppressant. D'abord parce que tout intrigue, l'ambiance, le contexte, les personnages. le début du roman révèle un péché d'omission qui par la suite amène à des réflexions sur l'enfer et le paradis. Puis le roman dérive en fable écologique pointant du doigt l'industrie pollueuse pour terminer sur la jeunesse désenchantée en quête d'un monde meilleur. Un conte noir lyrique qui dénonce la société sans valeurs morales, la quête de vérité est parfois complexe mais en même temps elle soulève des questions qui amène à un examen de conscience, donc mieux vaut être bien disposé !
Lien : http://ma-bouquinerie.blogsp..
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tynn
19 juin 2013
Après un premier chapitre incompréhensible - là et ailleurs, quel étonnant effet littéraire, de commencer par une prose narrative introspective alors que rien n'a encore été dit au pauvre lecteur abandonné- je me suis accrochée... jusqu'au milieu du livre.
Cette histoire de disparitions d'enfants sur fond de catastrophe écologique s'annonçait bien ficelée dans une atmosphère angoissante et mortifère d'usine abandonnée et maudite, aux habitants moribonds.
Mais l'histoire se délite en tous sens, entre la traque aux rats dans la friche industrielle, un chasseur de papillons, un grand manitou manipulateur, un flic loser et sentimental, et quelques belles pages sur l'amour des livres.
Un livre déroutant, donc abandonné, en reconnaissant que mon plaisir de lectrice fut l'écriture, très belle.


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absolu
26 novembre 2012
« Dans cette histoire je m'appelle Leonard, et, quand j'étais là-bas, je pensais que la vie était une chose, et la mort une autre, mais c'était parce que je ne connaissais pas le Glister. »
« Je veux la raconter en entier alors même que je l'oublie, et ainsi, en racontant et en oubliant, pardonner à ceux qui y figurent, y compris moi. »
« Sauf que rien ne s'éclipse, pas même la conscience de soi. Rien ne s'évanouit dans le passé, tout est oublié et devient ainsi l'avenir »
« C'est toujours maintenant, et tout – passé et avenir – problème et solution, vie et mort – tout coexiste ici, en ce lieu, en cet instant. Ce lieu où je suis a reçu bien des noms, qui varient selon l'histoire à laquelle on se réfère. »
« C'est simplement le lieu où chaque histoire commence et finit. »
« Et maintenant c'est mon histoire qui commence à nouveau, une dernière fois, alors même qu'elle s'éteint à petit feu. »

Intraville, Extraville, coeur noir, poumon vert,
L'usine meurtrière était autrefois aussi nourricière, nourriture mortifère à plus ou moins long terme, s'agrippant aux parois viscérales, noircissant le sang, rendant le teint blafard, livide, l'oeil trouble, languide, créant de nouveaux symptômes, de nouvelles maladies « formes rares de cancer, enfants aux maladies terribles, troubles du comportement, nombre anormal d'affections inconnues ou incurables, augmentation soudaine et massive de dépression, prolifération de ce qu'autrefois on aurait appelé des cas de folie. ». Elle offrait du travail, faisait fabriquer tout ce qui nuit à la vie (faune, flore, même intestinale), la transforme, la modifie, en crée de nouvelles formes : « chaînes complexe de molécules qui pénètrent la racine ou la tige d'une plante et en modifient la façon de pousser, l'époque de floraison ou la germination », « il suffit de pas grand chose pour transformer une substance en une autre, rompre une chaîne de molécules par-ci, en ajouter une par-là.», « créatures marines mutantes échouées sur la grève... animaux bizarres dans les parcelles de forêt restantes, ni malades ni mourants, mais pas bien non plus, la gueule hypertrophiée et le corps enflé, difforme. » « Hordes d'animaux inconnus, elfes, diables, fées,mutants horriblement défigurés ou au faciès angélique »
Il a fallu fermer, abandonner la population à son triste sort, sans trop lui montrer. Alors Brian Smith eut une idée.
Brian Smith a le sens des affaires, est un génie de la connexion. Surtout celle de l'argent. Il faut que ça brille. Qu'on soit ébloui, pour ne plus voir le lent pourrissement, l'agonie d'une terre trop dévastée pour se régénérer, sol empoisonné, qui s'infiltre par les orteils, remonte jusqu'au coeur, pousse à l'inertie.
Alors pour ça il sort le grand jeu, jeu d'échecs, de marionnettes, il joue, met en scène, manie les ficelles comme personne. Crée une société censée décontaminer, purifier les sols, les corps, les esprits.
Et chacun a un rôle à jouer. Même Morrison.
Morrison, c'est le seul flic de la ville, et son rôle consiste à être vu. A faire croire qu'il peut encore régner un certain ordre. Car des ordres, il n'en a jamais vraiment donné. Il n'en reçoit pas non plus. Pas vraiment.
Mais Morrison est redevable, Morrison suit sa nature, il obéit tel un pantin aux manoeuvres de Smith. Alors il commet la pire erreur de sa vie, après son mariage. Il devient complice, en silence.
Lui, ce qu'il voudrait, c'est que Mark Wilkinson puisse pardonner. Et veiller, où qu'il soit maintenant, avec les autres gamins disparus, sur ceux encore là. Car il n'y a plus que les morts, apparemment, pour veiller sur ce qu'il reste de vivant, de vivants. Missionnés par Dieu, en quelque sorte.
Il aménage un petit bout de terre, avec des oeillets, des coquelicots, non loin de là où il a découvert
Mark, petit ange en devenir, accroché au sapin de Noël, cadeau scintillant offert à la forêt empoisonnée, les yeux emplis de reconnaissance. Corps scintillant comme une étoile mourante, comme un système solaire qui disparaît. « il y avait eu là un grand respect, une tendresse effroyable, impossible – chez l'assassin comme chez la victime – pour ce qui disparaît au moment de la mort, une estime presque religieuse à l'égard de ce que le corps exhale, cette chose sublime et précise, équivalant exactement en substance à la présence d'une créature vivante, le poids mesuré d'un petit oiseau. »
Morrison veut retenir l'âme de Mark, encore un peu, le temps qu'elle puisse pardonner.

Dans ce jardin (secret) des supplices les fleurs du mal se fanent, le fil des fuseaux d'anciennes jeunes filles s'enroule autour des corps immaculés sans jamais les ramener à la vie, fil d'Ariane morbide, mortel, labyrinthe d'arbres noirs et squelettiques ; le bon vieux temps laboure de ses ongles le cercueil imaginaire dans lequel les âmes désabusées le croient enfermé, pulpe des doigts hérissés d'échardes et de sang séché.Peter Pan ne croit plus en sa fée, déverse de la poudre aux yeux des « survivants ». Un homme-papillon se pose dans l'esprit de Leonard. Leonard oublie Anna Karénine, Anthony Perkins et Marcel Proust. Leonard ne cherche plus le temps perdu. Leonard découvre une autre version du temps. Il voit quelque chose qui scintille, parmi toute cette bile, ce sang, le vomi, dans ce passé-présent-avenir de pisse de vomissures et d'insecticides.

Un récit hypnotique,certes, mais pas tout le temps, et quelquefois déroutant.
L'organisation du récit me laisse perplexe, comme une sensation d'inachevé, d'ouvrage à mettre encore une fois sur le métier.
Une histoire cautionnée culturellement, références littéraires, cinématographiques, qui rendent le personnage plus dense, car après tout il ne s'agit que d'un gamin de 14 ans, assez lucide, plutôt désabusé, abandonné par sa mère et avec son père à charge.
Pendant la lecture, j'étais happée, et, dès que j'en sortais, j'avais toujours cette sensation d'échapper à quelque chose, ou de quelque chose qui m'échappe.
Aucune temporalité à proprement dit, une histoire sans début ni fin, une fatalité tombée là, comme ça, sur cette ville, aussi réelle qu'imaginaire. Entre esquisse de morale écologique, abus de pouvoir, société corrompue, cette histoire a tendance à perdre son aspect énigmatique, envoûtant, pour s'ancrer un peu trop dans la réalité. Oui, voilà. J'ai frôlé de trop près la réalité. Je crois que c'est ça qui m'a enlevé une part de plaisir. de voir les coulisses, les montages, la fabrication, la mise en scène, la mise en place, les accessoires, les artifices.
Ou alors c'est ma faute, je m'attendais peut-être trop à un croisement entre 1984 et La route..
Cela dit, c'est peut-être un moment après avoir refermé le livre qu'on saisit le mystère...
Lien : http://www.listesratures.fr
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Les critiques presse (5)
Bibliobs02 novembre 2011
Dans ce roman d'une aveuglante noirceur, le poète et écrivain écossais John Burnside joue avec les codes du thriller pour mieux les subvertir. Impossible de s'arracher à ce livre palpitant où les récits et les points de vue s'entrecroisent.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LeSoir03 octobre 2011
John Burnside tourne autour des personnages, focalisé tantôt sur l'un, tantôt sur l'autre. Il laisse à ses lecteurs le soin de reconstituer le tableau d'ensemble, de sentir monter la violence, de mesurer le degré de culpabilité de Morrison, d'analyser les tourments de Leonard. Son roman est bâti autour des angles qui rassemblent ses différentes facettes, et celles-ci renvoient des scintillations pour le moins troublantes.
Lire la critique sur le site : LeSoir
LeFigaro23 septembre 2011
Burnside, comme le Mark Twain de Tom Sawyer et de Huckleberry Finn, sait admirablement se mettre dans la tête et dans les mots de Leonard, adolescent lucide, caustique, malheureux, en quête d'une vérité, et d'un pardon.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Telerama21 septembre 2011
Porté par une écriture lyrique, violente comme la ville fantôme qui scintille les soirs d'orage, ce livre nous parle d'enfer et de rédemption. Et du péché d'omission - « tout savoir et ne rien faire », dans l'Intraville comme dans notre société qui a retiré le mot poésie de son vocabulaire.
Lire la critique sur le site : Telerama
Lexpress01 septembre 2011
On ressort effrayé de ce roman - entre thriller et parabole macabre - où l'Ecossais a réuni toutes les phobies de notre époque, sous l'oeil d'un enfant perdu.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations & extraits (58) Voir plus Ajouter une citation
mandarine43mandarine4329 août 2011
[ Incipit ]

LA VIE EST PLUS VASTE

Là où je suis à présent, j'entends encore les mouettes. Tout le reste s'estompe, comme le font les rêves dès qu'on s'éveille et qu'on cherche à se les rappeler, mais les mouettes sont encore là, plus sauvages et braillardes que jamais. Elles tournent et virent par milliers, appelant et criaillant d'un bout à l'autre de la presqu'île, tellement stridentes et incessantes que je n'entends que ça : ça, et un dernier murmure de vagues et de galets, un grondement local, insistant, derrière les cris de ces oiseaux fantômes dont je remarquais à peine la présence dans la vie qui fut la mienne avant que je franchisse le Glister. C'est tout ce qu'il reste de cette ancienne vie : des oiseaux, par nuées jacassantes, écumant la presqu'île ; des vagues grises, froides, se déroulant sur la grève. Rien d'autre. Aucun autre son, et rien à voir hormis l'ample et pure lumière dans laquelle je m'avance de mon plein gré, sans relâche, au terme d'une histoire que déjà je commence à oublier.
Dans cette histoire, je m'appelle Léonard et, quand j'étais là-bas, je pensais que la vie était une chose et la mort une autre, mais c'était parce que je ne connaissais pas le Glister. Maintenant que cette histoire est finie, je veux la raconter en entier, alors même que je m'éclipse avant que des noms ne soient donnés ou perdus. Je veux la raconter en entier alors même que je l'oublie et ainsi, en racontant et en oubliant, pardonner à tous ceux qui y figurent, y compris moi. Parce que c'est là que l'avenir commence : dans l'oublié, dans ce qui est perdu. Là-bas à l'Intraville, il y avait une étiquette sur les vieux bidons de sirop de sucre qu'on achetait à l'épicerie de quartier : l'image d'un lion mort en train de se décomposer dans la poussière, avec des flopées d'abeilles qui se déversaient des ombres et béances de son pelage, soutiraient du miel aux plaies. Je croyais à cette image. Je savais qu'elle était vraie - car il y a eu une époque où les gens pensaient que cette sombre béance, cette plaie, était véritablement la source d'où provenait le miel. Et ils avaient raison, car tout se transforme, tout évolue, et cette évolution est la seule histoire qui se perpétue à tout jamais. Tout évolue pour devenir autre chose, d'un instant à l'autre, à tout jamais. Ça, je le sais maintenant - et ici, là où je suis, je passe et repasse en revue cette histoire précise, inlassablement, rejouant les événements dont je me souviens, situant les blancs et les ombres laissés par l'oubli, me raccrochant à des broutilles comme si c'était le monde tout entier qui s'éclipsait, la vie elle-même qui s'évanouissait dans le passé, et pas seulement moi.
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BiblireBiblire12 août 2015
Ils ont donc construit une nouvelle bibliothèque municipale, juste à côté de l'ancienne salle de snooker, et un sacré beau bâtiment avec ça,compte tenu des critères de l'Intraville. J'imagine qu'ils ont même achetés des livres neufs mais pendant longtemps je n'en ai pas vu la couleur. La plupart des livres de la bibliothèque sont des merdes, romans d'amour, thrillers, trucs de cow-boys, parce que c'est ça que les gens de l'Intraville aiment, d'accord, des bouquins débiles qui parlent de cow-boys, d'infirmières et d'espions...des manuels d'autoperfectionnement à la con et des romans pleins de gens riches qui ont des liaisons follement passionnées avec leur prof de tennis et tout le merdier, des bouquins sur la décoration d’intérieur,très utiles pour nous les gens d'Intraville avec les revenus qu'on a ...romans d'anciens politiciens qui n'ont jamais été très bons en tant que politiciens, ou de célébrités du petit écran cherchant un à-côté pour pouvoir régler leurs pensions alimentaires...ce sont les livres qu'on a à la bibliothèque de l'Intraville, pour la plupart, parce que c'est ce que les débiles comme nous aiment lire. C'est ce qu'on a besoin de savoir...La plupart,mais pas tous. En ce moment, il y a un bibliothécaire fou du nom de John, un grand type copulant avec des cheveux moches et des lunettes encore pires qui de temps en temps fait rentrer en douce des trucs bien, ni vu ni connu
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Zora-la-RousseZora-la-Rousse05 octobre 2012
C'est comme ça que marche le monde. Les méchants gagnent et les autres font semblants de ne pas avoir remarqué ce qui se passe, histoire de sauver la face. C'est dur d'admettre qu'on n'a aucun pouvoir, mais il faut s'habituer à cette idée. Ça sert à ça, l'école, bien sûr. C'est là pour nous former à la discipline vitale de l'impuissance.
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LiliGalipetteLiliGalipette30 août 2015
« Maintenant que cette histoire est finie, je veux la raconter en entier, alors même que je m’éclipse avant que des noms ne soient donnés ou perdus. Je veux la raconter en entier alors même que je l’oublie et ainsi, en racontant et en oubliant, pardonner à tous ceux qui y figurent, y compris moi. Parce que c’est là que l’avenir commence : dans l’oubli, dans ce qui est perdu. […] Rien ne s’éclipse, pas même la conscience de soi. Rien ne s’évanouit dans le passé ; tout est oublié et tout devient l’avenir. » (p. 11 et 12)
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Dixie39Dixie3931 octobre 2014
Au début je ne dis rien. Il me traite peut-être un peu trop comme un mioche, mais ça m’est égal. Plus tard, je lui ferai comprendre que je lis des livres, tout ça, et qu’il peut me parler normalement. Du reste, pour le moment, ça me plaît d’être traité comme un gamin. Je passe le plus clair de mon temps à préparer les repas de mon père, ou ses médicaments, à faire des trucs dans la maison, des courses. C’est marrant d’être un gamin pendant un moment, alors je joue le jeu, juste un peu.
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John Burnside L'été des noyés .Entretien avec John Burnside pour son roman L'Eté des noyés (Métailié, 2014), vost, Mediapart
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